La métastase VIII – Les cartes de crédit

Le taux de défaut sur les cartes de crédit est en hausse aux États–Unis : il est passé en un an de 6,4 % à 7,6 %. Les banques réagissent de deux manières : en relevant le taux d’intérêt sur les sommes dues – jusqu’à 29,9 % pour certaines (*) – et en revoyant à la baisse le plafond du passif : les consommateurs sont avisés par courrier de la révision du montant maximum empruntable dans leur cas (la décision est fondée sur leur notation de crédit individuelle, mesurée par la cote FICO).

Au cours des années 2000–2006, les consommateurs américains avaient adopté un train de vie de plusieurs crans supérieur à celui que leurs moyens financiers – à l’exception de l’immobilier – leur permettaient d’assurer, et ceci parce que le prix des maisons n’arrêtait pas de grimper et qu’en mettant en gage la plus–value théorique (equity) de leur logement ou – ce qui revient au même – en refinançant sans cesse son prêt hypothécaire pour des montants de plus en plus élevés, les ménages dégageaient des liquidités qui autorisaient ces dépenses ostentatoires. Dans une courte–échelle vertigineuse, la bulle permit ainsi à certains d’obtenir une seconde hypothèque (Home Equity Line of Credit – HELOC) sur leur habitation et d’utiliser son montant pour régler les mensualités de la première (mortgage).

Quand ces sources de liquidités s’évanouirent fin 2006 avec la stagnation du prix de l’immobilier résidentiel, puit sa chute en 2007, les consommateurs se tournèrent dans une deuxième phase vers leurs cartes de crédit. Vis–à–vis des propriétaires, les banques avaient encouragé la substitution à la carte de crédit classique, une autre, garantie celle–là par la plus–value captive dans les murs du logement (equity). Avec le prix de l’immobilier à la baisse, les banques contactent aujourd’hui les consommateurs pour leur signaler que le plafond du crédit sur leur carte a été réduit, ce qui signifie pour certains que le montant de retrait maximum est d’ores et déjà atteint.

Ce qui a alarmé les banques, c’est la constatation récente par elles que les cartes de crédit sont de plus en plus souvent utilisées pour des dépenses de consommation courante : chez l’épicier, à la pompe, etc., une pratique qu’elles avaient bien entendu encouragée autrefois – avant de s’en alarmer aujourd’hui – en accordant des ristournes (de 1 % à 5 %) sur ce genre de dépenses !

(*) Ces taux sont exemptés aux États–Unis des lois relatives à l’usure – propres à chaque état – en raison de la reconduction tacite du prêt de mois en mois.

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2 réflexions sur « La métastase VIII – Les cartes de crédit »

  1. En cas de déglingue générale, verrons-nous émerger de nouvelles monnaies privées ? Allons-nous vers une fragmentation monétaire couplée à de nouveaux clivages sociaux… ?

    (J’ai hâte de connaître la suite du feuilleton, alors j’imagine déjà les prochains épisodes ; j’avoue ne pas envisager les issues rationnelles et raisonnables, mais seulement les épisodes les plus croustillants… Néanmoins, je crois que la monnaie c’est une dette, un rapport social, et pas une « unité de compte » liée à la valeur d’un bout de métal, ni un équivalent général (a). Le moment de la résolution des dettes me paraît plus essentiel, et la valeur (enfin, ce qu’il en reste) n’apparaît qu’au moment de la résolution des dettes et révèle, pour ce qu’elle vaut : votre position sociale. C’est, comment dirais-je, comme quand on jouait au « jeu des statues », celui qui a pris une mauvaise position perd tout !

    §

    Monnaie et souveraineté vont ensemble. La pérennité des échanges, (l’assurance illusoire que si chaque dette était réglée, tout le monde aurait sa part) n’est pas très assurée lorsqu’elle est garantie par la monnaie d’un Roi « cul de jatte ». Nous nous attendons tous à la baisse du pouvoir US et d’autres Rois peuvent se lever, la Chine pourrait se placer. Mais je lis sur ce blog que ni la Fed ni aucune Banque Centrale ne seront à même de réunir assez « d’argent » pour combler les poufs qui s’annoncent… (comme disait ma grand-mère).

    Ce qui m’inquiète tout d’un coup, c’est que les nouveaux Rois ne soient pas des États, mais des cartes de crédit… Selon votre affiliation professionnelle, vous aurez droit à la carte « abc », qui vous donnera le droit de faire vos courses ménagères chez X, d’acquérir vos électroménagers chez Z, de passer vos vacances dans le circuit X, etc. Vous l’aurez constaté, c’est déjà comme ça que cela fonctionne ; le stade suivant n’est que la fragmentation, la constitution de sous-réseaux véritablement cloisonnés, sans monnaie universelle pour faire des ponts. Quelque chose qui ressemblerait à une féodalité non territoriale, une juxtaposition d’ordres monastiques ouverts à la consommation ? Pour les caissières de supermarché c’est pas nécessairement mauvais, faisant partie de l’équipe, utilisant la même monnaie (autrement ça ne tient pas) elles auraient le statut de « soeurs converses » (c’est toujours mieux que maintenant).

    Bref, quelques conglomérats de multinationales pourraient nous trier selon un coefficient savamment calculé – une espérance mathématique relative à notre « production de lait », en fonction de quoi pour quelques heureux élus, il serait encore possible de se laisser traire pour passer la crise. Il serait même possible d’imaginer une cote fico existentielle ; au début tout va bien la production de lait est bonne, votre limite de crédit augmente, mais lorsque l’infar menace, (un micro-processeur intégré dans la carte suit votre électro en temps réel) votre cote fico céde des points. Reste à synchroniser le moment ou l’on vous reprend tout dans les minutes qui précède votre décès, avec le GPS c’est enfantin (hé oui, ça vaut la peine, nous seront équipés de biens durables recyclables; les logement n’y revenons plus, on les loue).

    Pour résister à ce traitement il nous faudra une solide constitution !

    (a) Les notions de valeur fiduciaire et scripturale sont évidemment utiles en « comptabilité », le fait que tout le monde s’y embrouille un peu doit être un « analyseur » de quelque chose… 🙂

  2. Pour continuer le débat sur la « valeur » et la création de monnaie, je proposerais de repartir sur la conception d’Aglietta, lequel écrit à propos de la politiques monétaire à venir « elle devra affirmer que seule la continuité du flux de la monnaie est valeur et désamorcer les pertes de confiance qui déstabilisent ces flux. » Dans l’optique d’une constitution économique l’examen détaillé des implications d’une telle conception me paraît essentiel.

    Je cite maintenant sa conclusion in extenso.

    LES DEFIS DE LA MONNAIE ELECTRONIQUE POUR LES BANQUES CENTRALES

    Michel Aglietta et Laurence Scialom

    http://sceco.univ-poitiers.fr/franc-euro/articles/MAgliettaLScialom.PDF

    « Cela ne fait que révéler l’essence d’une économie monétaire. C’est une économie dans laquelle la valeur est un pur processus social, sans aucun fondement naturel exogène, pas d’utilité prédéterminée, pas de ressources données. Le monde des biens virtuels et des actifs intangibles ne saurait être régulé par un indice conventionnel de prix.Tous les biens virtuels doivent être traités comme des actifs, c’est-à-dire des promesses incertaines de paiements futurs. La politique monétaire doit poursuivre un aggiornamento pour se détacher complètement de la croyance dans une économie « réelle » sous-jacente. Il n’y a d’autre ancrage que la confiance dans l’unité de compte que seule la politique monétaire peut conférer. Pour ce faire, elle devra surveiller les prix d’une très vaste gamme d’actifs. Elle devra avoir une conduite agressive en oscultant en permanence les foyers de tension disséminés dans les systèmes de paiements. En bref, elle devra affirmer que seule la continuité du flux de la monnaie est valeur et désamorcer les pertes de confiance qui déstabilisent ces flux. »

    Aglietta est professeur à Paris X, consultant au CEPii et à Groupama Asset Management

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