Mendocino Hotel

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

A l’Est d’Eden d’Elia Kazan, d’après le roman de John Steinbeck est, avec Géant de George Stevens, l’un des grands films qui consacrèrent James Dean.

L’action d’A l’Est d’Eden se passe à Salinas et Monterey, à 200 km au Sud de San Francisco. Quand le film fut réalisé en 1954, Monterey avait trop changé par rapport à 1917 – l’époque où se situe le film, étant devenu entre-temps un grand port industriel. Mendocino, à 300 km au Nord de San Francisco, sur un bout de côte désolé, avait conservé son cachet désuet. Certaines scènes du film furent tournées au Mendocino Hotel où nous avons logé dimanche soir.

Mendocino est très beau.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

0Shares

5 réflexions sur « Mendocino Hotel »

  1. Le coup d’œil du professionnel (j’adore vos interludes touristiques). D’emblée, ça a l’air nickel, très américain quoi ! La chose principale dont se plaignent les visiteurs US dans nos hôtels est la propreté. Quand vous leur faites visiter une chambre et qu’ils vous disent « It’s OK » il convient de ne pas crier victoire trop vite. Ils ont simplement voulu vous dire, par le biais de cette expression valise, « Ca va, c’est pas trop dégueulasse, on a vu pire ». Certains, au bout de leur séjour, présentent l’attitude raide et pétrifiée de la victime d’un choc microbien brutal. J’en ai même vu un qui avait carrément passé son mouchoir sur le comptoir de réception avant d’y poser sa carte de crédit. Même si ces réactions sont extrêmes, il n’y a bien sûr pas de fumée sans feu.

    La part du travail affectée au nettoyage semble être bien plus importante outre-atlantique que chez nous. Il y a des raisons d’ordre culturel et économique à cela. Les rapports de force (j’hésite comme vous à employer la triviale expression marxiste « rapports de production ») investisseurs/patrons/salariés qui règnent de ce côté-là de l’océan ont permis l’instauration d’une vaste main d’œuvre de service payée pauvrement, dans une société d’essence plus inégalitaire que la nôtre. Ce système a au moins le mérite d’être efficace dans son objet.

    La version française de la « société postindustrielle de service » dont je me gaussais récemment, prétend elle restaurer à plein une catégorie sociale disparue –les « gens de maison » du temps de Mirbeau- en l’accommodant aux impératifs du nouveau catéchisme managérial concernant la rentabilité du travail. Toutes les conditions sont ici remplies pour avoir une main d’œuvre inefficace exécutant un travail de cochon.

    Dans tous les hôtels où j’ai travaillé ces dernières années, j’ai rencontré la même évolution. Les employeurs tendent à se débarrasser de leurs personnels de nettoyage attaché à la maison (en CDI donc) pour « externaliser » et flexibiliser la fonction. Les départs en retraite ou la longue maladie les y aident car ces gens –en écrasante majorité des femmes- ont toutes le dos et/ou les épaules cassées à cinquante-cinq ans. La perte de qualité du travail consécutive à ces départs est énorme, tant ces personnes, malgré leurs défauts et leurs manies (« l’inaptitudes à se remettre en question » dit-on dans l’évangile) avaient tendance au bout de longues années à se sentir « chez elles » dans l’établissement et à y développer des automatismes positifs.

    Leur succèdent des agents loués par les sociétés de nettoyage. Je l’ai déjà dit, ces sociétés sont une véritable huitième plaie d’Egypte. Leur « collaboration » consiste d’abord à lancer à l’assaut des hôtels des vagues de personnels déracinés sachant à peine lire et écrire notre langue –ce qui est souvent source d’incidents cocasses- de déclassés aigris (j’ai tout connu, de l’ex-gérant de magasin à l’ex-enseignante vacataire en passant par l’ex-assistante sociale) et d’étudiantes déboussolées par la dureté du travail. A la perte de qualité professionnelle s’ajoute la perte du temps à former une main d’œuvre en « turn over » constant.

    Les employeurs disent « s’y retrouver » dans l’opération mais, connaissant les tarifs pratiqués par ces sociétés, je reste fort sceptique sur cette conviction. Même les gains en flexibilité ne sont guère probants. Compte tenu de la médiocrité des prestations fournies, l’hôtel a tendance à devenir tributaire des disponibilités de l’intervenante plus « sérieuse » que les autres, toute ces personnes intervenant sur des chantiers différents dans la même journée.

    J’ai été un jour abasourdi par la réaction d’un gérant d’établissement à qui j’exposai franchement toutes mes réserves sur le sujet. Il m’a carrément dit que la qualité du travail n’était pas un problème dans la mesure où « beaucoup de clients n’avaient pas le temps de s’en rendre compte » (sic !?). Pas les clients américains en tout cas !

    J’en viens à me demander s’il n’y a pas en fait, derrière le recours systématique à ces sociétés, l’aveuglement propre à tout effet de mode.

    Je note aussi que les personnels envoyés sont de plus en plus agressifs et indociles. Le futur front sur lequel se jouera la paralysie du pays lors de la grève générale de l’année x… passera aussi par les sociétés de nettoyage. Est-ce que cela sera pour me déplaire, cela est une autre histoire… (Vous voyez, même les plus jolies images sont pour moi prétexte à vous pomper l’air).

  2. ah !!! l’élève dépasse le maître, le commentaire est judicieux, ironique et passionnant. Merci Daniel !
    sinon, la finance se porte bien …

Les commentaires sont fermés.