Woodrow Wilson « Woody » Guthrie (1912 – 1967)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On reparle beaucoup des années trente, de la Dépression, de Franklin D. Roosevelt et du New Deal. Profitons-en pour remettre à l’honneur le champion de la « protest song » des années noires.

D’abord un très bel hommage de Bruce Springsteen. Il chante en particulier le premier des deux couplets généralement expurgés de cette chanson que vous connaissez tous : « This Land Is Your Land ».

In the squares of the city, In the shadow of a steeple;
By the relief office, I’d seen my people.
As they stood there hungry, I stood there asking,
Is this land made for you and me?

As I went walking, I saw a sign there,
And on the sign there, It said « no trespassing. » [ou « Private Property »]
But on the other side, it didn’t say nothing!
That side was made for you and me.

Sur les places des grandes villes, A l’ombre d’un clocher,
A la soupe populaire, J’ai vu mon peuple.
Il était là affamé, Et je me demandais,
Ce pays est-il vraiment fait pour toi et pour moi ?

Comme je me promenais, J’ai vu un signe,
Et sur ce signe, Ça disait « passage interdit » [ou « propriété privée »]
Mais de l’autre côté, Ça ne disait rien !
Ce côté-là était fait pour toi et pour moi.

Ensuite – que du beau monde ! – « Plane Wreck at Los Gatos (Deportee) », paroles de Woody Guthrie, musique de Martin Hoffman.

En 1948, un « charter » de Mexicains déportés s’écrasa à Los Gatos Canyon en Californie. Guthrie s’indigne en particulier dans le refrain que la presse ait rapporté les noms des membres américains de l’équipage mais pas ceux des 28 journaliers mexicains, qui finirent tous à la fosse commune :

Adieu mon Juan, adieu, Rosalita,
Adios mis amigos, Jesus y Maria,
Vous n’aurez pas droit à vos noms à bord du gros avion,
Le seul nom qui vous sera donné sera : « déportés »

Emmylou Harris et Arlo Guthrie

[PJ 12/2013 : j’avais mis ici une version live avec Bob Dylan et Joan Baez, ils ont disparu. À leur place, autre chose – de non moins émouvant]

Plane Wreck At Los Gatos (Deportee)

The crops are all in and the peaches are rott’ning,
The oranges piled in their creosote dumps;
They’re flying ’em back to the Mexican border
To pay all their money to wade back again

Goodbye to my Juan, goodbye, Rosalita,
Adios mis amigos, Jesus y Maria;
You won’t have your names when you ride the big airplane,
All they will call you will be « deportees »

My father’s own father, he waded that river,
They took all the money he made in his life;
My brothers and sisters come working the fruit trees,
And they rode the truck till they took down and died.

Some of us are illegal, and some are not wanted,
Our work contract’s out and we have to move on;
Six hundred miles to that Mexican border,
They chase us like outlaws, like rustlers, like thieves.

We died in your hills, we died in your deserts,
We died in your valleys and died on your plains.
We died ‘neath your trees and we died in your bushes,
Both sides of the river, we died just the same.

The sky plane caught fire over Los Gatos Canyon,
A fireball of lightning, and shook all our hills,
Who are all these friends, all scattered like dry leaves?
The radio says, « They are just deportees »

Is this the best way we can grow our big orchards?
Is this the best way we can grow our good fruit?
To fall like dry leaves to rot on my topsoil
And be called by no name except « deportees »?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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16 réflexions sur « Woodrow Wilson « Woody » Guthrie (1912 – 1967) »

  1. Que la musique exprime la joie, la tristesse, la pitié, la sympathie, nous sommes à chaque instant ce qu’elle exprime. Non seulement nous, mais beaucoup d’autres, mais tous les autres aussi. Quand la musique pleure, c’est l’humanité, c’est la nature entière qui pleure avec elle.
    Henri Bergson, les Deux Sources de la morale et de la religion, p. 36.

  2. Je lis beaucoup, pour oublier pourrait on croire, mais c’est plutôt le contraire.
    La souffrance des uns est le bonheur des autres, règle aussi vraie dans l’espace comme dans le temps.
    Si les dernières décennies n’ont pas été très justes avec John, Hans, Juan ou Séraphin, pour Wu, Wong,Sing ou Joao elles marquent la fin d’une spirale de dette et misère.
    La « crise  » actuelle peut être définie par des critères différents, des angles opposés,et tous sont plausibles tant la dimension de la « chose » à définir nous échappe.
    En langage photographique cela reviendrait à shooter quelque chose dans toutes ses dimensions, utilisant du microscope au télescope avec tous les intermédiaires possibles, et au vu des résultats choisir ou décider de la plus juste… Vaste tache.

  3. C’est juste magnifique, surtout Emmylou Harris ! un petit goût amer d’un monde perdu quand même, que s’est-il donc passé ces dernières années pour que l’on ne reconnaisse plus cette Amérique ?
    Je passe le lien à mon fils.

  4. Cette Amérique a toujours existé mais a toujours aussi été minoritaire.

    Trente-sept ans déjà d’amour secret pour Emmylou Harris. Enfin « secret », je n’ai pas toujours été aussi discret que j’aurais aimé l’être !

  5. @ jpg
    Mais oui…et en langage cinémato… faire de même avec le temps, de 10 puissance -44s à 14 milliards d’années…

  6. Il va me falloir vous remercier. Pas le choix. J’écoute cette chanson depuis des années, sans en savoir le sens. Mais l’émotion doit sans doute parfois outrepasser le sens. Juste merci.

  7. Deportees a aussi été chante par Johny Cash ( enregistrement avec C Christofferson et un 3eme dont j ‘oublie le nom ) ; l’album s’appelle Hyghwaymen
    J’ai une admiration certaine pour Cash ………je vous conseille entre autres « the very best of Sun years « 

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