Rétablir l’autorité morale des États–Unis

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le calme apparent de la période de transition entre les administrations Bush et Obama cache mal les tensions qui l’agitent en profondeur. Si le personnel pressenti par le nouveau président n’a rien de bien révolutionnaire puisqu’il se caractérise par un recyclage massif du personnel de l’administration Clinton, au congélateur pendant huit ans et aujourd’hui en décongélation accélérée, sa détermination semble cependant féroce.

On constate en effet une intense activité de couloir dont le message est très clair : la conviction des démocrates que les deux administrations Bush ont navigué dans des eaux séditieuses, et que seule leur vigilance a prévenu l’établissement aux États–Unis d’un régime fasciste ou en tout cas « para-fasciste ». Les démocrates, déterminés à rétablir, selon leurs termes, l’« autorité morale » de la nation, ont en effet accumulé désormais un monceau de preuves de l’existence durant les huit dernière années d’une volonté délibérée de détournement des institutions, portant, par exemple, sur la sélection exclusive de candidats d’extrême-droite aux postes vacants dans l’administration judiciaire accompagnée du licenciement des magistrats progressistes, ou la falsification systématique des informations relatives à l’environnement par les membres de l’administration. Le dossier constitué par Henry Waxman, dont je signalais l’autre jour l’existence, contenant 237 affirmations intentionnellement mensongères de l’administration Bush quant à la menace constituée par l’Irak dans la période précédant son invasion, est une autre pièce à verser au même dossier.

La décision par une commission bipartite du sénat américain de publier aujourd’hui un rapport attribuant à l’ancien ministre de la défense Donald Rumsfeld une responsabilité directe dans la banalisation de la torture, présente ainsi un curieux timing. Sa publication au beau milieu de la période transitoire est inattendue du fait que le président sortant dispose toujours de la capacité de pardonner à titre préventif tous les coupables éventuels, mesure qu’il est d’ailleurs bruyamment encouragé à prendre par les représentants de l’extrême-droite au sein de son administration. Les juristes de son entourage eux s’y opposent, arguant d’une part que la mesure est inutile puisque toutes les précautions légales furent prirent en leur temps et d’autre part qu’il s’agirait d’un aveu de culpabilité.

L’intérêt des démocrates, s’ils veulent vraiment en découdre sur ce point, serait plutôt d’adopter un profil bas jusqu’à l’investiture officielle d’Obama. Il se pourrait cependant que, piaffant d’impatience, ils ne puissent contenir leur indignation plus longtemps. A moins que ce calendrier paradoxal ne constitue pour les membres républicains de la commission un va-tout visant précisément à encourager le président à exercer son pardon collectif et préventif.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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9 réflexions sur « Rétablir l’autorité morale des États–Unis »

  1. Pour ce qui est de l’autorité… rien de très original..
    Pour ce qui est de la morale … http://www.cnrtl.fr/definition/morale
    Autorité morale ? « Un système de gouvernement n’est jamais fondé sur la force, mais sur l’autorité morale. Et l’autorité morale n’est faite que de respect (J.-R. Bloch Dest. du S., 1931 p.208) ».
    Bientôt des cours de respect à la maison re-blanchie, au Pentagone, à la Fed, à l’ONU…? Et qui va former les formateurs..?

  2. Malgré leurs difficultés, j’ai l’impression que les pays scandinaves, Norvège, Suède, Finlande et Danemark, ont un personnel politique qui pourrait servir de formateur de formateur…
    Sans aller jusque là, la dynamique de la fonction politique aux USA laisse la place à de telles personnes aussi. Il ne faut pas désespérer de l’Homme.

  3. Ce n’est pas le pardon éventuel de Bush qui pourra protéger les criminels qui se cachent dans son administration, c’est le silence.

  4. Une chasse aux sorcières, justifiée ou non, consomme de l’énergie et détourne l’attention des questions à résoudre. Espérons que cette procédure de bouc-émissaire n’en consomme pas trop et qu’il restera assez de force au camp démocrate pour réhabiliter et remettre en marche les institutions, et aussi pour garder la tête froide dans la tempête qui s’annonce.

  5. Ce dont les USA ont besoin en ce qui concerne les extrémistes qui ont proliféré dans les cercles du pouvoir, et pour retrouver un minimum d’autorité morale, c’est tout simplement une dénazification (pour reprendre les termes de Georges Soros).

  6. Je ne me souviens plus très bien de l’année, 1975 ou 76, j’écoutais « The Voice of America » au Chili, et un certain R.Reagan faisait des tribunes radiophoniques.
    Une époque sombre où des femmes enceintes étaient violées par des chiens policiers devant leur famille, ou d’autres plus simplement étaient découpés vivants.
    Mr Reagan n’avait pas de mots assez durs pour parler des  » terroristes  » et n’avait à l’antenne qu’un seul regret, celui de ne pas être chilien etde ne pas pouvoir rejoindre les valeureuses forces de l’ordre chiliennes pour  » kick their ass to the commies  » .
    Il sera bien sur élu à la présidence.
    Quand vous dites  » rétablir  » vous pensez à quelle époque exactement ?

  7. Il faudra du temps après Bush pour analyser, comprendre, caractériser notre époque et l’évolution de son système politique. Se raccrocher – par peur – à l’idée de plus en plus floue de Démocratie qui serait commune au Costa Rica aux USA et à la Finlande ou à Moucharaf alors que le reste du monde serait terroriste ou presque est une imbécilité médiatique quotidienne.
    Le Chili d’ITT, les Black Panthers assassinées par centaines, le Vietnam, Guantanamo, Abu Graïm, toute cette mémoire, de simples effets collatéraux ? La ruine actuelle, le démantellement des acquis du travail (la réaction dit Samir Amin), la dette du Sud, de simples dérives sournoises de banquiers ?
    Merci à Paul pour ceci
    la conviction des démocrates que les deux administrations Bush ont navigué dans des eaux séditieuses, et que seule leur vigilance a prévenu l’établissement aux États–Unis d’un régime fasciste ou en tout cas « para-fasciste ».
    Franchement, si nous comparions point par point le bushisme et le fascisme de Mussolini je ne sais pas lequel serait le plus violent et délétère. La seule différence est que nous ne voulons pas dénoncer notre époque et toute cette fange par peur.

  8. La propagande « réchauffement climatique » est exactement calquée sur le propagande ayant menée aux guerres en Irak et Afghanistan. C’est la même chose, le même terrorisme intellectuel. Cela ne signifie pas pour autant que les problèmes existent. Allez demander aujourd’hui aux 80 millions de vietnamiens entassés dans des logements insalubres s’ils n’auraient pas aimé vivre un peu autrement. C’est facile quand on est dans le confort de remodeler le monde sur le plus atroce des modèles qui puisse exister: le modèle scandinave! Le modèle scandinave c’est 100% ethnique, 80% d’impôts et de taxes, prohibition de fait des alcools avec contrebande à la clef, obssession maladive de la sécutité, profilage et formatage permanent des esprits et des citoyens qui ne sont plus que des numéros. Merci bien!

  9. http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gG3TZCTwQX-7RuFPs4h67p3cqFgw

    En fait, ce « self-made man » qui avait commencé sa vie professionnelle comme maître-nageur sur les plages de Long Island, avait fondé en 1960 une société parallèle frauduleuse garantissant des rendements très élevés. Sur la foi de sa réputation, il s’était vu confier 17 milliards de dollars par des clients très fortunés et pour la plupart institutionnels, des sommes placées dans des fonds exceptionnellement rentables.

    « Le fait que ces investissements aient été audités par un tout petit cabinet d’audit est rare mais pas impossible, mais cela aurait sans doute pu éveiller des soupçons », souligne le même analyste.

    « Il a monté un gigantesque +schéma de Ponzi+, une pyramide frauduleuse qui a coûté à ses clients 50 milliards de dollars », estime Al Goldman, responsable de la stratégie chez Wachovia. La somme de 50 milliards est également citée dans le communiqué du procureur, qui précise que Bernard Madoff risque jusqu’à 20 ans de prison et une amende de 5 millions de dollars.

    Le 7 janvier dernier, le financier avait déclaré à la SEC, la Commission des titres et des échanges, le gendarme de la Bourse de New York, que sa société de conseil en investissements –celle qui s’est avérée frauduleuse– servait entre 11 et 25 clients pour un montant total de 17 milliards de dollars qui lui avaient été confiés en gestion. Au moins la moitié de ses clients étaient des banques, des fonds et de grosses fortunes personnelles, selon plusieurs analystes.

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