L’actualité de la crise : Les États, derniers recours des banques centrales, par François Leclerc

Billet invité.

LES ETATS, DERNIERS RECOURS DES BANQUES CENTRALES

Parfois, je me demande si, emporté par mon élan, je ne noircis pas un peu trop mes tableaux de l’actualité. Si je ne retiens pas dans celle-ci que ce qui apporte de l’eau sombre à mon moulin, en écartant le reste. A force de ne jamais a priori prendre les discours pour argent comptant, surtout quand ils sont prononcés par des politiques, et pas davantage les communiqués des entreprises, surtout lorsqu’il s’agit de ceux d’établissements financiers, il y a toujours le risque de substituer à ces repères défaillants des certitudes qui, pour être intellectuellement confortables, n’en risqueraient pas moins de s’avérer fausses. Sans se référer en permanence aux faits.

Au fil du temps, j’ai trouvé un remède à cela, car ces faits sont souvent insaisissables, ou en tout cas difficilement interprétables. Je me précipite vers les pages saumon du Financial Times, et en particulier vers les colonnes de ses éditorialistes et commentateurs. J’y recherche des confirmations, et je les y trouve presque à tous les coups. Je n’aurais jamais cru, si on me l’avait prédit, que la lecture du FT serait pour moi comme une sorte de soulagement et d’encouragement à persévérer.

Vous connaissez déjà Martin Wolf, ou bien Willem Buiter qui, semaine après semaine ne s’en laissent pas compter (sans qu’il soit nécessaire de partager toutes leurs vues), mais lisez-vous Wolfgang Munchau, qui tient également une colonne dans le FT ? Dans son dernier article, daté du 3 mai et titré « L’Europe doit apprendre les leçons de l’expérience japonaise », il prédit qu’une décennie sera nécessaire en Europe, au moins, pour sortir de cette crise. Il s’appuie notamment sur les révélations du Süddeutsche Zeitung, publiant le chiffrage du BAFIN, le régulateur allemand, précédemment évoqué. Ce dernier met en évidence que le montant estimé des dépréciations qui devraient intervenir dans le système financier allemand est de loin supérieur à la somme de sa capitalisation globale et de ses réserves. En d’autres termes, le système financier allemand est tout simplement cassé (broken), si ces chiffres sont exacts.

Voici comment Wolfgang Munchau voit les choses, quand il en arrive aux remèdes : « Je me considère comme agnostique quant aux avantages et aux inconvénients de l’assouplissement quantitatif. Qu’il s’agisse de ses effets vis-à-vis des taux d’intérêt à long terme, ou bien des difficultés qui pourraient en résulter pour les banques centrales. Par contre, l’analyse de la crise japonaise m’a fourni la preuve que la solution de la crise est davantage à attendre de la résolution de la crise bancaire que de l’adoption d’une politique d’assouplissement quantitatif. »

Fort de cette remarque autorisée, j’attends donc les résultats de la prochaine réunion de la BCE, qui seront annoncés mercredi prochain. Ce n’est pas une éventuelle nouvelle baisse du principal taux directeur de la zone euro, qui devrait être abaissé à 1%, du jamais vu, qui en sera la principale surprise, car tout le monde s’y attend.

La surprise, c’est que cette décision, si elle est prise, n’aura pas plus d’impact que les précédentes, et on se demande bien, dans ces conditions, quel sens elle peut avoir. Si ce n’est de dire que l’on fait quelque chose et que la situation est dans de bonnes mains.

La mise à la disposition des banques de liquidités très bon marché pour des montants illimités, n’a pas eu les effets escomptés, ces dernières restant paralysées par la détention d’actifs toxiques inavoués et insuffisamment dépréciés. Indispensable, car elle est un substitut aux opérations de crédit interbancaire défaillantes et évite l’écroulement du système bancaire, elle n’est porteuse d’aucune dynamique de sortie de crise.

La marge dont dispose la BCE pour combattre la récession avec ses instruments conventionnels est donc nulle, même si ce constat dérangeant n’est pas reconnu. L’étape d’après serait logiquement de procéder comme le font déjà les banques centrales britannique ou américaine. Ces dernières créent de la monnaie afin d’acheter des titres de créances ou des obligations. C’est ce que l’on appelle des mesures d’assouplissement quantitatif, qui financent directement les grandes entreprises en court-circuitant les banques, puisque ces dernières ne remplissent plus le rôle que l’on attend d’elles.

Nous entrons là au cœur du débat feutré qui divise la BCE comme les gouvernements européens. Ce sont, dit-on, les Allemands qui sont les plus opposés à l’adoption de telles mesures, de crainte qu’elles n’enclenchent une logique inflationniste par la suite, qui ne serait pas maîtrisée. Ils semblent pour l’instant avoir gain de cause, considérant non sans raison que ce serait également s’engager dans une fuite en avant, comme l’exemple américain semble le montrer. Faudrait-il alors qu’ils donnent l’exemple en prenant à bras le corps la crise de leur système bancaire, ce qu’ils reculent à faire jusqu’à maintenant, à l’exception du cas de la HRE, car il n’était pas possible de tergiverser sans créer une catastrophe systémique. Ils en font pour l’instant la promesse pour plus tard.

Nous en sommes donc là. La BCE, en raison de ses contraintes statutaires, ne peut pas acheter des obligations d’Etat, à l’instar de ses collègues américaine et britannique (tout du moins directement). Par ailleurs, elle ne s’engage toujours pas dans une politique de création monétaire, ne serait-ce que pour intervenir sur le marché obligataire privé. La BCE risquerait au passage d’engranger des contreparties de qualité discutable, s’ajoutant à celles qu’elle accepte en provenance du système bancaire et sur lesquelles on ne sait pas grand chose.

En cas de défaut, quel sera le recours dont disposera la banque de dernier recours, si ce n’est de demander aux Etats de lui prêter main forte ?

Nous touchons donc, à ce stade de la crise, non seulement aux limites des mesures « conventionnelles » des banques centrales, mais également à celles des mesures « non conventionnelles ». Donc aux limites du rôle que peuvent prétendre jouer dans cette crise les banques centrales elles-mêmes. Il reste à Jean-Claude Trichet, président de la BCE, de lancer dans le vide un énième appel au rétablissement de la confiance et Ben Bernanke, président de la FED, de continuer à apercevoir les lueurs de la future reprise. Nous sommes bien bons de les écouter.

Il reste surtout aux gouvernements de s’attaquer enfin à la crise du système bancaire et à ses racines, afin de lancer la « refondation » du capitalisme, puisque tel est leur programme. En imposant aux actionnaires d’assumer leurs responsabilités, pour commencer, car sinon ils n’y parviendront pas. Chiche !

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27 réflexions sur « L’actualité de la crise : Les États, derniers recours des banques centrales, par François Leclerc »

  1. Un rapide pointage fait apparaître que 17 donateurs se sont déjà engagés à contribuer mensuellement par un don, pour un montant d’environ 100 euros (l’un d’entre eux a préféré ne pas en donner le montant). La moyenne des dons étant de 6,6 euros, 270 nouveaux donateurs devraient encore se manifester pour atteindre l’objectif proposé de 1.798 euros. C’est beaucoup et c’est peu à la fois.

    Pourquoi ce montant ? Tout simplement parce qu’il a été atteint une fois et est donc réaliste. L’est-il vraiment, au regard de ces premiers résultats ? Nous le verrons dans quelque temps. A quoi serviront les dons ? A pérenniser ce blog en soutenant son éditeur. Voilà pourquoi j’ai lancé cet appel et je le renouvelle. Sans plus de complication et sans exclusion de quiconque.

  2. @François et Paul

    ok moi aussi pour 10€ mensuels, c’est parti aujourd’hui
    longue vie au blog et merci

  3. Ok pour la participation gratuite a la réflexion.

    je ne suis pas toujours d’accord, mais je trouve que votre dernière phrase mérite de l’attention :

    « Il reste surtout aux gouvernements de s’attaquer enfin à la crise du système bancaire et à ses racines, afin de lancer la « refondation » du capitalisme, puisque tel est leur programme. En imposant aux actionnaires d’assumer leurs responsabilités, pour commencer, car sinon ils n’y parviendront pas. »

    Je pense vraiment qu’une partie de la solution se trouve dans cette phrase. Il faut adsolument que les états prennent des décisions punitive exemplaire contre les individus, souvent de trés gros actionnaire, qui nous ont mené la ou nous en sommes. La punition, juste, restera toujours la marque du pouvoir. Lorsque les punitions ne sont pas juste, c’est souvent la partie négative de notre pensé qui prends le relais. Il restera toujours préferable d’en punir une poigné pour en sauver la majorité. Mais la pire question arrive, que veulent il vraiment. Sauver la minorité ou la mojarité ?

  4. Lundi 4 mai 2009 :

    Etats-Unis : la récession s’amplifie.

    Le PIB américain a chuté de 6,1 % en rythme annualisé au premier trimestre 2009.

    Les analystes s’attendaient à un recul plus modeste (- 4,7 %), mais la chute de l’investissement a été bien plus sévère que prévu.

    L’investissement des entreprises s’est effondré de 37,9 % sur un an.

    L’investissement des ménages a également chuté de 38 % sur un an. Il y a tout de même une bonne nouvelle : leurs dépenses de consommation ont accéléré, avec une progression de 2,2 % au premier trimestre sur un an.

    http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/etats-unis-la-recession-s-amplifie_180531.html?XTOR=EPR-177

  5. Je bondis sur l’occasion sans prendre le temps de vous retrouver les sources, désolé (vous les trouverez notamment chez Jovanovic) !

    Les banques centrales anglaise et us ne suivent pas forcément une politique extraordinaire…:

    – les bons anglais n’ont pas trouvé preneur il y a quelques semaines, une première depuis 4 siècles !
    – les américains rachètent leurs propres bons !

    Trichet et ses copains sont tétanisés par la situation et surtout par leur bétise, mais je crois que les Anglo-saxons, s’ils semblent plus « actifs », n’en sont pas moins aussi à la rue !

  6. @ Moi

    Enregistré !

    Je n’avais pas pris en compte les engagements de fin mars dernier. Merci à ceux qui sont dans ce cas et persévèrent de bien vouloir le signaler (avec un montant, si cela leur convient).

  7. Bien évidemment je m’engage sur une contribution mensuelle de 10€. Mille mercis Mr Jorion.

  8. Bonjour,

    Tout d’abord, je profite de l’opportunité pour féliciter M François Leclerc et le remercier pour le travail qu’il accomplit. Votre vision quotidienne de la crise, M Leclerc, est vraiment remarquable tant en terme de qualité que de pertinence des informations et de vos analyses. C’est, je pense, une très forte valeur ajoutée au site de M Jorion auquel je verrai bien, en plus des futurs wikis thématiques, une chronologie graphique, représentant quotidiennement tous les évenèments importants dans cette crise avec la possibilité, en cliquant sur l’un d’entre eux, d’y voir les différentes analyses ou commentaires qui ont pu y être associés, en lui adjoignant éventuellement des « tags » qui permettraient de filtrer la chronologie par « catégorie »…

    En dehors de ça, et puisque l’on parle d’assouplissement quantitatif, j’ai une question à poser:

    Quelqu’un sait-il comment on peut suivre la mise en place, aux US, de cet assouplissement quantitatif au jour le jour?

    J’ai trouvé au détour d’un forum, un lien sur les « Permanent Open Market Operations » de la Fed de NY:

    http://newyorkfed.org/markets/pomo/display/index.cfm?fuseaction=showSearchForm

    Une fois un intervalle de date choisi (en prenant le détail des opéarations); il semble que ce soit ici que l’on peut suivre les T-Bonds achetés par la Fed. J’ai cru comprendre qu’il fallait suivre les opérations de type « Outright Coupon Purchase » et il semblerait que ce soit en particulier, celles avec une description de type « T 08.125 08/15/19 »
    Deux choses me font penser qu’il puisse s’agir de cela: la première, c’est que depuis début 2008, les opérations de ce type ont commencées le 25 mars 2009. La seconde, c’est que j’ai entendu le 30 avril que 75 milliards de $ de T-Bonds avaient déja été achetés (sur les 300 milliards prévus dans un premier temps) et que lorsque l’on fait le total des « Total Par Amt Accepted » depuis le 25 mars 2009 sur les opérations de ce type, on trouve bien 75.264 milliards de $.

    Dans le même temps, certaines choses ne sont pas claires. Premièrement, je n’ai pas encore pris le temps de vérifié si une source fiable parlait de ces 75 milliards, et deuxièment, en regardant plus loin dans le temps, je m’aperçois qu’il y avait déja des opérations de ce type (Outright Coupon Purchase) avant le 3 mais 2007 (et un paquet d’ailleurs).

    Ceci me fait donc dire que ce n’est peut-être pas ce type de donnée qu’il faut regarder… ou que le rachat de T Bonds par la FED ne date pas officiellement d’aujourd’hui…

    Une idée?

    Quelqu’un sait-il si c’est bien cela qu’il faut regarder ou si c’est autre chose?

  9. Ce qui me frappe c’est que bientôt nous allons avoir les élections européennes,et que toutes ces questions vitales concernant le refinancement et la liquidation des actifs toxiques, évoquées par François Leclerc ne constituent pas des thèmes prioritaires de la part des différents partis qui sont en lice. La refonte du capitalisme est certes évoquée, mais toujours en des termes généraux, comme si nous avions l’éternité devant nous pour régler les problèmes bien concrets, et qui renvoient pourtant aux limites du système actuel.
    S’il y a des dirigeants socialistes ou autres qui lisent ce blog, j’attends leur avis sur ces questions ?

  10. @ tous:
    Je reviens toujours à mon dada: la monnaie anticrise!
    J’ai envoyé mon texte à la BCE en janvier dernier, mais pas de réponse!
    Je maintiens que l’émission d’une monnaie anticrise en billets, notamment les petites coupures de 5,10,20 et 50 euros pour toute nouvelle émission de monnaie centrale en numéraire aurait un impact positif instantané sur la conjoncture, maintiendrait la solvailité de la plupart des entreprises et faciliterait grandement la gestion de la crise pour les banques susceptible de pouvoir être sauvées.
    Pour les autres, une solution à moyen terme serait bien plus facile à envisager, car il n’y aura plus jamais de crise systémique avezc la monnaie anticrise (fondante)!
    jf

  11. @PYD et F. Leclerc

    J’avais justement une pensée hier pour ces pauvres, pauvres socialistes français, en lisant ce billet. Imaginez, en l’espace de 30 ans, il leur a fallu subir l’équivalent de deux révolutions coperniciennes diamétralement opposées. La première avec l’avènement de Mitterand, qui introduisait le modèle libéral dans la réflexion socialiste, et la seconde aujourd’hui…

    Même pour les esprits les plus protéiformes qui soient, il est dur d’admettre de devoir manger son chapeau deux fois de cette manière…

  12. @ Dissonnance

    De fait, cela s’appelle un contre-pied, ou je ne m’y connais pas. Le risque politique n’est pas négligeable, pour ce parti d’élus, celui de voir pour la seconde fois son candidat aux présidentielles absent au second tour (car c’est à cette unique aune qu’ils mesurent l’efficacité de leur action).

    Après Le Pen, Bayrou ! Ce dernier capte bien mieux qu’eux l’air du temps, tandis qu’ils semblent figés dans leur pose de gestionnaires besogneux et sans envergure.

  13. Je m’aligne. 10€/mois.

    Merci pour votre boulot et nos discussions.

    J’ai hâte de voir le wiki.

  14. J’ai pour ma part envoyé 200€ par chèque. Lors du dernier contrôle de mes comptes il n’avait pas été débité.
    Je ne suis donc peut-être pas compté dans les sommes divulguées par Paul.

  15. @ françois leclerc
    @ dissonnance

    François écrit :
    « De fait, cela s’appelle un contre-pied, ou je ne m’y connais pas. Le risque politique n’est pas négligeable, pour ce parti d’élus, celui de voir pour la seconde fois son candidat aux présidentielles absent au second tour (car c’est à cette unique aune qu’ils mesurent l’efficacité de leur action).

    Après Le Pen, Bayrou ! Ce dernier capte bien mieux qu’eux l’air du temps, tandis qu’ils semblent figés dans leur pose de gestionnaires besogneux et sans envergure ».

    Je suis moi-meme au Parti Socialiste et je souffre que le discours des dirigeants PS ne soit pas plus global, percutant, clair, audible sur les racines et les consequences de cette crise majeure. Pourtant, on a un boulevard ouvert comme jamais que Bayrou exploite beaucoup mieux, j’en conviens tristement , François.
    C’est pourquoi, je pense que l’intervention de Paul JORION devant les elus socialistes europeens , et sur leur invitation, en début d’année était importante.

  16. Le problème c’est surtout que le socialisme est une ideologie morte, au même titre que le libéralisme. Ce n’est pas pour rien qu’émerge à nouveau une tradition de pensée ancienne, qui ramonte à Aristote et Ciceron, et qui se poursuit jusqu’à Rousseau, et enfin Pettit ou Pocock, à savoir le « néo-républicanisme civique » (qui n’a rien à voir avec le parti US…). Un retours aux fondamentaux après les idéologie mortifères du XIXe.
    On pourrait placer Jefferson, Roosevelt, Gambetta, De Gaulle, et… Robespierre dans cette grille. Cette grande tradition est la grande oubliée depuis le XIXé. Ce courant n’ a aucun mal à faire son chemin, dans le vide de la grande pensée politique des partis actuels (qu’il s’agisse d’une démocratie partcipative qui dispense de penser à gauche, ou d’un pragmatisme dépourvu de toute intelligence de la complxité des problèmes à droite). A ne faire que de la com et de la pol politicienne sans intérêt aucun, on finit par le payer au centuple.
    Ca pourrait être un « centre » si on veut, mais un centre dur (Bayrou est trop lent, trop mou (c’est pas Robespierre…), mais il a saisi le mouvement: il passera dans peu de temps de la critique du contrôle monopolistique sur les grands groupes de presse à la critique du contrôle exclusif par la finance privée des flux de capitaux…).
    Certains commencent déjà à essayer d’articuler les thèses de Gesell (insolubles dans le marxisme ou le socialisme) à celles des auteurs précités (du reste Gesell se réfère à Aristote contre Marx).

    A plus ou moins long terme, si les autres jouent bien, le PS pourrait éclater. Une partie se radicalisera à l’extrême gauche. L’autre rejoindra les néo-républicains. On verra la même chose à droite sans doute. Mais c’est vrai, le Modem a un boulevard devant lui sur le plan national. De même que l’extreme-gauche et l’extreme droite, d’ailleurs.
    Et d’une certaine manière c’est amplement mérité.

  17. @antoine : « A plus ou moins long terme, si les autres jouent bien, le PS pourrait éclater. »

    C’est clair. La situation est en train de se radicaliser. Les inégalités se sont accrues fortement et vont s’accélerer pendant la durée de la crise. La lutte des classes reprend donc du poil de la bête. Et au PS, y’a aussi bien des bourgeois bien gras (genre qui se tracasse plus de la propriété intellectuelle que du chômage) que des petits qui trinquent. A terme, toute la gauche caviar va passer dans le camp d’en face ou alors ce sont les petits qui partiront chez les anti-capitalistes ou Bayrou. Peut-être les deux en même temps. Mais là ils ont du mal à éclaircir leur ligne idéologique car cela ne se fera pas sans sacrifier une partie de ses membres (souvent les plus puissants de leurs membres). Ils vont devoir choisir leur camp.

  18. Les sympathisants du Modem qui connaissent l’Homme Bayrou savent son intégrité ,ses valeurs.
    (J’ai opté et me suis inscrit pour un co-listage modem aux dernières municipales,extrêmement déçu par l’échec socialiste)
    A part lui,j’apprécie beaucoup J. Généreux ,Mélenchon sur leur intégrité également.
    De quoi espérer encore et je ne cite pas tous ceux de tous bords qui les rejoignent sur ce point précis.
    Cette intégrité sera la condition préalable à toute poilitique de redressement social et économique,parce qu’elle transmet naturellement la confiance(à ne pas chercher avec les dents…)

  19. Pour faire simple, l’extreme gauche pense que l’on appartient à une classe avant d’appartenir à une communauté politique (on est membre de tele ou telle classe exploité avant d’être « citoyen », concept qui erait un « leurre bourgeois ») et les republicains pensent que c’est du statut normatif de citoyen que se déduisent les obligations des différents « rôles sociaux » les uns à l’égard des autres (les obligations de Kerviel à mon égard en tant que citoyen ne sont pas celles qu’il a à mon égard en tant que justiciable: faute de faire cette distinction naturelle pour un neo-républicain il n’a pas éé lourdment condamné, alors qu’il aurait pris cher dans le cas contraire; les obligations du médecin ne sont pas celles d’EDF qui ne sont pas celles du guichetier, voire même du cadre irigeant à l’égard du salarié).
    Beaucoup de choses se clarifient des qu’on comprend que les questions de déontologie sont au fond une technique pour camoufler des questions qui sont au fonnd des quetions fondamentalement politiques.

    Sur le plan interne la priorité accordé au citoyen (sur le consommateur) éloigne le piège de la sociale démocratie douteuse qui prétend que la justice a quelque chose à voir avec le « compromis » et le « modus vivendi » entre les « partenaires sociaux ». Et de ce point de vu là on le voit les (néo)républicains partagent le jugement peu flatteur des marxistes sur les socialistes/socio-démocrates. Les socialistes sont considérés comme passant allègrement du compromis à la compromission (on « achète » la paix sociale, on « trahit » la cause disent les marxites) oubien ils sont considérés comme corrigeant les inégalités ex post ante (ce qui n’a rien à voir avec la justice sociale dixit Rawls, ou ne change rien aux rapports de domination sur le fond, dixit les républicains).
    Sur le plan international, si les autres membres de la « communauté internationale » (quand on voit les tensions naissantes et néanmoins vives entre les US et le Canada… on se dit que « la communauté internationale » n existe qu’en rêve chez quelques bobos qui se refusent à voir la brutalité du monde tel qu’il est) se pensent comme appartenant d’abord à une communauté politique ou religieuse (américains, russes, turcs, chinois, roumains…) plutôt qu’à une classe sociale, il est impossible d’être cohérent sur la question des « délocalisations » ou des « paradis fiscaux » (ou alors il faut accepter de se faire manger la laine sur le dos).

    Bayrou, à condition que celui-ci abandonne la « salade » mixte et molle PS/UMP pour se rattacher à une tradition autonome et indépendante capable de répondre au défit de la crise, a effectivement une carte à jouer. D’autant que même si ce n’est pas un « nouveau » politique fraichement arrivé, il n’apparait pas non plus aussi « compromis » que les autres formations politiques. Cela dit c’est toute une manière de penser qu’il faut changer, une « mentalité » bien insallée, et un homme ou un parti n’y suffiront pas, quel qu’il soit.

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