La monnaie : quand tout était simple…

En novembre 1949, à la London School of Economics, des spectateurs amusés assistèrent à une démonstration de la machine mise au point par Bill Phillips pour représenter le fonctionnement de la monnaie.

La machine reflétait les théories alors dominantes, et en particulier celle de Keynes. Le principe n’en était pas stupide puisqu’il intégrait en particulier de nombreuses rétroactions, autrement dit des mécanismes dont le fonctionnement est très difficile à se représenter a priori et qu’il vaut bien mieux simuler et observer.

Défaut immédiatement visible sur le schéma : ni capitalistes, ni entrepreneurs, ni salariés mais une catégorie unique : « income », revenus. C’était donc très mal parti et nous ne sommes donc pas autrement surpris d’apprendre que la machine de Phillips ne révolutionna pas la science économique.

Il existe encore deux exemplaires de la machine en état de marche, dont celui à l’Université de Cambridge que le Professeur Allan McRobie ressuscita et manipule pour nous en faire comprendre le fonctionnement : La machine de Phillips

Pour en savoir plus : un article de Steven Strogatz, sur le blog d’Olivia Judson au New York Times (merci à Malcolm Dean de me l’avoir signalé !).

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52 réflexions sur « La monnaie : quand tout était simple… »

  1. Cette machine n’avait évidemment pas vocation à révolutionner autre chose que l’étude didactique des flux et interactions monétaires afin de concrétiser visuellement les résultats systèmes relevant des différents paramètres. La problématique de l’automate n’est pas d’une grande complexité comparée à ce que nos spécialistes savent traiter aujourd’hui, pour autant la machine de Phillips telle que nous la découvrons dans la démo vidéo (très sympa) est loin d’être simple, mettant en œuvre de nombreuses technologies : plus proches d’une centrale électrique et de ces réseaux de refroidissement que du système monétaire. Cela me fait penser aux travaux pratiques physiques et aux outils de démonstration utilisés lors d’études : sur les fluides, les automatismes électriques ou électroniques de notre scolarité.

    Il me semble aujourd’hui qu’une telle machine peut être beaucoup plus aisément modélisée et visualisée par un logiciel offrant un nombre pratiquement illimité de variables et autorisant une visualisation équivalente en y associant seuils, alarmes, branchements conditionnels de toutes natures, action & réaction, bref tous les bienfaits de la simulation informatique.

    Bienfaits qui auront coûté la mise à l’écart de 80-90% des équipes d’ingénierie de tests et d’essais (climatiques, aéronautiques, électroniques, nucléaires…)
    Alain

  2. @ Crystal

    Je connais la situation de François Leclerc qui, ayant ses propres sources régulières de revenus, est très différente de la mienne. Il m’a fait savoir dès le début de sa présence sur le blog comme contributeur que son statut d’invité est, à ses yeux, sa propre gratification. A la vue de votre message, il vient de me le réitérer.

  3. @Paul :
    Je profite de l’exposé sur cette machine à gaz pour vous féliciter de votre intervention radiophonique (!), et en passant je me demandais si vous aviez remarqué que dans le schéma anatomique que vous exposez là ; il y’avait plusieurs tuyaux, plusieurs réservoirs (c’est compréhensible, puisque l’argent doit être compliqué !) mais qu’une seule POMPE (pump) ! Du coup je vous soupçonne d’élaborer dans votre blog l’anatomie de cette « pump », soit la pompe à fric nécessaire à la civilisation libérale … Sachez que c’est très vilain ! 🙂

  4. @ Paul Jorion

    Merci !

    J’apprécie beaucoup ce système. A l’usage je trouve que c’est un bonne idée.
    Je me demandais juste si à partir d’une certaine somme d’autres contributeurs pouvaient en profiter.

    Amicalement.

  5. @Sylvie (8 juin 10h12) et Le Naïf (8 juin 14 h 14)
    Merci, mais comme je suis curieuse c’est la clarification de la position de Monsieur Jorion qu’il m’intéresse de connaître (qui doit émettre la monnaie, quelle monnaie, quels intérêts, rôle des banques privées, rôle de la banque centrale, rémunération de l’épargne, etc ?). Les position d’Allais sont connues, quand à ECCE, à part quelsues débats et des liens sur ce blog, pas vu de propositions (pour le moment sans doute)

  6. Ybable a écrit
    « La banque centrale deviendrait une banque d’état et ferait partie du ministère des finances. Cette banque serait la seule autorisée à créer de l’argent pour des prêts. Ce serait au parlement de décider quelle sorte de crédits doivent avoir la priorité dans l’intérêt de la société. Ces prêts pourront être accordés à des conditions favorables. De cette façon le parlement aura beaucoup plus d’influence sur la forme que prend la société »

    J’ai lu attentivement votre exposé. Je relève ce point su lequel j’attire votre observation.

    Je suis , comme vous , démocrate. Mais , sans partager le dégoût et le malaise que beaucoup éprouvent devant le système démocratique qui donne l’impression d’être de pure forme, je partage l’impression que plus on ‘monte’ dans les institutions , plus la possibilité d’une alternative parait difficile. A un certain niveau il devient difficile de faire bouger les choses.
    Je pense que ce ne sont pas toujours les hommes au pouvoir qui en sont responsables, mais aussi la société civile qui demande à la fois le beurre, l’argent du beurre, et en prime le sourire de la crémière, tout en lorgnant sur son cul.

    Donner le pouvoir total (Car tout de même la ou les puissances publiques ont encore en main quelques leviers …) à l’Etat pour réguler le flux monétaire , c’est faire entrer la création monétaire dans le cercle de la démagogie, du clientélisme et de la facilité , en la soumettant au caprice de l’opinion . Je rappelle que les Etats, dans leur ensemble se sont montrés extrêmement laxistes dans les politiques d’équilibre budgétaires, si bien qu’à présent ce keynesianisme institué et répété leur a ôté toute marge de manœuvre !

    Et c’est donc , de plus , faire rentrer la politique monétaire entièrement dans le cercle d’une certaine impuissance et d’une absence d’alternative.

    Enfin fixer l’attribution des crédits à quelques fonctionnaires d’Etat , c’est surestimer largement les compétences , la clairvoyance et la capacité à analyser les multiples aspects de l’économie pour optimiser les choses.

    Je ne dit pas que le ‘marché’ soit parfait, mais à moyen terme, à un moment donné, correctement entretenu et régulé (soit en plus , soit en moins) , il n’est plus manipulable : il n’est pas une solution complète mais il est au moins un thermomètre , un alerteur .

  7. @Opposum
    Le texte n’est pas de moi, j’ai mis l’URL source juste avant, mais je l’ai trouvé suffisamment pertinent par rapport au sujet pour le coller ici.

    3 remarques :
    * la naissance du capitalisme conjointe avec l’idée de « main invisible du marché » c’est exactement la solution imaginée pour pallier à ce problème de dérive institutionnelle sur les affaires monétaires qui a été constaté de longue date. C’est pour cette raison que les USA s’accrochent tellement au libéralisme, en tant que « terre de liberté », ils ne veulent plus de l’interventionnisme de l’état concernant les affaires monétaires. Il est regrettable que cette belle analyse que j’ai posté fasse fi de l’histoire économique, du moins sur ce point. Donc bien sûr, proposer un retour en arrière n’est clairement pas une solution envisageable. Mais qu’avons nous à proposer à la place ?

    * Nous avons un vrai problème de fond. Adam Smith (je résume/simplifie un peu l’histoire) à imaginé le capitalisme pour enlever une partie du pouvoir aux puissants et le redonner au marché, espérant ainsi assurer une meilleure redistribution des richesses et des libertés. Mais il avait prévenu demblé : le corporatisme est une menace pour le marché. D’ou les lois anti-trust. Mais nous voyons bien aujourd’hui que des groupes d’intérêts se sont emparés de ce « pouvoir » repris aux puissants seigneurs de l’époque, et qu’ils n’en font pas meilleur usage. Malheureusement, le capitalisme possédait en lui les germes de sa propre destruction, puisque, sa nature même favorise l’émergence, la croissance, et l’installation durable de ces « corporations ».

    * Concernant la démocratie, je vous invite à lire : http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-france-est-elle-une-democratie-57203

    L’idée que la France est une démocratie est généralement acceptée par la plupart des observateurs, en particulier à l’étranger, sans que la question fasse débat. Il est cependant permis d’examiner cette assertion en détail, et les choses nous apparaissent alors moins nettes.
    La démocratie consiste en un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. « Par le peuple », la chose paraît difficile lorsque l’on parle de nations comptant des millions de citoyens – bien qu’à la vérité, l’expérience n’ait jamais été tentée – voici pourquoi la France a fait, comme tous les autres pays, une entorse à ce principe en y substituant le gouvernement « par les représentants du peuple ». C’est ce que l’on appelle la démocratie indirecte. Les citoyens élisent donc librement ceux qui vont porter leur parole au sein d’une assemblée où ils débattront. Ce système est en soi imparfait, car bien sûr, celui que j’élis, par exemple, parce que ses opinions sont proches des miennes en matière économique n’aura pas nécessairement les mêmes idées que moi en matière de défense, de moeurs, de diplomatie, etc… Se rajoutent à ce défaut ontologique trois biais spécifiques au cas Français.

    – En premier lieu, l’assemblée dont nous parlons n’a de compétence qu’en matière de pouvoir législatif. Le pouvoir exécutif rend des comptes au Parlement, mais les ministres ne sont pas élus par le peuple. De fait, ce n’est le cas nulle part dans le monde, la situation Française se caractérisant du reste par un degré de démocratie légèrement supérieur à la moyenne en ceci que le Président de la République, qui exerce de fait les fonctions de chef de gouvernement, est directement élu par les citoyens. Notez enfin que le pouvoir judiciaire, entre les mains de fonctionnaires de carrière, est largement hors de portée du suffrage populaire, et que la souveraineté du peuple ne s’y exerce que par le rare et folklorique truchement des jurys d’assises.

    – En second lieu, le pouvoir législatif du Parlement est strictement encadré par l’exécutif, qui décide de l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale. Les députés n’ont donc aucun moyen de débattre d’un sujet qui n’aurait pas l’agrément du Président de la République, une spécificité Française qui réduit considérablement la souveraineté et la crédibilité du Parlement.

    – Enfin, le parlement se compose de deux chambres, l’Assemblée Nationale et le Sénat. Ce dernier n’est pas élu au suffrage universel, mais par le vote des « grands électeurs », principalement les maires. Ce système avait, à l’origine, pour unique objet d’empêcher la gauche d’arriver au pouvoir, en donnant autant de voix à quelque obscure bourgade agraire du bocage Normand qu’à Paris et ses hordes d’ouvriers bolcheviques. Ce système à l’antidémocratisme patent est toujours en place de nos jours, car il est impossible de réformer la constitution sur ce point sans avoir l’aval du Sénat…

    Dans la pratique, le Parlement n’a que le pouvoir de voter servilement les lois qui lui sont proposées par le gouvernement ou, de plus en plus souvent, directement par les groupes de pression économiques ou moraux qui font le siège du Palais Bourbon. Lorsque le parlement vote mal, on le fait revoter, comme on l’a vu récemment.

    Il n’existe que peu de reliquats de véritable démocratie dans la pratique du pouvoir. Les citoyens ont rarement voix au chapitre. Souvenons-nous que le dernier référendum national date de quatre ans – la pratique du référendum local étant très marginale – et que l’actuel Président de la République s’était fait fort, durant sa campagne, de n’en organiser aucun durant son mandat, sous prétexte que le peuple est bête et qu’il ne comprend pas les questions qu’on lui pose. On ne saurait mieux faire l’éloge de l’oligarchie. En somme, tout se passe comme si la démocratie « à la Française » consistait à se déplacer au bureau de vote une fois tous les cinq ans, et à obéir servilement le reste du temps.

    Cela pourrait effectivement passer pour une sorte de démocratie, dévoyée, mais enfin, qui aurait sauvegardé l’essentiel : le choix du peuple. Mais là encore, dans la pratique, tout s’est mis en place depuis des années pour réduire la pertinence de ces choix, toujours en raison du fait que le peuple est bête et mal éduqué et qu’il ne connaît pas son intérêt, la preuve, c’est qu’il ne vote pas comme on veut. Qui se souvient du référendum sur le quinquennat ? Sous le premier mandat de Jacques Chirac, celui-ci avait eu l’idée brillante – qui traînait en fait dans l’air depuis un bon moment – de ramener le mandat du Président de la République de 7 à 5 ans. Voilà qui va dans le bon sens, bêla-t-on alors de conserve, car cela signifiait que l’on aurait le droit de choisir plus souvent ceux qui nous gouvernent. Mais il n’en a rien été, et voici pourquoi. Jadis, le mandat du Président étant de sept ans et celui des députés de cinq seulement, ils se retrouvaient décalés. Au cours d’un septennat, on pouvait donc changer deux fois ceux qui nous gouvernaient, la première fois à la Présidentielle, la seconde cinq ans plus tard aux Législatives. En moyenne, l’élection décisive se déroulait donc tous les 3,5 ans. Avec le quinquennat, les deux élections étant synchronisées, on ne vote qu’une fois tous les 5 ans. Le voyez-vous mieux, le progrès démocratique ? De fait, si on examine les évolutions constitutionnelles intervenues ces vingt dernières années, on s’aperçoit qu’il n’y a jamais eu la moindre avancée ayant permis de redistribuer un peu de pouvoir au peuple. Ou plutôt si, il y en eut un : en 2005, on avait inclus un – dérisoire – alinéa pour obliger à passer par voie référendaire lorsqu’il s’agirait de ratifier toute nouvelle adhésion d’un pays à l’Union Européenne. C’était pour rassurer les Français au sujet de la Turquie. L’alinéa en question a depuis mystérieusement disparu à l’occasion du dernier chambardement constitutionnel voulu par le Président Sarkozy (c’était officiellement pour moderniser les institutions, on ne voit pas bien le rapport).

    Du point de vue institutionnel, tout est fait pour protéger de plus en plus les élus contre les méfaits du suffrage universel. Mais les institutions ne sont pas tout, il y a aussi, et surtout, les usages, le contexte social dans lequel s’opère le choix du peuple. Ainsi, la liberté d’expression est-elle généralement considérée comme nécessaire à la pratique démocratique, car seul un citoyen bien informé peut voter en connaissance de cause. Cette liberté est garantie par la Constitution. Sauf dans certains cas prévus par la loi afin d’éviter des « abus ». Quels sont ces cas ?

    – Injure
    – Diffamation
    – Divulgation d’éléments relatifs à la vie privée
    – Divulgation de données fiscales
    – Entorse à la propriété intellectuelle
    – Négation de génocide
    – Citation de marque commerciale dans un medium grand public
    – Dénigrement de marque commerciale
    – Pédopornographie
    – Incitation à la haine raciale
    – Non-respect de la présomption d’innocence
    – Non-respect du secret de l’instruction
    – Non-respect du « droit à l’image »
    – Apologie du suicide, de la torture, de délits divers…
    – Infraction au secret défense
    – etc…

    Il n’aura échappé à personne que si vous désirez empêcher quelqu’un de s’exprimer et que vous avez de l’argent à y consacrer, vous trouverez toujours dans cette liste non-exaustive au moins un moyen de faire taire le gêneur. Néanmoins, la Constitution garantit votre droit à la liberté d’expression. Il suffit juste que ce que vous avez à dire ne cause de chagrin à personne.

    Cet arsenal juridique est d’autant plus ubuesque que dans les faits, les principaux organes de presse ont, depuis quelques années, tous basculé dans le giron de grands groupes industriels et financiers, amis et associés de l’actuel pouvoir, ce qui permet de s’interroger sur leur indépendance. L’enquête de fond n’ayant jamais été la spécialité de la presse Française, on comprend que l’Etat n’a, en somme, rien à craindre de ce côté là. C’est donc uniquement à destination des particuliers que l’on a, année après année, organisé cet étouffant système du « vous êtes libres de dire que vous êtes d’accord avec nous » qui conduit invariablement à nous donner le choix, à chaque élection, entre l’énarque de droite et l’énarque de gauche, qui sont d’accord sur tout et mèneront, avec des nuances de pure sémantique, des politiques indiscernables.

    Plus on s’interroge sur la pratique démocratique dans notre pays, plus on est contraint de constater que le gouvernement « par le peuple » n’est pas à l’ordre du jour, et historiquement, il est vrai qu’il l’a rarement été. Qu’en est-il alors du gouvernement « pour le peuple » ? Car si la France de de Gaulle et Pompidou ne valait guère mieux en matière de censure et de respect des formes démocratiques, au moins peut-on créditer les hommes d’état de ce temps d’une certaine efficacité dans leur gouvernement. N’ont-ils pas relevé la France de ses ruines, et bâti un des pays les plus prospères du monde sur le socle d’une solide indépendance nationale ? Les années 50 et 60 n’ont pas manqué de scandales et d’affairistes, pourtant, on construisait, on entreprenait, on bâtissait l’avenir en investissant dans l’innovation et la jeunesse. En somme, si les institutions étaient déjà imparfaites, les politiciens de cette génération, issus de la guerre et de la résistance, étaient dotés d’une qualité morale et intellectuelle suffisante pour n’en point trop tirer profit à leur avantage personnel.

    On ne peut certes pas en dire autant de la génération actuellement au pouvoir.

  8. à Ybabel [08:24]
        YASUA.
    Il Y A Surement Une Alternative décente qui respecte la Constitution existante.
    J’en ai la certitude.

  9. [Duhem, La Théorie physique, Vrin, p. 108-109 ]

    Toute cette théorie de l’Électrostatique constitue un ensemble de notions abstraites et de propositions générales, formulées dans le langage clair et précis de la Géométrie et de l’Algèbre, reliées entre elles par les règles d’une sévère Logique; cet ensemble satisfait pleinement la raison d’un physicien français, son goût de la clarté, de la simplicité et de l’ordre.

    Il n’en va pas de même pour un Anglais; ces notions abstraites de point matériel, de force, de ligne de force, de surface d’égal niveau potentiel, ne satisfont pas son besoin d’imaginer des choses concrètes, matérielles, visibles et tangibles. Un physicien anglais dit que: «Tant que nous nous en tenons à ce mode de représentation nous ne pouvons nous former une représentation mentale des phénomènes qui se passent réellement». C’est pour satisfaire à ce besoin qu’il va créer un modèle.

    Le physicien français ou allemand concevait, dans l’espace qui sépare les deux conducteurs, des lignes de force abstraites, sans épaisseur, sans existence réelle; le physicien anglais va matérialiser ces lignes, les épaissir jusqu’aux dimensions d’un tube qu’il remplira de caoutchouc vulcanisé; à la place d’une famille de lignes de forces idéales, concevables seulement par la raison, il aura un paquet de cordes élastiques, visibles et tangibles, solidement collées 1 par leurs deux extrémités aux surfaces des deux conducteurs, distendues, cherchant à la fois à se raccourcir et à grossir; lorsque les deux conducteurs se rapprochent l’un de l’autre, il voit ces cordes élastiques les tirer, il voit chacune d’elles se ramasser et s’enfler; tel est le célèbre modèle des actions électrostatiques imaginé par Faraday, admiré, comme une œuvre de génie, par Maxwell et par l’École anglaise tout entière.

    L’emploi de semblables modèles mécaniques, rappelant, par certaines analogies plus ou moins grossières, les particularités de la théorie qu’il s’agit d’exposer, est constant dans les traités de physique anglais; les uns en font seulement un usage modéré; d’autres, au contraire, font appel à chaque instant ces représentations mécaniques. Voici un livre destiné à exposer les théories modernes de l’électricité, à exposer une théorie nouvelle; il n’y est question que de cordes qui se meuvent sur des poulies, qui s’enroulent autour de tambours, qui traversent des perles, qui portent des poids: de tubes qui pompent de l’eau, d’autres qui s’enflent et se contractent; de roues dentées qui engrènent les unes dans les autres, qui entraînent des crémaillères; nous pensions entrer dans la demeure paisible et soigneusement ordonnée de la raison déductive; nous nous trouvons dans une usine.

    Bien loin que l’usage de semblables modèles mécaniques facilite l’intelligence d’une théorie à un lecteur français, il faut au contraire à celui-ci, dans bien des cas, un effort sérieux pour saisir le fonctionnement de l’appareil, parfois très compliqué, que l’auteur anglais lui décrit, pour reconnaître des analogies entre les propriétés de cet appareil et les propositions de la théorie qu’il s’agit d’illustrer; cet effort est souvent beaucoup plus grand que celui dont le Français a besoin pour comprendre dans sa pureté la théorie abstraite que le modèle prétend incarner.

    L’Anglais, au contraire, trouve l’usage du modèle tellement nécessaire à l’étude de la Physique que, pour lui, la vue du modèle finit par se confondre avec l’intelligence même de la théorie.

  10. @contrarement à ce qu’affirme ybabel, le banques ne créent jamais de monnaie! Cela ne serait pas du tout sérieux!
    A mon sens, toutes ces considérations sur le « multiplicateur sont totalement inutilisables et inutiles!
    La branqueprête … ce qu’elle emprunte, soit aux déposants, soit sur le marcé interbancaire!
    Ce qu’elle reçoit en provision de la BC reste dans ses fonds propres et n’est, en principe, pas destiné aux prêts. Ainsi, les considérations autour des réserves fractionnelles ne tiennent pas davantage la route!
    jf

  11. @ Mr Ripley s’amuse

    La grande différence entre l’économie et la physique est que, d’une manière générale, les lois de la physiques sont stables et que, lorsqu’elle ne le sont pas, parvenir à une modélisation plus générale pour retrouver cette stabilité est un but légitime de la science.

    Rien de tel en économie. Les lois de la monnaie ne sont pas stables. Elles ne sont pas une donnée du processus mais un résultat. Les lois de la monnaie ont changé lorsque le système de Bretton Woods a été institué, puis à nouveau lorsque l’étalon-or pour le dollar a été abandonné. Elles ont changé plus récemment lorsque le financement d’état est devenu le business model majoritaire des banques occidentales et peut-être à nouveau lorsque (Paul Jorion a parlé alors de la fin du capitalisme) la Fed et la BoE ont décidé d’émettre de la monnaie pour financer l’état.

  12. @johannes finckh :

    Vous avez raison, les banques ne créent jamais de monnaie, si, comme à votre habitude, vous limitez le terme « monnaie » aux billets de banque ou aux comptes des banques commerciales en banque centrale.

    Par contre, et bien évidemment, les banques commerciales créent de « leur » monnaie (celle, scripturale inscrite sur votre compte en banque, que vous utilisez tous les jours en payant en C.B. ou par chèque), lorsqu’elles émettent un crédit ( ce que Paul Jorion nomme  » reconnaissance de dette » ), augmentant l’ensemble de ce que les économistes nomment eux – peut être à tort – « monnaie » (dans le sens de « masses monétaires ») , car « les crédits font les dépôts« 

  13. @ johannes finckh

    Après autant de mois de discussions sur la monnaie, c’est un peu court comme réponse !

    Si l’on vous suit : dépôts prêtés par les déposants + emprunts à la BC = montants des prêts aux emprunteurs

    C’est ce qu’on devrait trouver dans les bilans des banques et ainsi il n’y aurait donc pas de problème.

    Les quelques tableaux bancaires que j’ai consultés montrent en général un rapport, entre les deux membres de l’équation, supérieur à un, voire très supérieur à un : c’est donc une illusion ? Comme la crise, je suppose.

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