La science économique n’aura pas lieu, par Daniel Duet

Billet invité. Paru également dans Les Cahiers pour l’histoire de l’épargne, n°12, 2009

LA SCIENCE ECONOMIQUE N’AURA PAS LIEU …

Face à la grave crise financière traversée par le monde actuellement, et comme cela a été pratiquement chaque fois le cas dans des circonstances historiques semblables, l’économie est interrogée. Pourquoi l’économie, qui se prétend une science, n’a-t-elle pu prévoir la catastrophe qui s’annonçait ?

Certes, tel ou tel économiste pourra toujours prétendre l’avoir fait, mais alors, pourquoi l’économie, en tant que discipline, elle qui accumule les recherches depuis plus de deux siècles au moins et dont les bataillons sont si nombreux dans toutes les institutions publiques et privées, ne s’est-elle pas constituée un socle capable d’indiquer aux décideurs de toute nature les moyens de prévenir ce genre d’emballement, qui, on en conviendra, touche le système au cœur. Pourquoi, en définitive, en reste-t-on toujours, en économie, à ce qui ressemble plus à des opinions qu’à des conclusions scientifiques qui s’imposeraient à tous ?

Et si ces questions n’avaient pas de sens ? Et si adresser ces demandes à l’économie débouchait sur un impossible, tout simplement parce que l’économie, par essence, n’est pas et ne saurait être une science ?

« Ainsi, l’économie est devenue la manière de découvrir comment les biens
qui permettent l’enrichissement sont produits et échangés. L’échange est
promu au rang de comportement universel, par principe, sans référence à des
conditions historiques, politiques ou morales particulières. Et l’économie est la
science qui permet d’étudier tout cela en le mettant en équation »

Christian Chavagneux, De l’économie politique à la science Economique, Alternatives économiques, 3 ème trimestre 2007

« Je peux prévoir le mouvement des corps, pas la colère des gens »

Isaac Newton après avoir perdu 20 000 livres en bourse (1720)

Depuis un lointain passé, l’économie se vit comme une science. Songeons à l’ambition démiurgique de Marx qui souhaitait découvrir les lois de l’économie afin de les utiliser au service de la praxis qu’il appelait de ses vœux, à Walras qui rêvait de mettre en équations rien moins que l’équilibre économique général et aux constructions de la micro économie contemporaine fondée sur l’idée d’un sujet économique réductible à la fiction de l’homo oeconomicus.

L’économie se vit comme une science

De fait, si l’on essaie de caractériser cette démarche qui, en réalité, en dit beaucoup plus sur l’idéal de ses promoteurs que sur l’objet qu’ils visent et qu’ils ratent, c’est autour de la volonté de mettre le réel social en équations que tourne, d’une façon ou d’une autre, ce projet. On peut, en effet, prendre le terme de science dans une acception mesurée. Il s’agira alors de postuler à la rigueur de la démarche, à la vérification des faits avancés et à leur objectivation chaque fois que possible, à la cohérence du discours. Dans ce sens là, la plupart des disciplines qui ont pour but la connaissance peuvent se dire « scientifiques ». Ce n’est pas dans un cadre si modeste et minimaliste que s’est historiquement placée l’économie lorsqu’elle a voulu se prétendre « scientifique », mais au sens, beaucoup plus fort, qui est celui du projet des sciences de la nature depuis le XIX ème siècle.

Bergson a très bien défini la nature de ce projet : « La science mesure et calcule en vue de prévoir et d’agir. Elle suppose d’abord, elle constate ensuite que l’univers est régi par des lois mathématiques » L’économie à prétention scientifique a souhaité, dès l’origine, s’inscrire dans cette logique, qui est celle de la physique notamment, considérant donc, par là, que son univers, l’univers des faits économiques, était « régi par des lois mathématiques ». Elle a prétendu que son objet d’étude était justiciable, pour l’essentiel, du traitement mathématique et qu’il pouvait donc donner lieu, sans obstacle de principe, à mesure, calcul, formalisation ; que ce traitement du réel économique permettait de formuler des lois amenant à comprendre la nature profonde des phénomènes étudiés et dotées d’une capacité prédictive sérieuse en matière de comportements et d’évolution. C’est là le projet de l’économie à prétention scientifique et cela reste l’idéologie affichée par l’économie académique démontrée, notamment, par sa vénération de la formalisation mathématique présentée comme gage et pierre de touche de sa scientificité.

« Les économistes opèrent à merveille sur le mort et martyrisent le vif »

Hélas, eu égard à l’ambition originelle de maîtrise explicative et prédictive, c’est le ratage qui est au rendez-vous et cela ne date pas d’aujourd’hui : le réel qu’on prétendait ainsi saisir fuit de tous côtés, que ce soit dans l’explication ou dans la prévision. On peut en identifier les causes à deux niveaux essentiels. Dans la volonté de « découper » un objet économique « pur » – un fantasme qui remonte à Walras – au sein du réel humain et social, tout d’abord. Une telle action de découpage ne serait pas illégitime si l’objet s’y prêtait. Mais ce n’est pas le cas : l’économique est habité, contaminé pourrions nous presque dire en réaction, par le social et par l’humain au sein de tous ses processus. Et la seule saisie sérieuse de sa nature passe par le fait de le mettre de façon permanente en relation avec les faits humains et sociaux dans lesquels il est indissociablement « serti », pour reprendre l’expression de Karl Polanyi. En se livrant à cette opération d’extraction, de mutilation en vérité, c’est la réalité qu’elle prétend saisir que l’économie assassine, au pire, ou dont elle casse le ressort, au mieux, si l’on peut dire. « Les économistes ont un excellent scalpel et un bistouri ébréché, disait déjà Chamfort. Ils opèrent à merveille sur le mort et martyrisent le vif » : il serait effectivement gênant pour un chirurgien de tuer son patient pour l’opérer plus tranquillement. C’est pourtant bien ce que font les économistes scientistes ! La deuxième mutilation que fait subir l’économie à son objet c’est le traitement mathématique lui même qui réduit, aplatit et appauvrit le réel qu’il prétend appréhender. Le résultat peut, certes, souvent atteindre à une élégance séduisante, mais au prix du réalisme. Ainsi, souvent, le chercheur en économie fait malheureusement penser au chercheur de clé qui reste sous la lumière du lampadaire parce qu’on y voit plus clair : la séduisante clarté des mathématiques ne fait pas revenir la clé sous le lampadaire s’il s’avère qu’elle a été perdue dans une zone d’ombre ! N’est-ce pas ce qu’affirmait Maurice Allais, le seul Nobel français d’économie à ce jour, lorsqu’il se désolait à propos de l’économie académique : « aujourd’hui on n’a que trop l’impression que l’économie est simplement considérée comme un prétexte pour faire des mathématiques et que la beauté des démonstrations est préférée à la ressemblance avec la réalité » ? C’est un propos de la fin des années soixante que l’auteur réitérera au cours des années quatre vingt dix. Et toujours actuel.

Produire des théories comme fin en soi ?

Ce double mouvement de découpage et de réduction génère une conséquence plaisante : la réintroduction quelque peu ridicule de dimensions préalablement écartées abusivement mais dont l’absence finit par être insoutenable. Ainsi, entre de nombreux exemples que l’on pourrait donner en la matière, cet éminent économiste qui découvre dans un savant article des Echos d’octobre 2005, la nécessité de prendre en compte « l’optimisme et le pessimisme », qu’il décrète d’ailleurs comme étant des catégories « économiques » et dont il identifie l’intérêt à la suite, dit il, d’un rapprochement « récent » de l’analyse économique avec la psychologie. C’est bien le fait que l’économie ait évacué si longtemps de telles réalités qui devrait poser problème à cet éminent spécialiste. Et le fait de présenter comme une avancée « scientifique » ce qui n’est en fait qu’une consternante platitude, à savoir le fait de considérer le pessimisme et l’optimisme dès lors qu’on s’intéresse à des attitudes et à des choix économiques, devrait, peut être, l’amener à s’interroger assez fondamentalement sur la pertinence des découpages d’objets opérés par sa discipline. Ce n’est pas son attitude et, ce faisant, le traitement qu’il propose risque fort de manquer à nouveau son objet en le soumettant à une de ces moulinettes modélisatrices, dans lesquelles se complait avec délectation l’économie. Au final, nous ne comprendrons peut-être pas tellement mieux comment opèrent l’optimisme et le pessimisme dans le champ de choix économiques qui ne sont jamais qu’économiques, mais nous aurons hérité d’un jeu d’équations de plus sur le sujet. N’est ce pas ce désir, voire ce délire, modélisateur, produisant un savoir « aussi riche qu’immobile » selon l’expression d’Alain Minc, qui conduisit, dans un colloque, un économiste à définir l’économie comme « une science qui n’est pas capable de faire des prédictions mais qui produit des théories » ? C’est peut peut-être là l’aboutissement logique d’une discipline à l’ambition si mal ciblée : produire des théories comme fin en soi ! Comment s’étonner dès lors, pour donner là aussi un exemple entre cent, qu’un lecteur qui se serait reporté à une revue de très bon niveau dans le monde de l’assurance consacrant un dossier à la perception du risque – la revue Risques de septembre 1999, pour être précis- n’y aurait rien découvert sur la théorie de l’utilité espérée, pourtant présentée par les économistes académiques comme étant à la base de toutes les théories de l’assurance, sinon le constat qu’elle se révèle incompatible avec les comportements des sujets. Le même lecteur y aurait également constaté, sur les neuf articles du dossier en question, une seule signature d’économiste contre cinq signatures de psychologues : beaucoup de théorie, donc, pour peu de chose …

Les économistes croient-ils en leurs mythes ?

Désir – voire délire- modélisateur : c’est donc la formulation qui nous est venue sous la plume s’agissant de la pratique de l’économie académique. Ce n’est sans doute pas par hasard. Ce à quoi l’économie à prétention scientiste a adhéré, dès ses origines, c’est au « discours de la science » – à distinguer de la pratique scientifique courante, moins idéologique. Ce discours, face aux incertitudes et aux apories du réel, vise à nous en débarrasser et à nous faire entrer dans l’ère des certitudes et de l’indiscutable expertise. La volonté de « faire science » se révèle alors comme fantasme de prise sur le réel et désir de le faire passer par le prisme d’une vision d’un monde réduit au pur quantifiable. Lorsque nous énonçons cela nous savons bien que, dans leur travail de modélisation, la plupart des économistes se pensent modestes et respectueux de la complexité de l’objet qu’ils étudient, entourant leur approche de toute une série de précautions et de limitations. Mais ce que nous pointons en parlant de posture prétentieuse, et non en les mettant en cause eux-mêmes à titre individuel mais en visant leur démarche, c’est la prétention à faire entrer le social dans le lit de Procuste de leurs équations. Il est si confortable de construire une douillette protection qui dispense d’aller vers un réel « impur » dont on cherche tellement à rester éloigné. C’est Jacques Lesourne qui le disait, il y a de nombreuses années déjà, en visant une savante société fière de la sophistication de ses outils: « les bruits du chômage et de l’inflation ne pénètrent pas dans les enceintes insonorisées de la Société d’économétrie… » C’est ainsi que l’on sélectionne les futurs économistes à travers leur soumission à l’outil mathématique, comme l’on sélectionne, depuis quelque temps déjà, les futurs médecins de la même façon : ne parlons plus de vocation, parlons science ou, en tout cas, mythe scientiste. « Les grecs ont-ils cru à leurs mythes ?» s’interrogeait Paul Veyne. Nos économistes croient-ils aux leurs ? Dans le premier cas la réponse est évidemment oui. Dans le second également, je le crains…

Une interaction bien trop complexe et non prévisible

Le fait que l’incertitude ne soit pas réductible, que le social soit tissé de paradoxes inconciliables et que le quantitatif n’épuise pas le réel, n’appelle pas à renoncer à comprendre ce qui peut l’être, mais plutôt à une pratique ouverte, modeste et empirique de la recherche économique. Considérons le rôle de l’économiste dans les débats politiques liés, par exemple, aux périodes électorales. On peut et on doit soumettre les projets des candidats à l’examen des économistes : on peut chiffrer, on peut relever les invraisemblances, les incohérences ou les promesses manifestement irréalistes. Mais encore faut-il le faire avec prudence, car le réel social est complexe et ce qui paraît pouvoir être dit en première analyse peut avoir à être modifié du fait de facteurs humains, sociaux, psychologiques, politiques qui ne peuvent se réduire à l’aspect purement économique et à l’aspect simplement chiffré : des effets de leadership, des synergies prévisibles ou non prévisibles a priori, des changements de croyance ou de comportements plus ou rapides. L’économiste a donc la parole. Dans certains cas elle pourra être très assurée, dans d’autres elle devra être délivrée avec prudence : il vaut mieux ne pas se prononcer que jouer les Diafoirus et les médecins de Molière … Cette parole économique ne pourra, en tout cas, prétendre aboutir à modéliser les paramètres des conséquences des choix électoraux, basés, comme tout ce qui relève des projets humains, sur une interaction bien trop complexe et non prévisible entre le poids des choses, la volonté des hommes et le hasard des évènements. Car le poids des choses n’est que partiellement quantifiable, la nature même de la volonté des hommes est de créer de l’inattendu et les manifestations du hasard surgissent, par définition, masquées. Cette référence au contexte électoral nous paraît illustrer ce que peut être le recours au savoir économique et la nature même de celui ci. Ne nous conduit-elle pas à se qui pourrait ressembler à un retour à Smith et à l’économie politique et empirique ? Adam Smith a écrit, parallèlement à sa fameuse Richesse des nations, un Traité des sentiments moraux auquel il accordait plus d’importance qu’à ses textes économiques. Il pensait que l’économique n’était qu’un aspect partiel de l’agir humain, qui devait rester à sa juste place. De même, avant que la volonté de faire science ne prenne progressivement l’ascendant au cours des XIXième et XXième siècle, l’économie s’est longtemps définie comme « économie politique », c’est-à-dire insérée dans la dimension politique du réel social. Plus tard, se détournant d’une économie se prétendant classique et sûre d’elle-même, mais incapable de produire des conseils pertinents face à l’ampleur de la crise, J M Keynes a rapproché l’analyse économique d’une pragmatique qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être. Pragmatique certes assise sur un effort de théorisation nécessaire, mais pensée comme limitée dans sa visée et s’appuyant sur la prise en compte réaliste des faits et sur les réalités observables. Après lui, nombre de ses successeurs ont académisé sa démarche pour la réinsérer dans les moules traditionnels…

Se considérer comme une discipline historique et politique

Sur la base de ces brillants précédents, il faut réaffirmer que l’économie ne peut être qu’un savoir humain et social et qu’elle ne peut prétendre à la scientificité des sciences de la nature, surtout à un âge ou celles-ci intègrent à leurs raisonnements l’indéterminé et le probabilisme. L’analyse économique peut viser à la rigueur et à l’objectivité lorsque c’est possible, mais doit rester ouverte à l’aléa et au jeu des interactions humaines. Pour ce faire, elle ne doit pas chercher à toute force à forclore le sujet, ses paradoxes et son opacité à lui même dans une micro économie mutilante et basée sur une mauvaise abstraction, ni à se donner l’illusion de la compréhension dans une macro économie qui mécanise le social, tombant ainsi dans le piège d’un double non sens anthropologique : celui d’un sujet transparent à lui-même et celui d’un social soluble dans la raison. Elle a, au contraire, à demeurer attentive à l’observation des processus de logique irrationnelle qui mettent à mal l’idéal scientiste et à ne pas prétendre pouvoir toujours les comprendre. Alan Greenspan lorsqu’il évoquait « l’exubérance irrationnelle des marchés financiers » ou Patrick Artus lorsqu’il frémissait à l’idée que la recherche par le capital occidental d’une « rentabilité irrationnelle » puisse générer de graves crises sciant la branche même sur laquelle il est assis, sentaient bien de quel grain et de quels paradoxes est fait le réel humain et de quel hubris les pratiques économiques peuvent être porteuses. De ce point de vue, l’actuelle crise financière, au cours de laquelle, pour tous ceux pour qui l’économie est rationnelle, « subprimes » a si fortement rimé avec « surprise », apporte une nouvelle et claire confirmation. L’économie peut donc chercher à quantifier, mais en remettant l’outil mathématique à sa juste place et en sachant s’en détourner lorsqu’il n’est utilisé que pour faire illusion : elle doit savoir renoncer à produire des « modèles abstraits pour des économies imaginaires » selon l’expression d’Edmond Mallinvaud. Une certaine utilisation des mathématiques par les théories financières n’a-t-elle pas été aux limites du charlatanisme ? Elle doit s’abstenir de délivrer des théorèmes indiscutables là ou il n’y a que des vérités partielles et des hypothèses précaires. Elle doit, certes, tenter d’isoler méthodologiquement les faits principalement économiques, lorsque c’est nécessaire et possible, mais en gardant à tout moment la capacité à les réinsérer dans les faits humains et sociaux, avec l’indétermination qui caractérise ces derniers, lorsque cela devient indispensable pour la compréhension des faits économiques eux-mêmes. Bref, elle ne doit pas voir comme quelque chose de négatif, bien au contraire, le fait de se considérer comme une discipline de nature historique et politique et le fait d’intégrer à son approche l’indéterminisme du psychologique et du social. Elle gagnera en richesse et en pertinence ce qu’elle perdra en illusion de maîtrise.

Mais l’économie scientiste peut-elle renoncer à ce fantasme par lequel elle cherche, depuis si longtemps, à se faire passer pour ce qu’elle n’est pas et croit pouvoir affirmer vis-à-vis des autres savoirs sociaux une supériorité qui n’est que factice ?

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46 réflexions sur « La science économique n’aura pas lieu, par Daniel Duet »

  1. Bien vu !

    La science économique d’aujourd’hui c’est l’alchimie d’il y a 3 siècles.

    Et les savants traités de nos prix Nobel vaudront scientifiquement autant que les grimoires passés.

    Pourtant sur le fond les alchimistes n’avaient pas tort : on sait aujourd’hui changer le plomb en or…
    mais le prix à payer est largement plus élevé que celui du même poids d’or…

    Au fond, rien n’a changé.

    1. plus qu’à l’Alchimie qui se posait en « science » avant la lettre par son utilisation de l’expérimentation physique et par sa progression selon le système des « essais-erreurs », je comparerais l’économie avec l’Astrologie, qui pour certains spécialistes s’habille de fadaises géométrico-mathématiques propres à enfumer le gogo. L’astrologie se sert en outre des penchants du badaud à bien vouloir faire coller les « prédictions » à son cas propre, et à accepter tout naturellement les théories à postériori pour peu qu’elles soient suffisamment fumeuses et tronquées de façon à laisser une large place à l « Interprétation »…

    2. Je crois aussi que la comparaison avec l’alchimie n’est pas totalement correcte. C’était une recherche qui ne se piquait pas dune volonté de domination sur la société et comportait en son sein beaucoup de symbolisme et de psychologie profondément humaine. D’ailleurs, Newton, emblème et pionnier de la science rationnelle la plus pure s’est adonné à l’alchimie avec ferveur. L’alchimie a ainsi aidé à la naissance de la chimie.
      Donc, on peut supposer que ce qui reste modeste et à sa place dans l’économie développée de nos jours sera utile pour les connaissances de demain. mais comme l’on dit d’autres, il faudra d’abord « réencaster » l’économie dans le social et le politique pour qu’elle reprenne une place et une absence de nocivité qu’elle a perdues aujourd’hui.

  2. « Elle doit s’abstenir de délivrer des théorèmes indiscutables là ou il n’y a que des vérités partielles et des hypothèses précaires. »

    Un theoreme est par definition indiscutable. Dire que les hypotheses peuvent ne pas s’appliquer au reel, cela suffit comme explication et serait moins ambigu.

    En aviation, les pannes ont plus souvent une cause humaine qu’une cause technologiques. Ce billet ne fait pas cette distinction suffisamment clairement dans le cas de le l’eco-finance.

    Un economiste comme Joseph Stiglitz reconnait la valeur des contributions de Milton-Friedman. Ce dernier reconnait « les bonnes questions posees par Keynes » (ca se trouve dans le NYT). Les 3 ont des contribution theoriques potentiellement utiles. Des lors que ces idees traversent le prisme du politique, elles sont devoyees ou exageres. Le second point est que les succes de Milton-Friedman ont produit un conformisme arrogant de la pensee au sein de l’establishment economique. A ce titre, Joseph Stigliz, dont les preoccupations et les contributions sont ancrees dans les reel, fait figure d’element subversif. Poutant il a gagne ses titres de noblesses par sa rigueur mathematique. Est-on passe a cote d’autres Stiglitz a cause de la barriere mathematique? J’en doute car le niveau de math en economie est une pitance compare aux math pures.

  3. Tous ce que vous exposez au niveau de l economie peut etre appliqué à la psychologie .Comme pour la psychologie que certains ne considerent pas comme une science « dure » comme les mathematiques ou la physique ,l ecomnomie souffre apparament de mythes et croyances utilisé comme fondement conceptuel et qui malheurement sont appliqués pour « prédire » tels ou tels phenomenes economiques.Souvent ces « fondements » sont validés a postériori alors qu en réalité le but d une science est d etre capable de predire a « priori » un processus en ayant etabli l ensemble des variables neccessaires a cette meme prediction.Il est toujours facile d interpretrer un evenement passé ,c est qui se passe en psychologie par exemple lorsqu un individu souffent d alcoolisme certains courrants vont rechercher les causes de sa dependance d

  4. En complement a

    « A ce titre, Joseph Stigliz, dont les preoccupations et les contributions sont ancrees dans les reel, fait figure d’element subversif. Poutant il a gagne ses titres de noblesses par sa rigueur mathematique. »

    J’ajouterais que si les mathematiques n’etaient pas cet etalon de la valeur d’un economiste, et si d’autres plus subjectifs ete utilises, peut etre que nous n’aurions connu Stigliz, etant donne sa filiation affichee a Keynes.

  5. Tous ce que vous exposez au niveau de l economie peut etre appliqué à la psychologie .Comme pour la psychologie que certains ne considerent pas comme une science « dure » comme les mathematiques ou la physique ,l ecomnomie souffre apparament de mythes et croyances utilisé comme fondement conceptuel et qui malheurement sont appliqués pour « prédire » tels ou tels phenomenes economiques.Souvent ces « fondements » sont validés a postériori alors qu en réalité le but d une science est d etre capable de predire a « priori » un processus en ayant etabli l ensemble des variables neccessaires a cette meme prediction.Il est toujours facile d interpretrer un evenement passé ,c est qui se passe en psychologie par exemple lorsqu un individu souffent d alcoolisme certains courrants vont rechercher les causes de sa dependance dans les liens qu il entretient avec les membres de sa famille.Mais ce n est pas se processus qui permet tout d abord d expliquer mais surtout de prevenir les phenomenes de dependance.Il ne faut pas rechercher la cause de la crise economique actuelle dans les individus mais plutot dans leur environnement et dans les regles mises en place depuis des dizaines d années.En etablissant de nouvelles regles on peut produire de nouveaux comportements ,actuellement les comportements de speculations par exemple font partie des comportements les plus renforcés car ils permettent d obtenir des avantages ,des renforcateurs (bonus par exemple) a court terme tres puissant.Il faut trouver le moyen de renforcer d autres types de comportement comme le partage ou ce que l on appelle la »moralité »

  6. Monsieur Duet,

    j’ai senti en lisant votre article comme un apaisement. Tout ce que vous dites pourrait décrire mes souffrances en tant qu’homme qui ne veut pas être défini comme oeconomicus tout en acceptant des règles économiques et sociales. C’est surtout quand vous parlez du lit de Procust que je vous suit le mieux. J’ai vécu mes premiers 35 années dans un régime communiste, je sentais la même chose.
    Et c’est ça qui est très intéressant (à mes yeux) , le fait que les régimes communistes soient arrivés au même résultats que le néo-libéralisme, en partant de théories complétement opposées.
    Les deux idéologies avaient un point en commun, et vous le dites très bien, la croyance qu’on peut modeler l’humain pour le soumettre au paramètres pris en compte dans leurs constructions théoriques et idéologiques.
    Je ne suis pas d’accord avec vous quand vous comparez la croyance des grecques anciens dans leur mythes avec celle des « économistes » dans leurs théories. Les dieux du panthéon grecque étaient la somme de l’humanité (telle quelle était appréhendée à l’époque) et de l’incertitude et du hasard (comme part de mystère et d’inaccessible à l’homme).
    Ce n’est pas le cas de la majorité de nos « experts », ceux qui nous ont concocté les règles ces dernières décennies.
    Eux, ils croient surtout dans leur pouvoir de manipuler l’humain (à l’aide du politique et des médias notamment), afin de le faire rentrer dans le « moule » de leurs théories. Ils le croient d’autant plus qu’ils y trouvent dans leur adhésion corporatiste bien d’avantages matériels en plus de l’espoir d’une gloire éternelle.
    Pour faire vérifier leurs théories il y aurait pourtant un moyen bien simple. Celui d’éduquer le « peuple » dès le jeune âge à la pratique des mécanismes économiques et surtout financiers.
    Cela pourrait approcher la théorie de la pratique et de la société, en donnant les moyens au plus grand nombre de se défendre face aux pratiques rapaces du capitalisme. Or c’est tout le contraire qui est fait.
    On attaque le « jeune publique » en faisant du chantage sur les émotions et sentiments des parents et on le rend « dépendant » bien avant qu’il puisse comprendre la valeur « argent ».
    Le Dieu argent est bien et durablement installé dans leur esprit. Et on n’essaie pas de comprendre Dieu, car s’est moins fatigant de croire sans chercher, surtout du côté « rêve ».
    J’ai eu un grand plaisir de vous lire.

    1. Du fait que les régimes communistes soient arrivés au même résultats que le néo-libéralisme, en partant de théories complètement opposées, voici quelques détail historiques intéressant :

      – José manuel Baroso, président ultra-libéral de la commission européenne et l’ancien président des étudiant maoïstes portugais durant la « révolution des œillets », débauché et formé à la Georges town university de Washington, la pépignère de la CIA.

      – Dominique Strauss-Kahn, président du FMI et Denis Kesler l’actuel patron de SCOR,la plus grosse compagnie de réassurance , élu le 3 septembre 2008, ‘Industry Personality of the Year 2008′(!!!!) par le jury des ‘Worldwide Reinsurance Awards’ , prix remis à un dirigeant pour sa contribution au secteur de l’assurance et de la réassurance, ex bras-droit du Baron Ernest-Antoine Sellière , ex conseiller économique de George Bush père le messie du new world order, fossoyeur réclamé et méthodique du programme du Conseil national de la Résistance, voir son papier édifiant dans Challenge du 04/10/2007, bref, seize pages de curiculum ,ne sont pas mentionnés dans les fiches wikipédia de DSK et DK les adorables petits manuels d’apprentissage de dynamitage du capitalisme qu’écrivaient à quatre mains les deux inséparables copains dans l’ébullition de l’under-ground trotskiste des années 70, collectors introuvables que j’ai naguère tenu dans mes mains… (voir l’article du Nouvel-Observateur : http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p1841/articles/a37414- )

      – Lionel Jospin niât maladroitement, puis avouât avoir été trotskiste Lambertiste. Une erreur de jeunesse confiât-il penaud…

      – Lev Davidovitch Bronstein dit Léon Trotski : D’après Jennings C Wise, ce serait à l’aide du président américain Woodrow Wilson, qu’il obtient un passeport américain, entraine le futur noyaux dur de l’armée rouge dans une propriété des Rockefeller prés de New-York , puis grâce à l’aide de la banque Warburg qui intervient pour qu’il puisse de Suisse passer à travers l’Allemagne en guerre lui permettant d’arriver en Russie… Vous connaissez la suite.

    2. Bonjour Pierre,

      Je n’ai pas compris grand’ chose à votre réponse. Je pense que nous nous situons chacun à un autre niveau d’expérience du vécu.
      Vous me parlez de ceux qui en occident ont utilisé le discours marxiste ou trotskiste pour se hisser à un strapontin politique, moi je vous parle d’un vécu réel dans un pays géré par des « communistes ». Dans mon pays, il s’agit de la Roumanie, même les « révolutionnaires » communistes n’étaient pas aux faits des écrits de Marx. Ils étaient aux « faits » de ce que Staline pouvait leurs faire subir ou leurs offrir. Mais ce à quoi je pensais c’est la façon dont les gens, les populations, ont vécu cette période, en étant socialement et psychiquement plus ou moins marqués. Car la vie a continué là bas et elle était aussi vivante et vraie qu’ici.

    3. Pour ce que cela vaut, voici l’avis de J.K.Galbraith sur le (presque) même sujet:

      « Singulièrement, à n’importe quelle époque, les idées acceptées servent les intérêts économiques dominants…Ce que les économistes croient et enseignent, tant aux Etats-Unis qu’en Union Soviétique, est rarement hostile aux institutions – l’entreprise privée, le parti communiste – qui sont le reflet du pouvoir économique. Ne pas le remarquer demande un certain effort, mais beaucoup y réussissent. »

  7. Jorion ! Enfin, vous nous devez la vérité !! Ce monde a-t-il un avenir ? Je n’en peux plus de ces demi-vérités, car de l’autre côté l’optimisme de Lagarde et Geithner sape tous vos efforts. Dcoteur Jorion ! Combien de temps à vivre ?

    1. Patient pineda,

      Si l’optimisme de Lagarde et Geithner vous fait douter de ce que je vous explique ici par des raisonnements fondés sur les faits et sur la rigueur du syllogisme, vous êtes bien trop malade pour que je puisse encore vous sauver !

    2. L »avenir est par définition à) venir…

      Par contre votre cas semble plus incertain vu votre apparent état de dépendance.

    3. Pour vous rassurer, recherchez toutes les déclarations de Madame Lagarde depuis deux ans et comparer les avec ce qui c’est réellement passé, c’est assez édifiant. Sinon il reste le Prozac, ça peut aider….dans certains cas.

  8. Vieux, et un complément allant dans le même sens:
    « Lettre ouverte aux gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles  »
    Albin Michel,collection lettre ouverte, achevé d’imprimé en 1999, auteur … illisible.
    L’économie n’est pas une science. Même pour l’analyse à postériori.
    Le phénomène de prophétie auto-réalisatrice suffit à la disqualifier
    en tant que science. Ici, ‘ prophétie’ est plutôt à prendre en tant que prédiction,
    comme la loi d’Ohm prédit le comportement global d’un montage électrique
    comprenant une f.e.m. non alternative. Une grandeur électrique ne varira pas
    en fonction du lecteur de l’instrument de mesure. Les valeurs calculées et mesurées
    seront identiques modulo les incertitudes.

    La pseudo-science permet de justifier, si besoin, que l’ adition 1+2 donne 4 pour certain et
    2 pour un autre.
    Bob:
     » Des lors que ces idees traversent le prisme du politique, elles sont devoyees ou exageres.
    Le second point est que les succes de Milton-Friedman ont produit un conformisme arrogant
    de la pensee au sein de l’establishment economique. »
    Bien vu. En sciences et maths , lois et théorèmes sont indépendants de ceux qui les
    découvrent ou emploient.
    Les économistes activistes, et Friedman parmi les premiers selon Naomie Klein ,
    « La stratégie du choc », sont de grands planificateurs/manipulateurs sociaux.
    Les croyances et mythes ne sont pas innocents.
    Il faudrait occuper ces brillants esprits à une activité pacifique, socialement inoffensive
    et qui leur procure des satisfactions académiques .

    La conclusion ‘Se considérer comme une discipline historique et politique ‘
    me convient sans restriction. Cette modestie savante et industrieuse
    peut se nommer humanisme. Pour et par l’Homme, proposer des perspectives
    aux Hommes: un programme respectable. Comment vendre l’idée aux furieux
    de Wall-Street ?

    Pour une fois :
    Une voyante prétend lire l’avenir dans les cartes
    Un économiste prétend lire l’avenir des cartes : mastercard, visa, etc…

  9. @ daniel Duet
    Voilà longtemps que les économistes ne se posent plus la question de savoir si leur discipline est ou non une science. « Les économistes auront un rôle à jouer tant qu’ils donneront du sens au monde qui les entoure » a déclaré Robert Solow, « Nobel » d’économie, voilà une dizaine d’années. C’est plutôt humble, non ? Et vous voudriez qu’ils prévoient l’avenir ? Vous n’êtes pas raisonnable (je suis moi-même économiste, nul n’est parfait…). En tout cas, les économistes ne sont pour rien dans le désastre en cours, pas plus qu’ils n’ont contribué à la défunte prospérité. Ils sont à peine moins utiles que les anthropologues 🙂

    1. Je crois que ce sont les artistes et pas les économistes qui donnent du sens au monde qui les entoure. Par ailleurs un prix Nobel n’est pas un gage d’humilité mais un langage détonnant.

    2. Il n’y a pas de « prix Nobel » d’économie… Nobel n’en voulait pas.
      Une légende bancaire et médiatique à dynamiter…

  10. Dans cette crise, rien n’a été réglé et la dette enfle. La science économique , surtout celle qui est enseignée par les pontes de Goldman Sachs comme Mme Cohen , est en mode « marketing ». »La reprise est au bout de la rue. »( On ne précisera pas la distance surtout s’il s’agit du pourtour d’une ile ). En attendant la catastrophe inéluctable,contrairement à l’avis des historiens et des politiciens, la chasse aux couillons est ouverte . Comment s’appelle déja cet investisseur d’anthologie sur lequel Paul Jorion avait écrit un billet ?  » Sic transit gloria mundi « : comme on disait au cinoche du quartier.

  11. L’économie, cette « science humaine », -donc non rationalisable- par excellence.
    Et pourtant, il faut trouver des règles à tout ce fratras, sinon l’état de jungle prévaudra sur celui de civilisation…

  12. N’a-t-on pas dit des économistes que ce sont ceux qui vous expliqueront demain pourquoi les prévisions qu’ils ont fait concernant aujourd’hui, ne se sont pas produites?

  13. Les prévisions sont difficiles, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir & L’économie politique, c’est, en définitive, l’art de faire circuler l’argent tout en le gardant pour le dépenser. Pierre Dac ;o)

  14. Très bon article. Il serait dommage de jeter le bébé avec l’eau du bain et de condamner l’économie et les économistes en bloc. Ce qui est critiquable et que l’article pointe bien du doigt, c’est cette prétention scientiste et ce désir de ressembler à la physique. Mais il y a bien de bons économistes et Paul Jorion en est déjà la preuve (avec Lordon et d’autres).
    Je conseille à tous la lecture de Bernard Guerrien, économiste et mathématicien, qui depuis longtemps déjà dénonce l’utilisation abusive des mathématiques en économie, qu’il qualifie d’absurde. En particulier son petit bouquin sur l’économie néo-classique, démolissage en règle et en beauté de ces fadaises pseudo-scientifiques. Un bijou d’intelligence.
    http://www.amazon.fr/th%C3%A9orie-%C3%A9conomique-n%C3%A9oclassique-Bernard-Guerrien/dp/2707131474

    On comprend bien le pourquoi de tout ceci. Une économie politique, ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, c’est évidemment gênant pour le pouvoir. C’est bien utile de faire croire que la pauvreté, les inégalités, la mondialisation et les crises, c’est comme la loi de la gravitation. Les prêtres nous avaient déjà fait le coup avec la royauté de droit divin…

    1. Ce n’est pas seulement une question de scientisme, c’est bien une question d’objet. Or il y a dans l’objet de l’économie à la fois trop et trop peu. Daniel Duet cite Walras et il a bien raison. En cherchant à découper dans le réel humain et social un objet économique « pur » Walras ne se donnait pas seulement les moyens de produire une « physique social » s’occupant de faits qu’il prétendait « naturels ». Il a bien engagé tous ses successeurs sur l’étude d’un objet imaginaire, en évacuant la question du conflit et en réduisant l’échange à l’échange de marchandises. Il est intéressant de voir comment Pareto, disciple de Walras, s’est employé ensuite à réintroduire par la bande sous le nom de « résidus» et de « conduites non logiques » ce que Walras avait en quelque sorte forclos (voir le Trattato di Sociologia generale de Pareto). Peine perdue ! Il fallait en tenir compte d’emblée. On ne fait pas de la science en commençant par évacuer les caractéristiques de l’objet quitte à essayer de les réintroduire ensuite sous forme d’ajouts ou en termes de « dépendances ». Marx, de ce point de vue-là, même s’il a finalement échoué, était de meilleur conseil : en distinguant valeur d’usage (Gebrauchswert), valeur d’échange (Tauschwert) et valeur tout court (Wert), il permettait de poser les bases 1° – d’une technologie (ou d’une ergologie) étudiant la fabrication, 2° – d’une sociologie s’intéressant à l’échange (mais en plaçant l’altérité des personnes comme des groupes sociaux, donc le conflit, au coeur de cet échange) et 3° – d’une axiologie s’intéressant à ce qui fait qu’un objet prend de la valeur pour celui qui le désire ou le convoite (ce qu’a finalement développé Freud, indépendamment de Marx : la psychanalyse n’a plus bonne presse aujourd’hui, mais il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain : c’est Freud qui nous a appris que la valeur accordée aux objets – humains ou non – prend sa source dans la libido). (NB. Les commentateurs ont évidemment bien repéré chez Marx la distinction binaire entre valeur d’usage et valeur d’échange ; on a moins vu que cette distinction était en réalité ternaire. Il est vrai que Marx lui même peut paraître hésitant. Mais je tiens à disposition de qui le veut les passages de Marx qui soutiennent cette distinction ternaire). Qu’en conclure ? Que le débat sur mauvais ou bon économistes ne vaut guère mieux que celui du sketch des Inconnus sur les bons et les mauvais chasseurs. Au terme de la critique de l’économie politique à laquelle se livrait Marx, mais qui peut être poursuivie dans les termes de ce billet invité, il n’y a définitivement plus d’économie. Il y a autre chose. Il y a notamment une sociologie pour laquelle l’échange « économique » (ie marchand) n’est qu’un des domaines de l’échange et l’échange lui-même une forme de transfert parmi d’autres (dont le don), une sociologie qui de surcroît n’oublie pas que l’échange suppose l’institution des « échangistes », donc l’altérité, potentiellement le conflit, et son dépassement, toujours à refaire, toujours transitoire et conjoncturel, dans des contrats. Même si on peut, pour être conciliant, admettre que certains sociologues se spécialisent dans l’étude de certains domaines de l’échange (dont les échanges financiers par exemple).

  15. @ Jean-benoît. Ça doit être pour ça alors que des « gogos » ou des « badauds » comme Dante, St. Thomas d’Aquin, Kepler, Copernic, M.Servet, Giordano Bruno, Luther, Shakespeare, Galilée, Newton, Goethe, Balzac, Yeats, Pessoa, Jung ou les polytechniciens Paul Choisnard et Raymond Abellio, entre beaucoup d’autres, pratiquaient ou admiraient l’astrologie…

  16. Comme en aéronautique, ne peut-on craindre un phénomène de « stall » pour l’économie mondiale, une perte de vitesse telle que l’avion n’a plus de portance et chute comme une pierre…Ce n’est qu’une métaphore mais qui montre bien le danger. La dernière crise de cette ampleur s’est terminée par une guerre. Arriverons-nous à sortir de celle-ci autrement ? Qu’arriverait-il si par exemple nous rendions l’énergie électrique quasi gratuite en multipliant les centrales solaires et éoliennes, et sans parler de croissance verte comme Obama, ce qui fait référence à du productiviste, du jetable, du capitaliste bête et méchant à l’américaine ? Nous tuerions peut-être le nerf de la guerre, permettant aux hommes de vivre paisiblement avec le nécéssaire.

    1. Je ne crois pas à la sortie de crise par une nouvelle « grande guerre ». La deuxième guerre mondiale a constitué une vraie fête pour le capitalisme. Que de « progrès » technologiques, quel bal du développement de nouvelles armes et de nouvelles techniques de maîtrise des foules. Que de discours de fiertés nationales, pour ceux qui ont été déclarés victimes ou vainqueurs. Que de bénéfices mirobolants pour les vainqueurs et dont certains doivent avoir la nostalgie.
      Mais les dernières guerres des USA (qu’on appelle parfois OTAN) sont là pour nous montrer que la guerre n’est plus ce qu’elle était. Un peu comme les neiges d’antan….
      On ne peut pas utiliser l’arsenal moderne, à moins de vouloir mettre fin à la vie sur terre. Combien de bombes nucléaires, à hydrogène, pourraient être utilisées afin de gagner la guerre sans être touché soi même ? Comment mobiliser les « peuples » et leur insuffler l’idée d’une guerre « juste » quand l’ennemi à combattre n’est pas visible et n’aligne pas des chars et des divisions mais des femmes et des enfants comme « chair » à frappes chirurgicales. Les Bush l’ont déjà essayé avec les résultats qu’on connait. Cela n’empêchera pas les « petites » guerres régionales, histoire d’exhiber et de vendre les derniers « joujoux » de la technologie de pointe, d’occuper les peuples en « cours de développement » à autre chose qu’à se développer et surtout à autre chose qu’à s’en rendre compte que plus leur sous sol est riche plus ils sont pauvres.

  17. « Songeons à l’ambition démiurgique de Marx qui souhaitait découvrir les lois de l’économie afin de les utiliser au service de la praxis qu’il appelait de ses vœux, »

    Pour qu’une analyse ait un minimum de crédibilité rationnelle, voire scientifique, il est indispensable de citer correctement.

    Je sais bien que quiconque traite Marx en chien crevé a par définition tous les droits… mais de quel chien crevé parle-t-on ?

    Ainsi, au moins faut-il avoir (j’avais écrit savoir… mais ce n’est pas nécessaire !) lu le titre ET le sous-titre de son oeuvre majeure : « Le Capital – Critique de l’économie politique ».

    A aucun moment Marx n’a cherché à faire une « science de l’économie » qui mettrait entre parenthèses « l’échange […] promu au rang de comportement universel, par principe, sans référence à des conditions historiques, politiques ou morales particulières » comme l’affirme Chavagneux.

    Après un tel contresens, il est inutile de lire plus loin.

  18. Je ne résiste pas à la tentation de vous mettre le lien d’un débat qui m’a beaucoup fait rire entre Emmanuel Todd et un économiste du sérail. Le sujet du débat est le protectionnisme (un tabou chez les économistes).

    http://www.dailymotion.com/video/x8cg85_vifs-echanges-entre-emmanuel-todd-e_news

    Au passage, je conseille à Paul Jorion d’éviter les débats contradictoires. Todd, qui n’est pourtant pas aussi conciliant que Paul, a réussi à placer en tout et pour tout environ 5 phrases.

    1. Avec ses cinq phrases, Todd s’en tire beaucoup mieux que l’économiste du sérail.

      Ce qui a davantage retenu mon attention, c’est, à droite de l’écran, une vidéo dont le sous-titre révèle un secret jusqu’ici soigneusement caché : « Jacques Attali, ancien conseiller spécial de François Mitterrand et Paul Jorion ».

    2. Christian Saint Etienne et Emmanuel Todd ne m’ont pas semblé aux antipodes l’un de l’autre.

      Le premier joue les coqs et manifeste une agressivité défensive pour marquer une diffèrence assez mince.

      Le protectionnisme est un mot qui choque.

      Le pseudo « libre échange » et la fiction d’une concurrence non faussée sont des réalités qui me choquent.

    3. Il y a tout de même une différence majeure entre Todd et Saint-Etienne (outre la distance entre la ville de Todd aux Etats-Unis et Saint-Etienne en France…) : la perspective! Todd rappelle d’ailleurs (à raison) les propos de Keynes rapportés par Elke Muchlinski (« The philosophy of John Meynard Keynes ») : les historiens peuvent appréhender l’économie, mais les économistes ne pourront jamais appréhender l’histoire. Cela transpire dans ce débat.

      Todd, qui aligne tout de même plus de 5 phrases (passé le monologue introductif de Saint-Etienne) défend ardemment son idée de protectionnisme européen, avec des arguments intelligibles (la capacité de résilience du tissu industriel européen, par comparaison avec les États-Unis où l’on a jeté le bébé avec l’eau du bain), là où Saint-Etienne continue à propager l’idée saugrenue de la « cascade de richesse » qui finit forcément par profiter aux plus démunis.

      @ Paul : oui, la syntaxe en prend un coup quand même les journalistes de France Inter s’y mettent…

      Quant aux débats contradictoires, je ne pense pas qu’il faille les fuire. C’est un outil de communication très efficace dès lors que l’on est un tant soit peu entraîné, charismatique, et que les 2 protagonistes cherchent la confrontation des idées plutôt que le monologue sourd.

    4. Si l’economiste est bien du serail, il aura probablement hausse les epaules lorsque d’autres (qui ne sons pas etrangers a ce blog) ont prevu avec un degre d’analyse credible la crise actuelle. Quant a citer les USA en exemple « strategique » c’est drole.

      Que l’historien s’invite au debat economique, c’est le principe des vases communicants, et souhaitable. Une lecture de l’histoire peut nous eclairer sur les grands desequilibres de la globalisation, mais il est surprenant que le protectionnisme qui a suivi la grande depression ait ete passe sous silence.

      Todd a raison de souligner les miracles de l’alphabetisation chinoise. Il a tellement raison qu’on pourrait un jour la leur envier, comme les Americains enviraient aux Japonais la technologie de la Toyota Prius s’ils ne s’etaient laisse convaincre que c’est une marque US.

      Si on en croit la tendance, les Chinois repondront aux voeux de Todd avec un marche asiatique integre, sans que les Europeens n’y soient pour rien. Nombrilisme?

  19. Ce débat n’est pas nouveau. Les économistes se prennet pour des physiciens sans compter que certains physiciens et mathématiciens sont venu faire de l’économie. L’idéologie n’est jamais loin. « Et pourtant elle tourne… »

    1. Le rapport c’est qu’un manque de rigueur mathématique (ici une division par 0) peut amener à un résultat complètement faux.
      Attention aux économistes qui utilisent les mathématiques comme un gosse joue avec le flingue de son père.

  20. Vive MOI !
    OK pour la « prétention » déjà avouée par F.Perroux, peut être moins grande que celle des non économistes qui bloguent dessus.
    – les évènement débordent de la discipline et renvoient à la question autre de la prospective
    – la physique a tous les jours de grands imprévus d’autant qu’elle ne peut ou ne sait unifier ses champs micro, macro et donc meso, ce qui est aussi notre problème, non ?

  21. Le scientisme des économistes peut aller jusqu’à vouloir transformer leur sujet d’étude, l’homme, pour qu’il devienne conforme à leur belle théorie. Ce qui ne manque pas de choquer quelque peut le physicien que je suis.

    Voir l’article Nouvelle science sur mon blog.

  22. In November 2008 the Queen asked why so few Economists had foreseen the credit crunch.

    Ten leading British Economists write to Her Majesty, claiming that the training of economists is too narrow:

    “Mathematical technique should not dominate real-world substance.”

    During a visit to the London School of Economics in November 2008, the Queen asked why few economists had foreseen the credit crunch. Dated 22 July 2009, she received an answer from Professors Tim Besley and Peter Hennessy. This was widely quoted in the British press.

    Ten leading British economists – including academics from top universities, three Academicians of the Academy of Social Sciences, academic journal editors, a former member of the Monopolies and Mergers Commission and the Chief Economic Advisor the Greater London Authority – have responded by writing their own response to the Queen. They note that the letter by Professors Besley and Hennessy fails to consider any deficiency in the training of economists themselves.

    Following similar complaints by Nobel Laureates Ronald Coase, Wassily Leontief and Milton Friedman, the ten economists argue that economists has become largely transformed into a branch of applied mathematics, with little contact with the real world. The letter by Professors Besley and Hennessy does not consider how the preference for mathematical technique over real-world substance diverted many economists from looking at the whole picture.

    The ten economists uphold that the narrow training of economists – which concentrates on mathematical techniques and the building of empirically uncontrolled formal models – has been a major reason for the failure of the economics profession to give adequate warnings of the economic crises in 2007 and 2008.

    The ten signatories also point out that while Professors Besley and Hennessy complain that economists have become overly ‘charmed by the market’, they mention neither the highly questionable belief in universal ‘rationality’ nor the ‘efficient markets hypothesis’, which are both widely taught and promoted by mainstream economists.

    The ten economists call for a broader training of economists, involving allied disciplines such as psychology and economic history, as well as mathematics.

  23. Ce genre de confusion/refoulement fait penser à l’ époque où le gouvernement français, croyant faire venir des travailleurs immigrés, juste des travailleurs immigrés et rien que des travailleurs immigrés : ce sont des hommes qui sont arrivés, des êtres humains, et avec eux leurs coutumes, leurs cultures, leurs histoires, leurs espoirs, leurs drames et leurs joies.
    Difficile à faire entrer dans les moules technicistes.

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