Claude Lévi-Strauss (1908 – 2009)

Claude Lévi-Strauss est mort. Il était l’un de ces très grands professeurs dont j’ai eu l’immense privilège de suivre les cours (parmi eux, aussi : Lacan, Leach, Guilbaud, Perelman).

Ordinairement, nous sommes plus critiques envers les vivants qu’envers les morts. Mais ce soir, je ferai l’inverse. Et me demandant pourquoi, je découvre d’abord que la réponse n’est pas parce que Claude Lévi-Strauss ne peut plus me lire : ce n’est pas parce que mon désaccord aurait pu le peiner (après tout, qu’en aurait-il eu à faire que Paul Jorion soit d’un autre avis que le sien ?) non, c’est parce que sa pensée imposait le respect par sa puissance immense, même si son effort me paraissait personnellement d’une certaine manière dévoyé. Mais dévoyé uniquement dans le cadre de la variété des approches possibles, comme quand on dit : « des goûts et des couleurs, on ne discute pas ! »

La manière dont Lévi-Strauss abordait les choses n’était pas la mienne mais n’en était pas moins certainement l’une de celles possibles – et parmi les plus légitimes – et celle-là, celle qu’il avait choisie, nul ne pouvait mieux que lui-même l’appréhender, la comprendre, et la restituer. Son approche était celle de la combinatoire, et le plus souvent celle dont les mathématiciens parlent comme étant le « groupe de permutations ». Le principe de cette méthode se trouvait déjà chez Démocrite et on en retrouve la logique dans la table de Mendeleïev, toute en lignes et en colonnes.

Sous-jacente à cette approche, la supposition que la culture reflète essentiellement le « bon à penser », alors que j’ai quant à moi la faiblesse de penser que les institutions humaines trahissent aussi, et peut-être surtout, l’affect : ce que les hommes sont quand ils rient, quand ils sont en colère ou quand ils ont peur. Ce qui passe en effet à la trappe dans l’approche structuraliste lévi-straussienne, c’est le mal ordonné, les têtes qui dépassent dans les rangs, le non-linéaire, le chaotique, et quand on envisage l’histoire, l’irréversible : tous ces aspects qui sont selon moi loin d’être accessoires quand il s’agit de l’humain.

Le cadre « structural » de la modélisation lévi-straussienne était foncièrement réversible, et rien n’empêchait en principe que l’on y remonte la flèche du temps. Je précise bien « en principe » parce que Claude Lévi-Strauss lui-même était sensible – bien plus d’ailleurs que la plupart d’entre nous – à la dégradation de notre planète, non seulement à sa prédisposition à la corruption, mais plus encore à la capacité que nous avons, nous humains, de la gâcher ou, pour dire les choses plus crûment : de la foutre en l’air.

Ce que nous faisons à la biodiversité, à la diversité des cultures, lui faisait mal dans sa chair et nous ne pouvons rendre un meilleur hommage ce soir à Claude Lévi-Strauss qu’en s’adressant à lui dans sa nouvelle absence pour lui dire : « Mr. le Professeur, nous ferons nous, personnellement, tout ce qui est en notre pouvoir pour réparer ce monde que notre espèce massacre aujourd’hui avec désinvolture, quand ce n’est pas de gaieté de cœur. Et nous penserons à vous, sachant que sa déchéance vous était devenue insupportable ».

LEVI-STRAUSS_Claude

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À l’occasion des cent ans de Claude Lévi-Strauss, j’avais écrit le billet Claude Lévi-Strauss, penseur. On trouve aussi sur mon site l’article en anglais qui lui est consacré dans Makers of Modern Culture, article que j’avais rédigé en 1981, et remis à jour en 2006, à l’occasion d’une réédition de cette encyclopédie.

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48 réflexions sur « Claude Lévi-Strauss (1908 – 2009) »

  1. C’est à l’occasion de ses 100 ans que j’ai découvert cet homme oh combien remarquable et la seule lecture d’une synthèse de sa biographie publiée alors dans le Monde et un reportage à la téloche m’avaient immédiatement séduits.
    C’est donc avec grand intérêt que je prendrais connaissance de votre billet de l’époque. Je ne peux que vous envier d’avoir été éclairé par les enseignements de cet homme d’exception.

  2. Lévi-Strauss parce qu’il était un vrai penseur, intègre, industrieux, curieux, créateur, ensemença hier aujourd’hui et demain beaucoup des pensées d’innombrables êtres humains qui peuplent notre terre(s) humaine(s).
    A ce titre, vous le dites fort bien, sa pensée n’était pas réductible au squelette de ses concepts. Bel hommage que vous rendez là.
    Puissions-nous relever les défis du monde à la lueur de sa pensée inquiète.

  3. Une vive émotion ce soir… comme un vide immense, depuis si longtemps il était présent en moi m^me si je ne le lisais pas tous les jours, j’aimais me plonger dans ses livres. La France a perdu l’un de ses plus grands fils, j’espère que la République sera l’honoré à la hauteur des lumières qu’il sut allulmer. Ce soir, je ne suis plus le même. Ce soir, il faut continuer à écrire, continuer tout ce qui fait mon existence comme si de rien n’était… Merci monsier Claude levi-Strauss pour tout ce que vous fûtes et resterez à jamais. en entrant dans le royaume des ombres, c’est dans l’histoire de la pensée que vous rentrer aux côtés de grand autres comme Michelet, Descartes, erasme et tant d’autres briand esprits;

  4. « Pour bien écrire, il faut sauter les idées intermédiaires, assez pour ne pas être ennuyeux, pas trop de peur de ne pas être entendu »
    Ce texte m’a fait penser à cette citation de Montesquieu car j’aurais bien aimé qu’il soit un peu plus développé (au risque d’ennuyer les autres)

    1. Il arriva qu’un jour, alors que l’on changeait les chevaux de sa diligence, il rédigea une note sur l’un de ses professeurs illustres qui venait de passer. À la vue de son billet, quelqu’un s’écria : « C’est court ! »

      B. Slagmolen, La vie d’un homme pressé.

      Plus sérieusement, mon article en anglais, mentionné ci-dessus est beaucoup plus explicite. Il faudrait le traduire… mais les chevaux piaffent !

  5. L’un des derniers entretiens :

    « Dans un article publié en 1999, Jorion propose une nouvelle théorie de la conscience où il dépasse Freud quand il considère que ce ne sont pas certaines de nos décisions dont les motivations sont inconscientes, mais toutes, dénonçant du coup le libre arbitre comme une illusion »

    Je ne sais pas où la « critique » sur C.LS a été faite dans le Post de ce 3.11 ! Par contre l’extrait ci-dessus trouvé sur le net (wikipedia) n’est pas très optimiste non plus sur la nature humaine, ni sur la possibilité que les gens – « petits ou grands » – se réveillent pour penser (ou agir différemment)

    1. Chacune de nos actions, de nos pensées sont la résultante des interactions qui se produisent dans l’univers physique, biologique et humain. Or nous sommes dotés de la capacité d’analyser, de découvrir, voire inventer certaines des interactions de l’univers : celles qui nous concernent directement que nous établissons avec nous-même lorsque nous modifions nos habitudes acquises ; celles qui contribuent à transformer la société selon des modalités diverses. L’inconscient (au sens freudien) et le non-conscient, qu’ils soient produits par notre rapport direct au monde sensible ou qu’ils tirent leur origine des supports mémoriels divers (livres …) lesquels forment alors le non-conscient culturel, permettent une sédimentation des expériences humaines nécessaires à notre survie et sont aussi la base de notre développement. Les autres mammifères ont sans doute une sorte d’inconscient, mais il n’ont pas la capacité de se transformer eux-mêmes, ou alors de façon très limitée. Si le libre arbitre existait l’évolution de l’humanité s’emballerait, il n’y aurait plus l’inertie et la latence nécessaires à la synchronisation des rythmes physiques, biologiques, et humains, lesquels rythmes humains sont notamment affectés par les systèmes techniques propres à chaque époque.

      La désillusion à propos du libre arbitre est finalement plutôt une bonne nouvelle.
      L’absence du libre arbitre montre à quel point nous sommes solidaires du monde dans lequel nous vivons et sommes nés. Elle nous invite ainsi à mieux le considérer. Une civilisation entière, la civilisation chinoise, s’est développée sans cette notion de libre arbitre, elle n’a pourtant été ni meilleure ni pire que la notre. La question du libre arbitre est une question distincte de celle de notre capacité de transformation.

  6. A mon sens ,il n’existe pas réellement une grande diversité des cultures, mais une infinité de déclinaisons de la structure patriacale. Envisager l’avenir en un humaniarcat où nul ne serait dévalorisé permettrait peut-être d’entendre : »le mal ordonné, les têtes qui dépassent dans les rangs, le non-linéaire, le chaotique, et quand on envisage l’histoire, l’irréversible : tous ces aspects qui sont selon moi loin d’être accessoires quand il s’agit de l’humain. »

  7. Un autre « reproche » qu’on peut faire à Claude Lévi-Strauss (et au structuralisme en général), c’est de n’avoir abordé le social que sous l’aspect de la « synchronie » et non pas de la « diachronie » ; je mets reproche entre guillemets, car cette « unitéralité » est peut-être inévitable lorsqu’on étudie des sociétés qui n’évoluent pas ou très peu, très lentement et sans laisser de traces, à défaut de connaître l’écriture.

    La question que je me pose est celle de savoir si l’immense et magnifique matériau ethnographique laissé par Claude Lèvi-Strauss est (ou pourra être, un jour) utilisé pour une approche plus globale des sociétés anciennes.

  8. Je partage avec ce grand Monsieur un penchant pour le Boudhisme, la nature et la liberté. Je le remercie aussi de nous avoir délivré de la pesanteur intellectuelle coloniale et nous avoir ainsi aidé à ouvrir les yeux sur l’autre.

  9. Bizarrement l’hommage rendu ce matin sur Fr C fait référence à Wagner, dont le leitmotiv aurait été comme une illustration de la vision structuraliste de CLS. La musique était la moitié de sa vie, disait-il. Or par hasard, Radio Classique a consacré 1 semaine au Ring depuis mardi dernier… Sous la baguette de Simon Rattle.

    http://www.youtube.com/watch?v=-m9MVzvKCH4

    Réécoutant ce merveilleux finale, il apparait pourtant très peu « structuraliste », dans la succession rapide des thèmes, et leur rappel. En revanche, les mots structure, ordre, évoquent plutôt (ou aussi) une oeuvre de Bach. Mais cet ordre là n’est rien sans l’affect. Peut-être que l’ordre n’est qu’un élément décoratif supplémentaire (cf das décorative in der Kunst, expression de Gadamer). Le but est l’émotion disait Céline, non la langue, la structure.

    Wagner, que Nietzsche appelait le « grand sorcier »… mais nietzsche, après son éloge de Carmen de Bizet, s’est enfuit d’une représentation de cet opéra 🙂 .

    En tout cas, Wagner et CLS se sont intéressés aux mythes de sociétés disparues ou menacées. Avec pour Wagner, et CLS, la tentative de l’épiphanie.

    L

    1. PS c’est un clin doeil à Lisztfr : c’était le dernier mot de Wagner à Nietzsche ( c’est quand même plus élégant que le fameux « c.. toi pauvre c.. ! »)

  10. PJ: « Ce qui passe en effet à la trappe dans l’approche structuraliste lévi-straussienne, c’est le mal ordonné, les têtes qui dépassent dans les rangs, le non-linéaire, le chaotique, et quand on envisage l’histoire, l’irréversible : tous ces aspects qui sont selon moi loin d’être accessoires quand il s’agit de l’humain. »

    Peut-on dire que « l’industrie financière » suit une certaine approche structuraliste ?

    Les modèles financiers entre Charybde et Scylla

  11. à Lisztfr [10:19]
    En rfr : votre ligne 9

    Le but des politiques professionnels est l’émotion; le résultat : un désastre

    Le goût de certains artistes est — heureusement et malheureusement — l’émotion;
    aucun commentaire ne semble commode en quelques lignes.

    Dès qu’il s’agit d’esquisser, même vaguement, une quelconque représentation — même temporaire —
    d’un fait social —
    on n’échappe pas à l’emploi d’une langue aussi saine que possible avec des mots définies;
    il est alors malsain de rester dans le slogan ou la poésie, aussi « Belle » que soit la Formule ou la Prosodie
    on n’échappe pas au recours à un certain ordre pour se repérer dans son propre discours.
    C’est encore plus nécessaire en période angoissante pour le plus grand nombre
    telle 1918-1938 … chemises noires, chemises brunes

    S’il est exact qu’un ordre inédit peut naître du désordre, encore faut-il des repères-marqueurs un tant soit peu ordonné pour s’y retrouver.
    Sur les dimensions récursives pour approcher les Réels (imaginaires inexploitables ou inspirants, anciens, en vigueur, prospectifs,…) il en faut 40% pour corréler des réflexions porteuses de sens au quatrième paragraphe de ce billet

    (…) le mal ordonné, les têtes qui dépassent dans les rangs, le non-linéaire, le chaotique, et quand on envisage l’histoire, l’irréversible : tous ces aspects qui sont selon moi loin d’être accessoires quand il s’agit de l’humain. »

    Si l’on n’arrive pas — sans trop bricoler — à relier proprement, c.a.d. de manière à peu près acceptable,
    les propos — contradictoires, complémentaires, émotifs, etc. — des uns et des autres sur ce « hors norme » évoqué par le « blockquote » [ mal ordonné, têtes qui dépassent, trucs à gauche et à droite impossibles à faire entrer dans les catégories et mots-en-usage, propos incompris ou apparemment incohérents, surprises imprévisibles] c’est pour une part l’appel à ce qui suit :
    (a) écouter plus largement d’autres propos différents de ceux dont on a l’habitude,
    (b) s’interroger et déroger,
    (c) être créatif notamment, en premier lieu, à l’égard de ses croyances absolues,
    (d) reconsidérer les déséquilibres les plus criants
    (e) inventer des concepts et/ou mots neufs
    (f) s’il y a lieu re-déconstruire pour la x-ième fois la structure pour en remodeler une autre remaniée
    un peu moins inadaptée que la précédente.
    Je suis fondamentalement opposé
    à me laisser porter à l’aveuglette
    par les beaux causeurs,
    par l’incertain, l’invertébré, le rejet du structuralisme,
    les « folles-et-raisonnées émotions des événements » ( rires, gestes de révolte, peur ),
    par le ¤-isme X ou Y, par la Nature et la Liberté

    . . . à qq petites doses raisonnées, toujours largement inférieures à 44%,
    jamais davantage.

    La compagnie des mythes qui parfument les scènes successives d’un opéra (Gluck, Wagner,…)
    procurent peut-être un mince aiguillon pour « b » voire « c »
    mais c’est moins de 1% de l’effort à fournir

    [ Auguste, apprenti violoniste vers 1986-89 ]

    – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – –
    Pour info, chez Fayard
    Mille et un opéras par Piotr Kaminski
    Guide des opéras de Verdi Livrets, Analyses, Discographie sous la direction de Jean Cabourg

  12. vous pensez à quelqu’un en particulier, qui aurait réussi là où Levi-Strauss a échoué (prendre en compte les affects) ?

  13. Il y a une chose que je ne comprends pas mon cher Paul, vous nous expliquez à longueur de colonnes que la science économique n’en est pas une vu qu’elle ne vérifie aucun postulat de ce que nous appelons des « sciences exactes » (contradictoire, vérification et reproduction des expériences, etc…)
    Et bien, quid de la psychanalyse? Là aussi, nous avons les initiés qui parlent entre eux un jargon incompréhensible, des dogmes définis par rapport à rien et non vérifiables (moi, surmoi, etc…) une place prise dans les institutions au point de devenir l’institution par elle même (experts auprès des tribunaux par exemple, ou cellules psy à tout propos).
    Ce post par exemple est quasi incompréhensible pour le non initié, alors que votre « marque de fabrique », c’est plutôt la clarté. Pour ma part, je ne ferai jamais confiance à quelqu’un qui va me parler de mon moi oedipien ou autres fadaises du même tonneau. Suis-je seul ici à n’être pas abonné à psycho mag? rassurez-moi.

    1. Non, vous n’êtes pas le seul ! Voici un extrait d’article de wikipedia (version anglaise), qui classe la psychanalyse dans la liste des pseudosciences (http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_topics_characterized_as_pseudoscience). Par contre l’économie ne fait pas partie de cette liste, pour la simple raison que l’économie peut en principe être abordée avec une démarche scientifique (dans la mesure où elle s’intéresse au monde réel, matériel). Force est de constater que cela est trop peu souvent le cas, ce que souligne régulièrement Paul.

      # Psychoanalysis is a body of ideas developed by Austrian physician Sigmund Freud and his followers, which is devoted to the study of human psychological functioning and behavior. It has been controversial ever since its inception.Karl Popper characterized it as pseudoscience based on psychoanalysis failing the requirement for falsifiability. Frank Cioffi argued that « though Popper is correct to say that psychoanalysis is pseudoscientific and correct to say that it is unfalsifiable, he is mistaken to suggest that it is pseudoscientific because it is unfalsifiable. […] It is when [Freud] insists that he has confirmed (not just instantiated) [his empirical theses] that he is being pseudoscientific. »

    2. Je voudrais faire remarquer plusieurs choses, par exemple que la psychanalyse a été instituée différemment selon les pays, par ex en Amérique, avant la remise en question du théoritien du growth (dont le nom m’échappe) il y avait le courant Hitchcockien, « pas de printemps pour marny », où l’on explique la théorie des symboles selon des rapports stricts, une approche basique et positiviste des concepts freudiens, du complexe d’oedipe etc. Sans avoir vraiment compris la « perlaboration », la difficulté du travail analytique, et ses déceptions éventuelles liées au « tranfert », voir à la pulsion de répétition, tout cet attirail destiné à expliquer pourquoi la psychanalyse ne marche pas aussi bien que prévu (comme le libéralisme d’ailleurs qui lui s’en réfère aux « cycles »)

      Lacan : Continuer à analyser comme Freud à ses début serait ahaner alors que le bateau est déjà sur le sable… ceci en référence au fait que non seulement la methode change, mais surtout que les patients, « clients », les symptômes changent. On ne trouve plus d’hystéries clastiques, etc, on ne trouve presque plus de névrosés « bon teint » faisait remarquer André Green.

      La critique épistémologique de la psychanalyse fait parti des questions que se pose la psychanalyse. Un des premiers cours auxquels j’ai assisté faisait la comparaison entre la psychanalyse et le shamanisme, prenant pour fait la nécessité d’une « initiation » (cure de travail).

      Le mot de la fin, c’est qu’une interprétation n’est pas valable par rapport à une norme de vérité externe, disons que la question de la vérité est secondaire, une interprétation est valable si elle produit un effet. Voilà la seule vérité. Le reste de la théorie est un arrière fond mental plus ou moins flou, dont le statut de vérité est toujours à interroger.

      André green parlait du fantasme de Walter myti (?) qui trouve un bouchon et répare la machine à laver, or même une interprétation qui produit un effet n’est pas garante d’une avancée. La scéance suivante le montre.

      Comme disait Jean Pierre Deconchy rapportant les propos de Dorey, la psychanalyse est une (belle) histoire qui tente de faire comprendre quelque chose…

      Maintenant la mode est à l’hypnose (un retour) cf. Roustang, Ericson. En fait, tout est permis, comme en amour…

      Ceci dit lorsque le cadre de la psychanalyse sera remis en cause, ce sera peut-être la fin de la cure dite de transfert qui est quand même l’essentiel de ce autour de quoi tourne la théorie freudienne.

      L

    3. Oui mais voilà, aujourd’hui, la psychanalyse est utilisée à des fins répressives et d’encadrement par les dirigeants qui ont bien compris l’intérêt d’embrouiller les sens de leurs mandants. Elle sert également à déterminer la vérité judiciaire (cf affaire d’outreau) et des « experts » viennent tonitruer leurs « vérités » tous les jours dans les prétoires. Ils sont crus, parce que rien d’autre n’existe pour vérifier la dangerosité de certaines personnes ou leurs prédispositions.
      On est très loin du flou théoriquo-analytique que vous décrivez, cher Lisztfr. Ces gens là sont surs d’eux et de leur pré carré. Ca ne vous rappelle rien?
      Vous citez un rapprochement entre la psy et le chamanisme, mettant en lumière le concept d’initiation (on pourrait en dire autant de tous les arts premiers ou la subjectivité du sujet doit être guidée). Je ferai ce parallèle plus généralement avec les religions ou le présupposé majeur est la croyance. En conclusion, je pense que nous avons là une belle aliénation de la pensée humaine, une bonne méthode de culpabilisation collective ou individuelle, bref, toutes les raisons de se méfier. Je ne changerais pas une ligne de mon premier post.

    4. Roland,
      Il ne faut pas confondre psychanalyse et psychiatrie. Les experts convoqués dans les tribunaux sont psychiatres et non pas psychanalystes. Et il y a une raison à cela, c’est que la psychanalyse est une cure par la parole qui ne peut être effective que dans le cadre du face-à face confidentiel d’un analysé et d’un analysant et dont l’efficacité ne peut résulter que d’un travail sur la durée. Il est des psychanalystes qui pérorent dans les médias et à l’occasion analysent telle ou telle personnalité en vue mais il ne s’agit plus alors de psychanalyse à proprement parler. On dit ce genre de psychanalyse « sauvage » car dérogeant alors à la déontologie et au protocole le plus élémentaire. S’il est bien une chose que l’on ne peut reprocher à la psychanalyse c’est le jugement hâtif, c’est même la condition requise pour que la cure puisse avoir quelques résultats. Comme l’a bien dit Lisztfr la psychanalyse ne prétend pas être une science au sens où elle serait falsifiable, même si ses résultats sont réels, car chaque cas est particulier. Les symptômes peuvent faire l’objet d’une typologie, mais cette typologie est évolutive. Le psychisme humain a une dimension culturelle, alors comment pourrait-il en être autrement. La réification totale des faits humains c’est ce que l’on obtient en laboratoire de façon artificielle. Or la psychanalyse c’est l’humain dans son donné historique, bien entendu sous-tendu par un substrat biologique. Freud lui-même avant d’inventer la psychanalyse mena des recherches en biologie, neurologie (naissante) et psychiatrie.

  14. L’invitation LeucoCircus s’adresse aux anti-positivistes à la fois rationnel(le)s, éthico-affecté(e)s et sensibles,
    doté(e)s d’une certaine attention et cependant nullement prêt(e)s à se perdre,
    dans toutes les digressions, futilités, anomalies, exhals ou exhibs d’art-pour-l-art, facéties, paroles décousues, lacunes conceptuelles.

    Il est tout aussi néfaste d’écarter le structuralisme que d’adorer le « relatif » en rejetant la recherche de cohérence
    voire (avec des guillemets) « d’absolu » en « Urbanisme de la Pensée« .
    De surcroît cela n’a pas de sens.
    Question A votre avis, comment convient-il de se débrouiller ou de bricoler avec ce qui suit ?

    Corrélation 1 de  » libéral » … qui serait en faveur de propos libres et de métiers libérés du maximum de contraintes normatives, étatiques, sociétales … qui serait conciliant, pragmatique, en faveur du partiel, en faveur du RELATIF

    Corrélation 2 de  » libéral » … qui serait en faveur de métiers libérés du maximum de contraintes normatives,
    (notamment dans la sphère financière, l’offshore des grandes places financières)
    avec le vif soutien des majorités parlementaires c’est-à-dire du sommet des Etats,
    souvent autocratiques et enfumeurs voire totalitaires … Ainsi, le libéral … (à l’inverse de la corrélation 1) … serait donc intransigeant, dogmatique, magistral, en faveur du « parfaitement sous tutelle« , de l’accompli, de l’idéalement sous contrôle, du Total, en faveur de l’ABSOLU
    En résumé : LIBERAL = RELATIF = ABSOLU
    A l’évidence cette conjonction simultanée fait perdre tout sens à l’opposition Relatif || Absolu comme au mot libéral
    fait prendre conscience du caractère simplificateur et primaire des dictionnaires d’antonymes et synonymes

    La « Structure à Graphes Réajustés » qui assiste LeucoCircus (à graphes de nombreuses fois démolies et ré-urbanisés)
    est une construction subjective.
    Elle se distingue des fantaisies excessives des détracteurs de Lévi Strauss dans les années soixante telles celles de Roland Barthes et Jacques Derrida.
    Ces derniers décentraient la pensée et le sujet en claironnant s’élever contre le formalisme intellectuel et dogmatique.
    Soit, mais une question :
     » Pour aller où, après avoir valablement brisé ?   Nulle part ?
    …. aller se fondre dans le mouvement brownien des électrons ?
    Pour une praxis de la déconstruction ce fut réussi,
    la pluralité de sens valant souvent absence de sens ou absurde.
    La finalité première demeure celle de produire des résultats positifs pas simplement, par le corps et la parole, d’éprouver pour éprouver.

    Mon ignorance est à contredire. Merci.

    1. Arkenciel,

      Si l’on adopte une approche diachronique la conjonction contradictoire devient cohérente car les deux aspects du mot « libéral »renvoient à deux phases d’un même processus, dans le cadre de l’économie capitaliste. SI l’on considère le libérali(isme) en tant que phénomène socio-économique votre corrélation 1 ce sont les métiers apparemment libres de contraintes ou à peu près (la concurrence libre et non faussée) qu’elle soit avérée historiquement (phase primitive du captalisme) et/ou simplement un objet théorique (Adam Smith) tandis que votre corrélation 2 c’est la résultante de la concentration du capital qui procède d’une logique expansionniste (colonisatrice dirait P. Jorion) arrivée à son terme ou pas très loin.

      Aucune société humaine ne peut exister sans contrainte. Déjà dans la phase 1 elles étaient là, un ordre politique et juridique, des institutions accordent leur concours pour l’organisation des métiers, définir leur périmètre, garantir que les échanges marchands peuvent et pourront se faire dans la durée de sorte que les projets individuels ou collectifs puissent être coordonnés et menés à bien.

      D’un point de vue structural relatif et absolu peuvent alors sembler être deux facettes d’une même réalité.
      Mais une fois que l’on a dit cela on a pas tout dit car on a pas pris en considération l’irréversibilité du temps, laquelle fait évoluer qualitativement les éléments structuraux. Ainsi par exemple le capital ne se déplace plus de la même manière qu’il y a mettons 50 ans, le déplacement est aujourd’hui instantané. De même les ordinateurs permettent des opérations virtuelles beaucoup plus complexes.
      De même on on s’est borné à l’examen de la dite structure, plutôt que d’y voir un système relatif à d’autres systèmes eux aussi évolutifs.
      Bref, le libéralisme n’est pas une structure réversible, car il évolue dans le temps avec le capitalisme.
      Nous ne le voyons que trop bien avec la crise actuelle où la logique colonisatrice menace maintenant l’espèce humaine.

      Concernant Derrida je ne le mettrai pas à la poubelle aussi vite, car c’est une philosophie du soupçon, et le soupçon a aussi du bon quand l’idéologie fait des ravages. Mais, le soupçon ce n’est pas suffisant. Disons que sa pensée n’est pas systématique, cela n’empêche qu’il a traité positivement certains domaines, comme celui de l’hospitalité et d’autres. C’est une pensée politique, mais il lui manque une épistémologie. Enfin, il me semble.

  15. Vu ce matin sur le portail suisse Pnyx.com, un hommage surprenant au grand homme : sous la forme d’un sondage !

    Merci, Monsieur Lévi-Strauss ! Si je ne pouvais emporter qu’une seule de vos idées …

    « On ne peut rien comprendre ou juger que grâce à la mémoire »,

    « Je hais les voyages et les explorateurs »,

    « L’homme est un être vivant »,

    « Pas plus que l’ordre du monde, l’ordre social ne se plie aux exigences de la pensée »

    « Seule la musique permet l’union du sensible à l’intelligence »,

    « Il ne peut exister un hiatus complet entre la pensée et la vie »,

    « L’humanité … /… s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave ».

    Pour voir le détail, aller à : http://www.pnyx.com/fr_fr/sondage/403 , avec, pour chacune de ces « idées », un extrait des citations dans leur contexte, permettant d’embrasser la portée de ces réflexions.

    1. Désolé de répondre un peu durement, mais il y en a marre de lire les gens qui croient penser ou apporter une contribution au « débat » alors qu’il ne font que relayer des ragots trouvés ici ou là sur internet. Vous devriez retourner apprendre dans Socrate la différence qu’il y a entre l’opinion (la doxa) et la science (l’épistémé). Et la science ne s’apprend PAS sur internet ! L’article de Marianne est d’une malhonnêteté peu commune, doublée d’une inculture elle aussi peu commune (non, malheureusement trop communes, l’une comme l’autre en réalité : tout ce blabla de demi-instruits qui sont de vrais ignorants). L’extrait sur l’Islam, tiré de Triste tropiques, pourrait se trouver aussi bien sous la plume d’un Abdelwahab Medded (vous ne connaissez pas ? tant pis pour vous !). La phrase de Lévi-Strauss qui évoque les « aptitudes raciales innées », replacée dans son contexte, se comprend parfaitement : il fait mine de se placer du point de vue de « l’homme de la rue » pour déplacer la question posée. C’est parfaitement clair à qui lit Race et histoire en totalité. Quant au fait que les cultures, pour survivre, doivent conserver une certaine imperméabilité les unes aux autres, c’est tout simplement la vérité : les cultures, comme cultures différentes, se définissent précisément par le mutuelle opposition. C’est le principe même du structuralisme, que l’on retrouve dans ce que Bourdieu, quant à lui, appelait sa philosophie relationnelle.

    2. Jean Michel,

      Tiré du même article :

      « ll m’a fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m’obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane. Chez les Musulmans comme chez nous, j’observe la même attitude livresque, le même esprit utopique, et cette conviction obstinée qu’il suffit de trancher les problèmes sur le papier pour en être débarrassé aussitôt. A l’abri d’un rationalisme juridique et formaliste, nous nous construisons pareillement une image du monde et de la société où toutes les difficultés sont justiciables d’une logique artificieuse, et nous ne nous rendons pas compte que l’univers ne se compose plus des objets dont nous parlons. » (Tristes tropiques, 1955).

    3. Jean-Michel
      Ne perdez pas votre temps à essayer de m’expliquer ce que je dois lire, penser ou écrire..

    4. @ Jean Michel
      Autant je comprends votre position : je pressens que vous vous affligez de voir que des organes réputés si critiques – pensez donc Marianne ! – se laissent aller à la doxa politiquement correcte . Et que cette doxa soit relayée si facilement
      Autant je ne comprends pas votre énervement ( imaginez Socrate énervé !) ; et je vous propose de prendre un peu de recul : nous sommes un pays réputé d’intelletuels, qui dépense des dizaines de milliards pour ses universités et donc pour des dizaines de milliers de personnes payées pour penser. De plus – je parle pour notre génération – tous ses futurs penseurs ont été éduqués dans l’esprit critique (à bas les mandarins) et la plus grande lucidité sur le capitalisime. Ah les conférences sauvages à la Sorbonne, ah l’occupation de l’odéon !
      Théoriquement nous devrions donc tout savoir – et même à l’avance – sur les tenants et les aboutissants de cette crise ( il m’est même arrivé de faire cours sur l’endettement américain en 88 !!!) . Et voilà qu’il n’en est rien . pire 40 après vous vous retrouvez sur un blog perdu à chercher à tâtons une explication de ce qui se passe !
      Il y a quand même un paradoxe dans cette disproportion : il y a quand même une erreur quelque part ; et celle-là, elle n’est due ni aux banquiers, ni aux capitalistes !
      Je vous suggère de vous demander pourquoi : cela ne vous rassurera pas plus, cela ne rendra pas Marianne plus intelligent : mais cela vous aidera à supporter le politiquement correct
      avec beaucoup d’amitiés

  16. J’ai découvert Claude Levi Strauss bien tard en lisant Tristes Tropiques et puis sa théorie du structuralisme, c’est avec lui que j’ai découverts les definitions les plus justes à mon sens de culture, de superculture, d’ethnie, de communauté, de tribu etc. Malgres son immense apport nos elites politiques relancent un débat sur l’identité nationale, il devraient relire Levi-strauss. En tout cas un immortel est parti hier.

  17. à Mathieu [ le 4 nov à 13:04]
    Oui, je me suis attelé, parmi des dimensions de rang2, les affects sont une part de l’une d’elle.
    Ils sont aussi très présents dans trois autres dans des classes de dynamiques très différentes.

    à Pierre-Yves D. [21:25]
    Merci pour le propos, enrichissant, notamment le dernier paragraphe : le questionnement suscité par le soupçon, l’hospitalité
    Votre idée diachronique est belle et plaisante; toutefois, elle m’apparait peu exploitable seule pour une Pensée recherchant des pistes à comparer en matière d’ingénierie générale en aval.
    C’est pourquoi, je suis tenté de ranger avec les facéties d’Auguste votre phrase
    « D’un point de vue structural relatif et absolu peuvent alors sembler être deux facettes d’une même réalité »

    En effet, quand arrivent les heures ou semaines de débat mieux vaut démarrer avec des propositions non ambigues
    [ — pour qui n’est pas maquilleur de métier, c.a.d. manipulateur ou politicien de métier — ]
    comme dans un contrat clair : Article 1 : Définitions avec lourde pièce-jointe en annexe.
    Comme vous le dites, notamment vu la nature des transactions actuelles (don d’ubiguité, vitesse de la lumière, secret total sauf pour l’Opérateur au top du Clearing et de la BRI, etc.),
    il n’y a pas grand chose (rien ?) en commun entre les montages aFiscal-juridico-financiers d’actualité et ceux d’Adam Smith (1723-1790).
    Cela n’empêche pas les blablateurs de continuer à s’en servir dans leur pseudo argumentation de malfaisance.

    A l’époque de René Dumont avait 70-76 ans (1974-80),
    combien soulignaient « la disparition effrayante des espèces vivantes » ?
    Claude Lévi-Strauss était de sa génération, avec 4 ans d’écart.

    Lévi-Strauss étant né en 1908 et non en 1978 ou 88, apprécions ses apports par rapport à ses contemporains.

    Revenons au Temps Présent, justement exceptionnel à cause de ses capacités informatiques encore peu exploitées.
    Qu’en est-il en 2009 ?
    Tous les systèmes — imaginés non factibles (pour distraire, faire réfléchir, faire peur, etc.),
    imaginés et concevables, factibles ou non, présents de centaines de disciplines différentes, passés et présentant encore des effets en cette décennie, passés et oubliés —
    sont juxtaposables (potentiellement) dans la même Représentation du Réel.
    Avec les années on s’aperçoit que beaucoup de thèses et antithèses remalaxent du contenu dans des contextes assez voisins.
    D’abord pour commencer à y voir un peu plus clair soi-même, les représentations visuelles
    (non purement abstraites et dénuées de sens)
    font économiser un temps précis et, souvent, ouvrent des pistes et préconisent des reconfigurations immédiates; elles aident à trier et ordonner les repères neutres de base.
    Bon, ici, je ne vais pas m’étendre sur les nombreuses mesures à adopter pour échapper au dogmatisme
    tout en recherchant malgré tout des graphes de noeuds et arcs pour offrir des appuis à la Pensée Libre, émancipée.

    Le cadre d’un commentaire à un billet n’est pas celui de mes propres contenus.
    Pour offrir toutefois un peu plus de clarté, une métaphore pourrait servir de substitut textuel

    Gustave Caillebotte
    observa quelques êtres en un coin de l’urbanisme de la capitale, la Place de l’Europe
    Une berge est aussi une invite :
    Hermitage à travers la Neva
    Les voies de circulation forment un graphe, une « structure » … au sens mathématique.
    zone à

    risques
    et pourquoi pas ?
    Halifax ~~~
    Les voies forment un graphe ultra-simple, mais pour la métaphore que je vais vous proposer ça devrait aller.

    En Pensée+IngénierieGénérale toutes disciplines,
    une saine FlexInnovStructure n’est tournée qu’à environ 10% sur les relatifs invariants du passé
    tels que les passions des êtres humains (vices, croyances absolues, etc.) et leurs sentiments ( mieux vaut en rire, joie réelle, peur, colère, etc.)

    Comment évoquer cette saine FlexInnovStructure ?
    Vu l’absence, ici, d’images et de capacités d’itinéraires,
    je vous propose, en métaphore, de penser à l’Urbanisme d’un District Pensée+Action dont certains quartiers sont à dominante cognitive.
    L’analogie « Urbanisme de District » n’est pas idéale,
    vu qu’il vaudrait mieux évoquer des Anneaux hétérogènes à différents niveaux et différentes échelles « Espace-Temps »
    auxquels s’ajoutent des « constructions multidimentionnelles démontables ».

    — pour sa part neutre, type « macroAnneau souple à moultchainages ouverts et microAnneaux » —
    cette saine FlexInnovStructure
    est nullement guidée par des rails allant précisément dans une direction.
    Aux anneaux (giga, mega, macro, micro, nano) et aux arcs inter-anneaux se trouvent des mythes-marqueurs (anciens et inventés).
    Leurs arts ou talents PsyPhilo et panneaux indicateurs sont nullement tous bloqués (rivés) sur le souci de prouver quoi que ce soit.
    Heureusement les personnages mythiques ne sont pas tous banksters, Ubac et StatuQuo.
    Les arcs-entre-anneaux sont ni en nombre arrêté ni orienté de façon unique ou nécessairement durable.

    Il suffit d’observer le chaos des décennies récentes pour être assuré que le penseur ne peut pas se contenter,
    comme référentiel, des rubriques qui composent
    (a) les programmes des medias (télévision, radio, presse), (b) les thèmes des colloques,
    (c) les chapitres des livres universitaires et (d) les titres des dossiers des régaleurs et leurs séides.

    Les dynamiques de la vie   — saines, malsaines et autres —
    formant récit ou s’incarnant avec des variantes presque infinies,
    peuvent difficilement être abordées, même sommairement,
    sans une telle FlexInnovStructure à la fois souple, neutre, ouverte et globale.

    Restons-en à l’Urbanisme Général sans franchir les Portails ni entrer dans les constructions rurbaines ou autres.
    Au cours de l’année, lors de la semaine X, pour ce qui est de les nomenclatures et définitions arrêtées sont ce qu’elles sont; chacun les considère comme relativement stables et intangibles, pour exposer ses créations : fantaisies, études, topologies

    originales, définitions personnelles à un autre niveau (métaphore: celui d’un portail, d’un immeuble, ou d’un étage), etc.
    Restons dans l’analogie urbanistique : aussi longtemps que le plan du quartier ou du District n’a pas besoin d’être profondément transformé (exemple:

    percée haussmannienne au XIXe siècle)
    les innovateurs comme les anti-modernes ou autres peuvent continuer à « s’amuser » dans le District.
    Dit autrement, les repères-marqueurs ne sont intangibles que pour autant que l’on s’arrête aux définitions antérieures pour les noeuds et arcs marquants de son urbanisme général.

    Les pistes d’envol des parapentes et les avenues ont simplement pour fonction de guider vers les lieux où l’on peut du sens. Qu’il plaise ou pas est une autre affaire. La composition des voies de circulation et l’ordre partiel qu’elles procurent

    dynamise et émancipe plus qu’elle aliène. A l’opposé, il n’y a pas grand chose qui rende service, un jour de brouillard épais et grand vent, entre sables mouvants et marais infestés de parasites; entre autres dommages, vos poupées de porcelaine

    sur la branche que vous avez choisie se cassent la figure lamentablement. N’est-ce pas ce que vous vivez aujourd’hui.
    La pensée déplorable conduit à l’action déplorable.
    Les mots seuls ne suffisent pas à structurer une pensée pertinente, des visions prospectives,
    des innovations, des enseignements à partir des siècles passés.
    Quelles petites histoires illustrées vous auraient permis de saisir avec plus de facilité et de plaisir ce propos ?
    … avec ses faiblesses, forces, opportunités, questions en suspens ici ?

    1. Merci Pablo, ces deux intéressants articles qui donnent une idée beaucoup plus exacte de la pensée et de l’homme Levi-Strauss que l’indigent article de Marianne qui fait feu de tout bois. Il faut se rappeler qu’il y a cinquante ans, le mot race était encore couramment employé pour désigner certaines parties de l’humanité. Rien que pour cela Lévi Strauss mérite de rester dans l’histoire.
      J’ai particulièrement apprécié le passage de l’article où il est mis en évidence que le mythe ne se réduit pas à une construction logique visant simplement à faire disparaître une contradiction logique, comme par exemple celle qui existe entre les récits où l’humanité descend d’un premier homme et la règle de la prohibition de l’inceste qui interdit aux hommes de se marier avec les soeurs.

      A cette première approche de la culture sauvage viendra s’ajouter l’étude des discours mythologiques qui lui donnent sens: tel est l’objet de la Pensée sauvage (1962), puis, à partir de 1964, des quatre volumes des Mythologiques, pour lesquels il recueille un matériau ethnographique considérable de récits amérindiens. Là encore, Lévi-Strauss va s’attacher à mettre au jour des structures fondamentales, les «mythèmes », éléments d’une grammaire des mythes, qui lui permettront d’envisager une interprétation d’ensemble. Leur fonction principale, montre-t-il, est de raconter et de mettre en scène la différence entre la nature et la culture. Ainsi va-t-il repérer comment les récits mythiques apportent l’explication de l’origine de la cuisson des aliments, opération culturelle par excellence puisqu’il s’agit de faire passer les aliments du cru au cuit (culture) en évitant la dégradation du cru au pourri (nature). Le message mythologique n’est plus du tout anecdotique ou seulement pittoresque; il est essentiel, voire vital: la vie humaine et sociale doit se préserver de deux dangers également menaçants: celui d’une nature sans culture (où tout serait voué au pourrissement) et celui d’une culture sans nature (où les ressources se tariraient ou brûleraient du feu de la technique). Les deux excès conduiraient inexorablement à la famine et à la disparition. Le mythe raconte à la fois cette fragilité et la nécessité de maintenir cet équilibre instable: bref, une forme de vision du monde et …de sagesse.

      Il semblerait que notre culture d’hommes et de femmes du XXI siècle a perdu en quelque sorte ce paradigme implicite de l’implication réciproque de la nature et de la culture. Il faudra donc bien plus qu’une évolution technologique ou même une évolution de nos systèmes politiques pour vous vivre en meilleur harmonie avec le milieu naturel dans lequel nous baignons, et dont nous sommes aussi constitués. Symptomatiquement plutôt que de voir cette implication réciproque nous considérons le plus souvent qu’il y a d’un coté nous-mêmes et de l’autre l’environnement qui nous entoure comme si nous étions des forteresses imprenables et toutes puissantes.

  18. Il me semble que la notion de structure fait référence à autre chose que l’exemple linguistique basé sur le signifiant c’est-à-dire le différentiel, la position, l’opposition comme source de valeur. N’y avait-il pas la question des propriétés émergeantes, selon laquelle la structure est plus que l’addition des ses éléments ? Mais tout le monde a perdu de vu cet aspect du concept de structure.

    L

  19. Lévi-Strauss était un grand défenseur de la bio-diversité ( plantes et animaux ), mais il plaidait aussi pour une diversité « culturelle » pour l’Homme. Lui qui a eu l’occasion d’aller à la rencontre de plusieurs cultures a su en évaluer la richesse, non seulement pour lui-même mais aussi pour l’humanité tout entière.
    Il est certain que l’époque actuelle de la pensée unique, de la globalisation, de l’unisexe , du monoculturel, combinés avec un individualisme sans limites était loin de lui plaire…
    D’ailleurs, contrairement à certains intellectuels, je trouve que Lévi-Strauss a raison: il est plus enrichissant et de meilleur goût de déguster chaque légume à part que de mixer le tout, et d’être obligé tous les jours de manger la même soupe… On peut même dire qu’un manque de « diversité » culturelle et physique au sein d’une même « race » sont les prémices d’une extinction… Il suffit de constater de ce qui c’est passé avec nos « amis » les dinosaures qui étaient si heureux d’être les plus grands…

  20. @ Paul

    Je suppose que vous êtes au courant, mais j’ai quand même retrouvé avec surprise votre billet (ainsi que les références auquel il renvoie) reproduit dans marianne.fr. La percolation se poursuit… Continuez!

  21. À propos de: (….) j’apprends la mort de Claude Lévi-Strauss. C’est un événement national à cause de la stature de l’homme. Du penseur, du savant, de l’écrivain. Ce n’est sûrement pas sa philosophie qui pourrait me réconforter. J’ai profité d’une courte ballade pour racheter Tristes tropiques qui s’est égaré quelque part dans les profondeurs de ma bibliothèque. Quel styliste ! Quel conteur ! Mais son acuité intellectuelle ne me rend pas plus aimable sa pensée profonde, qui est celle d’un sceptique, voire d’un athée du XVIIIe siècle.

    Précurseur de la sensibilité écologique, admirable peintre des phénomènes de la nature, mais adversaire résolu et implacable de notre tradition philosophico-métaphysique. Littérairement, il est du côté Rousseau-Chateaubriand, qui l’inspire très heureusement. Rationnellement, il est du côté positiviste, fermé à toute interrogation intérieure au sens augustinien. Il récuse phénoménologie et existentialisme par phobie d’un certain anthropocentrisme et plus encore par refus de la centralité de la conscience. Dans les dernières pages, cette profession de non-foi : « Le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui. Les institutions, les mœurs et les coutumes, que j’aurai passé ma vie à inventorier et à comprendre, sont une efflorescence passagère d’une création par rapport à laquelle elle ne possède aucun sens, sinon peut-être celui de permettre à l’humanité d’y jouer son rôle. Loin que ce rôle lui marque une place indépendante et que l’effort de l’homme – même condamné, soit de s’opposer vainement à une déchéance universelle, il apparaît lui-même, comme une machine, peut-être plus perfectionnée que les autres, travaillant à la désagrégation d’un ordre originel et précipitant une matière puissamment organisée vers une inertie toujours plus grande et qui sera un jour définitive. »

    On ne peut être plus funèbre, à l’opposé le plus extrême de toute ouverture eschatologique. Même les œuvres de l’esprit, auxquelles l’homme infiniment cultivé était intimement attaché, ne sont pas promises à meilleur sort. L’anthropologie se réduit à une entropologie, c’est-à-dire à une science de la désintégration universelle. Pourtant, Claude Lévi-Strauss n’était pas misanthrope et il était sans cesse prêt à s’ouvrir à de nouvelles curiosités, celles-ci lui fussent-elles contraires. Mgr Dagens, raconte qu’en tant que nouvel académicien, il a adressé à son très éminent confrère et aîné, son dernier livre… de théologie. Ce dernier l’en a très aimablement remercié, en précisant qu’il lui en était d’autant plus reconnaissant qu’ignorant de la matière dont il était traité.

    d’un autre Leclerc, cette fois c’est Gérard laclerc dans France-Catholique

  22. Extrait de Claude Levi-Stauss

    La population mondiale comptait à ma naissance un milliard et demi d’habitants. Quand j’entrai dans la vie active vers 1930, ce nombre s’élevait à deux milliards. Il est de six milliards aujourd’hui, et il atteindra neuf milliards dans quelques décennies à croire les prévisions des démographes. Ils nous disent certes que ce dernier chiffre représentera un pic et que la population déclinera ensuite, si rapidement, ajoutent certains, qu’à l’échelle de quelques siècles une menace pèsera sur la survie de notre espèce. De toute façon, elle aura exercé ses ravages sur la diversité, non pas seulement culturelle, mais aussi biologique en faisant disparaître quantité d’espèces animales et végétales ».

    […]

    On m’a souvent reproché d’être anti-humaniste. Je ne crois pas que ce soit vrai. Ce contre quoi je me suis insurgé, et dont je ressens profondément la nocivité, c’est cette espèce d’humanisme dévergondé issu, d’une part, de la tradition judéo-chrétienne, et, d’autre part, plus près de nous, de la Renaissance et du cartésianisme, qui fait de l’homme un maître, un seigneur absolu de la création.

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