France : Régionales 1er tour

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

23h13. Les résultats ne sont encore que provisoires mais la victoire des abstentionnistes avec 53 % du scrutin s’annonce d’ores et déjà écrasante !

Ne représentant respectivement que 14,10 % et 12,55 % de l’électorat, le PS et l’UMP arrivent loin derrière.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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237 réflexions sur « France : Régionales 1er tour »

  1. De nos jours quand je demande aux gens d’aller voter, ce n’est bien sur pas pour changer les choses c’est d’abord pour qu’ils me donnent de nouveau raison, pour que la petite pierre dans la rue ne me touche plus du tout moi et les miens, et puis tant pis si cela n’améliore guère mieux le quotidien des gens.

    La preuve à quoi sert encore le malheureux le lendemain d’une élection à plus personne bien évidemment, non on préfère de nouveau se pencher sur les dossiers importants, refonctionner comme à l’ancienne, refaire la décoration et changer la garde de robe de Madame ou Monsieur surtout pour la prochaine en lumière devant les caméras.

    D’abord penser à notre image, à notre carrière, à notre parti, à notre belle marque de fabrique aussi, et puis après on pense de temps en temps aux gens qui ne se conduisent pas du tout comme nous, surtout ne jamais perdre la face en toutes circonstances, quand bien même le ciel nous tomberait sur la tête, si la crise devait perdurer par exemple.

    Oui ces gens là une fois élus qu’ils soient d’ailleurs d’un bord ou d’un autre pensez-vous qu’ils commenceront à vous traiter autrement ? Pensez-vous, non leur principal objectif de travail c’est d’abord et avant tout la recherche du pouvoir, des belles places, les honneurs, les privilèges de plus accordés comme aux élites politiques et marchandes, d’abord imposer aux autres des lois et des mesures qu’ils n’auraient même pas le courage de subir eux-mêmes les premiers et mois après mois en plus dans la dureté, oui ça laisse à méditer et à réfléchir.

    Mais mon cher Monsieur pourquoi vous vous sentez de plus en plus mal à force de vous voir être traité de plus en plus comme une marchandise couteuse, et au regard de votre propre conscience, auriez vous besoin vous aussi de vous faire soigner pour mieux renfluer les caisses de la sécu, quelle grande mascarade de conduite comme de travail partout visible, aussi bien dans les hautes sphères comme aussi dans les bas enfers sociaux de cette société devenu si désenchanté, tout cela bien évidemment ne fait guère mieux le bien des gens, comment peut-on encore se permettre de traiter les gens aussi bien d’ailleurs dans le public maintenant ?

    On ne récolte pas mieux l’estime des gens en voulant d’abord leur mettre la fourche au cul alors qui triment déjà bien à votre place dans le privé …

  2. @ A tous,

    Je crois que, sur ce forum, on est en train de donner, du taux record d’abstentions, des explications qui ne représentent que des demi-vérités (désaffection pour la politique, les partis etc…) et qui sont donc, en définitive et profondément, fausses.

    Je suis persuadé que, le jour on l’on fixera, le même jour, l’ensemble des élections, du plus petit niveau local à l’Europe, le taux d’abstention, en France, passera bien en-dessous de la barre des 30%.

    Ce dont les français(es) commencent à se rendre compte, c’est de l’aberration du système actuel, qui les appelle aux urnes, en moyenne tous les deux ans, avec un brouillage complet des enjeux, ceux , nationaux , écrasant tous les autres ; avec des candidats qui délaissent leur fonction (ex. Pécresse, Ministre) le temps de la campagne électorale etc…

    Pour prendre un seul exemple d’un faux enjeu dans une campagne électorale régionale française : ITER : je peux me tromper (je suis belge), mais il m’étonnerait très fort, que la Région PACA puisse s’opposer à l’implantation de ITER à Cadarache (ni n’importe quelle autre Région, ailleurs) , puisqu’il s’agit d’un projet international très coûteux, (dont le chantier a d’ailleurs commencé (j’y suis passé il y a 1,5 an)).

  3. par moments ( pour pas dire presque tout le temps ) j’avais l’impression d’un cours donné par Alain de Benoist ( LE penseur de l’officine d’extrème droite GRECE )

    sans doute me suis je trompé ?

  4. Je défends le droit de m’abstenir tant que nous ne pourrons pas désigner les candidats pour qui nous voulons voter :
    L’abstention est le seul choix qui nous reste, puisque nous ne pouvons nous-même désigner nos représentants (ce sont les partis politiques qui le font pour nous) et que le vote blanc n’est pas 1) comptabilisé à part des votes nuls 2) n’a aucun effet sur le résultat

  5. @Paul Jorion,

    Sur le lien entre représentativité et légitimité,

    Certes, c’est à partir de ce principe posé, et selon la conception du moment, qu’on en déduisait les modalité du scrutin (qui en devient alors l’expression)
    – le collège des électeurs (suffrage universel vs. suffrage censitaire)
    – le collège des candidats (conditions mises pour être élus)
    – mode direct ou indirect

    La grande querelle était surtout celle du suffrage universel vs. censitaire. L’hypothèse étant que les élus représenteraient mieux la notion si le peuple entier votait (il manquait encore les femmes jusqu’en 1945) . Mais le scrutin terminé, pas d’interrogation sur la participation. Nous y voilà.

    Il existe cependant un cas au moins, dans la constitution actuelle, où un dispositif de jure existe pour ne pas valider un scrutin en cas d’abstention forte (élections municipales : nécessité dans une certaine catégorie de commune, qu’une liste dépasse un certain quorum sur le nombre d’inscrits. A défaut, un 2ème tour est organisé, cette fois-ci à la majorité simple). Cela ne va pas très loin.

    En ce qui concerne les seuils de participation, la baisse tendancielle est perceptible depuis les années 85-90 en France. On pouvait observer, dans ce domaine aussi, une forme de convergence vers le modèle Etasunien. Les chiffres en Europe convergent également (à confirmer…).

    Cela ressemble à un nouveau suffrage censitaire de facto et auto-induit par les conditions socio-économiques convergentes des sociétés en question. Les liens statistiques entre ces conditions et le taux de participation étant très nets (cas des Etats-Unis, années 90, de mémoire). La caractéristique étant que l’aspect censitaire revêt ici une apparence de volontariat.

    On pourrait alors instituer le fait : rétablir le suffrage censitaire, pour prendre acte de la faible participation (économies budgétaires assurées). Mais bien sûr, on pourrait être encore plus radical : supprimer complètement le suffrage.

    La question mérite d’être posée aux abstentionnistes : souhaitez-vous la fin du suffrage? si la réponse est oui, tout est cohérent. Si la réponse est non, cela devient curieux. On prône la non-participation à un exercice qu’on souhaite voir maintenir. Mais alors, sous quelle forme?

    1. @ François le sombre :
      Vous vous faîtes l’avocat du diable, ce n’est pas possible. La réponse est non pour ma part et cela n’a rien de curieux.
      Car n’avez vous jamais participé à des actions, des mouvements, des idées, etc., enfin, toute chose de la vie où vous n’étiez pas complètement satisfait de la manière dont vous y participiez ? Et qu’à un moment de votre vie, pour le bien de cette action, ce mouvement, etc., vous ayez pris du recul, afin que cela agisse sur les objets dans lequel vous étiez investis, par votre absence ? Jamais ?
      Pour la participation et l’abstention, c’est pareil.
      Ce n’est pas parce que l’on souhaite mieux car cela devient pire, qu’il faille, sous divers prétextes soit fallacieux soit stigmatisants, dénier la prétention et l’envie de certains à la fois de permettre une amélioration du système (et la seule manière à mon sens est de provoquer un rapport de force politique ‘global’ avec l’ensemble des partis politiques, avec une abstention forte) et de vouloir perpétuer ce système ainsi renouvelé, auquel je souhaite momentanément m’abstraire, afin de produire justement ce rapport de force.
      Ne me dite pas que vous êtes si monolithique que ça tout de même …
      La dialectique sans doute, ou appelez ça comme vous voudrez.

    2. Il manquait les femmes jusqu’en 1945 et, à ce jour, il manque toujours les étrangers établis en France.

      Quant à la notion de légitimité, attention à ne pas la confondre avec la notion de légalité.

    3. @ François Le Sombre,

      Représentativité et légitimité.
      Votre remarque sur le retour aujourd’hui du vote censitaire de l’Ancien Régime est troublante, et elle paraît juste.

      J’essaie de me l’expliquer.
      Je vais être caricatural, pour être imagé.
      Imaginons un immeuble ancien, qui serait la nation.
      Différents événements ont eu lieu au fil du temps. Certains appartements se sont agrandis, d’autres se sont réduis. L’eau, le gaz et l’électricité n’arrivent pas partout. Certains logements sont sur-occupés, alors que d’autres sont presque vides. De nombreux locaux occupés sont vétustes. Le toit fuit à certains endroits, et la porte du rez-de-chaussée ferme mal. Des fenêtres donnent sur un parc, alors que d’autres ouvrent sur une cour sans soleil, etc.
      Un immeuble. Rempli de copropriétaires.

      Lors des réunions de copropriété, on peut remarquer que tous les habitants souhaitent que leur immeuble soit beau. C’est une chose qui les unit.
      Certains ont des appartements bien équipés (eau, gaz et électricité aux frais du syndic, c’est normal), avec une porte munie des trois verrous réglementaires. Ceux-là insistent pour qu’on fleurisse les balcons, qu’on change le tapis de l’escalier, qu’on améliore le ramassage sélectif des déchets, ou bien encore qu’on renforce les liens avec les syndics voisins (les réunions intersyndicales ont lieu à Strasbourg, par commodité). On appelle ceux qui défendent ces projets, des bons copropriétaires responsables.
      D’autres rappellent régulièrement que leurs propres logements n’ont pas encore tous les équipements collectifs de base, et que, puisqu’ils n’ont les moyens que d’un loquet pour leur porte, ils aimeraient qu’on installe une serrure à clé sur la porte donnant sur la rue. On appelle ceux-là des rabats-joie.
      Réunions après réunions, on remarque que les bons copropriétaires responsables sont toujours écoutés, et arrivent à leurs fins. Tout le budget est alloué à leurs projets.
      Par contre, les rabats-joies, eux, n’obtiennent jamais satisfaction.

      Que ce passe-t-il?
      Les rabats-joie ont pourtant le même droit de vote que les autres. Ils ont même le pouvoir du quorum, ils sont les plus nombreux, puisqu’ils forment la majorité des copropriétaires les moins fortunés. Cette pauvreté explique qu’ils souhaiteraient avoir, comme les autres, certains équipements de base qui sont à la charge de tout syndic digne de ce nom. Et ça explique aussi qu’ils s’émeuvent que la porte d’entrée du rez-de-chaussée reste sans verrou, eux qui tiennent au peu qu’ils ont.

      Bizarrement ce sont les rabats-joie qui versent -relativement- le plus au budget de la copropriété. Les autres, les copropriétaires responsables (ceux qui rêvent de fleurir les balcons, et de changer le tapis de l’escalier), ont un bouclier fiscal spéciale, qui les dispense de verser leur part au syndic. Ces derniers ont aussi une meilleure instruction, qui leur permet de prendre plus souvent la parole.

      Le voilà donc de retour, le suffrage censitaire que vous évoquez, François.
      Ce droit de vote, donné sous l’Ancien Régime, à ceux qui avaient les moyens de s’acquitter du « cens », un impôt ancien.
      Il y a même un étrange retournement. Ce sont aujourd’hui ceux qui sont le plus protégés de l’impôt qui ont le plus grand pouvoir, pour influer sur le vote (protégés par certaines facilités de compréhension du système des « niches fiscales », que donne l’instruction, ou protégés par l’argent qui permet de payer un bon conseiller financier, si ce n’est d’avoir l’oreille du ministre des finances, ou bien encore protégé par cette moindre pression de la TVA -cet impôt si injuste qui ne connaît pas les barèmes de richesse).
      Et peu importe si le quorum est atteint ou pas, puisqu’on ne tient jamais compte de ce quorum que Jorion s’est amusé très justement à pointer dans son graphique.

      Dernier événement dans l’immeuble:
      Lors de la réunion de copropriété du 7 juin 2009, un groupe de copropriétaires responsables s’est formé pour convaincre que l’argent des rabats-joie serait bien utile pour « végétaliser » le toit. Et cela semble marcher; beaucoup ont voté pour eux, et il paraît que les budgets sont alloués (l’intersyndical de Strasbourg est même à leur écoute pour étendre le projet aux autres immeubles).
      Et pendant ce temps les murs se lézardent dans certains logements …et la porte d’entrée ferme toujours aussi mal (pardon, je suis rabat-joie).

      François, dans ces conditions (très imagées), peut-on blâmer les rabats-joie de ne plus se rendre aux réunions de copropriété?
      Si on leur posait votre question: « Voulez-vous la fin du suffrage? »
      Ils pourrait vous répondre: « Oui! La fin de ce nouveau suffrage censitaire, pour le début d’un autre qui soit à la fois légitime ET représentatif. »

      Et comme vous le faites remarquer, ce serait cohérent.

      —————————–
      @ Zébu,
      Je suis proche de votre façon de voir les choses, mais avouons que François Le Sombre, comme Astrorock, Grosjean, Juan Nessy ou d’autres, ont des arguments qui pèsent.
      Il semble que l’avocat du diable, soit celui dont le diable doit le plus se méfier!

    4. Jean Luc :

      Dans une copropriété , chaque copropriétaire  » pèse » à l’aune de ses  » millièmes  » donc en fait à l’aune de la surface de son appartement et de ses dépendances .

      La démocratie élective a donc l’énorme et unique caracéristiques, et l’équité , de rendre à chaque copropriétaire sa voix , égale et de même poids que celle de quiconque . C’est bien d’ailleurs ce qui me visse au corps le droit de vote et son plein usage .

      Ce bulletin c’est moi , sans pondérations aristocratique , tyrannique ou oligarchique , ou de naissance. C’est mon identité .

      C’est ma liberté exprimée sans contrainte et seul avec moi même dans l’isoloir .

      Pas près de la galvauder , jouer au loto , ou me laisser prendre !

  6. @ Grosjean, et à nous tous, votants ou non votants,

    C’est le moment de notre séance de cinéma!
    Bonbons! eskimos! chocolats! éteignez vos mégots et enlevez vos chapeaux. …chuut! chuuuut…

    L’AN 01 (4ème partie)

    Pour rappel:
    1ère partie: http://www.pauljorion.com/blog/?p=8461#comment-60260
    2ème partie: http://www.pauljorion.com/blog/?p=8541#comment-60975
    3ème partie: http://www.pauljorion.com/blog/?p=8740#comment-62197

    (J’aime bien ce petit air « début de la Vème République », quand il fallait attendre une semaine pour savoir, chez le marchand de journaux, si Tintin allait se sortir du micmac de la dernière case, et si, à la télé, Jacquou le Croquant allait pouvoir enfin se venger du comte de Nansac.)

    http://www.youtube.com/watch?v=qUFeJ3ULBnk

  7. Pour aborder comme Paul le souhaite le phénomène de l’abstention sous un angle plus sociologique que politique, je soumet ces quelques chiffres à votre sagacité :

    Le taux de participation aux élections prud’homales du mercredi 3 décembre 2008 s’est établi à 25,5 % dans le collège « salariés », soit une abstention record de 74,5 %,
    En revanche, il a progressé dans le collège employeurs, à 31,5 %, contre 26,6 % en 2002. Les listes d’union – Medef, CGPME, FNSEA (agriculteurs), UPA (artisans), UNAPL (professions libérales) – reculent de près de 8 points tout en restant largement majoritaires, à 72,1 %, devant les employeurs de l’économie sociale, qui progressent de 7,7 points à 19 %, et les listes diverses (8,5 %).
    La participation, qui avait chuté de 63,2 % en 1979, premières élections prud’homales, à 32,7 % en 2002, a encore fortement reculé, à 25,5 %, atteignant son plus bas niveau en trente ans.
    http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/12/04/prud-homales-abstention-record

    « Tout va très bien pour les riches dans ce pays, nous n’avons jamais été aussi prospères. C’est une guerre de classes, et c’est ma classe qui est en train de gagner »
    A la tête de ses 52 milliards de dollars, Warren Buffet ne s’abstient pas de nous éclairer sous son angle sociologique révolutionnaire…
    Nous, quand tout va mal, nous appelons le délégué syndical, si par bonheur il en existe un, nous sortons des calicots, et tout finit, pour le mieux au tribunal des prud’hommes, si ce n’est au tribunal correctionnel!
    La contre-révolution du capital est en marche. Nous, nous abordons l’avenir à reculons……

    1. sur les prudhommales, est-ce que les saisonniers ne votent pas, donc ne reçoivent aucune indication qui leur permettent de voter ?
      ou est-ce que c’est aux les jeunes que ce sort est réserver, (un peu comme pour eux la nouvelle organisation pour leur carte de sécu, car aujourd’hui, s’ils n’envoient pas , cela sans savoir qu’ils devaient envoyer car personne ne les en a informé- une paperasse de pôle emploi à leur sécu, très subitement passé un délai de trois mois, ils réalisent par hasard -évidemment à l’hopital- qu’ils se retrouvent sans sécu) ?

    2. @Cécile
      Il y a tout aussi peu de syndiqués sur ce blog que chez les saisonniers…..
      Un inspecteur du travail peut-être? Ou un avocat « d’affaires » sociales?
      Etant marin, je ne peux vous renseigner cars les lois concernant ma profession datant de Colbert, je ne dépend ni des prud’hommes, ni de la sécurité sociale, mais d’une conciliation devant l’administrateur des affaires maritimes (bien souvent juge et parti) et en cas de non-conciliation du tribunal d’instance qui n’y entend rien en la matière, ainsi que la plupart des avocats…..
      Bilan, ancien délégué de bord pendant quinze ans, j’ai été licencié, et au bout de douze ans de procédure mon affaire ne sera jamais jugée, mon avocat ayant par ignorance « malencontreusement » fait péter les délais de procédure.
      Il va sans dire que nous sommes tous égaux face à la loi!
      Et si nous nous occupions mieux de nos affaires avant qu’elles ne s’occupent de nous? Une constitution pour le B.I.T. peut-être? Se syndiquer aussi sans doute….

    3. Absention et syndicalisation !

      85 % des salariés français bénéficient d’accord de branches dans leurs entreprises négociés par un syndicat !
      Moins de 5% des salariés français son syndiqués !

  8. @ Zébut,

    vous avez raison et vous le savez.

    Pas de culpabilité excessive même si les dents grincent.

    L’abstention EST notre levier.

    De tout coeur POUR votre appel à l’Abstention!

    1. Allez, pour une fois que je suis en avance sur Piotr:

      « Ce n’est qu’un Zébut! continuons le combat! »

    2. Il faudrait distinguer, car cela a des significations differentes, l’abstention du vote blanc.
      Je suis frappé de ce que les jeunes, blancs, beurs, garçons ou filles n’aillent pas voter et je les comprends !Il ne suffit plus de prendre une posture moralisatrice à la « Sarkozy »en invoquant Guy Moquet et les martyres de la liberté, pour motiver la jeunesse à aller voter………..
      L’abstention n’est plus un drame, elle révele un mal plus sourd qui est la dérisoire crédibilité des élus telle que la Jeunesse la ressent; ils ne savent que trop que nos élus s’arrogent des privilèges matériels à vie, votent des lois pour amnistier leurs fautes et ne sont jamais responsables ou comptables de leurs bilans.

      A propos de l’ancien régime, une anecdote personnelle:
      J’ai personnellement été reçu avec un groupe d’ingénieurs architectes dans le cadre d’un travail d’aménagement urbain à Paris à l’Hotel de Lassay, présidence de l’assemblée nationale, alors que Laurent Fabius occupait ce poste. Le groupe de travail était reçu par son chef de cabinet, Fabius étant passé en coup de vent nous remercier de paroles lénifiantes dont les élus ont le secret………..Dans la cour de l’hotel de Lassay les Safranes ont remplacées les carosses, les chauffeurs ont remplacés les cochers, à l’intérieur dans les dorures et les moulures d’une architecture de l’ancien régime, vous étes reçus par des majord’hommes en queue de pie et tout un décorum qui fleure la Noblesse, les ducs et les marquis.
      Voila l’image de la république et de la démocratie parlementaire, il faudrait un Almodovar pour le filmer.
      Nous devions rénover la Place du Palais Bourbon, ce qui fut fait par l’équipe dont j’étais l’architecte pour le compte de la Mairie de Paris qui cofinançait le projet avec l’état.
      Pour ceux qui connaissent les lieus cette place est occupée en son centre par une allégorie de la république, femme assise tenant dans son bras droit les tables de la loi républicaine et regarde la rue de Bourgogne, tournant de ce fait le dos a l’Assemblée Nationale. Laurent Fabius était choquée que la sculpture tourne le dos au palais bourbon, et avait demandé à ce que on lui fasse regarder la représentation nationale par une rotation de 180 degrés; il lui fut répondu qu’il était normal et voulu que la république regarde la rue de Bourgogne, le peuple donc et non ses représentants………..il n’insista pas.

      La république de Soitou continuera à regarder le peuple …………

  9. @zébu,

    Sur vos divers messages.

    je crois qu’il faut « voir le soleil en face » : la généralisation de l’abstention peut conduire au dépérissement du suffrage, lent ou rapide. J’avais bien noté que ce n’était pas votre souhait (au contraire), cependant d’autres m’ont semblé rejeter le principe même de représentation… Nous aurons bien l’occasion d’y revenir et de constater nos différends…

    Sur le maire de Clichy/Bois : cela correspond plutôt à l’engagement que je vois localement sur le terrain. On notera (vous l’avez dit aussi) la grande inquiétude des élus locaux avec la loi qui vient (« réforme », comme on dit). Avec, à terme la porte ouverte au « dépérissement » des communes, qui restent aujourd’hui le lien politique le plus solide, la cellule de base. Bien sûr, ces lois sont présentées sous un mode ultra-technique, et les enjeux, pourtant importants et à long terme, ne sont pas mobilisateurs.
    Voilà aussi pourquoi je suis un peu monolithique sur ces élections-ci….

    Amicalement,

  10. @ tous les commentateurs (et tous les lecteurs)
    Pas une seule fois, sur cette liste de commentaires n’apparait le mot « révocabilité » ni le mot « révocable ».
    Ni – concernant l’actuel gouvernement – le terme de « révocation ».

    La seule solution : vous grouper par 25 et désigner votre délégué révocable.
    Commencer à construire la pyramide que j’évoquais dans un précédent commentaire ici.
    http://revolisationactu.blogspot.com/2010/03/chez-paul-jorion-un-sondage-en-faveur.html

    Vous vous plaindrez ad vitam aeternam tant que vous ne mettrez pas – VOUS MÊMES – en œuvre la révocabilité des élus.
    Et ce ne pourra être que la révocabilité des DÉLÉGUÉS.

    Vous vous plaindrez des capitalistes qui vous rigoleront au nez tant que vous resterez prisonniers de la grille mentale que dénonçait Marx (cité par Lénine)

    « Au lieu de décider une fois tous les trois ou six ans quel membre de la classe dirigeante « devait représenter » et fouler aux pieds [ver-und zertreten] le peuple au Parlement, le suffrage universel devait servir au peuple constitué en communes, comme le suffrage individuel sert à tout autre employeur en quête d’ouvriers, de surveillants, de comptables pour ses entreprises. »

    =
    Et Lénine, après avoir cité Marx poursuivait
    ===

    Cette remarquable critique du parlementarisme, formulée en 1871, est elle aussi aujourd’hui, du fait de la domination du social-chauvinisme et de l’opportunisme, au nombre des « paroles oubliées » du marxisme. Les ministres et les parlementaires de profession, les traîtres au prolétariat et les socialistes « pratiques » d’à présent ont entièrement laissé aux anarchistes le soin de critiquer le parlementarisme; et, pour cette raison d’une logique surprenante, ils qualifient d' »anarchiste » toute critique du parlementarisme ! ! On ne saurait s’étonner que le prolétariat des pays parlementaires « avancés », écœuré à la vue de « socialistes » tels que les Scheidemann, David, Legien, Sembat, Renaudel, Henderson, Vandervelde, Stauning, Branting, Bissolati et Cie, ait de plus en plus souvent accordé ses sympathies à l’anarcho-syndicalisme, encore que celui-ci soit le frère jumeau de l’opportunisme.

    Mais, pour Marx, la dialectique révolutionnaire n’a jamais été cette vaine phraséologie à la mode, ce hochet qu’en ont fait Plékhanov, Kautsky et les autres. Marx a su rompre impitoyablement avec l’anarchisme pour son impuissance à utiliser même l' »écurie » du parlementarisme bourgeois, surtout lorsque la situation n’est manifestement pas révolutionnaire; mais il a su, en même temps, donner une critique véritablement prolétarienne et révolutionnaire du parlementarisme.

    Décider périodiquement, pour un certain nombre d’années, quel membre de la classe dirigeante foulera aux pieds, écrasera le peuple au Parlement, telle est l’essence véritable du parlementarisme bourgeois, non seulement dans les monarchies constitutionnelles parlementaires, mais encore dans les républiques les plus démocratiques.

    Mais si l’on pose la question de l’État, si l’on considère le parlementarisme comme une de ses institutions, du point de vue des tâches du prolétariat dans ce domaine, quel est donc le moyen de sortir du parlementarisme ? Comment peut-on s’en passer ?

    Force nous est de le dire et redire encore : les enseignements de Marx, fondés sur l’étude de la Commune, sont si bien oubliés que le « social-démocrate » actuel (lisez : l’actuel traître au socialisme) est tout simplement incapable de concevoir une autre critique du parlementarisme que la critique anarchiste ou réactionnaire.

    Certes, le moyen de sortir du parlementarisme ne consiste pas à détruire les organismes représentatifs et le principe électif, mais à transformer ces moulins à paroles que sont les organismes représentatifs en assemblées « agissantes ». « La Commune devait être non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, exécutif et législatif à la fois. »

    Un organisme « non parlementaire mais agissant », voilà qui s’adresse on ne peut plus directement aux parlementaires modernes et aux « toutous » parlementaires de la social-démocratie ! Considérez n’importe quel pays parlementaire, depuis l’Amérique jusqu’à la Suisse, depuis la France jusqu’à l’Angleterre, la Norvège, etc., la véritable besogne d' »État » se fait dans la coulisse; elle est exécutée par les départements, les chancelleries, les états-majors. Dans le parlements, on ne fait que bavarder, à seule fin de duper le « bon peuple ». Cela est si vrai que, même dans la République russe, république démocratique bourgeoise, tous ces vices du parlementarisme sont apparus aussitôt, avant même qu’elle ait eu le temps de constituer un véritable parlement.
    ==

    [cette citation était faite à l’intention d’un ancien responsable PCF de la « dernière ville stalinienne de France ». Le reste des citations (et les sources) à
    http://revolisationactu.blogspot.com/2010/02/lettre-publique-jean-pierre-rioual-le.html

    Sur le bilan tiré par Marx et Lénine,

    Décider périodiquement, pour un certain nombre d’années, quel membre de la classe dirigeante foulera aux pieds, écrasera le peuple au Parlement, telle est l’essence véritable du parlementarisme bourgeois,

    …nous en sommes toujours au même point.

    La seule différence, c’est le fait que – par le bilan de l’Histoire – nous SAVONS maintenant que cette structure de soviets en pyramide avec des délégués révocables que nous devons REconstruire est – aussi – la PRINCIPALE MESURE qu’il faudra préserver contre vents et marées, contre tous les nouveaux néo-staliniens d’où qu’ils viennent. (à la dénonciation desquels je travaille – d’ailleurs – depuis 1993, quant aux mobiles qui seront les leurs et aux moyens qu’ils utiliseront pour rééditer leurs exploits de 1921-1927)

  11. @jean-luc

    J’ai déjà répondu en partie à Zébu (j’ai dû me mélanger les crayons, je ne vois plus où c’est). Il ne fait pas de doute que le découragement ou la colère sont permis. Mais dans ma perspective, l’abstention est un peu comme un silence qu’on s’impose, en espérant que ceux qui n’ont pas su entendre la voix (car le vote est bien une « voix ») sauront interpréter ce silence. Enfin, c’est obéir par avance au suffrage censitaire informel qui vient…

  12. Pour ajouter à la réflexion, 3 Extraits du livre de John Saul « Le citoyen dans un cul-de-sac ? Anatomie d’une société en crise » (les grands conférences)

    « Dans notre société, l’action comporte quatre étapes. Première étape : la réalité ; la réalité d’une crise économique ou d’une guerre, par exemple. Deuxième étape ; la société humaine considère la réalité et cet examen engendre le doute qui vient lui-même nourrir le débat. C’est d’ailleurs là que nous sommes au plus fort de nos qualités humaines. Troisième étape ; ayant considéré la réalité, on décide. Quatrième étape : ayant décidé, on gère la décision.
    Aujourd’hui, notre civilisation est obsédée par les deux dernières étapes. On est obsédé par le choix des chefs décisifs (Brian Mulroney disait toujours ‘tough’ je crois) et on est en train d’éduquer la quasi-totalité de notre élite pour en faire des gestionnaires.
    Pourtant dans les faits, une seule de ces quatre étapes est vraiment importante : le deuxième, celle de la considération, du doute, du débat. Si vous avez bien considéré la situation, n’importe quel idiot peut décider. Et, de toute manière, il n’y a pas une solution, il y en a deux, trois, quatre solutions. On en essaie une, ça ne marche pas, on essaie de comprendre (encore de la considération) pourquoi ça n’a pas marché. On en essaie une deuxième, etc. La quatrième étape – celle où il faut gérer – est la moins importante. Il faut gérer mais, comme vous le savez, le mot anglais ‘manager’ vient du français « ménagère », nettoyer la maison. Je ne suis pas contre le nettoyage de maison. C’est un très bon travail. Mais l’idée que nous avons passé 2500 ans à créer la plus grande élite de l’histoire du monde, la plus sophistiquée, la plus éduquée, pour nettoyer la maison prouve que nous sommes plongés dans un état de confusion assez sérieux. Ayant mis toute l’emphase sur les deux dernières étapes – la décision et la gérance – on ignore celle qui compte le plus : le doute, le débat, la considération. Et c’est pour cette raison que l’on n’arrive pas à prendre de directions intéressantes. »

    « Aujourd’hui, on enseigne, dans la plupart de nos écoles, que la démocratie est née au XVIIIéme et XIXéme siècle, comme la résultante de la création de la bourgeoisie qui serait le produit de la révolution industrielle. Selon ce point de vue, le capitalisme aurait engendré la démocratie. Cette idée est complètement fausse et n’a absolument pas sa place dans l’histoire de la philosophie et de la démocratie. Cette thèse a confondu deux sortes de contrats : le contrat moral, humaniste, dans lequel il y a des êtres humains, et le contrat d’intérêt, le contrat commercial.
    Ce qui fait qu’aujourd’hui on continue de penser qu’on peut réduire la démocratie à une série de contrats d’intérêts, c’est-à-dire à un grand contrat commercial. Cette idée est complètement amorale – pas immorale, mais amorale ! Elle ne contient aucune éthique. En fait, il n’y a pas de contenu. Il s’agit simplement d’une méthode de négociation, une manière de conclure des accords. Si vous réduisez la démocratie à un contrat, vous n’avez pas de démocratie et vous n’avez pas de droits de l’Homme ; vous n’avez que des négociations entre divers intérêts. »

    « Nous vivons dans une société de contrat et de calcul, de structure et de pouvoir. Nous oublions deux choses essentielles ; nous oublions que l’obligation principale de la majorité, dans une démocratie, c’est de s’occuper de la minorité. Ce que je viens de dire peut sembler un peu facile, mais ce n’est pas facile du tout. Nous savons très bien ce que cela veut dire. Cela veut dire qu’après avoir gagné une élection, votre première obligation est de vous occuper des gens qui l’on perdue. Donc, ce n’est pas une question de prendre le pouvoir pour utiliser le pouvoir. C’est une question de prendre le pouvoir pour ne pas l’utiliser comme les autres. Ça, c’est la démocratie ! Ça, c’est de l’humanisme ! Ce n’est pas idéaliste, c’est pratique, car une société ne peut pas fonctionner si chacun s’empare du pouvoir simplement pour l’imposer aux autres. Dans ce sens le pouvoir est auto-limitant. »

  13. @ Lou 15 mars 2010 à 23:16

    Tout se tient, tout est logique, tout est limpide.

    Puisqu’il est interdit d’interdire, chacun est libre de faire ce qui lui plait et de jouir sans entrave de la liberté. Dans l’affaire, le malheur arrive quand on pousse le raisonnement trop loin. Car, sans interdits et sans devoirs, les droits finissent par ne plus exister. La communauté organisée qui, seule peut donner accès aux droits, oeuvre ainsi à son sabordage, son extinction.

    Elle laisse alors la place au chaos que d’aucuns appellent de leurs vœux parce qu’ils pensent en profiter personnellement. Ce sont de grands cœurs. Ils oublient les plus faibles voués à disparaître les premiers dans une société où il n’y a plus d’Etat.

    Il me semble urgent de réinvestir dans la morale chez chacun d’entre nous, quelle que soit sa position, du haut en bas de la société et vis versa, simultanément, conjointement, solidairement. Il en va de notre avenir commun.
    http://www.pauljorion.com/blog/?p=9070#comment-65231

    1. oui, je vous suis. Cependant, l’interdit encore une fois a été levé avant 68. Mais je ne me prononcerai pas sur le quand, je n’en sais rien. Ça s’est fait progressivement sans doute. Mais à mon avis, la consommation généralisée, y est pour quelque chose. 68 n’est qu’un symptôme.
      Bernard Stiegler explique bien comment le capitalisme grace au marketing  » qui détourne tous les désirs du consommateur vers les objets de consommation se développe tout d’abord de manière heureuse – c’est le plein emploi – mais il se transforme rapidement, comme l’avait prédit Herbert Marcuse, en machine à détruire la libido. Alors règne la consommation addictive fondée sur la satisfaction immédiate des pulsions. Le résultat est que la société de consommation ne devient plus productrice de désirs mais de dépendances. C’est un modèle dangereux: le consommateur y devient malheureux comme peut l’être le toxicomane qui dépend de ce qu’il consomme mais déteste ce dont il dépend. D’où une frustration grandissante et des comportements qui inquiètent comme la destruction de la structure familiale, la peur des adultes à l’égard de leurs propres enfants ou une déprime généralisée. » (voir son interview dans la tribune.
      A propos de disparition du sur-moi, un documentaire ce soir sur france 2, à propos d’un jeu de tv réalité. On a demandé à des candidats d’envoyer des décharges électriques à des partenaires de jeu qu’ils ne connaissent pas. Je crois que Bernard Stiegler fait un commentaire, mais dans la seconde partie, diffusée demain. A vérifier. Comme lui, je pense que si les politiques ne se préoccupent pas des ravages produits par la tv, c’est aussi grave que certaines affaires de santé publique ayant éclaboussé les pouvoirs publics.

      A peak oil. Parallèlement, on a vu dévaloriser les sciences humaines et sociales, ce qui est le signe de sociétés qui n’ont absolument pas envie de réfléchir sur elles-mêmes, et s’empêchent de se projeter dans l’avenir. Pire, on forme, dans ces mêmes disciplines censées construire un esprit critique, des bons petits soldats du marché. Je ne veux pas faire de généralité, mais je l’ai constaté dans des facs de socio ou psycho. (de province, mais peut être est ce également le cas à Paris). Les gamins n’ont aucun recul. Bon, je suis peut être sévère, j’étais surement comme ça à leur age.
      je vous invite à vous pencher sur le vocabulaire des politiques publiques. On voit bien le glissement sémantique. Par contre, en ce qui concerne le « contrat ». quid du contrat social de Rousseau.

    2. @ Lou 17 mars 2010 à 11:49

      Merci de poursuivre le dialogue que nous avons entamé. Vous me suivez dites-vous. Cela me fait grand plaisir.

      Hélas, et d’emblée, vous allez à l’encontre de ce que je prétends et vous le faites en affirmant sans preuve que rien n’est dû à l’esprit de 68.

      Je comprends pourquoi, malgré mon insistance, vous ne voulez pas admettre l’effet néfaste de ce mauvais slogan qu’est « Il est interdit d’interdire ». Il a pourtant sapé les bases morales de notre société. Il a conduit à la perversion de nombreux domaines y compris les domaines de la finance et des affaires qui, libérés de pratiquement tout interdit, ont déclenché la plus grande crise qu’a connu l’humanité.

      En citant les théories de Bernard Stiegler, vous ne pouvez pas apporter de meilleure eau à mon moulin. Au lieu de prendre en considération les éléments d’expérience d’un homme qui, sans se prétendre philosophe, a tiré quelques leçons fondamentales d’une expérience de 75 ans de vie honnête et de celle de sa femme tout aussi honnête, vous préférez vous appuyer sur les vertueuses idées de quelqu’un qui a passé 5 ans de prison pour attaque à main armée.

      J’ignore si à 16 ans, en 68, il propageait ce dangereux slogan, mais à l’évidence il l’a mis en application.

      Qu’il ait le droit de vivre maintenant qu’il a purgé sa peine et qu’on lui pardonne ses erreurs de 68 ard attardé, je suis d’accord, mais qu’il veuille en faire porter la responsabilité au mode de production qui règne depuis la nuit des temps me semble relever d’une grosse entourloupe pour se blanchir.

      Sans interdit, c’est bien vrai, tout et permis, même de niquer la morale.

      Qu’il serve de guide pour ces concitoyens, pour les enseignants et pour la jeunesse, tout dépend de ce que l’on souhaite.

      C’est promis, je discuterai après des sujets qui vous intéressent, y compris de l’expérience de Milgram prévue à la télé ce soir.

      Faites cependant bien attention à la manipulation possible. L’émission risque fort d’être orientée pour démontrer que le respect de l’autorité est mauvais. Si c’est le cas, dites vous que c’est avant tout l’absence du respect des préceptes moraux qui conduit à la perte de l’humanité.

      Si l’on ne respecte pas l’autorité c’est le meilleur moyen d’aller vers le chaos que certains, surtout actuellement, appellent de leurs vœux.

      Demandez-vous pourquoi. Autant que je me souvienne 68 est né pour le même motif.

      De grâce, lou, acceptez de discuter de morale, vous ne risquez pas d’atterrir en prison.

    3. jducac
      Encore une fois, pour moi, le slogan « il est interdit… » n’est que le fruit d’un processus.(ma mère avait 30 ans en 68, elle m’a toujours parlé du carcan et de la chape de plomb idéologique; mais c’est vrai qu’elle était très à gauche, avec une conduite plus qu’irréprochable) Que les 68ards soient responsables de leurs propres comportements, oui, bien entendu. Que ce slogan soit crétin, trois fois oui. Mais j’ai une lecture définitivement politique. Stiegler avait 16 ans en 68, c’était un gamin. Il a fait plus tard de la taule. Oui, je crois qu’il s’en est expliqué.
      Et cette morale, les générations précédentes ont-elles montré des preuves? En quoi le comportement des français pendant la seconde guerre mondiale était il moral? Des siècles de comportements amoraux…et franchement, c’est accorder aux 68ards des pouvoirs qu’ils n’avaient pas.Parce qu’ils ont brandi des pancartes: « il est interdit d’interdire », ça y est, c’était la levée des barrières morales en un claquement de doigts? En plus, je ne crois pas qu’il y ait eu qu’une pensée 68. Je me dis au contraire que si 68 a eu lieu, c’est parce que ça a été possible, donc que le terrain était déjà propice.
      Donc discutons morale. Qu’entendez vous par morale? sur quels fondements la faites vous reposer? idem en ce qui concerne l’autorité. qu’est ce que ça signifie pour vous?
      A plus tard, donc

    4. Il est interdit d’interdire, bon, un peu fort, certainement.
      Mais on sait bien qu’avant 1968 la morale régnait partout.
      Pas de divorce, non on préférait « les danseuses », les courtisanes.
      Jamais de fille de ferme ou de soubrette engrossée par le maître des lieux, non voyons, si une telle chose arrivait c’est que la fille l’avait bien cherché.
      Avant 1968, les avocats, les notaires étaient tous des hommes de grande honnèteté et probité.
      Avant 1968, il n’y a jamais eu de scandale financier.
      On savait se tenir, avant 1968 !

    5. @ Louise

      Il faudrait savoir en fait de quel Mai 68 vous parlez ?
      Je ne crois pas qu’il s’agisse de la plus grande grève de toute l’histoire de l’humanité (9 millions de grévistes, peut-être plus selon certains historiens) puisque celle-là a été quasiment enfouie dans la mémoire collective (jusqu’à la prochaine édition centenaire?). Il faut dire qu’à peine deux ans après les « évènements », c’était déjà les années soixante-dix, les années grises de la pseudo « crise » au cours desquelles l’enthousiasme collectif allait commencer à se dissoudre dans les intérêts catégoriels, et l’individualisme narcissique consacré par « l’autre » Mai 68.

      Parlons donc de ce Mai 68 là, qui semble recueillir votre bienveillance, le Mai 68 sociétal de la « révolution des mœurs », et son imagerie d’Epinal des grandes heures révolutionnaires du quartier latin. Il a une cause que tout le monde connaît, l’arrivée massive de la génération du baby boom, promise aux plans de carrière enchantés de la fin des trente glorieuses, dans les structures vermoulues de la vieille université française.
      Rappelons quand même que les premiers incidents des campus parisiens avaient pour centralité la mixité des résidences étudiantes. Partant de là, on a beaucoup parlé –surtout pour ne rien dire- de Marx, Lénine, Trotsky, Mao (et oui ! En ce temps là même l’odorat était en grève) Reich, Marcuse pour arriver à des choses plus tangibles comme le féminisme, d’ailleurs largement influencé par ce qui se passait outre-atlantique.
      Je ne vais pas porter de jugement sur le bilan nuancé de cette vague là, des féministes historiques comme Annie Le Brun ou Elisabeth Badinter ont tout dit à ce sujet. Disons simplement que le néolibéralisme idéologique, lequel a si bien su récupérer toutes les « avancées » toutes les « autonomies » et toutes les « diversités », a très bien su s’accommoder de celle-là aussi.

      Le point important est qu’à ce sujet Mai 68 avait déjà un train de retard. Le grand théoricien de ce mouvement était peut-être le démographe Alfred Sauvy, qui dès la première moitié des années soixante avait noté tous les stigmates d’un véritable bouleversement des mœurs, en particuliers l’explosion des naissances hors mariage et des divorces. S’il fallait retenir une date de rupture, ce serait plutôt 1964, l’année cinématographiques des « Parapluies de Cherbourg » et du « Servant » de Losey, que 1968. La référence cinématographique est voulue, puisque je crois profondément que le Mai 68 sociétal est plus un nuage de traîne dans le sillage de Françoise Dorléac que d’Herbert Marcuse. (http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7oise_Dorl%C3%A9ac)
      Le bras armé de Sauvy, quant à lui, serait finalement le député Lucien Neuwirth, qui fit voter LA loi sur la contraception (la pilule), avec l’aval personnel de De Gaulle, une bonne année avant les chers évènements.

      Sinon, que vous dire ? Oui, avant Mai 68 les notaires étaient parfois véreux et les scandales financiers existaient déjà (l’accaparement des biens des templiers par Philippe le Bel, ça c’était un beau scandale !). Je vous ferais simplement remarquer qu’à la fin de ce joli mois, les études notariées et les banques étaient en grève comme tout le monde. Donc, en vain semble-t-il, si vous lisez les journaux (et le bloc de Paul) aujourd’hui.
      Quand à votre description des mœurs sexuels de la France d’avant Mai 68, je tiens à vous remercier d’avoir si bien évoqué Balzac (Splendeurs et misère des courtisanes 1847) Zola (au bonheur des dames 1883) Mirbeau (Journal d’une femme de chambre 1900). Je crois quand même que, depuis l’époque de ces grands maîtres, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts traversés par les femmes de ce pays. Il y a eu deux guerres terribles, formidables accélérateurs des évolutions de la société, les progrès décisifs de la médecine, les avancées sociales et politiques (le droit de vote des femmes cela n’était tout de même pas rien) programmées par le CNR, et les deux premiers tiers des trente glorieuses (les plus importants). Cinquante années de bouleversements étonnants qui relèguent quand même ce fameux mois dans des tons plus pastels.
      Mais comme la mémoire historique est d’abord cousue de mythes, on reparlera encore longtemps de celui-là, à tort ou à raison.

    6. Un sous caporal chef , ne serait-ce pas un caporal ?

       » L’épicurisme et le stoïcisme se partagent la besogne pour tenter de nous rendre la vie supportable . »

      J’ai travaillé pour Lucien Neuwirth , avec joie .

      Simone Weil « immortelle » . En tous cas , elle n’aura pas perdu son temps ici bas , pour rendre la vie supportable .

    7. @ louise 17 mars 2010 à 22:37 et lou dit : 17 mars 2010 à 20:34

      Pour « Il est interdit d’interdire » vous avez fini par admettre :

      – l’une que « c’est : un peu fort, certainement»,
      – l’autre « Que ce slogan soit crétin, trois fois oui. »

      Il nous a fallu tout ce temps pour nous rapprocher et pour partager un peu de ce qui fait notre conscience humaine commune. Quel temps perdu. Tout ce temps passé ensemble, vous, d’une part, à défendre ce dont vous êtes persuadées, mais qui m’apparaît résulter d’une forme d’imprégnation doctrinale, ne résultant pas forcément d’une construction ou d’une validation personnelle logique et argumentée, moi d’autre part, à ne rien céder sur ce qui me semble fondamental au regard de ma propre expérience, laquelle vaut au moins autant que celle d’un philosophe condamné à l’âge de 25 ans à 5 ans prison pour braquage à main armée .

      Tout ce temps n’est pas totalement perdu puisque nous nous sommes un peu rapprochés, mais il marque notre manque d’efficacité collective. Tâchons de faire mieux pour la suite.

      N’ayant pas reçu une seule heure d’enseignement philosophique, ni en secondaire, ni en supérieur ni ailleurs, le modeste bagage que je me suis constitué, ne résulte que de 75 ans d’expérience personnelle tirée de ma propre vie et de celle de mes congénères que j’ai accompagnés ou vu vivre pendant autant de temps.

      Suis-je le mieux armé pour vous parler morale comme vous m’y invitez ? A priori pas du tout. Pourtant je m’y lance, parce que je crois avoir validé et bien intériorisé par l’expérience, un certain nombre de préceptes moraux que je me sens en capacité de justifier par des arguments.

      Je me suis déjà exprimé à l’adresse suivante pour situer le cadre général dans lequel je situe mes réflexions. http://www.pauljorion.com/blog/?p=8775#comment-63249
      C’était pour soutenir une de mes convictions « C’est un devoir de travailler ». Cela soutient bien aussi pourquoi « c’est un devoir de travailler sur la morale »

      Il me semble inutile d’ergoter sur le distingo à faire entre morale et éthique. Wikipédia traite du sujet. Je dirai simplement que la morale a été amenée par les religions et que l’éthique est pratiquement la même chose mais soutenue surtout pour marquer une volonté de se démarquer du religieux.

      J’ai exprimé mon avis sur le fait qu’il n’est pour moi pas judicieux d’exclure a priori le religieux de l’effort immense qui est a consacrer à la reconstruction de l’homme : http://www.pauljorion.com/blog/?p=9070#comment-64827

      En liminaire, et en particulier pour Louise, je dirais que je n’ai jamais prétendu que tout était d’une moralité parfaite avant 68. Cela me déçoit beaucoup qu’entre personnes de bonne foi, on insinue que je veuille le laisser entendre. Non avant 68, tout n’était pas au top, mais l’esprit et les slogans de 68 ont largement contribué à ce que cela soit bien pire après, la dérive allant s’amplifiant comme on le constate clairement dans les établissements scolaires.

      Personne n’est en mesure de prouver qu’en appliquant « il est interdit d’interdire » ou « nique ta mère » ou « jouissons sans entrave » on a facilité la bonne tenue des adolescents qui sont devenus adultes, parents et grands parents maintenant et qui laissent se perpétuer dans les faits la validité de tels mots d’ordre.

      Voyez combien il a fallu batailler pour que vous consentiez à admettre leur nocivité (pardonnez ma redite).

      Concernant les danseuses. Oui, cela existait mais sans justifier ces pratiques, reconnaissez que les conséquences sociales de leur existence étaient bien moindres que ce qu’entraîne la multiplication des couples éphémères d’aujourd’hui. Les danseuses ne vivaient en général que grâce à des protecteurs qui en avaient les moyens. Les épouses légitimes, humiliées certes, vivaient encore avec les enfants à la charge des maris infidèles qui leur assuraient le gîte et le couvert.

      Qu’en est-il aujourd’hui ?

      Aujourd’hui, l’éclatement familial étant très facilement accessible à tout le monde, y compris les plus modestes, ce sont beaucoup de femmes seules aux faibles ressources qui se retrouvent en charge de famille et à la merci d’être à la rue si elles perdent leur emploi. De plus, dans l’intérêt des enfants, cela conduit bien souvent à ce qu’il y ait, pour une même cellule familiale d’origine, deux logements assez grands pour la vie en alternance avec tout ce qu’il en coûte (loyer, EDF, Télé, Téléphone, transports. Etc…). Quelle efficacité économique surtout en période de crise. L’indépendance des femmes a surtout été profitable aux plus argentées.

      Qu’entendez-vous par morale? sur quels fondements la faites vous reposer? Me dit Lou.

      Est-il vraiment nécessaire de se livrer à un tel travail? J’imagine que c’est abordé, ainsi en milieu scolaire.

      Pour moi, la morale est d’application pratique, a tous les instants, à tous les niveaux dans tous les domaines. Elle se résume au respect de préceptes simples (voir entre autres ci-dessus : http://www.pauljorion.com/blog/?p=9070#comment-65193) de nature à rendre le comportement des individus conforme à ce qu’en attend la communauté humaine familiale, nationale, mondiale.

      Elle suppose une assimilation parfaite capable d’entraîner des comportements réflexes conduisant à une vie individuelle et collective harmonieuse et heureuse.

      Cela suppose une adhésion intime et sans faille aux préceptes requis, sachant que la morale relève du devoir personnel et non du droit. En conséquence, elle conduit à une limitation personnelle et gratifiante de sa liberté.

  14. Bien sûr, c’est plus ou moins rigolo, vu comme ça…

    Le problème de cette représentation c’est que la colonne des abstentionnistes n’est ni un parti ni un mouvement, mais un amalgame de points de vue très divers relayant des motivations très différentes voire très opposées…
    Comme, par nature, les abstentionnistes ne s’expriment pas avec leurs mains mais avec leurs pieds, on ne peut les classer par tendances ou par opinion. De fait, cette « cinquième colonne » pourrait se décomposer en une multitude de petites colonnettes plantées de manière heuristique et donc incapables de soutenir le « temple de la démocratie ».

  15. Depuis des mois, la propagande nous explique le premier ministre est mieux vu que le président sarkozy nagy de bosca.

    La ficelle médiatique consiste à insister sur le « mieux vu » en oubliant une autre donnée essentielle.

    Car si l’on change de regard , que l’on prend en compte le nombre de mécontents concernant et le président et son premier ministre ,
    la victoire de l’abstention était prévisible.
    http://www.tns-sofres.com/points-de-vue/69D8D16BEB3F4131AB3B59C64080DC97.aspx

    PS : Pour qui aime les tendances, on peut aussi déduire des choses trés intéressantes des deux courbes de « rejet » .
    La première , c’est que la sofrès prend des vacances en été , et la deuxième …

  16. @ tous,

    Je reviens devant la machine pour dire ce que je retiendrai des échanges qui se sont croisés ici depuis dimanche soir dernier.

    Je redis maintenant que, comme Zébu ou d’autres sur cette page, je ne suis pas allé au bureau de vote dimanche dernier.
    Et pourtant, comme Zébu, je tiens énormément à ce bulletin, que Juan Nessy a si bien personnifié. Il le dit: ce bulletin c’est moi, et voter c’est affirmer que j’existe comme citoyen. J’en suis tellement persuadé, que je garde de façon presque fétichiste (!) toutes mes cartes d’électeur tamponnées depuis mon premier vote, à 18 ans tout juste. On comprendra combien je suis sensible à l’argument de Juan Nessy, quand j’aurai dit aussi que je garde celles de mes deux parents décédés.
    Je n’ai jamais manqué un seul scrutin. Pas un seul, j’en ai la preuve. Et le dépouillement des votes, les soirs d’élection dans mon quartier (que François Le Sombre décrit magnifiquement plus haut) est un rituel auquel mon père m’a amené très tôt, pour servir à mon éducation.
    Je n’ai que cinq élections présidentielles au compteur, premiers et deuxièmes tour, mais en comptant les élections intermédiaires, premiers et deuxièmes tours, et les référendums, ça fait pas mal de cartes et de coups de tampon pour le citoyen Jean-Luc. Et c’est peu dire que j’en suis fier.
    Je dis cinq présidentielles, et c’est faux. En 2007, j’ai calé. Pour toutes les raisons que j’ai expliqué entre les lignes de mes commentaires.

    Nous sommes nombreux ici pour dire que notre vote, c’est nous-même. Contrairement à notre personnalité innée, cette identité de citoyen est un don, un cadeau de l’âge adulte. Il est bon de se battre pour que rien ni personne ne vienne un jour reprendre ce don, que nous tenons des grecs anciens.

    Il arrive parfois qu’une personnalité subisse des outrages. Cela n’enlève rien à son existence réelle, mais peut la blesser profondément.
    Lorsqu’un groupe fait subir à une personnalité des humiliations répétées, que peut-on conseiller à la personne qui subit cela, et que l’on voit de plus en plus désemparée? Il n’y a qu’une chose à lui dire. Elle doit s’extraire du groupe un moment, pour se reconstruire.

    Voilà ce que je fais depuis 2007. Je reconstruis mon identité de citoyen. Pour ne pas finir comme ces personnes que l’on voit de plus en plus désemparées au fil des scrutins, ne sachant plus comment voter à droite, ou comment voter à gauche, et qui reviennent du bureau de vote avec toujours ce même goût écoeurant dans la bouche.
    Je n’irai pas non plus voter dimanche prochain.
    Certains me diront que c’est une position de confort. C’est faux, je viens de dire ce que ça me coûte. D’autres diront que c’est un luxe, quand des courageux, eux, font l’effort de tenir la boutique démocratique. Je les en remercie, comme j’ai remercié plus haut François Le Sombre.
    Quand à ceux qui voudraient me culpabiliser, en me disant que, si tout le monde faisait comme moi, c’est la démocratie qui serait en danger, ça ne marchera pas. Je suis vacciné contre cette tentative de culpabilisation. Même avec 99% d’abstention, la démocratie tiendra le coup. Elle tenait sans le vote des femmes. Elle tient sans le vote des étrangers résidents. Elle tiendra. Bizarrement. De guingois. Mais elle tiendra.
    Je suis certain, comme beaucoup d’autres qui se sont exprimés sur cette page, et qui continuent de le faire après le nouveau billet de Paul Jorion ( http://www.pauljorion.com/blog/?p=9289 ), que la démocratie pourrait même puiser dans une abstention massive de nouvelles forces.
    C’est de continuer l’imposture qui la mettra à terme plus sûrement en danger.

    Paul Jorion résume dans son dernier billet la question qu’il pose aux politiques, à qui il a l’occasion de parler: pourquoi les partis ne parlent-ils pas de la sortie du capitalisme?
    La réponse qui lui est faite est: « Parce que les partis s’adressent l’un à l’autre (…) et qu’ils sont devenus incapables (…) de tenir un autre langage ».

    Certains abstentionnistes démocrates et conscients des enjeux, veulent tout simplement montrer qu’ils refusent, une bonne fois pour toutes, les termes de cette discussion stérile entre partis, dont ils sont les spectateurs.
    Ils ne souhaitent même plus être conviés à ce mauvais spectacle, puisque le spectacle se déroule à leurs frais.

    Ils veulent qu’enfin s’ouvrent d’utiles débats. Pour qu’enfin les frais qu’ils engagent par leurs votes se voient sur la scène (à défaut d’en être les acteurs, puisque la démocratie est affaire de représentation, et qu’on mettra longtemps avant de trouver mieux).

    C’est drôle, je viens presque de faire une profession de foi. Mais qu’on se rassure, je ne cherche aucun scrutins pour ma liste. Chacun doit agir en conscience. C’est l’essence même de cette démocratie qui nous est chère.

    1. Je crois que je comprends votre état de pensée et votre désarroi .

      Peut être parce que j’ai appris à traverser une bonne partie des désarrois que nous réserve le parcours d’une vie , avant le grand désarroi final , je ferai en ce qui me concerne le pas d’aller voter , avec les mêmes motivations que celles qui vous animent , au fond de l’âme .

      Si nous ne sommes pas majoritaires avec ça !

    2. @ Jean-Luc

      Je suis d’accord avec vous.
      J’ai rarement manqué d’aller voter.
      Mais là franchement tant que les votes blancs ne seront pas comptabilisés je ne vois que l’abstention .
      Pour qui voulez-vous que je vote puisque aucun candidat ne propose quoi que ce soit qui me convienne !
      Voter quoi ?
      Vert, rouge, rose, orange ?
      La couleur qui me conviendrais n’existe pas !

    3. @ Jean-luc, @ juan nessy :
      Nous nous retrouverons tous. Car nous aimons la même femme, à bonnet phrygien.
      Le soir d’après le vote, on aura tous le regard porté vers 2012.
      Hasta 2012 !

    4. @Jean-Luc

      Vous dites : « Certains abstentionnistes démocrates et conscients des enjeux, veulent tout simplement montrer qu’ils refusent, une bonne fois pour toutes, les termes de cette discussion stérile entre partis, dont ils sont les spectateurs. »

      Le problème c’est qu’ils ne montreront rien.
      Et vous savez pourquoi ?

      Parce que l’abstention est un « parti fantôme » dont le propre est de disparaitre le surlendemain de l’élection, en vous plantant tout seul comme un con sur le parking devant l’immeuble où se prennent les décisions, avec sur les bras votre géniale mais putain de lourde pancarte « Demain, pour un électoralo-choc : no vote ! « , pendant que les nouveaux élus commencent déjà, concrètement, à voter des budgets.

      Ils ne démontreront rien, parce qu’au surlendemain de l’élection, une fois passée l’heure des interprétations quant à la probable, possible, composition sociologique du grand machin sur le camembert, il n’y aura personne pour représenter les abstentionnistes, leur volonté, leur conviction, leur programme.

      Personne à qui moi, Martine M, citoyenne française, je puisse dire, en plus poli ou pas : Putain! Mr. le Conseiller, je suis déçu(e), je suis trahi(e), tu n’as pas rempli ta fonction, tu n’as pas agi selon le mandat que je t’avais confié.

      C’est la raison pour laquelle, dimanche, entre des élus abstentionnistes inconnus et des élus tout ce qu’il y a de plus médiocres, de plus dépassés par les évènements, de plus désespérants – nous sommes d’accord –, je vais choisir de donner ma voix aux seconds.

      Pour pouvoir dire ma désapprobation, ma colère, mon désespoir à quelqu’un.
      Malgré le manque d’écoute.
      Pour pouvoir accuser quelqu’un.
      Malgré le manque d’écoute.
      Pour qu’il reste des noms, des individus, des hommes, en face, à qui reprocher précisément des choses.
      Pour préserver la figure contre l’abstraction.
      En somme.

    5. @ Martine :
      J’admire votre persévérance humaniste.
      Il est totalement vrai que l’abstention ne montre rien, si ce n’est que face à l’absence, l’acteur politique n’a plus que lui-même pour se parler.
      Dans certains cas, partir n’est pas une fuite mais un acte d’amour. Quand vous êtes dans l’impossibilité, non pas réelle mais psychologique d’échanger avec l’autre qui soliloque, que malgré tous vos efforts, rien ne change et même tout empire, que rester ne modifie en rien les modes de vivre et de pensée de l’autre et même les légitime (puisque vous restez), alors partir est parfois la seule solution qu’il vous reste. Ce qui ne signifie pas que vous n’aimez plus l’autre, ni même que vous ne reviendrez plus (vous n’attendez en fait que cela de revenir !). Mais que rester signifie aussi votre déchéance, atteint votre santé mentale. Définit irrémédiablement l’avenir comme un carcan et réduit votre liberté d’action et de pensée à la longueur de la chaîne.
      Lâche ? C’est possible. Mais qui est le plus lâche entre celui qui refuse de se regarder en face et celui qui part ?
      Faible ? C’est possible aussi. De cette faiblesse qui provient du coeur et non du caractère ou de la volonté.
      Vous dîtes préserver la figure contre l’abstraction. Mais que peut la figure quand celle-ci est elle-même prisonnière de l’abstraction ?
      Il faut entendre celles et ceux qui disent avoir tellement donné qu’ils en sont épuisés et qu’ils ne lèveront pas le petit doigt pour sauver ce qui doit être sauvé, alors même que c’est leur fonction :
      http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/11/30/claude-dilain-maire-ps-de-clichy-sous-bois-la-logique-du-ghetto-arrange-tout-le-monde_1273909_3224.html#ens_id=1267276

      « Mais, si ça doit à nouveau exploser en banlieue, nous sommes nombreux, parmi les élus de banlieue, à dire que nous ne recommencerons pas comme en 2005, nous n’irons pas passer nos nuits à rattraper les erreurs commises. Ce sera aux pouvoirs publics, aux ministres, aux préfets, à tous ceux qui sont responsables, de tenter de sauver ce qui pourra l’être. »

      La question est : jusqu’à quand pouvons nous par notre action légitimer un système qui non seulement ne fait rien pour contrer le chaos mais qui en plus le produit, l’entretient et le génère ?
      Si vous travaillez dans le social, vous savez que le système ne tient que parce que des centaines de milliers de ‘petites gens’ tiennent le système à bout de bras. Mais ils sont usés jusqu’à la moëlle, d’une pseudo éthique de responsabilité dont une partie (croissante ?) des élites se dégage, volontairement ou inconsciemment.
      Il reste l’éthique de conviction, qui ne peut s’engager dans le vote que si celui-ci signifie. Depuis quelques années, le vote signifie trop peu pour que cette éthique puisse être utilisée pour légitimer un système à bout de souffle.

      Si vous repreniez vos phrases, vous verriez qu’en inversant les termes de la proposition vous obtiendrez sans doute le même résultat, à savoir :
      « Parce que LE VOTE est un « parti fantôme » dont le propre est de disparaitre le surlendemain de l’élection, en vous plantant tout seul comme un con sur le parking devant l’immeuble où se prennent les décisions, avec sur les bras votre géniale mais putain de lourde pancarte « Demain, pour un électoralo-choc : VOTE ! « , pendant que les nouveaux élus commencent déjà, concrètement, à voter des budgets. »

      Ceci dit, je soutiens votre combat : il ne peut pas, il ne doit pas y avoir d’abstentionnisme.
      Car tout abstentionniste est un orphelin.
      Et on ne peut pas souhaiter à tout un peuple d’entrer en orphelinat, à moins de perdre la raison.

      Très cordialement. Et bon vote dimanche.

    1. C’est beau, historique .. mais violent !
      C’est d’un autre temps comme les récits historiques-religieux que brandissent les ignorants et les désespérés !
      L’hymne à la joie et les 12 étoiles du drapeau européen porterait plus l’avenir et l’espoir des générations XY.

    2. Je suis tombé par terre,
      C’est la faute à Voltaire,
      Le nez dans le ruisseau,
      C’est la faute à Rousseau …

    3. @ PAD,

      C’est beau, mais violent …comme une naissance.

      Il paraît que notre naissance est l’événement le plus violent, physiquement et mentalement, qui nous est donné de vivre dans notre existence.
      Certains psychanalystes ont expliqué que si nous en conservions le souvenir, la vie serait impossible (c’est dire le choc!).

      (A propos, je n’ai pas envie de commenter votre « génération XY », cher PAD, tellement l’emploi de ce terme me désespère.)

      —————

      Contrairement à l’individu, l’histoire des sociétés humaines garde le souvenir de leurs naissances. Violentes, comme toutes naissances.
      Pour rendre vivable le souvenir de l’événement, on en fait des images, que l’on met dans les musées qui conservent l’histoire.
      On appel cela la « catharsis », dans la langue savante. Il s’agit d’une libération symbolique des tensions, que l’on nomme aussi « abréaction » en psychanalyse.
      De ces images on fait ensuite des chromos, pour qu’elles soient diffusées dans la population. Des reproductions, pendues au dessus de la cheminée, étalées sur des boîtes de chocolats, ou arborées sur des T-shirts par la jeunesse qui se cherche.

      Je trouve cette catharsis très utile (en plus d’être belle et forte quand c’est Delacroix qui s’en charge). PAD, il ne s’agit pas d’ignorance ou de désespoir, même si certains ignorants ou désespérés s’accrochent aussi à ces images.

      Nous ne devons pas minimiser le pouvoir des images.
      Si la République française est soudée et forte, nous le devons aussi à ce tableau que nous offre Jorion. Ce simple tableau. Cette oeuvre de Delacroix à joué un rôle immense que l’on n’imagine pas toujours.
      Des millions de français, simples citoyens ou élus aux plus hautes fonctions, on vu cette image depuis sa création. Ils ont vécu avec. Ils l’ont intégré inconsciemment au plus profond d’eux (pour ceux qui s’en souviennent, c’était l’image qui était reproduite sur les billets de cent francs, de 1978 à 1996). Cette image c’est la France. C’est l’âme de la France, qu’on le veuille ou pas. C’est beau et c’est violent. C’est une femme qui guide le peuple. C’est une femme qui est actrice aussi de cet accouchement là.

      A propos d’un autre sujet, j’ai raconté sur « le blog de Jorion » mon arrivée à Lodz, en Pologne. Lorsqu’on descend de l’autobus venant de France, on est obligé, pour pénétrer en ville, de tourner le dos à la gare Fabryczna. Une cinquantaine de pas plus loin …on se trouve face au tableau de Delacroix. Un tableau de 5 mètres sur 3 mètres.
      Sur le mur de la cour de l’Alliance Française, donnant sur la rue, un groupe de « graffeurs » a reproduit fidèlement « La Liberté guidant le peuple ».
      Alliance Française, drapeau tricolore voisinant avec l’aigle blanc sur fond rouge du pays qui nous accueille, et la « liberté » de Delacroix; voilà ce qu’on trouve en arrivant à Lodz, au centre géographique de la Pologne.
      Ce tableau a un pouvoir immense.

      Pourquoi ce tableau a-t-il ce pouvoir?
      Parce qu’il s’est passé « quelque chose » lors de la création de la République française. Le sujet traité par Delacroix ( le soulèvement du peuple contre les lois liberticides de Charles X en juillet 1830) sert de symbole pour tous les soulèvements populaires qui ont fabriqué la République française.
      Violence énorme qui réclamait une énorme catharsis, et que Delacroix n’a pas raté.

      —————

      Vous parlez, PAD, des douze étoiles du drapeau « européen » et de « l’Ode à la joie », choisie pour chanter l’Union Européenne.
      Quand je lis vos mots « avenir » et « espoir », je vois les visages souriants de vingt-cinq jeunes gens et jeunes filles des vingt-cinq pays de l’Union Européenne, regardant de leurs yeux clairs la caméra. Je vois un clip politique à la mode « réalisme socialiste » comme on sait en faire aujourd’hui. J’entends la « jeunesse Erasmus » qui me parle. Cette jeunesse que le cinéaste Cédric Klapisch nous a montré dans « L’auberge espagnole ».
      L’auberge espagnole… L’Union Européenne …et l’auberge espagnole… amusant.
      Est-ce qu’il y a derrière tout ça quelque chose pour cette jeunesse qui se cherche? Quelque chose à imprimer sur leurs T-shirts?
      Il est important de chercher derrière.

      Les douze étoiles ne sont qu’une simple signalétique, comme le sont tous les drapeaux. Un résumé de certains événements.
      Regardons le tableau de Delacroix. Notre drapeau-signalétique est là, en rappel. Mais ce n’est pas cela qui créé la catharsis. Sinon il aurait suffit d’accrocher le drapeau français au Musée du Louvre (ce que ferait un certain art d’aujourd’hui, qui a oublié quel rôle doit tenir l’art).

      Pour ce qui est de « l’Ode à la joie », tout le monde a noté depuis longtemps la puérilité qu’il y avait derrière le titre même.
      Il y a plus puéril encore, ce sont les paroles de cet hymne. Il existe de multiples versions, très faciles à trouver sur Internet. Elles ont toutes les mêmes accents frivoles, superficiels et enfantins.
      (Un peu comme si c’était Chardin, Fragonard ou François Boucher qui avaient fait le travail de représentation de la République française, au lieu de Delacroix.)

      Je dis que je veux chercher derrière.
      Ces manifestations visuelles ou musicale de la naissance de l’Union Européenne ne semblent exprimer aucun affect refoulé (abréaction) qu’elles devraient exprimer. Pour parler simplement on pourrait dire: il n’y a rien derrière. Cherchons quand même, c’est peut-être la représentation qui est mauvaise (tout le monde n’est pas Delacroix ou Rouget de Lisle)

      Pourquoi l’Ode à la joie n’a-t-elle aucun pouvoir?
      « Il s’est passé des choses, pourtant », dira-t-on. Oui, au début. Par la suite, on a de plus en plus de mal à trouver quelque chose à représenter. Quelque chose à décharger émotionnellement.
      – Pour « l’Europe des deux » de 1951, on peut trouver facilement;
      – Pour « l’Europe des six » de 1957, on peut trouver.
      – Pour « l’Europe des neufs » de 1973, on peut trouver encore.
      – Pour « l’Europe des dix » de 1981, on peut trouver, difficilement.
      – Pour « l’Europe des douze » de 1986 …on a trouvé les douze étoiles et « l’Ode à la joie » (décision du Conseil Européen des 21 et 22 avril 1986).

      Va-t-on s’étonner encore longtemps que les douze étoiles et l’hymne ne soulèvent pas l’enthousiasme populaire?
      S’il n’y a rien derrière cet hymne et ce drapeau « européen », la faute ne leur en revient pas. Elle en revient à l’histoire et aux événements. S’il n’y a rien derrière l’hymne c’est peut-être tout simplement parce qu’il ne s’est effectivement rien passé pour la naissance de cette « Europe » de vingt-cinq pays. Et parce que quelques niaiseries écrites sur une grande musique signée par Beethoven ne réussissent pas à masquer ce vide.
      Il n’y a rien d’humain.
      Seulement des rêves, et même à présent des rêvasseries …que des paroles enfantines métaphorisent.

      On a voulu fabriquer de l’Histoire en fabriquant « l’Europe », mais l’Histoire ne se décrète pas. Elle se fabrique avec des vrais gens. Les zélateurs de l’Union-à-tous-prix (les « cabris » du Général De Gaulle), devront un jour réfléchir à cela, si ils veulent qu’une Union se bâtisse.
      L’ensemble de la phrase du Général, que l’on oublie souvent de citer, devrait les y aider:
      « Alors il faut prendre les choses comme elles sont, car on ne fait pas de politique autrement que sur des réalités. Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri, en disant: l’Europe! l’Europe! l’Europe!… mais ça n’aboutit à rien et ça ne signifie rien. Je répète: il faut prendre les choses comme elles sont. »
      Et telles que sont les choses, l’Union Européenne ne peut pas exister. Aucun vol de référendum ne réussira a masquer ce vide, que les urnes avaient su dire.
      Oui, il est important de chercher derrière le drapeau européen et l’hymne. C’est important, car il n’y a rien derrière, absolument rien. Et c’est cela qu’il faut enfin trouver. Il faut observer ce rien, savoir s’y confronter. Seulement de cette observation peut naître quelque chose.

      Si on veut pouvoir compter sur l’enthousiasme de la jeunesse « Erasmus », qui est réelle et qu’aucun « clip » ne pourra trahir, il faut avoir le courage de contempler ce vide. Pour le remplir de quelque chose d’important. Pour eux. Pour qu’ils ne puissent pas nous reprocher de leur avoir fabriqué un « avenir » et un « espoir » en carton-pâte. Nous devons craindre de les décevoir.

      « L’Ode à la joie » pour galvaniser les foules! on rigole.
      Même le vieux Delacroix en aurait lâché son pinceau de rire.

      …Et tout en rigolant, attendant qu’on le rappelle pour quelque chose de sérieux, il serait aller dessiner une odalisque languide, ou un joli portrait de George Sand, ou bien un tigre aux aguets. Qui valent toujours mieux qu’une rêvasserie.

    4. Une civilisation sans violence commence par la vie intra-utérine !

      « Il parait que notre naissance est l’évènement le plus violent …  »
      Mes quatre neveux sont nés sans violence et cris à l’ouverture de leurs alvéoles pulmonaires à la vie(contrairement aux idées reçues).
      L’ haptonomie de leur maman les a accompagné dans leur vie intra-utérine. Donc il m’est difficile de vous suivre dans le raisonnement qui suit votre postulat. Je suis plutôt partisan de l’école de Françoise et Catherine Dolto (qui est le généraliste de mes neveux).

      Cordialement

    5. Une naissance assistée, une vie assistée, une mort assistée. Le tout sans violence. Chacun son idéal.

      Même si vous n’acceptez pas mon postulat, me suivrez-vous quand même dans mon raisonnement PAD, si j’arrive à vous convaincre qu’il y a bien d’autres choses que les poumons qui jouent un rôle avant et après la naissance? Et d’autres choses que les poumons à subir des violences dans le passage de l’un à l’autre?
      Si vous répondez comme moi aux deux questions suivantes, alors vous me suivez:
      La violence s’exprime-t-elle toujours par le cri?
      Ne se passe t-il rien à la naissance?

      Même si Catherine Dolto réussissait à éviter toutes les violences subies à la naissance, je ne pense pas que ce serait une bonne chose. Je préférerai toujours le calme à la violence, mais pardon de croire encore que les plus grandes choses ne naissent pas toujours dans la félicité.
      De toute façon, si je suis bien capable de choisir mon camp, il faut que vous sachiez que je me désintéresse d’un match « Dolto vs Delacroix » pour choisir qui parle le mieux de la naissance. Il y a des talents partout.

    6. Une naissance entourée, une vie entourée, une mort entourée et tous ces mots sont féminins.

      Cordialement

  17. @ Martine et Jean-Luc, @ tous

    Ce qui est terrible c’est que Jean-Luc et Martine sont tous les deux très convaincants, parce que l’un comme chez l’autre la position est motivée par l’amour de la démocratie, à la différence près qu’ils ne se font peut-être pas exactement la même idée de ce qu’est et peut-être une démocratie.

    Martine ira voter parce qu’elle considère, qu’aussi décevants les politiques soient-ils, ces politiques sont les figures de la démocratie, j’ajouterais, avec tous ses cas de figure. Ne pas aller voter c’est donc un peu cracher à la figure de la démocratie, nier le lien solidaire, le destin commun, entre un peuple et ses représentants. Dans cette optique, le geste du vote démocratique n’est pas mécanique, ce n’est pas seulement une action qui se termine lorsque le bulletin a été déposé dans l’urne pour départager des candidats. Le vote est plus que cela car il est ce qui active un lien d’engagement réciproque entre citoyen et représentant. A ce titre tout comme le représentant doit rendre des comptes au citoyen, le citoyen se doit d’être responsable d’un suivi de l’action du représentant. En somme Martine se fait une haute idée de son rôle de citoyenne. Et effectivement, je pense aussi comme elle que si un plus grand nombre de citoyens se faisaient du telle conception de leur rôle de citoyen, les élus feraient peut-être autrement qu’ils ne font.

    Jean-Luc évoque quant à lui le déni de démocratie, ce qui implique que pour lui le lien qui relie éthique et politique s’est rompu ou est en voie de se se rompre, d’où sa démarche pour tenter de susciter un sursaut coté politiques, pour des institutions plus démocratiques, des politiques qui ne se contentent pas d’être des gestionnaires. Cette façon de voir les choses fait de la vie démocratique plus et autre chose que le simple fonctionnement d’institutions démocratiques, ce qui laisse une place à l’initiative citoyenne, fût-elle une contestation véhémente consistant par exemple à ne pas voter et à le faire savoir. Et après tout la démocratie ne peut se résumer au simple fonctionnement de ses institutions, lesquelles avant de fonctionner sont bien apparues, sont nées à la faveur d’un évènement historique particulier, qui peut-être une révolution, ou une assemblée constituante. De même, en temps « normal », les mouvements sociaux, les initiatives citoyennes viennent perturber la routine bien huilée du jeu institutionnel. Au total, le cadre de la vie démocratique englobe la vie démocratique réduite traditionnellement au jeu institutionnel sans s’y réduire. Et ce cadre même ne cesse d’être redéfini, ce en quoi il constitue un thème, un enjeu essentiel de la démocratie.

    1. @Pierre-Yves.D:

      Je me reconnais dans votre texte .

      A Jean Luc , je dirais ( je le lui ai déjà dit , mais ça se perd un peu dans les addenda en suite de post ) : Le viol de la première expression fondamentale de la constitution citoyenne qui est le referendum , me dégoûte et m’écoeure . Mais pas plus qu’abandonner sa femme ou sa fille ou quiconque parce qu’ils ont été violés , il n’est question d’abandonner la démocratie et le vote parce qu’ils ont été violés . On les prend dans ses bras et l’on essaie de mettre les violeurs hors d’état de nuire .

      A ceux qui comme moi votent , je confirme avec Pierre-Yves D., que la vie citoyenne ne s’arrête pas là .Entre engagement associatif , politique , de proximité , les occasions et outils ne manquent pas pour ce faire et toutes les motivations sont bonnes à prendre pour « y aller » A défaut de barricades , qu’il ne faut certes pas exclure , le RIC le vrai ( nous revoilà dans la constitution et la constituante ) me parait un rouage inséparable de la démocratie . Je souhaite qu’il n’y ait pas besoin de barricades pour faire entendre ça aux « élus ». Mon vote aux régionales va vers ceux qui ont su mettre ça dans leur mode de gestion .

      Mais aujourd’hui on vote .

      J’ai rendez vous à 18 h pour participer au dépouillement .

    2. @ Pierre-Yves D., @ tous,

      Regardez comment nous sommes, nous les acharnés du clavier. Après la justesse de ce que vous venez d’écrire, je devrais faire silence (et ce silence serait encore du Pierre-Yves D.! -Guitry disait cela après une musique de Mozart, c’est ça?).
      J’ouvre le micro quand même, pour être sûr que nous soyons d’accord (Pierre-yves, je ne vois rien de terrible à ce que Martine et moi soyons très convaincants!).

      Je propose que nous ne débattions pas du sens que nous donnons chacun au mot démocratie. Restons-en par commodité à son sens étymologique: la souveraineté du peuple (du grec « dêmos », peuple, et « kratos », souveraineté).

      Dans la « rue Jorion », il y a plein d’immeubles, que représente chaque billet avec sa colonne de commentaires. Après vos propos, je décide de visiter une nouvelle fois cet immeuble-ci, en prenant l’ascenseur (« Aimons-nous les uns SUR les autres », comme on dit dans les immeubles):

      Il y a effectivement un groupe qui s’active A L’INTERIEUR de la maison démocratique. Martine est là, et avec elle Juan Nessy, François Le Sombre, Astrorock, Eole, Jérémie, Marc, Jeannot14, Satanas, Grosjean, Amaury, Jiel, Candy, Thierry, Jérémie Martin. J’oublies des noms, mais j’espère ne trahir personne. Ils montrent la « Dêmokratia », la souveraineté du peuple. Ils font un sacré bruit, ils ont une belle énergie, pour tenter de réveiller les notables qui somnolent, repus, près du poêle.

      Dans le même temps, nous sommes un groupe qui avons décidé de sauter par la seule lucarne encore ouverte (celle de la non obligation de voter), pour aller nous activer A L’EXTERIEUR, en silence (ça fait marrer tout le monde, mais on s’en fiche).
      C’est vrai que les vitres sont épaisses et la porte capitonnée, dans la maison démocratique, mais nous espérons que le silence que nous faisons sera bientôt entendu à l’intérieur.
      Cet étrange silence est tout autant destiné à ceux du dehors, qui ne regardaient même plus cette maison démocratique. Dégoûtés ou dédaigneux, ils s’en étaient éloignés. En nous regardant faire, ceux-là se demandent s’il n’y aurait pas enfin un enjeu. …Dans peu de temps il se peut qu’ils s’approchent à nouveau de la maison, pour venir voir ce silence de près. Ce silence qui commence à être commenté dans les journaux qu’ils lisent, entre deux résultats de football, alors qu’ils ne lisaient même plus le nom du gagnant du vote.
      Je suis là avec Zébu, Louise, Laurence, Frédéric, JPD, Dup, Marlowe, Dissonance, Grandghana (là aussi j’en oublies, et j’espère avoir bien compris les mots de ceux que je cite). Nous manifestons en silence. Celui qui n’a jamais assisté à une manifestation silencieuse de 1000 personnes dans la rue, ne saura jamais l’impact supérieure qu’elle a sur une manifestation de 100 000 personnes qui hurlent.
      Ce silence pourrait être encore mieux entendu, si nos amis de l’intérieur arrêtaient de faire du bruit, mais nous ne pouvons leur en vouloir (quand on a pris l’habitude de faire du bruit, pour tout -le TCE- et rien -des Régionales-, c’est difficile de s’arrêter).
      Ce silence des urnes pourrait devenir assourdissant, et c’est seulement ainsi qu’il serait entendu. Si ce soir il n’est pas suffisant, on essaiera à nouveau la prochaine fois. Et même en 2012 (quoi? il y a un enjeu dans cette élection, à part la parole sans cesse bafouée du peuple?). Cette abstention est aussi l’expression de la souveraineté du peuple.

      D’autres nous servent de relais, les uns avec les autres. Ils sont votants ou non-votants, pour diverses raisons. Dans la maison ou dehors, les échanges se font par la lucarne restée ouverte (dans les médias, on parle déjà de la refermer, en rendant le vote obligatoire; un autre combat qu’il nous faudra mener; comme si nous n’en avions pas assez déjà):
      Enrique, Bernard Laget, Jeanpaulmichel, Pierre, Jérôme, TL, Galien, Leduc, Von der blob, Goban, Roma, Niconingbo, André, Bob, Clive, Boukovski, Kalod, Alain A, Bernard.Z, Harry Lime, L’albatros, Alain, Cécile, L’enfoiré, Phil de Saint Naz, 4 Août, CM, Babiole, Le sous caporal CHEF La Gaule, Paul Jorion et vous même Pierre-Yves, êtes semble t-il de ceux-là. Souveraineté du peuple encore.

      C’est ça. Nous avons la même volonté de réveiller les notables, et d’alerter ceux qui fuient la maison démocratique. Nous travaillons chacun de notre côté avec nos portes-voix (une urne n’est pas seule « porte-voix »). Celui derrière lequel je me range est éteint, pour montrer la vanité de cet objet quand plus aucune parole n’est écoutée.
      De gauche, de droite, ou d’ailleurs, nous amenons les débats sur les seuls terrains qui vaillent, ces terrains que « le blog de Paul Jorion » défriche jour après jour.

      Il n’est écrit nulle part que nous ne serons jamais entendu.
      Du dedans ou du dehors.
      Nous souhaitons que la musique qui sera écrite, lorsque nous auront accordé nos instrument, soit entendue.

      Guitry aurait pu dire aussi qu’avant Mozart, le silence est le meilleur moyen d’entendre. Un beau silence des urnes. Mais bon.
      Le libre choix de chacun est l’essence même de la souveraineté du peuple.

      ————-

      Pour finir, une chanson. Je l’ai envoyé à Fab déjà, mais elle peut servir ici. 37 secondes pour comprendre.
      Il ne s’agit pas d’appeler à ne pas voter, ou à jeter les élus avec l’eau démocratique. Ecoutons bien les paroles. Il s’agit de répéter aux élus qu’ils ne sont ni nos dieux ni nos maîtres, et que nous souhaitons qu’ils s’en souviennent. Régulièrement. Nous tenons à notre souveraineté. A notre démocratie.
      Chanson:
      http://www.youtube.com/watch?v=eo-FUbMVlBs

    3. @Jean Luc :

      Les meilleures oeuvres de l’anarchisme furent celles où la pensée anarchiste et la pensée tout court ont fait oeuvre commune pour vouloir l’homme plus libre et la société plus juste .Au  » fais toi toi même » de l’anarchisme sera toujours nécessaire le fameux  » connais toi toi même » de Socrate .

      Dans la vison de la société française qui m’apparait au soir de ce second tour , une fois que je soustrais les 15 % d’absents incompressibles , il me semble que l’on a en gros :

      – 1/3 électeur qui opte plutôt à « droite « ( républicaine ou nationaliste ) privilégiant la LOI .
      – 1/3 électeur qui opte plutôt à « gauche »privilégiant le LIEN ;
      – 1/3 électeur abstentionniste grosso modo volontaire dont rien ne me permet de savoir ce qu’il privilégie de façon certaine sauf à exprimer qu’il n’est pas content .

      Dans ce dernier tiers se trouvent très certainement les anarchistes , qu’ils soient devenus libertaires ou pas . Mais depuis Proud’hon et Bakounine qui ont bercé mes lectures enfièvrés de jeune homme , je ne sais plus quel est la proposition anarchiste aujourd’hui, même si je souligne avec vouis le caractère fécond et souvent visionnaire de ses interpellations .

      En particulier quel sytème crédible met elle en avant pour concilier vraiment la liberté individuelle et la liberté collective , quel discours vis à vis du travail , du capital ,du marché, du salaire , de la force miliatire , de la démocratie ( au sens éthymologique que vous avez à propos repris), du rapport ds nations …

      Si l’anarchisme doit être la force qui répond vraiment à ces questions ( entre autres ) qui agrège le LIEN et la LOI , je serai de son bord ( comme je l’ai déjà été ) . Mais je ne peux pas être satisfait du silence sujet à toutes les interprétations .

    4. @ juan nessy,

      Soir du deuxième tour.

      N’essayez plus ce soir de me convaincre que vous avez raison. Je vous ai dit combien j’en suis persuadé depuis le début.
      J’ai cherché à exposer pourquoi j’avais moi aussi raison.
      On dit parfois qu’il faut savoir raison garder. Par un amusement un peu triste, j’ai envie de nous proposer chacun de garder nos raisons.

      Ce soir du deuxième tour, même les vainqueurs du jour font triste mine, et j’aime à croire que des gens comme moi en sont un peu la cause.
      Vous entendez la petite voix de Martine Aubry, victorieuse pourtant, quand elle parle du choix que les français ont fait ce soir? Une petite voix qui n’ose pas s’élever, car derrière elle, alors qu’elle parle à son pupitre, elle sent le souffle de millions de français. Des millions de français qui la regardent en silence et dont le silence signifie: « De quel droit parlez-vous en notre nom?! »
      Il y a deux semaines nous avions une hégémonie stérile UMP à la tête de l’état, et une hégémonie stérile PS à la tête des régions.
      Ce soir rien n’a changé. Et on voudrait que je soit heureux que les urnes aient parlé!

      Je les entend déjà mes bons amis. Demain matin ils vont tenter de calmer mon dépit et ma hargne par cette date en boucle: 2012! …2012! …2012!

      Mais oui les enfants, vaillants votants, amoureux de la démocratie aveuglés par votre amour, on vous donnera encore de l’espoir en 2012, puisque vous nous avez encore montré ce soir qu’un simple espoir suffit à vous faire vivre. Vous avez vu ce soir? Vous espériez gagner, et bien c’est fait: on a gagné!
      En 2012, charmants enfants sages de la démocratie, on vous donnera encore l’espoir de gagner, n’ayez pas peur. Et on gagnera!
      Tiens, on va même bientôt vous distribuer des badges colorés en rose: « 2012! L’espoir! ».
      Vous allez a-do-rer!

      Allez, en 2012 tout va changer: un état PS …et des régions UMP! Chouette!!!

      Tout ça pour ça. Le cirque reprend demain dès l’aube. Le même cirque toujours recommencé. Heureusement que le blog de Paul Jorion est là parfois, pour nous remonter le moral. Ici au moins on avance.

      En répondant à votre texte, cher Juan, je crains d’ouvrir un autre débat, dont je ne me sens pas la force.
      Je n’ai pas non plus l’instruction ou l’expérience nécessaire pour discuter d’anarchisme.
      Et le temps me manque pour vous dire pourquoi je n’ai pas votre assurance, de voir la LOI à droite et le LIEN à gauche. On peut sans sophisme faire la démonstration inverse. Je ne sais pas non plus si ce sont les deux termes à opposer.

      A bientôt d’échanger encore avec vous.
      Jean-Luc

    5. Merci Jean-Luc.
      J’ai bien aimé toute cette énumération des noms et pseudos des blogueurs d’ici. Comme dirait Paul, on peut se compter 🙂 Et cela commence à faire une bien belle équipe.

      Vous l’avez deviné, j’ai voté, essentiellement pour l’éthique du politique, et de façon subsidiaire aussi par simple calcul, pour contrebalancer l’éventuel sursaut des abstentionnistes de droite, sursaut qui semble d’ailleurs avoir été effectif. D’une certaine façon je suis affecté par la logique représentative et partisane. Mais que l’on vote ou non, il est difficile d’échapper complètement à cette emprise, car le jeu politique n’est pas fictif, il y a bien de réelles forces en présence et cela finit par se traduire sur le terrain, même si un diagnostic rapide nous fait assimiler droite et gauche.

      Mais je trouve l’autre option, celle des abstentionnistes militant, également légitime car je considère que la démocratie ne se limite pas aux seules élections qui ne sont que l’aspect institutionnel de la vie démocratique. Autrement dit, la démocratie ce n’est pas d’abord la conquête du pouvoir, une démocratie représentative, cela c’est la conception traditionnelle de la démocratie, celle qui se définit comme un régime et donc seulement un pouvoir, ce que Jacques Rancière nomme un pouvoir de Police, au sens large, en tant que tout gouvernement élu et son administration ont principalement pour tâche d’assurer un certain ordre social, et donc des positions et des divisions sociales anciennes ou nouvellement acquises y compris par l’élection. Ce qui signifie qu’aucun régime démocratique aussi parfait soit-il ne peut jamais prétendre réaliser l’égalité. L’égalité est toujours un mouvement, un horizon. Ses conditions sont toujours à créer, ou recréer quand elles ont été perdues.

      La vie démocratique qui consiste elle à argumenter, revendiquer en vue de déterminer de nouveaux champs d’application pour l’égalité, ce que communément on appelle faire bouger les lignes. Bref, c’est un processus dynamique sans fin.

      L’enjeu actuel fondamental comme le remarque Jacques Rancière dans son livre Aux bords du politique, est celui qui consiste à faire entrer dans l’espace public de la discussion et de la décision, ce qui relevait jusqu’ici du seul domaine privé, étant bien entendu que toute l’action des libéraux vise au contraire à étendre au maximum ce domaine privé qui se voit ainsi soustrait à la puissance publique et souveraine. Cela rejoint d’ailleurs ce que dit Juan Nessy sur l’exigence de conciliation entre liberté individuelle et collective.
      Cette thèse amène finalement Rancière à considérer que ceux qui voient dans les maux de notre société un excès de la démocratie expriment en réalité une haine de la démocratie. Bref, la démocratie ne souffre pas de ses excès mais au contraire de son absence de vie démocratique.

      Mais il me semble primordial de maintenir que la revendication doit aller de pair avec une éthique, le fameux lien de réciprocité et la reconnaissance en chacun des autres citoyens de l’égal en raison.

    6. @ Jean Luc :

      Je n’essaie pas de vous convaincre d’une ligne à suivre que j’ai eu ,et ai encore, moi même de la peine à dessiner , juste peut être d’un credo ( car s’en est un ) : notre sort nous appartient .

      Et j’aurai toujours plaisir à boire un coup avec vous à ce bar ou à un autre .

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