AU PRINTEMPS

Désolé s’il n’est pas encore arrivé chez vous, mais en Bretagne, il est bien installé depuis deux ou trois semaines. Avec un certain télescopage d’ailleurs, vu la rapidité du changement de température : les jonquilles et les crocus ont fleuri en même temps. La première jacinthe s’est ouverte hier et la première fille en organdi, là-bas dans la prairie, ne saurait tarder.


Hugues Aufray – Des que le printemps revient

Tout Paris
Se changera en baisers
Parfois même en grand soir
Vois tout Paris
Se change en pâturage
Pour troupeaux d’amoureux
Aux bergères peu sages
Vois tout Paris
Joue la fête au village
Pour bénir au soleil
Ces nouveaux mariages

Jacques Brel, Au printemps

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54 réflexions sur « AU PRINTEMPS »

  1. http://www.multicians.org/thvv/borges-animals.html

    Borges’ Animals

    In « The Analytical Language of John Wilkins, » Borges describes ‘a certain Chinese Encyclopedia,’ the Celestial Emporium of Benevolent Knowledge, in which it is written that animals are divided into:

    1. those that belong to the Emperor,
    2. embalmed ones,
    3. those that are trained,
    4. suckling pigs,
    5. mermaids,
    6. fabulous ones,
    7. stray dogs,
    8. those included in the present classification,
    9. those that tremble as if they were mad,
    10. innumerable ones,
    11. those drawn with a very fine camelhair brush,
    12. others,
    13. those that have just broken a flower vase,
    14. those that from a long way off look like flies.

    This classification has been used by many writers. It « shattered all the familiar landmarks of his thought » for Michel Foucault. Anthropologists and ethnographers, German teachers, postmodern feminists, Australian museum curators, and artists quote it. The list of people influenced by the list has the same heterogeneous character as the list itself.

    ==========

    J’avais besoin d’un exemple d’arbitraire ce matin, et je me souvenais vaguement avoir lu cet inventaire (à la Prévert), cette « classification », au début « Des mots et des choses ». La traduction en français ne se trouve pas sur le web, signalant le peu d’intérêt que l’on a en Fr pour Michel Foucault, et pour J.L. Borges. Il y a quelques poèmes traduit pourtant…

    On trouve :

    La monnaie de fer (1972)

    Baruch Spinoza

    Brume d’or, le Couchant pose son feu
    Sur la vitre. L’assidu manuscrit
    Attend, avec sa charge d’infini.
    Dans la pénombre quelqu’un construit Dieu.
    Un homme engendre Dieu. Juif à la peau
    Citrine, aux yeux tristes. Le temps l’emporte
    Comme la feuille que le fleuve porte
    Et qui se perd dans le déclin de l’eau.
    Qu’importe. Il insiste, sorcier forgeant
    Dieu dans sa subtile géométrie ;
    Du fond de sa maladie, son néant,
    De ses mots il fait Dieu, l’édifie.
    Le plus prodigue amour lui fut donné,
    L’amour qui n’espère pas être aimé.

    =============

    La poésie n’étant qu’une tentative de comprendre en fait, de poser un problème autrement.

    1. Borges est un grand parmi les grands !
      Cette classification ‘chinoise’ citée par Foucault dans son introduction des ‘Mots et des choses’ (il dit même que ce livre a son origine dans ce texte de Borges) est en fait tirée de Enquêtes réédité en folio. Je vous encourage à tout lire de ce génie qui est entièrement traduit en français of course… Il est même en Pléiade si vous voulez tout avoir.

    2. ////La poésie n’étant qu’une tentative de comprendre en fait, de poser un problème autrement.////

      Meme pas !
      La poésie , précède l’écriture et n’est qu’un outil mémo-technique qui se sert du rythme et de l’esthétique (évitons les gros mots) pour mémoriser des information importante (agricole , chasse peche et tradition , morale et autre évènement conjecturaux.

    3. Ah tiens j’ai « Enquètes » ici.. !

      Je voulais dire, pas traduit sur le net !

      J’adore son histoire de bible, tant de feuillets qu’on ne retrouve jamais la même page… Regardez bien cette petite ancre, vous ne la reverrez jamais….

    4. Borges: l Aleph (l Ecriture du Dieu).

      (..)
      Alors la pitié emplit mon âme. J’imaginai le premier matin du temps. J’imaginai mon dieu confiant son message à la peau vivante des jaguars qui s’accoupleraient et s’engendreraient sans fin dans les cavernes, dans les plantations, dans les îles, afin que les derniers hommes le reçoivent. J’imaginai ce réseau de tigres, ce brulant labyrinthe de tigres, répandant l’horreur dans les prés et les troupeaux, pour conserver un dessin. La cellule adjacente contenait un jaguar. Dans ce voisinage j’aperçus la confirmation de ma conjecture et une secrète faveur. Je passai de longues années à apprendre l’ordre et la disposition des taches. Chaque aveugle journée me consentait un instant de lumière et je pouvais alors fixer dans ma mémoire les formes noires qui marquaient le pelage jaune. Quelques-unes figuraient des points, d’autres formaient des raies transversales sur la face intérieure des pattes; d’autres, annulaires, se répétaient. Peut-être était-ce un même son ou un même mot. Beaucoup avaient des bords rouges. Je ne dirai pas mes fatigues et ma peine. Plus d’une fois, je criai aux murs qu’il est impossible de déchiffrer un pareil texte. Insensiblement, l’énigme concrète qui m’occupait me tourmenta moins que l’énigme générique que constitue une sentence écrite par un dieu. «  Quelle sorte de sentence, me demandai-je, devait formuler une intelligence absolue?»  Je réfléchis que, même dans les langages humains, il n’y a pas de proposition qui ne suppose pas l’univers entier. Dire « le tigre », c’est dire les tigres qui l’engendrèrent, les cerfs et les tortues qu’il dévora, l’herbe dont se nourrissent les cerfs, laterre qui fut la mère de l herbe,le ciel qui donna le jour à la terre .
      (..)

  2. Que pourrait signifier une vie sans mort s’il n’y avait pas le printemps et ce retour éternel.

    (relevé dans « odes à crapaud » tome 2)

  3. hugh dirait Onfray en écoutant Aufray, au frais, au-delà des fredaines, loin d’Eros et Thanatos, à la pêche à la palourde, sur les côtes bretonnes.

    1. merci c’est en effet magnifique ! Le N&B avec tant de couleurs ! à Hollywood des crétins commerciaux veulent imposer la 3D … des films qui ressemblent à ces livres d’enfants qui s’ouvrent avec des décors en deux ou trois plans. En fait pour moi ça détruit le cinéma… je sais qu’on a dit ça à l’arrivée du parlant (et je ne ne suis pas si vieux!) mais comparaison n’est pas raison. OK je viens bien admettre pour Avatar car c’est tourné en 3D et la technique est au service du film mais pour les reste, qu’on arrête de nous imposer ces courses poursuite au progrès sans autre nécessité que le développement commercial. Au fond ça relève du même type d’approche que les crèmes anti-rides pour fillettes de 10 ans que Wall-Mart vient de mettre en vente : tout au service du fric roi= tout contre la poésie !

    2. Il faut quand même préciser que ces images merveilleuses des rêves d’Ivan viennent en contrepoint d’autres terribles. Le film se passe sur le front russe pendant la guerre, et n’est pas vraiment gai.

  4. De quoi les gens de la ville veulent souvent parler même au printemps,

    Même lorsqu’il fait déjà un peu moins froid, non mais tu comprends Abel, l’hiver est toujours encore un peu présent dans nos vies si souvent oubliées, meutries et flétries par les nombreuses choses plus ou moins partagées, non mais tu comprends nous aurions tellement voulu voir venir d’abord le printemps plus tôt.

    Le printemps arrive mais dans les grandes villes et les grandes plaines des gens de Caïn comment les gens peuvent déjà mieux s’y préparer, alors qu’on préfère souvent avant tout leur parler des mêmes choses de l’hiver et de l’automne, pour se faire d’abord bonne place. Plus ils vivent dans les grands villes et moins le printemps semble parfois autorisé à venir leur faire de temps en temps un petit coucou. Qui donc dans les grandes villes et les grandes plaines de ce monde est encore digne de toi Abel et des hauts paturages près des vaches, des marguerites et des trèfles à quatre-feuilles.

  5. Le printemps arrive,

    Oh s’il vous plait Mr le premier Banquier du monde laissez-nous vivre encore un peu de temps, avant que l’on se fasse de nouveau la guerre et des tourments de plus à cause de l’argent.

    Le printemps arrive,

    Oh s’il vous plaît Mr le Politique laissez-nous encore rêver d’un monde ou les gens seraient déjà un peu moins professionnels et prévisibles à voir, à cause de toutes ces choses
    qui font principalement et graduellement davantage souffrir les êtres à force.

    Le printemps arrive,

    Oh s’il vous plaît vous les premiers destructeurs de la terre et des peuples, laissez-nous encore entendre un peu le chant de l’oiseau et de la nature et des enfants d’abord dans
    nos villes et nos campagnes, serait-ce encore trop vous demander.

    Alors que le monde n’a jamais peut-être été aussi près de sa propre autodestruction.

  6. Monsieur Jorion, un coup de gel est encore parfaitement possible.
    Et lorsque je vois mes cerisiers couverts de bourgeons, la récolte sera mauvaise.
    D’autant qu’il pleut à seaux depuis deux jours…

    Ceci écrit, la Grèce a commencé aussi à bourgeonner. Il faudra donc un sacré coup de chaud style grosse diversion pour éviter de flinguer les bourgeons.
    Il y a quelques mois, j’ai évoqué ce printemps avec préparation en avril.

    Je vais ainsi gagner mes galons de Madame Yvan extraréaliste…
    Tant pis pour les camarades Freud et Lacan.

  7. Sur le printemps, un des plus beaux textes, de René Barjavel :

    Jamais je ne m’habituerai au printemps.
    Année après année, il me surprend et m’émerveille.
    L’âge n’y peut rien, ni l’accumulation des doutes et des amertumes.
    Dès que le marronnier allume ses cierges et met ses oiseaux à chanter,
    mon coeur gonfle à l’image des bourgeons.
    Et me voilà de nouveau sûr que tout est juste et bien,
    que seule notre maladresse a provoqué l’hiver
    et que cette fois-ci nous ne laisserons pas fuir l’avril et le mai.
    Le ciel est lavé, les nuages sont neufs,
    l’air ne contient plus de gaz de voitures,
    on ne tue plus nulle part l’agneau ni l’hirondelle,
    tout à l’heure le tilleul va fleurir et recevoir les abeilles,
    les roses vont éclater et cette nuit le rossignol chantera
    que le monde est une seule joie.
    Tout recommence avec des chances neuves et, cette fois, tout va réussir.
    J’ai un an de moins que l’an dernier.
    Non, pas un an, toute ma vie de moins.

  8. http://www.cineclubdecaen.com/realisat/bunuel/angeexterminateur.htm

    J’ai vu cet étrange film de Bunuel hier… les gens ne peuvent tout simplement pas quitter le salon de l’ami qui les a invité, pendant des jours. Ils n’en ont pas le courage… puis, après ceci:

    Laeticia :

    – How long have we been here?

    – I don’t know. I’ve lost track.

    – But think how many times
    each of us has changed places…
    during this horrible eternity here.
    Like pieces on a chess board,
    moved thousands of times.
    Even the furniture.
    We’ve moved it around
    a hundred times.
    But look now.
    Right now all of us –
    people and furniture –
    are exactly where we were that night.
    Or am I hallucinating again?

    Et lorsque tout le monde se trouve dans exactement la même position que le premier soir, et reprend les choses à partir de là, de cette « bifrucation » qui n’en est pas une il me semble puisqu’on reprend le même chemin.. à partir de cette remontée dans le temps, ils peuvent partir…

    En tout cas, Lynch (Lost highway) aurait pu retrouver son idée de bande de moebius chez Bunuel, de même que le scénariste de Dogville, avec Nicole Kidman. Il y a des répétitions dans ce film également, qui ne changent rien… cet espèce de surplace fait écho à notre époque il me semble. La clef ultime de ce film m’échappe. Sans doute le surréalisme, son infracassable noyau de nuit, doit échapper à l’interpétation.

  9. Eh oui …. moi aussi je pense aussitôt à cette chanson lorsque le printemps arrive, l’eurovision était à cette époque un moment sympa de la télé.

    Les croulants croulent 😀 mais la Camargue reste.

  10. « la première fille en organdi, là-bas dans la prairie, ne saurait tarder »

    «
    J’sais pas c’qui m’produit c’t’effet là,
    Mais, j’cré ben qu’c’est l’ Printemps que v’là ;
    Son cochon d’soleil m’émoustille,
    Mon coeur bat coumme eun enragé !
    Dam’, vous savez, à l’âg’ que j’ai
    J’aurais grand besoin d’me purger ;
    J’veux eun’ fille !
    »
    Gaston Couté, La chanson de printemps du chemineux 😉

  11. Au printemps,

    Je m’en irais davantage parler croissance et assurance vie aux gens, mais avant il me faut encore prendre quelques cours pour apprendre à bien jouer de la flûte et du pipo, c’est bon pour le marché, c’est surtout la meilleure chose à faire.

    Au printemps,

    Et quand les affaires repartirons, nous pourrons même mieux séparer la mauvaise doctrine d’avec la bonne, comme ça pour nos vieux jours nous seront même beaucoup plus à l’aise et en sécurité pour tous, c’est sûr c’est la bonne route, il n’y a d’ailleurs jamais eu d’autre chemin plus raisonnable, plus sage, pour arriver à bon port et pour l’humanité.

    Dites-le surtout avec des hausses de plus !

  12. Au printemps,

    Plus les choses deviennent chères et plus les gens deviennent aussi cons que moi,

    Je vous aurais au moins prévenu ma brave petite Dame,

    Ca va même faire très très mal au porte-monnaie,

    Car les gens pensent tellement plus à ces choses de là de nos jours,

    On ne va pas non plus toujours se laisser marcher sur les pieds,

    Non mais sans blagues quand bien même ce serait le printemps,

    On ne peut pas toujours non plus raconter les mêmes salades aux gens,

    Au printemps peut-être que les choses seront déjà moins graves,

    Non je t’assure Monsieur voiture très bonne état pour le printemps,

    Sinon pour la voiture c’est pour aller où monsieur ?

    Très loin, très très loin pour me changer d’abord les idées !

    Et comme dirait l’autre avec son Boby la pointe, Ah y’en a j’te jure!

    Ils arriveraient même à vous faire acheter plus de camelote au sentier,

    Comme au printemps,

  13. Cél printemps, et les « investisseurs » ne tiennent plus en place :
    http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20110227trib000604428/warren-buffett-repart-a-la-chasse-aux-acquisitions.html
    « Il va nous falloir à la fois de bonnes performances sur nos sociétés, et davantage d’acquisitions majeures »
    « Notre fusil à éléphant est rechargé et la gâchette me démange »
    « L’argent va toujours vers l’endroit où il y a des opportunités et, en ce moment, l’Amérique en regorge »
    « A l’in verse, le portefeuille de Berkshire devrait être délesté d’ici la fin de l’année des actions préférentielles dans Goldman Sachs et General Electric, achetées au beau milieu de la crise financière. »

    Alain verse à coté, on dirait…
    Il y a de quoi avoir aussi la gâchette qui démange, non..???

  14. Rhooo les Français! … Je viens d’entendre le discours de votre président qui essaye maintenant de noyer le poisson du remaniement par le caractère historique du moment…Il semble subitement que « l’on » commence a prendre en compte « lla force de la masse » et « la fin des privilèges » Wouaw !!! Révolution là !!! 🙂

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