CHERS TOUS : VALONS-NOUS UN PRIX ?, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Le prix de Paul Jorion peut-être lu comme une introduction dans la réforme monétaire et financière que la démocratie doit réclamer. Cette réforme passera par l’instauration d’une société internationale de financement de négociation de la valeur par l’option de responsabilité personnelle.

La religion de la matière

Dans « La prétendue théorie de la valeur d’Aristote, des scolastiques à Paul Jorion », Zébu nous engage dans un débat intéressant (qui attrait l’attention dans une réalité historique effective), stimulant (qui provoque un enrichissement conceptuel) et structurant (qui crée les termes d’une discussion) sur la valeur et le prix. Fort de sa lecture de Paul Jorion dans Le prix, Zébu souligne que la théorie aristotélicienne du prix ne recourt pas à la terminologie de la valeur. La notion de valeur est une invention de l’Occident gréco-judéo-chrétien théorisée entre autres par Albert le Grand et Thomas d’Aquin au XIIIème siècle. L’adjonction du terme valeur aux prédicats d’usage et d’échange qui déterminent la définition du prix chez Aristote entraîne toute la science économique, à partir de la scolastique, à théoriser le prix par la notion de valeur. Dans son analyse du prix, Paul Jorion reprend toute l’explication d’Aristote qui effectivement n’utilise pas le prédicat de valeur, inexistant dans la langue du stagirite. La question est donc posée du sens du prédicat de la valeur relative au prix.

Comme la notion de valeur apparaît dans le contexte du monothéisme postérieur à Aristote, Zébu pose l’hypothèse d’une récupération religieuse de la science du prix. Ainsi le savoir économique développé à partir du XVIIIème siècle peut être vu comme une doctrine religieuse et non comme théorisation expérimentable d’un objet observé. Paul Jorion constate (p. 41) de la conception marginaliste du prix comme rapport égalisant la valeur de la demande à la valeur de l’offre : « qu’elle est un modèle normatif au sens du droit et non un modèle descriptif au sens de la science ; qu’elle ignore d’intention délibérée l’influence possible des facteurs sociologiques et politiques ; qu’elle feint – par un a priori subjectiviste – de prendre en considération l’action des individus, mais d’ignorer en réalité comme non pertinent l’impact des décisions individuelles ». La valeur n’est pas une matière vraiment observable séparément du prix. Elle n’a pas d’existence distincte dans le phénomène du prix et y apparaît comme cause révélée et non comme cause mesurée.

Placé dans le référentiel aristotélicien de causalité matérielle, formelle, finale et efficiente, l’économisme de marché pose le prix comme effet du marché. Le marché explique le prix. De là, l’économisme contemporain explique le marché soit par lui-même, soit par la valeur. Si le marché est sa propre cause d’intelligibilité, il suffit d’être le marché ou dans le marché pour avoir part au prix. Si la cause du prix est la valeur, il suffit de maîtriser l’explication de la valeur pour contraindre le rapport d’échange. La financiarisation du monde est un phénomène d’unification de l’existence humaine dans un marché unique et ouvert sur tout l’espace présent et futur. Par le concept de valeur matériellement révélé dans le langage politique, juridique, mathématique et informatique, la financiarisation instaure un culte où des prêtres enchantent le prix par la valeur. Tout le peuple s’extasie et rend des offrandes à la caste des prêtres financiers pour avoir part à la valeur du prix.

Basculement dans la modernité matérialiste

Dans la cosmologie moderne du bien-être matériel, la valeur apparaît comme un concept totalisant non analysable qui effectue le marché et qui est l’effet du marché. Zébu constate que l’individu est enfermé dans l’alternative : y croire pour avoir ce qu’il ne peut objectivement mesurer ou renoncer. Par la valeur, le marché est une religion des individus au service de leurs besoins inintelligibles. Replacé dans un référentiel aristotélicien, la valeur est un pur effet qui englobe indistinctement une fin non identifiable dans une matière informe. Avant d’être devenue purement financière, la valeur a été d’usage et d’échange. L’analyse économique a cherché à expliquer l’échange par l’usage ; le prix par l’utilisation de l’objet du prix. La science économique classique est moins abstraite qu’aujourd’hui. L’effet de prix dépend d’un objet qui n’est pas seulement un modèle financier, mais l’utilité matérielle de quelque chose de formé pour remplir une fin. L’économie classique est effectivement normative mais au lieu d’aborder l’objet économique par sa seule forme, l’analyse par la fin qui transforme la matière en prix d’échange.

Si l’on suit Paul Jorion, il existe jusqu’à Marx une discussion de la valeur d’utilité en fonction d’un sujet humain actif à spécifier le prix. L’économie est alors la matière de la politique. L’utilité économique est l’application du débat politique sur le partage de la valeur produite dans le prix des échanges. Après Marx, l’économie s’abstrait de la politique. L’économie n’est plus la valeur concrète du vivre ensemble ; elle applique ses propres lois indépendantes des structures produites par la politique. Dans une analyse aristotélicienne, la matière formée par le discours économique ne répond plus à des finalités politiques. Après Marx, l’objet principal de l’économie n’est plus un ordre politique de partage de la valeur mais la maximisation de la production dans le prix de ses facteurs. Le prix n’est plus une valeur négociable mais le résultat d’une rationalité objective sans implication du sujet. Le prix est seule forme économique de la matière. L’objet fétichisé ne contient plus de fin personnelle discutée par la société. Le travail humain se réduit au coût.

Avant Marx, la théorisation économique reconnaît bien l’échange comme cause efficiente du prix. Mais elle pose la valeur comme matière du prix pour en chercher la formation dans la finalité des acteurs économiques. L’économie est activité de décisions d’échange de la valeur intermédiaire contre la valeur finale, de production de la valeur intermédiaire par la transformation du travail et d’accumulation de la valeur par le temps ; accumulation par des moyens matériels de production, par le savoir faire de transformation et par un système politique de régulation durable des échanges. La science économique est explicitement normative. Elle vise un contexte politique de pouvoirs sociaux et personnels qui créent un potentiel de richesse à la fois individuel et collectif. La main invisible d’Adam Smith n’est pas une rationalité révélée mais une logique de la personne en société qui sert la collectivité en servant ses intérêts propres.

Finance fondée par la scolastique

La science économique classique est l’héritière de la pensée scolastique structurée par la matière, la forme, la fin et l’effet. Vue à partir de la pensée post-moderne où les notions de société et de personne s’effacent dans le relativisme individualiste, la notion de valeur n’ajoute rien aux catégories aristotéliciennes. Dans l’univers du stagirite, l’usage détermine l’échange et l’usage est établi par le statut social dans la politie. Les prix ne sont pas déterminés par des quantités offertes et demandées. La réalité économique est conçue indissociable de l’ordre politique. Toute offre et toute demande est matériellement formée par le rôle assigné à l’individu dans la production des moyens d’existence de la collectivité. Le statut des individus est réputé immuable et les besoins ne changent pas. Les chocs exogènes au système politique sont transformés en changements économiques par une ré-assignation des statuts qui induit un ajustement des prix. Le marché est dans la démocratie grecque un lieu de négociation indirecte des prix par l’information des statuts dans des rapports de force sociaux.

L’économie d’Albert le Grand et Thomas d’Aquin utilise une causalité du prix transformée par la personne, la société et la valeur. Cette causalité sera réduite dans la théorisation économiste par l’oblitération de la personne, puis de la société et enfin de la valeur. A la fin du Moyen-Age le monothéisme judéo-chrétien redécouvre Aristote. Le monde créé issu de sa cause divine peut recevoir une existence distincte et autonome du logos divin. Dieu donne une matière à sa créature humaine qui peut exister comme personne maîtresse de ses propres fins. La cosmologie judéo-chrétienne ré-utilise le langage structuré par Aristote. Le logos divin transmet à l’homme l’intelligence de la valeur. Chaque personne reçoit la capacité de se nommer soi-même pour nommer ce qu’elle veut à l’intérieur de la société qui la met en relation avec le monde créé, cause matérielle de son existence.

Dans la scolastique, la personne est l’effet présent du divin dans le monde temporel. La raison d’être de la société est de former, d’informer et de transformer la personne. La personne donne et reçoit la matière de sa valeur par la société qui la met en relation avec ses fins. La valeur scolastique est un effet distinct de ses trois causes : la fin choisie par la personne, la forme permise par la société et la matière produite par le travail. Distingué de la matière, de la forme et de la fin de la personne intégrée dans la société formée dans la Loi, l’effet de valeur a trois conséquences radicales sur le prix ; trois conséquences qu’Aristote ne peut évidemment pas concevoir. Le prix résulte des décisions personnelles synthétisées par un ordre social qu’on appelle aujourd’hui l’État. Le prix varie non seulement par les statuts sociaux mais par l’information que chaque personne apporte de son offre et de sa demande à l’intérieur d’un statut adaptable. Enfin le prix équilibre dans l’espace la transformation d’une réalité objective indépendante de la volonté du sujet. Le sujet ne peut agir sur le prix objectif que par le temps.

Division financière de la réalité humaine

La scolastique fonde la finance sur la théologie, la morale et la science. La finance est l’effet rendu dans le prix actuel de la foi en l’existence d’une valeur future, du choix d’une bonne fin dans l’objet de la valeur future et de la mesure rationnelle de la transformation temporelle de la matière physique observée. La théologie explique la responsabilité libre de la personne dans la valeur. La morale livre les outils de discernement des objets de construction et de destruction de la personne. La science apporte des modèles de réalisation concrète de la personne dans la matérialité physique présente. La scolastique vient enrichir la démocratie par le financement personnel de la valeur sociale du bien commun. Mais elle ne fournit aucun principe de régulation du pouvoir financier qu’elle attribue à l’initiative individuelle. Cette omission va être mise à profit par les individus les plus forts pour privatiser la valeur et amener la civilisation à son point actuel de basculement.

Dans le monde marqué par la révélation de la personne, le prix est la mesure de la valeur de l’échange en société. La valeur est l’effet du prix à la condition de la liberté éclairée de l’acheteur et du vendeur, de la pleine expression des besoins demandés et des attentes offertes et de la réalisation matérielle concrète dans le temps de la promesse sous-jacente au prix. Dans le combat des forts contre les faibles livré depuis le Moyen Age, le pouvoir financier virtuellement hégémonique va systématiquement détruire les moyens de régulation sociale. Il va d’abord soustraire la démocratie de l’attention personnelle d’un monarque. L’unité du bien commun va être dissoute. Il va ensuite idéaliser la loi afin de la rendre inopérante dans la vie économique concrète. Il va enfin morceler les marchés par des lois civiles différentes. La circulation de l’information sera réglée par la finance afin de biaiser l’intelligence de la valeur au profit d’une minorité.

Le pouvoir politique libéré de sa responsabilité de l’économie du bien va néanmoins s’organiser pour le discuter et l’influencer par l’agrégation des actions individuelles. L’organisation du pouvoir politique en forces séparées de délibération des lois, d’exécution de la décision publique et de juridiction de l’équilibre du droit entre intérêts particuliers va armer la société contre son démembrement par les intérêts financiers. Mais l’économie s’unifie par la liberté des échanges mondiaux et la mise en commun de la connaissance humaine par l’informatique de réseau. A l’inverse, l’autorité politique est méthodiquement divisée contre elle-même par la rivalité des pouvoirs et des nations formées dans des systèmes juridiques non convertibles. La monnaie qui quantifie le droit des personnes est livrée au pouvoir financier ; selon ses intérêts, il fixe le prix relatif des droits humains entre des nationalités différentes.

Destruction financière réciproque

Dans le monde d’aujourd’hui, la finance mondialisée possède l’économie. Agissant dans l’ordre de la matière, elle maîtrise la matérialité du prix, c’est à dire les quantités produites et réparties entre les individus. En revanche elle ne maîtrise pas les finalités retenues en dehors d’elle-même, ni les effets qualitatifs des échanges sur les personnes et sur l’environnement physique. Le pouvoir politique privé de ses moyens d’action économique ne peut plus défendre la société, les personnes, ni le milieu de vie. Les nations qui portent l’état de droit se désagrègent. Les individus ne sont plus reliés par un bien commun ; ils sortent progressivement de la consommation de valeur donc de la collaboration à la production et à la transformation de la valeur. La politique ne produit plus de lois intelligibles qui rendent la valeur transparente.

Les formes de la valeur réduites à des modèles de prix sont propriété des intérêts financiers strictement quantitatifs. Il n’est plus question de formaliser d’autres finalités que financières, d’autres objectifs que l’accroissement régulier des prix financiers indépendamment de toute réalité humaine hors de la quantité. Entre la quantité captée par la finance et la qualité diluée dans le démembrement du pouvoir politique, la société, la personne et la valeur disparaissent. Une seule réalité demeure intelligible au calcul de la finance et de l’autorité politique ; la monnaie exprime le prix et réalise le décompte de la valeur autorisée par l’ordre politique. La monnaie expliquée par Aristote est matière de l’échange dans le prix, forme de réalité comme contrepartie intelligible de l’objet échangé et fin de l’échange dans la conservation du pouvoir d’échanger dans le futur.

La politie dans l’antiquité grecque et la société politique aujourd’hui sont condition d’existence de la monnaie. Sans relation ordonnée entre des individus qui sont potentiellement des personnes, la monnaie ne compte plus rien, n’est plus une contrepartie utile de l’échange ni ne porte de valeur dans le temps. La destruction financière des sociétés et de la personne politiques vide la monnaie de sa substance. La monnaie devient pure virtualité numérique. La mondialisation financière sans État de droit renvoie la civilisation humaine à son stade primitif avant la démocratie grecque transformée par la révélation de la liberté personnelle dans le judéo-christianisme. Un pouvoir financier politico-religieux règle les échanges entre des individus soumis et programmés.

Conditions de vérité financière

L’alternative est le soulèvement politique des personnes liées par la société réelle dans l’économie de l’échange humain. Elle implique une décision politique de franchir la dernière étape conceptuelle du développement économique et politique de l’humanité, celui de la responsabilité financière personnelle mondiale. Toute personne représente une société. Toute société présente des personnes responsables de la valeur. Toute valeur a un prix dans les limites du monde réel physique et temporel. Tout prix est nomination d’une forme intelligible de valeur. Toute nomination de la valeur est assumée par une personne engagée à réaliser le prix par l’échange. Le modèle, la forme, du prix nommant la réalité assumée par un vendeur porté par une société génératrice d’une loi existe depuis l’aube de la civilisation. C’est l’option ; justement l’outil dont abuse la finance pour leurrer la responsabilité politique, asservir les personnes et capter la valeur.

La matière d’une option est le choix fixé dans le temps, d’un acheteur identifié, d’acquérir un objet réel nommé contre paiement en monnaie. La forme d’une option est l’engagement d’un vendeur de réaliser à terme la livraison de l’objet ; et de nommer immédiatement l’objet afin d’en anticiper le prix de vente. La fin d’une option est l’achat du risque de nomination imprécise de l’objet qui est la non-réalisation à terme au prix anticipé. La finalité de l’option est le prix du risque acheté par le propriétaire de la valeur à terme nommée dans un objet réalisable et effectivement livrable à son acheteur devant la société. La logique de l’option est la rationalité de l’engagement d’une réalité à terme entre trois personnes reliées par une même loi de la valeur. L’effet de l’option est la transformation de la parole humaine en activité d’intelligence du réel livrable à un acheteur par le temps.

La finance dévoie l’option pour l’argent. L’argent désormais remplacé par le bit d’information est la matière qui représente la monnaie. La monnaie contient à la fois la matière, la forme, la fin et l’effet de la valeur. Elle est l’outil d’échange des objets de valeur comme des composants de l’explication de la valeur ; en l’occurrence l’option d’un vendeur de former le prix d’un objet matérialisable à une fin nommée du temps. L’argent qui matérialise la monnaie est la toute puissance de la valeur produite par l’homme. La tentation est forte pour l’individu de renoncer à sa personne, à l’ordre politique qui l’institue et à la loi du vivre ensemble pour acquérir cette toute puissance financière. Or l’option permet de vendre de la vérité comme du mensonge. Le mensonge efficace sépare la parole de toute réalité vérifiable : employer un langage qui n’a pas de sens humain, jouer avec les mots en dehors de toute loi sociale, s’extraire physiquement de la société.

Discrimination des causes de valeur

La finance spéculative opère à partir des paradis fiscaux, vend des modèles mathématisés de choix juridique sans contenu et rachète toute promesse avant d’avoir livré une quelconque réalité visible de ce qu’elle avait vendu. La politique absorbée dans la finance achète les voix de la démocratie en distribuant des primes d’option sans prix ; en annonçant des prix nominaux sans calcul du prix de la prime ; et en manipulant le langage qui consolide une demande face à l’offre réalisable sous-jacente aux options disponibles. L’option est un outil systémique : elle met en relation une société de personnes par un même objet réalisable dans le présent au futur dans la transformation de la valeur de la prime versée en monnaie. La transformation de la valeur présente en valeur future s’opère par la nomination de l’objet qui est de valeur partiellement incertaine tant que sa réalité n’est pas présente, tant que l’échéance n’est pas arrivée.

Pour simuler la réalité par des paroles ou des paroles par la réalité, il suffit de confondre le présent et le futur, le certain visible avec l’incertain et avec l’invisible. Pour rompre la confusion, il suffit de désigner systématiquement le lieu et l’instant d’une livraison visible de l’objet d’une promesse ; de ne reconnaître aucun prix promis dont la réalisation de l’objet nommé ne soit pas garantie par une prime d’option ; de séparer les acheteurs de prime des acheteurs du prix et les acheteurs du prix des acheteurs de l’objet. L’existence concomitante d’acheteurs différents de la prime, du crédit du prix et de la réalité sous-jacente à terme prouve la réalité de la valeur effective. Elle prouve également l’efficience de la Loi qui nomme l’objet et lie les contractants. Elle prouve enfin la valeur réelle de la monnaie versée au présent dans la prime et versée au futur dans le paiement du sous-jacent.

L’option est moteur de la valeur réelle de la monnaie présente et future qui matérialise le prix par l’application d’une loi politique commune aux contractants effectivement engagés. Si la monnaie est réformée comme matière universelle du prix nominal d’une option, si l’option est négociable dans un cadre politique universel formé par l’obligation de vendre le risque de tout objet nommé, si des États de droit s’obligent à vendre leur monnaie nationale comme unité comptable de la valeur universelle de leurs lois, si ces États s’engagent à appliquer leur Droit à tout utilisateur de la monnaie réformée, alors la monnaie définie par Aristote se réalise définitivement comme unité d’échange de la valeur, unité de compte de l’économie de la personne dans la société de droit. La monnaie d’option accomplit la valeur de la démocratie. Elle soumet par la monnaie le pouvoir politique à la réalité humaine personnelle.

Politique verrouillée par la finance du réel

La personne élit son statut social par la liberté instituée de choisir le marché où elle échange. Si elle choisit le marché national, le statut social fixé par la loi nationale détermine une capacité d’emprunt ou d’achat de la monnaie nationale dont le statut économique légal est la prime. La collectivité nationale assume par la valeur extérieure de sa monnaie la valeur des primes de statut qu’elle accorde. Si la personne choisit le marché international, le statut social n’est pas fixé par la loi nationale mais par la prime qu’une autre personne achète pour garantir l’emprunt du prix en monnaie universelle. Le statut social international est purement économique, réglé à terme par le tiers garant de la valeur de l’emprunt de la monnaie universelle, c’est à dire par le bénéficiaire du paiement de la prime.

L’obligation de négocier la prime de crédit international de tout emprunteur en monnaie universelle impose un prix économique et non politique à tout statut social valorisé par une prime universelle. Une prime universelle que n’importe quelle personne peut acquérir sous statut extra-national en anticipation de la plus ou moins-value d’application des lois nationales. L’acheteur primaire extra-national en monnaie universelle évalue librement le prix à terme des engagements en monnaie nationale. Une prime universelle négociée dans la société de marché universelle ne peut se régler entre son acheteur et son vendeur que par la négociation à terme de la réalité d’une valeur nécessairement nationale pour être livrable.

Le marché extra-national d’option universelle instaure l’étalon monétaire universel de la valeur par le calcul des primes de change des prix en droit national. Toute monnaie nationale devient formellement l’unité de compte d’un État de droit national qui forme des prix par l’application d’une loi nationale ; d’une loi négociée, formulée et appliquée par un certain régime juridique sous une autorité politique personnellement identifiable et financièrement responsable sur le marché extra-national. La négociation des primes de change hors le contrôle des titulaires du pouvoir politique responsables de la valeur de la Loi détermine un prix objectif économiquement juste de toute option politique nationale de bien commun. La valeur politique de la personne est objectivement réconciliée avec sa production économique. Plus aucun prix ne peut échapper au jugement marchand d’une société librement formée par la loi d’un même bien commun humain.

Prime mondiale de valeur personnelle

La valeur scolastique invente sa cause dans la personne en société. Elle est l’accomplissement réel du potentiel de la démocratie grecque. La démocratie primitive forme le prix de la collectivité par l’assignation d’un statut à tous les individus qui la composent. L’introduction dans la politie d’Aristote de la personne formée par la société, ouvre la démocratie à sa réalisation totale. Pas seulement à la liberté politique de tous et à la liberté économique de quelques uns ; mais à l’accomplissement économique et politique universel de la personne par la société, à la transformation permanente et solidaire des statuts pour accroître la valeur de chaque personne. La philia qui réunit les individus dans la cité grecque devient le bien commun librement négociable des personnes construites et rassemblées par des sociétés.

Aristote invente l’économie politique en formulant une loi d’attribution d’un statut à tous les membres de la démocratie. Albert le Grand et Thomas d’Aquin inventent la finance en attribuant une justification personnelle à tous les prix d’échange en société. Les Lumières inventent la république en découpant le champ de la raison humaine entre le pouvoir religieux, le pouvoir politique et le pouvoir économique. La mondialisation peut inventer la démocratie vivante en soumettant l’intelligence optionnelle au jugement universel, celui de la foi en la personne humaine, celui de la raison soumise à la réalité observable et celui de la vie intelligente au service de la liberté personnelle.

Partager :

100 réflexions sur « CHERS TOUS : VALONS-NOUS UN PRIX ?, par Pierre Sarton du Jonchay »

  1. Un des traits les plus remarquables de la pensée contemporaine, c’est le recul des problèmes de genèse, d’origine, d’évolution au profit des problèmes de structure…Ces deux mots genèse et structure se disent avant tout des êtres vivants qui, partant d’un germe, acquièrent par différenciation cette disposition de parties que l’on appelle structure : c’est au cours du XIXe siècle surtout, après Darwin et Spencer, que le problème de la genèse s’est généralisé et, posé à propos de toute réalité en devenir, s’est transformé en problème de l’évolution…Avant cette époque, la philosophie posait plutôt le problème de l’origine (origine des idées, de la raison, etc.) qui, en principe du moins, laisse parfaitement intacte la question de savoir si la chose dont on cherche l’origine a subi ou non une genèse ou évolution…Le problème de l’origine concernait moins les choses elle-mêmes que leur valeur : on ne voulait pas expliquer les principes rationnels à partir des sens ni l^’âme comme conglomérat d’atomes pour ne pas déprécier la raison ni la vertu.
    Le propre de l’attitude évolutionniste, c’est de confondre le problème de l’origine et celui de la genèse, c’est autrement dit l’illusion d’avoir expliqué un être et sa structure quand on en a retracé l’évolution.
    La structure d’un être, corps chimique, être vivant, ou société ne serait alors que le produit de l’évolution. Une pareille recherche s’avéra pourtant très décevante : pour parler d’évolution, ou bien il fallait mettre dans l’état originaire de l’être tout ce qui se développerait par la suite (formatage), ou bien il fallait connaître l’évolution de bout en bout jusqu’au stade final, si bien que, par un finalisme non avoué, c’était seule l’idée du stade final ou de la structure qui permettait de noter les phénomènes observés comme étapes d’un devenir orienté.

    1. @idle : “Le propre de l’attitude évolutionniste, c’est de confondre le problème de l’origine et celui de la genèse, c’est autrement dit l’illusion d’avoir expliqué un être et sa structure quand on en a retracé l’évolution.” : tout à fait d’accord. Mais ça ne conduit pas tant à un “finalisme non avoué” qu’à un “anachronisme non avoué”. L’être ne peut apparaître que dans une histoire, et c’est le propre de l’histoire de donner l’illusion que l’existence de l’être la précédait. Exemple : l’être “fils de Dieu”, que les croyants voient en Jésus, ne pouvait pas “exister” avant qu’on n’en raconte l’histoire, mais celle-ci eut été impossible sans l’illusion du contraire. Idem avec le Big Bang qui ne peut être l’origine de l’univers que depuis qu’on le raconte dans les théories. Avant, son origine provenait d’une autre histoire : la Bible.

      1. Hello C.R.,
        Le discernement s’impose semble-t-il…Un discernement acceptable procèderait en partant d’un point de vue universel, en s’appuyant sur une compréhension qui embrasserait la nature entière et une application universelle des deux selon le point d’encrage…Autant dire que je n’ai pas dit grand chose, mais c’était juste pour vous saluer au passage.

      2. @Crapaud Rouge
        Ou encore…Au Pas Sage………”La Lumière éthérée, première de toutes choses, quintessence pure, dont parle Milton, n’est plus pour les matérialistes que primordial messager de gaieté, lumière, de tous les êtres matériels, toi le premier est le meilleur.”
        Pour les occultistes, c’est même temps l’Esprit et la Matière. Derrière le “mode mouvement”, considéré maintenant comme la “propriété de la matière” et rien de plus, ils ont conscience du noumène radieux…C’est “l’Esprit de Lumière”, le premier -né de l’éternel élément pur, dont l’énergie ou l’émanation est emmagasinée dans le soleil, le grand distributeur de la vie du monde physique, comme le soleil spirituel occulte est la lumière et le distributeur de la vie du royaume spirituel et du royaume psychique…Bacon fut un des premiers à propager le matérialisme, non seulement par sa méthode d’induction (renouvelée d’Aristote mal compris), mais par la teneur de ses ouvrages. Il intervertit l’ordre de l’évolution mentale, lorsqu’il dit :
        “La première création de Dieu fut la lumière des sens; la dernière fut la lumière de la raison et son Sabbat agit depuis lors sur l’illumination de l’esprit.”
        C’est tout le contraire…La lumière de l’esprit est le Sabbat éternel du mystique ou de l’occultiste et il se préoccupe peu de celle des sens…Ce que signifie la phrase allégorique “Fiat Lux”, c’est, lorsqu’elle est ésotériquement interprétée, “que les fils de la lumière soient”, c’est à dire les noumènes de tous les phénomènes…Les catholiques romains interprètent donc correctement le passage en disant qu’il a trait à des anges, mais incorrectement, en lui donnant le sens de Pouvoirs créés par un Dieu anthropomorphe qu’ils personnifient par le Jéhovah qui tonne et punit sans cesse.
        Si je me suis permise de vous faire part de ce petit message c’est juste pour vous éclairer sur mes intentions qui parfois pourraient être confuses pour l’observateur que vous êtes.

      3. Merci, idle, je vous salue itou et ajoute que j’ai beaucoup apprécié la conclusion de votre com’ ci-dessous : “Dès que le transcendant apparaît, il s’agit moins d’une doctrine que d’une vie qui vous est proposée…C’est peut-être pour cette raison que M.J. Wahl a pu dire que ceux qui avaient vécu de cette vie (Rimbaud, Van Gogh ou Nietzsche) et avaient donné le modèle réalisaient ce que les philosophes ne faisaient que penser…C’est dans l’épreuve même que peuvent être saisis nos apports avec le transcendant.

    2. Un ex entendu sur Fr. Cult. :
      le nerfs qui commande le diaphragme , et par là , notre respiration , vital donc , n’est pas connecté a la colonne /vertèbre la plus proche (comme l’airait fait n’importe que ingénieur concepteur d’humain) , mais d’une vertèbre cervicale , avec un parcourt hesitant et bizarre , contournant , je crois , le coeur ….. Cette disposition serait “historique” puisque , a l’origine elle servait aux branchies , placées pres des cervicales .

      1. pas connecté a la colonne /vertèbre la plus proche” : on ne voit pas bien le rapport avec le sujet, mais c’est rigolo et ça interpelle en effet. Retenant notre souffle et notre respiration, on a envie de se demander : mais pourquoi Dieu n’a-t-il pas optimisé le câblage ?

  2. Mais voyons plutôt du côté des termes : IMMANENCE et TRANSCENDANCE.
    Les métaphores en philosophie peuvent être commodes et même indispensables, mais elles restent dangereuses; l’immanent et le transcendant, c’est l’en deçà et l’au-delà; images spatiales sur lesquelles on méditera inutilement si l’on ne voit l’ensemble qui donne un sens…Brusquement, depuis la décade qui a précédé la guerre, ces expressions (et surtout la seconde) sont employées avec une insistance qui est symptôme d’une transformation profonde…En effet, avec le positivisme du XIXe siècle, le transcendant disparaissait ou s’amenuisait jusqu’au point de devenir l’Inconnaissable de Spencer.
    La philosophie religieuse de la fin du siècle appuie surtout sur l’immanence du divin dans le monde, étant une “métaphysique de charité” plus qu’une théologie intellectualiste; Le théologien suisse, J.-J. Gourd (dans Philosophie de la Religion, 1911, p.282), va jusqu’à dire que “le travail théologique ne nous fait pas sortir du monde donné”; et L. Brunschvicg (bull. de la Soc. fr. de Philos., mais 1928, p.51) exprime ainsi son refus du transcendant : “C’est dans la conscience seulement que se découvre le Dieu des êtres raisonnables comme la racine des valeurs que toutes les consciences reconnaissent également.”…C’est dans un débat de philosophie religieuse que ces notions s’introduisent.
    Le mot transcendant suggère l’idée d’une chose, d’un objet dont ne sauraient s’accommoder le personnalisme de Laberthonnière ou le spiritualisme de Brunschvicg…
    Pourtant M.Blondel a soin de marquer que la méthode d’immanence marque seulement le point de départ de la réflexion qui ne peut s’établir d’emblée dans une “transcendance ruineuse pour la philosophie” (Lalande, Vocabulaire, au mot Immanence)….Il admet donc une transcendance que l’on retrouve par une méthode intérieure, et qui n’est pas imposée par de purs arguments intellectuels.
    Dès que le transcendant apparaît, il s’agit moins d’une doctrine que d’une vie qui vous est proposée…C’est peut-être pour cette raison que M.J. Wahl a pu dire que ceux qui avaient vécu de cette vie (Rimbaud, Van Gogh ou Nietzsche) et avaient donné le modèle réalisaient ce que les philosophes ne faisaient que penser…C’est dans l’épreuve même que peuvent être saisis nos apports avec le transcendant.

  3. ..suite
    La vérité, selon la métaphore d’Heidegger, est “dévoilement” et non pas certitude fondée sur l’idée.

  4. Comme le dit Plutarque :
    “Une idée est être incorporel, qui n’a aucune existence par lui-même, mais qui confère une forme à la matière informe et devient la cause de la manifestation.”

    1. @Idle:
      Dans ce domaine, il y a un problème qui me tracasse depuis un moment :
      Le “idées” , les concepts ..etc .., a priori ne peuvent exister et se développer sans le langage , sans les “mots” . C’est là une chose qui me parait admise .
      Pourtant les “mots” sont réducteurs de la pensée . On pourrait dire qu’ils expriment de façon simplifiée , linéaire une conception plus complexe , “indicible” .
      Il y a là une contradiction qui interroge .

      1. Le « idées » , les concepts ..etc .., a priori ne peuvent exister et se développer sans le langage , sans les « mots » . C’est là une chose qui me parait admise …Presque…Sauf pour tous ceux qui cultivent une autre forme de pensée et d’autres outils pour communiquer mais restons simple…D’ailleurs je ne possède ni les outils ni les qualités requises actuellement pour en parler davantage.
        Bonne fin d’après-midi.

  5. nous sommes obsolescents et cela est contagieux.
    La pensée est confisquée et ne nous appartient plus.. sauf dans les rêves..(et encore…)
    Restera rien de notre passage tant mieux..
    La culture de la pensée ,je vous site “””Sauf pour tous ceux qui cultivent une autre forme de pensée”’
    Comme si penser construit un Univers?
    bisous romantique IDLE,
    j’adore rigoler de moi en priorité,un peut comme l’univers qui se mare,car autrement créer est ennuyeux.

    1. Désolée Régoris…Mais voici le message de votre cadeau-lien :
      all out of focus!
      If you’re having problems seeing the site, it may be because Grooveshark doesn’t support your current zoom level. To remedy this problem, simply press CTRL+0 (CMD+0 for Mac users) to return to your browser’s default zoom level.

      Mais merci quand même.
      Mille bisous à vous.

  6. Vous adore
    sais bien comment ils font ce monde .(suis pas d’une secte etc,panique pas!!)..
    Tracasse pas IDLE ..
    Merci surtout,j’ai vus à travers vos postes une profondeur d’esprit sensible aux gents..
    bonne soirée ,je vais être out d’ici peut ,je picole ,juste de la bière ,une fumette de temps à autre ,mais bon,un Gin pour changer (ce gout bizarre du genévrier des Indes).
    Bonne soirée
    me sent bien quand j’écris pas de conneries..

Les commentaires sont fermés.