EUROBONDS, UNE SOLUTION DE DÉMOCRATIE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

L’accord européen annoncé sur la couverture des besoins de financement de la Grèce repose sur une prise en charge du risque de crédit grec par les budgets publics des autres pays de la zone euro. Les banques et créanciers privés ne subissent nominalement aucune perte. Tout l’effort financier pèse sur les contribuables grecs et ultérieurement sur les européens. Le calcul de la part de dette non remboursable eu égard aux capacités réelles de production de richesse de la Grèce est reporté à plus tard. La question de la régulation du crédit public et privé est toujours en suspens.

La régulation du crédit est l’application concrète du droit des emprunteurs et des prêteurs à leur réalité économique. Les emprunteurs publics ou privés cherchent à anticiper le prix de ce qu’ils vont produire pour rembourser. Les prêteurs cherchent à mettre en réserve leur épargne jusqu’à l’échéance où ils comptent la dépenser. La finalité de régulation du crédit est l’équilibre réel des droits entre prêteurs et emprunteurs pour qu’ils aient les mêmes capacités de remplir leurs objectifs.

La crise financière mondiale se manifeste par une accumulation de dettes au-delà des possibilités réelles de remboursement des emprunteurs. Le système financier international s’est établi dans une position de force asymétrique vis-à-vis des États et de l’économie réelle. Les règles de négociation des crédits, de calcul et de répartition entre les créanciers des pertes éventuelles ne sont pas efficientes. La crise ne peut se résoudre tant que des principes universels de régulation du crédit et de liquidation des pertes de crédit ne sont pas mis en œuvre.

Sylvie Goulard, députée européenne, et Mario Monti, ancien commissaire européen, renouvellent dans le Financial Times la proposition des eurobonds en réponse à la crise de l’Europe. La philosophie d’une émission européenne de dette publique est de tirer parti de la confiance inspirée par l’union politique européenne. Les eurobonds nécessiteraient un pacte budgétaire européen expliquant l’utilisation envisagée des fonds levés sur le marché et la solidarité financière instaurée entre les États européens pour garantir le remboursement.

L’émission d’eurobonds matérialiserait en titres de créance sur l’Union la liquidité financière que constitue une véritable solidarité budgétaire inter-étatique. Toutefois, une telle émission de dette publique européenne implique des règles communes transparentes de financement de la stabilité financière dans l’Union. Les marchés doivent pouvoir vérifier l’effectivité d’une discipline budgétaire collective et la pertinence financière des dépenses communes engagées.

Si les intermédiaires financiers se trompent dans leurs vérifications, ils doivent assumer les pertes qui en résultent et non les États. A cette condition, la prime de risque sur les eurobonds restera au niveau des meilleures signatures publiques européennes voire en dessous. A cette condition encore, les responsabilités publiques, bancaires et particulières sur la stabilité du crédit ne sont pas diluées ; et les taux peuvent rester bas.

L’origine de la crise des dettes publiques dans la zone euro est la divergence de culture politique et juridique entre pays. Les conceptions sur la fiscalité, les assurances sociales et le rôle de la dépense publique sont distinctes. La divergence des primes de crédit public exprime les appréciations tout à fait différenciées que portent les marchés sur l’efficacité des gouvernances publiques. Les gestions publiques sont en mutation permanente dans chaque pays avec des résultats qui ne peuvent pas être homogènes dans des contextes nationaux distincts.

La convergence économique a été et reste l’objectif à terme de la fondation de l’euro. Mais il est clair après 10 ans d’expérience que la convergence reste au mieux une réalité approximative et toujours provisoire. Le contrôle des institutions démocratiques nationales et communautaires implique que la convergence n’est jamais acquise mais toujours en devenir.

La seule façon de concilier la liberté démocratique avec la responsabilité financière est la transparence des règles et des comptes. Il faut que les règles en discussion et non nécessairement homogènes entre les Européens soient clairement différenciables dans leurs résultats. Il faut que les comptes publics soient transparents non seulement du point de vue de la réalité des engagements, des recettes et des dépenses mais du point de vue des règles appliquées.

Le Trésor Public Européen qui émettra des eurobonds doit par conséquent être dépositaire des règles budgétaires et comptables appliquées effectivement dans chaque pays. Si les règles qu’un pays s’engage à appliquer sont trop différentes des règles déposées et adoptées pour l’euro, il faut qu’il puisse utiliser une monnaie propre qui délimite sa responsabilité financière devant l’Union.

La liberté de sortir de l’euro est à la fois une obligation d’expliciter les engagements qu’impliquent la communauté de compte et une option de délibération nationale des règles que chaque peuple européen entend s’appliquer à lui-même. L’intégration dans l’Union Européenne est d’abord une adhésion à la démocratie. La responsabilité démocratique implique de ne pas mettre ses finances en commun avant d’avoir une interprétation commune de l’égalité des citoyens devant la Loi.

Si la liberté monétaire nationale est reconnue, elle devient une option de responsabilité budgétaire démocratique. Elle oblige par l’équilibre réellement négocié des finances publiques à contribuer à la stabilité collective européenne. Alors la contrevaleur du principe de liberté monétaire est l’attractivité des eurobonds pour les États comme pour les marchés : une source de financement à très bas taux pour les États et un placement hautement sécurisé pour les épargnants européens.

Si l’euro en contrepartie de l’émission de sa garantie en eurobonds devient un corps de règles publiques homogènes d’endettement public et privé, et si la garantie en eurobond repose sur la possibilité de sortir de l’euro, alors il faut que la monnaie d’émission des eurobonds soit commune à toute l’Union quels que soient les choix monétaires nationaux. Il faut que les eurobonds soient libellés dans une unité de compte commune dont la valeur soit indépendante des politiques budgétaires et monétaires nationales tout en reflètant la stabilité financière de toute l’Union.

Les eurobonds doivent être émis sur un marché des changes européen proportionnellement aux primes de change réglées sur les parités à terme entre monnaies européennes. De la même façon que les banques négocient actuellement en dollar les primes de change entre monnaies européennes, le nouveau marché des changes européens compensera en monnaie commune européenne les primes de change régies par le droit européen et non plus par le droit des États-Unis.

Les eurobonds deviennent ainsi une garantie de liquidité des monnaies, des dettes et des budgets publics européens selon des règles financières européennes délibérées par les démocraties européennes. La dépendance de l’Europe au dollar, au droit et à la gouvernance financière étatsunienne cesse. La liquidité des monnaies européennes à l’extérieur des frontières de l’Union n’est plus gagée par la dette publique étatsunienne mais par la régulation effective dans l’Union des dettes publiques et privées.

L’émission d’eurobonds en ECU (European Currency Unit) dans un marché des changes en droit européen définit l’ECU comme prix nominal unitaire de toutes les positions de change à terme déposées dans la chambre de compensation européenne des monnaies. Chaque position de change en ECU est compensée par échéance définissant un prix nominal d’équilibre de chaque monnaie vis-à-vis de toutes les autres devises européennes et étrangères.

Le Trésor de l’Union Européenne émet des eurobonds en achetant les primes de change des titres de dette publique en monnaie nationale. Le TUE agit sur la stabilité financière par la régulation européenne des changes et la garantie communautaire des dettes publiques. La politique de régulation financière du TUE est votée et contrôlée par le Parlement Européen. Les règles du crédit et de la monnaie reviennent sous le contrôle de la démocratie. La cause première de la liquidité est l’égalité devant la Loi.

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33 réflexions sur « EUROBONDS, UNE SOLUTION DE DÉMOCRATIE, par Pierre Sarton du Jonchay »

  1. Pour le moment les agriculteurs jettent des milliers de tonnes de fruits devant les préfectures car l’Europe les met en concurrence déloyale.. Nous perdons 30% de part de marchés.. Les agents de l’onf se suicident.. La mamie avec ses 800 euros de pension mensuelle s’enferme dans les wc pour se chauffer avec sa chauferette de 300 watts, pour s’en sortir.. etc, etc ..

  2. bonjour Mr PSDJ

    merci pour vos efforts de clarté.

    Je suis par ailleurs surpris de votre proposition :
    – le trésor de l’UE émet des obligations qui sont souscrites par les mégabanques et mégaassurances qui perçoivent des intérêts.
    – Pendant ce temps, la mission de la BCE reste identique (2% d’inflation et interdiction aux Etats de tirer des euros directement auprès de la BCE).
    – Aucun espoir à un terme visible que la croissance dépasse le taux d’intérêt perçu par la mégafinance sur les eurobonds.
    – donc on recrée les mêmes conditions qui ont amené le surendettement actuel, impossible à rembourser, mais qui permet à la finance d’imposer encore plus de sacrifices aux citoyens, qui sont autant de profits supplémentaires pour elle. Tout juste a-t-on retardé un peu les échéances en diminuant (peut-être) les taux d’intérêt.

    Ne vaudrait-il pas mieux prendre d’autres mesures, notamment changer complètement les règles s’appliquant à la BCE,afin de l’autoriser –sous le contrôle des élus européens– à imprimer des euros à la pelle comme cela se fait pour le dollar, ce qui permettrait tout à la fois de:
    – rembourser la dette actuelle (majoritairement libellée en euros ?)
    – faire baisser l’euro vis à vis du dollar, ce qui renforcerait la compétitivité de nos produits sur les marchés hors Europe
    – ne pas recréer le cercle vicieux de l’endettement, c’est à dire de l’asservissement à la finance.

    Ou bien je n’ai rien compris ???

    1. Il te repondra… Peut-etre. J’ai le sentiment (sic) que vous dites la meme chose… Euro a la pelle ou eurobonds, vous imaginez la dette de demain… Cela sans doute doit etre fait. Bien…

  3. OUI c’est une excellente idée. Comment un fruit pourri dénature les autres fruits de la corbeille.
    En effet le mal est dominant et le bien est récessif en ce monde.
    Alors tous Grec et complètement ruinés ?

    1. On ne s’inquiète pas, le cosmos veille. C’est juste avant l’aube nouvelle, que l’obscurité est la plus profonde..

      1. On ne s’inquiète pas, le cosmos veille. C’est juste avant l’aube nouvelle, que l’obscurité est la plus profonde..

        Avec des sentences pareilles, c’est sûr, tout va s’aranger… le « Cosmos » veille bienveillant ! Balivernes.
        Et si je fais dans vot’ genre et que je dis « c’est au crépuscule précèdant les nuits les plus noires que l’atmosphère devient limpide, que la lumière offre à la terre ses meilleurs atours, en éclats dORés, que les terres brunes se teintent de mordoré, de mort dorée… » ça vous irait ?

  4. Vos eurobond c’est ni + ni – que des eurobombes.
    C’est je file la patate aux autres.
    La seule chose à faire c’est de payer ses dettes.

  5. Merci pour cet effort de pedagogie et de clarte qui nous permet de comprendre les mecanismes de cet edifice.
    Comme beaucoup de vos lecteurs je deplore que cette solution consacre une nouvelle fois la primaute de la finance et des marches sur la « chose publique’ et la volonté politique. A quand la possibilité d’une véritable reprise en main politique?…
    Mon hypothese: quand les valeurs morales et d’humanite les plus elementaires d’un certain nombre de gouvernements influents, soutenus par leurs classes politiques, s’imposeront comme une evidence et un gage de stabilite a la majorité des etats et acteurs prives…
    Aux politiques: « dites ce que vous faites et faites ce que vous dite »
    Aux citoyens: choisissez des dirigeants courageux defendant les valeurs morales les plus elevees et soutenez les.
    A tous: arretez de railler les idealistes, on a besoin d’eux pour continuer a croire en l’avenir

  6. Raisonnement désincarné.

    Quelle est l’analyse de la situation en Europe ? Dans chaque pays ?

    Quelles sont les conditions de possibilités politiques pour telle ou telle stratégie ?

    Est-ce bon pour la Grèce et/ou l’Allemagne, et/ou la France ?

    De qui votre rêverie fait-elle le jeu ?

  7. d’accord avec philippe et chapeau à monsieur sarton du jonchay.
    cependant je ne partage pas,loin s’en faut,cette belle et sérieuse analyse.
    une raison essentielle : tant que les fosssoyeurs,politiques et financiers,restent d’incorrigibles adeptes des sectes ultra libérales sauvages,je ne peux un seul instant leur accorder si peu que ce soit de confiance = c’est fini fini.
    leurs serfs (nous tous) n’en ont que trop « donné » ,trop bavé et ,mille fois hélas ,cela ne peut que durer,s’amplifier tant que « ces gens là »,aimables certes,mais stupidement bornés et aveugles,maintiennent leurs griffes sur les leviers de commande ,avec un objectif unique : tout pour ma pomme.

  8. Bonjour

    Le problème de la perception d’intérêts persiste, je me risque à dire que ça pourrai se résumer à « même joueur joue encore« . non?

  9. @Tous,

    Toutes les commentaires soulignant la nécessité de sanctionner les mégabanques et d’alléger les intérêts sur la dette reposent sur une confusion entre la réalité objective et la réalité subjective. La réalité objective est qu’il n’y a pas de monnaie, de crédit ni d’engagement réel de l’avenir sans rémunération au présent du prix prêté à l’avenir. La réalité subjective est que les banques et les Etats ne savent pas calculer les intérêts qui produisent un équilibre entre la monnaie et le crédit qui fassent que le prix prêté à l’avenir soit le plus élevé et le plus réalisable possible.

    La posture actuelle du système financier approuvée par les gouvernements est d’afficher un prix de l’avenir sans rapport avec la réalité de manière à prélever sur ce prix fictif une rémunération substantielle à la fonction financière. Supprimer l’intermédiation financière est peut-être un moyen de sanctionner les banquiers et les politiques qui les soutiennent. Mais c’est un moyen encore plus sûr de supprimer le calcul de l’avenir et la possibilité de faire croître la production réelle de biens et services.

    Les eurobonds peuvent évidemment être un nouveau moyen de faire croître la fausse dette au bénéfice des mégabanques. Mais si l’existence d’une Europe politique est utilisée à créer un marché européen de transparence juridique sous la responsabilité solidaire des gouvernements de la zone euro, alors les eurobonds peuvent mesurer l’engagement direct et explicite d’un Etat de droit européen dans la régulation des banques, du crédit et des monnaies.

    Nous sommes dans la suite de la crise des totalitarismes du XXème siècle. La première guerre mondiale et la crise économique qu’elle a entrainée dans les années trente ont produit le fascisme et le soviétisme. La défaite militaire de ces totalitarismes a dissimulé la victoire du totalitarisme financier. Un totalitarisme qui livre au pouvoir politique et financier la totalité du prix de l’avenir. Supprimer la finance, c’est supprimer la possibilité de discuter le prix de l’avenir ; c’est donc livrer à la technocratie politique la totalité de l’avenir humain.

    1. La possibilité de faire croître la production réelle de biens et services passe par le choix – présent – d’ investir dans l’avenir d’une économie sous contrainte énergétique avant que cette évidence se manifeste cruellement d’elle-même. Les eurobonds seront d’autant plus valorisés que l’Europe Fédérale sera le précurseur d’un changement de paradigme !

      1. @Pad

        Je crois plutôt qu’un changement de paradigme permettra une unification européenne un peu moins bancale et toxique que celle que nous connaissons. Pour le moment, les fédéralistes « agissant », ceux qu’on appelle dans la « résistance », les européistes, sont les futurs fossoyeurs de la démocratie et ce sont bien les dogmes économiques actuels qu’ils portent…

      2. @Nicks

        Il s’agit bien d’un nouveau traité Berlin-Paris, intégrant une économie sous contrainte énergétique, une éthique dans la finance, une Europe Fédérale des régions.
        Les peuples européens entreront ainsi dans le XXI ème siècle avec un but de changement civilisationnel commun de façon concertée et non subie.

      3. Vous êtes bien près, comme les européistes, de préférer le contenant au contenu. De plus, le néoféodalisme inhérent au régionalisme, merci bien…

    2. questions : « Eurobonds, une solution de démocratie » dissolution de démocraties plutôt, non?

      Si les règles qu’un pays s’engage à appliquer sont trop différentes des règles déposées et adoptées pour l’euro, il faut qu’il puisse utiliser une monnaie propre qui délimite sa responsabilité financière devant l’Union.

      Les eurobonds peuvent évidemment être un nouveau moyen de faire croître la fausse dette au bénéfice des mégabanques.

      réponses : contre la crise de la dette, pour la monnaie unique, une seule solution : plus de dette et une union fiscale pour le permettre.
      http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/12/17/eurobond-l-europe-politique_1454438_3232.html
      « Pour Jean-Claude Juncker et Giulio Tremonti, la crise des dettes souveraines met l’Europe au pied du mur* : elle doit apporter la preuve « de son engagement politique en faveur de l’union monétaire et économique et de l’irréversibilité de l’euro« . Le moyen est d’émettre des euro-obligations (eurobonds) représentant jusqu’à 40 % du PIB de l’Union européenne (12 000 milliards d’euros en 2009).
      ….
      L’idée d’émettre en commun est simple et attirante. Une agence de la dette européenne émettrait des eurobonds pour toute la zone et permettrait aux Etats membres de regrouper (certaines de) leurs émissions obligataires. Serait ainsi créé un marché plus vaste et plus liquide qui autoriserait des emprunts à moindre coût que ceux payés actuellement sur des marchés encore fragmentés dans la zone euro. On voit immédiatement les problèmes politiques qu’une telle solution soulèverait : le taux commun serait probablement plus élevé que celui auquel se financent l’Allemagne et certains autres pays de la zone euro. Pour échapper à cette question du taux unique qui pèserait sur l’Allemagne, on pourrait différencier la qualité des dettes et de la gestion publique d’un pays à l’autre.
      ….
      La crise des dettes souveraines démontre que forcer l’intégration économique sans en assumer entièrement les conséquences politiques a des conséquences douloureuses. Lancer une obligation euro ne résoudrait pas l’ampleur des divergences de situations budgétaires creusées depuis dix ans. Mais cela pose la question indispensable du degré de solidarité budgétaire requis pour la soutenabilité de l’union monétaire. La remise en route de l’euro passe, inévitablement, par des outils comme les eurobonds et nécessite de poser la vraie question de l’intégration budgétaire de la zone euro. »

      l' »union forcée fait la force », ce sera peu porteur…

      Jamais vu des marchés forcer des nations démocratiques, souveraines, et librement unies, ou plutôt ce qu’il en reste après 15 de libéralisme « new age », à plus de démocratie…plus d’impôts pour le service de la dette et moins de salaires, çà oui. Mr Juncker, premier ministre d’un paradis financier, si ce n’est fiscal, qui prête serment envers le roi, et président de l’eurogroup, est clair depuis au moins décembre.

      Solidaires, mr du Jonchay, jusqu’à en devenir solide…a contrario, liquidités pour le « marché » qui soliloque.

      « Nous sommes dans la suite de la crise des totalitarismes du XXème siècle.  »

      clair, concis, percutant : bien résumé.

      P.S. : vous répétez souvent le thème de l’impécuniosité consubstantielle de l’état, mais à bien considérer, ne trouvez vous pas que premièrement, l’état n’est plus la première concentration de capital, et de loin, que deuxièmement, l’impécuniosité des établissements privés adossés sur la rente publique (banques, industries sensibles, voire les « too big to fail ») est tout aussi avérée, et que troisièmement, les représentants de ces derniers ont depuis longtemps pris place dans ces premiers, guidant fortement cette gestion que l’on qualifie de mauvaise…?
      Cette « faillite de l’état » n’est elle pas plutôt un « sabotage de la souveraineté » (démocratie chez nous…)?
      La bête qui agonise m’a plutôt l’air d’être la démocratie, et non le capitalisme…

    3. « Mais c’est un moyen encore plus sûr de supprimer le calcul de l’avenir et la possibilité de faire croître la production réelle de biens et services. »
      Jusqu’à quand? Il y a conflit lorsqu’il y a une impasse sur l’utilisation de ressources ou de territoires et non sur des problèmes d’organisation du crédit ou de calcul du prix qui sont bien secondaires par rapport à celui de la répartition des richesses même s’ils ne sont pas si indépendants qu’il peut sembler;
      Le but d’une société est-il de faire croitre la production réelle de biens et services?
      Le peuple est généralement le grand absent de vos analyses. La dette des états n’est que le résultat de distorsions énormes dans l’allocation des ressources au profit d’une oligarchie guidée par le mythe de la croissance indéfinie et le vertige de l’omni puissance.

  10. Pierre Sarton du Jonchay,

    Vous écrivez:

    — La réalité objective est qu’il n’y a pas de monnaie, de crédit ni d’engagement réel de l’avenir sans rémunération au présent du prix prêté à l’avenir. —

    Je crois bien que l’existence et le fonctionnement efficace du WIR suisse, cette monnaie bien réelle, vient contredire, au moins mettre un sérieux bémol à votre assertion.

    La monnaie WIR suisse représente non seulement une chaloupe efficace du paquebot monétaire en perdition, mais aussi, un instrument monétaire DÉJÀ opérationnel.
    Le WIR suisse est adossé au Franc-suisse, même jusqu’à supposer que ce dernier flanche sérieusement, le WIR pourrait continuer à fonctionner.

    Voir les deux LIENS ci-dessous:
    dans le 2ème LIEN – vous remarquerez les coûts très bas – du WIR suisse

    http://www.tsr.ch/video/emissions/archives/classe-eco/428540-wir-la-deuxieme-monnaie-suisse.html#id=428540

    http://www.wir.ch/index.cfm?DC86BF333C1811D6B9950001020761E5&o_lang_id=8

    On ne saurait trop le rappeler: dans l’histoire tout comme dans l’actualité:
    – la chose produite est première sur le signe (la monnaie) qui doit exactement représenter la chose produite, en garantissant tout le pouvoir d’achat des usagers de la dite monnaie. –
    Et non pas une petite fraction seulement de ce pouvoir d’achat après que les banques aient ramassé leurs intérêts bancaires et leur frais et après que l’État ait pris d’aurorité sa ponction fiscale toute choses produisant l’usure qu’on sait.

    1. « Le WIR suisse est adossé au Franc-suisse, même jusqu’à supposer que ce dernier flanche sérieusement, le WIR pourrait continuer à fonctionner. »

      Question intéressante: quelle est l’économie réelle du Wir , quels sont les circuits d’échange, quels besoins sont couverts, le Wir peut -il acheter du lanthane, césium, praséodyme, néodyme contre quelques nuitées « en suite royale » ?

      A+

      1. Jean-Luce,

        Le Wir c’est un peu comme le « bancor de Pierre » (d’acier oui !) : que celui qui l’aime le suive ! Si les vendeurs des métaux précieux que vous citez adhèrent aux valeurs d’une monnaie, qui les empêche de l’utiliser ?

        Il serait bon que la possibilité de choisir se développe, que celui qui veut d’une monnaie qui exploite ses frères humains dans le monde et détruit la planète puisse continuer à l’utiliser, si et seulement si est réellement offerte une autre possibilité.

        Cela dit, quelle que soit la monnaie, si elle est créée mécaniquement, automatiquement, bêtement, par le salaire, elle finira par imposer sa primauté sur le travail : une fois produite il faut l’utiliser, la consommer, l’écouler : donc consommation, production et… et…. salariat : la boucle est bouclée : la monnaie est produite par habitude, sans y penser…et certains continuent à s’étonner des dégâts d’une telle surproduction ?

        Une monnaie est démocratique si et seulement si elle offre à chacun la possibilité de l’utiliser si il en ressent le besoin : « je » travaille contre un salaire si j’en ai besoin ; sinon, à quoi bon continuer et ainsi participer à l’augmentation de la masse monétaire qui, devant circuler, autorise toutes les déviances, de la surproduction aux ponctions (destructrices de l’excédent de monnaie créée, pour éviter l’engorgement de la machine) ?

        Les cotisations sociales, la participation de l’individu à la société, doivent être la base de cette création, sa seule partie obligatoire ; sinon on connaît la suite, on assiste par exemple à l’expansion des ministères chargés de collecter – et d’utiliser ! – ces cotisations, véritables organismes dans le vivre-ensemble qui cherchent avant tout à s’épanouir, à se développer, donc qui réclament des budgets toujours croissants sans que ces augmentations ne correspondent à un besoin réel exprimé par le peuple ! C’est ce qu’on appelle un comble ! Et ainsi la quantité de monnaie croît ! C’est la multiplication des petits pains version moderne : on aime bien à y croire*.

        Tant que la monnaie est créée a priori elle impose d’être écoulée : elle inonde le marché. La suite, on la connaît : ce pouvoir d’auto-création est nécessairement croissant, et donc colonisateur, on va même jusqu’à dire à des êtres humains qui privilégient les relations humaines (avant d’être sociales) qu’ils ne sont pas bien entrés dans l’Histoire ! Les tyrans et autres dictatures de l’Histoire ne peuvent qu’être admiratifs devant une telle mécanique. C’est triste.

        Question donc : comment peut-on (vouloir) redonner à la monnaie son rôle de témoin de la réalité humaine (environnementale aussi donc Pierre) si on la laisse libre (Pierre-Yves, aviez-vous déjà vu un rêveur plus technicien que les techniciens eux-mêmes ?) de l’anticiper (ça prend la tête) ?

        Question qui découle de la précédente : en quoi cette manière de voir les choses est-elle (oubliez les mentions qui ne vous intéressent pas) fausse / inefficiente / dangereuse / folle / conne / à envisager / inintéressante pour des spécialistes de la lutte anti-terrorisme monétaire / très intéressante / à creuser / dangereuse pour la marche forcée qu’est en train d’accomplir l’humanité vers son destin (c’est ton destin !) / contre l’Histoire / distrayante / … ?

        A+

        * C’est un peu comme les munitions pour les militaires : on tire d’abord pour prouver qu’elles (ils !) sont nécessaires.

  11. Divulguer le prix de l’avenir, ce ne peut être une affaire de financiers seulement, car…

    Croyez moi, les financiers manquent absolument d’imagination.
    Ils ne remisent finalement auprès les autres leur confiance, qu’en la vertu de leurs avoirs qu’ils décomptent éperdument, et ne prennent d’hypothèques qu’avec l’immobilier, estimant que ne pas bouger procure la meilleure jouissance…
    En dépit de leurs hurlements, la débandade les guettent!

    L’imagination est pourtant un ingrédient d’hypothèque très sérieux pour l’avenir…
    Comment faire, rendre sexy un financier, au delà la libido supposée de son portefeuille?

  12. L’économie actuelle est très mal organisée , elle ne sait pas compter , ni prévoir.
    Les engagements long terme des tous (états-entreprises-particuliers) doivent être fluctuants selon les résultats.
    L’accès aux activités doit être la priorité .
    Le prélévement de bénéfice doit être restreint.
    Rien , ne doit être figé , adieu aux acquis sociaux , héritages etc….
    Le BUT doit être défini chaque seconde et répété .
    Pour celà il faut un BUT.

  13. « Un Euro pour les gouverner tous. Un Euro pour les trouver. Un Euro pour les amener tous et dans les ténèbres les lier.
    L’Euro possède une volonté propre et peut agir dans une certaine mesure sur son propriétaire. Il peut attiser son désir au point que le propriétaire ne veuille plus s’en séparer »

    🙂

  14. Bonsoir Pierre.

    La seule solution de démocratie qui s’impose est la nationnalisation pure et simple du système bancaire européen puisqu’il est maintenant avéré que ce sont les contribuables qui vont payer pour que ces salopards ne perdent pas le moindre euro. De fait, les banques sont à nous puisque c’est nous qui les tenons à bout de bras. Sur ce coup, les politiques ont une fois de plus fait preuve de la plus grande bassesse, au lieu de sacrifier quelques pignoufs, ils se sont empressés de mettre à mal leur propre pays en l’endettant pour satisfaire les banques: C’EST DE LA HAUTE TRAHISON.

    Certains commentateurs ont raison, ce n’est pas le capitalisme qui est à l’agonie mais bel et bien la démocratie que vous chérissez tant! Eurobonds ou pas.

  15. Je ne connais pas les mots de la tribut pour m’exprimer mais je vais quand même essayer.
    Pourquoi ne pas instituer un euro fort et un euro faible. Les états pourraient choisir ainsi leur politique. Cela révélerait la réalité de la concurrence intra-européenne, mais avec l’avantage de créer un flux d’échanges compensés à l’intérieur du marché européen.
    Exemple, tous les euro-forts iraient passer leurs vacances en Grèce ou en Irlande comme au bon vieux temps où les touristes profitaient des pays à parité avantageuses. Les exportations des pays à euros faibles augmenteraient. A terme lorsque leur économie serait rétablie, ces pays pourraient rejoindre les états à euros-forts, s’il remplissent les conditions.
    Quand un jeu pénalise un trop grand nombre de joueurs, on change les règles du jeu.
    C’est peut-être complètement idiot, je prends le risque, il faut être ignorant pour apprendre.

    1. Les marchés et la gouvernance au gouvernail veulent la monnaie unique, car marché unique.

      Pour les solutions de remplacement, on verra quand il explosera.
      « C’est peut-être complètement idiot, je prends le risque, il faut être ignorant pour apprendre. »
      Non, non, ce sont les pilotes qui sont idiots* et qui nous font prendre des risques.
      J’ai même entendu des « l’euro c’est la paix »!

      (*) ou alors, ils ont une idée derrière la tête : je ne saurais dire lequel serait le plus inquiétant : qu’ils aient tous la même, ou tous une différente…

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