55 réflexions sur « LES CHOSES QUI VOUS FONT TRÈS PLAISIR »

    1. +100 !
      Découvert Annie Lebrun avec la lecture de « Les Assassins et leurs miroirs » (1995 ?), et j’en garde un souvenir ‘marquant’…
      ça me rappel également un livre de Svetlana Alexievitch « La Supplication », chroniques sur ‘l’après Tchernobyl’.
      Merci à Paul J. de signaler le retour de cet ‘Appel d’Air’…

    2. J’ai une question pour Monsieur Jorion ; j’aimerais bien qu’il propose une réponse 🙂
      Elle m’est venue après qu’il soit passé dans une émission où il se trouvait en compagnie de représentants des principales religions de France.
      A un moment donné, la question fût posée de savoir quelles étaient, au fond, les solutions à la situation ; que fallait-il donc instituer pour en sortir ?
      Sa réponse fut « le royaume de Dieu ».
      L’ironie de la situation fut que ces représentants furent pris au dépourvu par cette réponse – c’était très net. Un peu comme si Paul Jorion énonçait quelque chose auquel eux-mêmes ne croyaient plus une seconde.
      Bien entendu, dans la bouche de Paul Jorion, sans doute fallait-il comprendre cette réponse comme la perspective d’un monde de fraternité.
      J’en viens à ma question.
      Quelle vision stratégique de la situation avez-vous de la crise, si vous en avez une ?
      Quatre ans après les prémices de cette crise, il est assez clair que, d’un côté, les plans d’austérité se succèdent sans réelle résistance. A cet égard, le cas Grec est frappant. La population de ce pays est emmenée tout droit vers une forme d’enfer et les oppositions à cette perspective sont, en pratique, faibles.
      D’un autre côté, cf. MES, il est assez clair que le système se renforce par le haut et que les élites européennes vont toutes s’y rallier pour se sauver, y compris au nom des meilleurs sentiments – l’enfer est pavé de bonnes intentions, cela n’a pas changé.
      J’ai de plus en plus de mal à croire, voire espérer, une faillite générale car au niveau de manipulation et d’articulation du capitalisme transnational, institutionnel, c’est également une perspective qui peut être évitée – y compris en forçant toutes les règles.
      Alors bien sûr, on pourra évoquer l’effrayante misère qui se prépare. Mais c’est oublier que tous les ensembles politiques que nous connaissons ont été bâtis dans le fer et sang, que des centaines de millions de personnes ont été, au passage, sacrifiées. Pour le seul XX ème siècle, 60 millions de morts lors de deux guerres mondiales et 100 millions probables du côté Communiste. Cela n’a pas empêché le monde d’être comme il est. Alors quand on parle d’une perspective de misère, même effrayante, on parle d’un mal somme toute mineur au regard ce que le monde a connu.
      Après tout, on pourrait tout aussi bien considérer qu’un clivage de ce monde sur une misère intense est jouable, et que ce drame sera absorbé par l’histoire comme le reste.
      La perspective n’est pas réjouissante mais comme nous n’avons plus, sur le plan social, les ressources de la foi et que les idéologies matérialistes dans lesquelles nous vivons ont finalement produit un consumériste égoïste, que les potentiels de mobilisation des foules sont faibles et fragmentés, qu’est-ce qui pourrait bien empêcher ce monde de poursuivre dans une désolation intense où seule une fraction vivrait dans un confort, peut-être indigne, mais un confort tout de même construit de l’indignité de tous les autres ?
      Au début du siècle, Heidegger annonçait déjà que « seul un dieu pouvait nous sauver ».
      En d’autre termes, le grand absent de l’histoire depuis toujours.

      Alors donc, Monsieur Jorion, je reviens à ma question : Quelle vision stratégique de la situation avez-vous de la crise, si vous en avez une ?

      Merci.

      1. Bonjour Alixe ! Désolé de répondre mais tout de même. Salut à toi Paul !

        Citation de Alixe:

        « …d’un côté, les plans d’austérité se succèdent sans réelle résistance. »

        Patience.

        « J’ai de plus en plus de mal à croire, voire espérer, une faillite générale… »

        Je n’ai aucun doute.

        « Alors quand on parle d’une perspective de misère, même effrayante, on parle d’un mal somme toute mineur au regard ce que le monde a connu. »

        L’addition depuis la seconde guerre mondiale s’alourdit. Nous ferons les comptes un jour ensemble si tu veux Alixe.

        « Après tout, on pourrait tout aussi bien considérer qu’un clivage de ce monde sur une misère intense est jouable, et que ce drame sera absorbé par l’histoire comme le reste. »

        Jouable pour les tricheurs qui en rêvent mais inacceptable pour les peuples lucides.

        « …qu’est-ce qui pourrait bien empêcher ce monde de poursuivre dans une désolation intense où seule une fraction vivrait dans un confort… »

        Toi. Moi. Nous.

        « …seul un dieu pouvait nous sauver… »

        Qui ça ?

        Papillon

      2. Un auteur que j’aime beaucoup; à écouter jusqu’au bout!
        http://www.youtube.com/watch?v=OB5ZnFEPL9s
        C’est l’Intelligence Cosmique qui est à l’oeuvre dans l’écroulement présent, c’est elle qui a la stratégie pour nous sortir d’un monde apparemment sans issue, d’un système arrivé à son terme, et nous mener vers un monde de fraternité. Acceptons l’incertitude et n’ayons pas Peur du Nouveau! Ce sera notre « stratégie » à nous.

      3. Alixe a dit : Alors quand on parle d’une perspective de misère, même effrayante, on parle d’un mal somme toute mineur au regard ce que le monde a connu.

        Ça dépend qui meurs de faim et de maladie, votre enfant, ou un grec inconnu.

        C’est le fond du problème. La planète n’est pas en danger, seul l’homme l’est. En quoi est-ce grave, dans 50 ans je serai mort.
        Et même si l’homme s’en sort, c’est la culture occidentale qui est en danger. En quoi est-ce grave, dans 50 ans je serai mort.
        Et même si la culture occidentale survivait, c’est ma famille qui est en danger, fera-t-elle partie des prochains 60 ou 100 millions de morts de la prochaine crise? Que m’importe, dans 50 ans je serai mort.

        Deux visions alors :
        La première vision : je m’intéresse à l’avenir de l’homme et à la survie de ma famille. Alors j’essaye d’influer sur le cours des choses, pour préserver les valeurs qui me sont chères et protéger ma famille présente et à venir. Dans cette optique, 60 millions de morts, si on peut les éviter…
        La seconde vision : dans 50 ans je serai mort. Que souffle l’aventure, que se fissurent les empires, que s’effondre le capitalisme, que l’on pende les banquiers, que l’on tue pour un quignon de pain…. que vaut il mieux, le souffle de l’histoire et mourir dans la douleur, ou m’éteindre en bavant devant secret story?

  1. Classe.
    Annie Le Brun dans « le groupe des sages ». Des poètes des poetes…
    « Les rêves comme les nuages sont exacts. »
    Oui, d’ailleurs il y a un million de gouttelettes dans deux litres de nuages, exactement.

    1. Pour la formule du rêve t’es dans les nuages ami vinométéore!

      La quantité maximale de vapeur d’eau (gaz invisible) qui peut être contenue dans une masse d’air est fonction de la température : plus l’air est chaud, plus il peut contenir de vapeur d’eau (Voir Pression de vapeur saturante et Formule de Clapeyron).

      À chaque type de nuage est associé un contenu en eau liquide ; leur classification la prend en compte. Le contenu en eau liquide est par ailleurs le troisième moment de la distribution en taille des gouttes d’eau [2]. Par exemple, lors d’une mesure avec un radar météorologique, le signal radar est directement relié au spectre en taille des hydrométéores (pluie, neige, grêle….) contenus dans les nuages. Ä partir de cette distribution, on peut retrouver certains paramètres, dont le contenu en eau liquide. Pour une distribution standard, comme celle de Khrgian et Mazin (1963)[3] :

      n(a) = 1.45\times10^{-6}\left(\frac{M_c}{\rho_l\bar a^6}\right)a^2\exp\left(-\Lambda a\right)

      Où ρl est la densité volumique de l’eau liquide, a le rayon des gouttes d’eau, \bar a le rayon moyen, Λ est le paramètre des diamètres et Mc le contenu en eau liquide.

    1. A. Lebrun, colloque Jacques Hassoun; « trop de réalités… positivité mensongère… langage de synthèse » … idée sans corps / corps sans idée, un mot pour un autre, sans que personne ne le remarque… « espaces loisirs » « espaces liberté » « espace beauté »… suprématie de l’appellation, détroussement nécessaire de la mondialisation » « la rationalité de l’incohérence » … réussissant à nous faire oublier l’essentiel; que tout se tient » je vais continuer … LES NOUVELLES SERVITUDES VOLONTAIRES. Annie Lebrun

    2. Merci pour cette chouette vidéo. C’est marrant, quand on dit « avant c’était mieux », on vous traite de vieux con. Mais j’aimerais bien savoir si, aujourd’hui, une telle émission serait possible…

      1. Non, faute de combattants.

        Bizarrement, écoutant cette vidéo je pensais qu’il y a des dérivatifs… La poésie véhicule des images, mais les images existent dans la réalité aussi. L’image poétique est plus vaste et plus confuse et demande de l’activité, mais la moindre fleurette sur un décor d’assiette titille cette même faculté imaginaire, des quantités d’images viennent se positionner, entre l’objet et nous pour évaluer l’objet et évaluer notre jugement à propos de l’objet, par comparaisons successives. On fait toujours bouger les images, paraphrasant Max Jacob. Cf Sartre sur l’imaginaire aussi.

        Donc pas mal de sens esthétique, se trouve comblé déjà normalement… Et à ce niveau du plan vital, que demander de plus ? Le peintre par exemple, n’est pas forcé de penser en formules de langage et pourtant il ne hait pas la poésie. C’est ça peut être l’erreur d’Annie Le Brun. Et le musicien également, le cinéphile, et celui qui aime la nature, etc, La menace vient du musée ; elle n’a pas besoin d’être fomentée politiquement spécifiquement contre la poésie, le 7è art s’en charge.

        La poésie est basée sur des images complexes, certes mais sa matière ne diffère pas essentiellement de l’imaginaire. Pour cette raison… Les images poétiques « bavardent » davantage que les autres, c’est tout, elles sont accompagnées, de bruissement, de rumeurs, de murmures. Ce bruissement est imperceptible dans le monde d’images qui tend(rait) à la remplacer…

        La poésie n’est pas la liberté, ni la révolte. Car, elle exige la prise en compte de moyens et de normes pour se faire comprendre, donc l’acceptation d’une infinité de contraintes esthétiques, de jeux, de combinaisons, etc. On prend les moyens qu’il y a, comme l’autre prend ses éternels pinceaux et ses couleurs, et le bleu du ciel de V Gogh, aussi noir qu’il soit n’en est qu’une nuance. Et même faire un trou dans la toile… Le classicisme, le romantisme, le post-ceci l’avant-garde.

        La poésie est un art, qui pourrait ouvrir sur l’infini mais pas davantage que l’amour pour les caniches…. Enfin de toute façon alors que tout s’effondre bientôt il sera impossible de tracer des limites et de dire quoique ce soit qui ait un sens, c’est de toute façon une entreprise paranoïaque de vouloir distinguer le vrai du faux. Ce sera la fin des dissertations une fois pour toutes. Au début était le Verbe, et à la fin non.

         » Der Rest ist schweigen », Hamlet (et Bruno Ganz dans un film)

    3. Merci ArD pour cette magnifique interview d’Annie Le Brun.

      « Depuis 20 ans (40 aujourd’hui), on assiste à une démission générale, une exaltation du réalisme sous toutes ses formes », et paradoxe des paradoxes, Annie Le Brun nous rappelle sa stupéfaction quand elle vit les chantres de Mai 68, porteurs d’un rêve d’émancipation, « s’aplatir devant la vulgarité du pouvoir de l’argent ». Ce « repli sur le réel », outre le rêve qu’il condamne, mène à la mesure comptable de toutes choses alors même que « la poésie est l’exaltation de ce qui n’est pas mesurable ». « Si elle doit nous mener quelque part, la poésie n’a pas d’autre sens que de nous mener vers ce que nous ne savons pas voir ». Comment ne pas être d’accord avec ce diagnostic tout empreint de sensibilité ? Comment ne pas acquiescer à son plaidoyer pour en finir avec la haine de la poésie ? Comme en miroir au désenchantement du monde de Weber, il nous faut « re-passionner la vie ». La mort de l’imaginaire poétique, colonisé par la vulgarité de la propagande publicitaire et le pragmatisme cynique et utilitariste d’une économie marchande devenue dominante, signe la mort psychique de l’humain qui livre ainsi, par devers lui et à son insu, le dernier bastion de sa liberté aux marchands du temple, sa liberté de penser.

      Aujourd’hui plus que jamais, il n’y a de vraie valeur, comme le rappelle Pivot se référant à Annie Le Brun, que dans la subversion et la révolte, les deux dernières armes de destruction massive capables de protéger notre dernier et ultime pré carré.

      1. La mort de l’imaginaire poétique, colonisé par la vulgarité de la propagande publicitaire et le pragmatisme cynique et utilitariste d’une économie marchande devenue dominante, signe la mort psychique de l’humain qui livre ainsi, par devers lui et à son insu, le dernier bastion de sa liberté aux marchands du temple, sa liberté de penser ET DE RÊVER. (oubli dans mon précédent commentaire)

    4. « RÊVE GENERALE » ! revoir Bernard Pivot prendre son temps d’écoute de l’autre…aujourd’hui ce sont ceux qui interviews qui sont les « vedettes » et qui laissent 30 secondes pour condenser une idée…
      droit à la paresse et ralentissement du temps !

    5. « La folie suprème n’est elle pas de voir les choses telles qu’elles sont et non telles qu’elles devraient être » Cervantes était il en avance sur son temps ou le problème n’est il pas si nouveau???

  2. Baudelaire – L’étranger

    – Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
    – Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
    – Tes amis ?
    – Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
    – Ta patrie ?
    – J’ignore sous quelle latitude elle est située.
    – La beauté ?
    – Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
    – L’or ?
    – Je le hais comme vous haïssez Dieu.
    – Eh! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
    – J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas…
    les merveilleux nuages !

    1. Merci, merveilleux octobre…
      À seize ans, je le savais par cœur, et je le récitais en arpentant l’immense Lieue de Grève à Saint-Michel-en-Grève.
      J’en ai retrouvé toute l’émotion…

  3. j’aime beaucoup Annie Lebrun, j’avais offert « Lâchez tout » à ma mère, je devais avoir 18 ans… les fenêtres de l’histoire, au lieu de l’histoire magistrale, ses effets délétères, ses discours scientistes-
    Rosset insiste; « Considérer le monde indépendamment de l’idée de nature revient à généraliser une expérience de désapprentissage ». Nous arpentons des couloirs.
    c’est vraiment pas trop tôt »; Un boeuf sur un toit

  4. Bizarrement, je suis un incorrigible rêveur, éveillé ou en sommeil, c’est maladif, je rêve en permanence, toujours sur un nuage, qu’il soit noir ou blanc. Et c’est de mes rêves que je m’en porte ( emporte ? ) mieux. Paradoxalities.

  5. de la poésie, du rêve, et du possible…

    Paul ÉLUARD (Saint-Denis 1895 – Charenton-le-Pont 1952)
    Éluard a achevé ce poème pendant un séjour à Beynac, au bord de la Dordogne, près d’une veille ferme nommée Le Château des pauvres, en août 1952.

    Poésie ininterrompue II (1953), Oeuvres Complètes
    Éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Vol. I et II 1968.

    Le Château des pauvres

    Venant de très bas, de très loin,
    nous arrivons au-delà.

    Une longue chaîne d’amants
    Sortit de la prison dont on prend l’habitude

    Sur leur amour ils avaient tous juré
    D’aller ensemble en se tenant la main
    Ils étaient décidés à ne jamais céder
    Un seul maillon de leur fraternité

    La misère rampait encore sur les murs
    La mort osait encore se montrer
    Il n’y avait encore aucune loi parfaite
    Aucun lien admirable
    S’aimer était profane
    S’unir était suspect

    Ils voulaient s’enivrer d’eux-mêmes
    Leurs yeux voulaient faire le miel
    Leur coeur voulait couver le ciel
    Ils aimaient l’eau par les chaleurs
    Ils étaient nés pour adorer le feu l’hiver

    Ils avaient trop longtemps vécu contradictoires
    Dans le chaos de l’esclavage
    Rongeant leur frein lourds de fatigue et de méfaits
    Ils se heurtaient entre eux étouffant les plus faibles

    Quand ils criaient au secours
    Ils se croyaient punissables ou fous
    Leur drame était le repoussoir
    De la félicité des maîtres

    Que des baisers désespérés les menottes aux lèvres
    Sous le soleil fécond que de retours à rien
    Que de vaincus par le trop-plein de leur candeur
    Empoignant un poignard pour prouver leur vertu

    Ils étaient couronnés de leurs nerfs détraqués
    On entendait hurler merci
    Merci pour la faim et la soif
    Merci pour le désastre et pour la mort bénie
    Merci pour l’injustice
    Mais qu’en attendez-vous et l’écho répondait

    Nous nous délecterons de la monotonie
    Nous nous embellirons de vêtements de deuil
    Nous allons vivre un jour de plus
    Nous les rapaces nous les rongeurs de ténèbres
    Notre aveugle appétit s’exalte dans la boue
    On ne verra le ciel que sur notre tombeau

    Il y avait bien loin de ce Château des pauvres
    Noir de crasse et de sang
    Aux révoltes prévues aux récoltes possibles

    Mais l’amour a toujours des marges si sensibles
    Que les forces d’espoir s’y sont réfugiées
    Pour mieux se libérer

    Je t’aime je t’adore toi
    Par-dessus la ligne des toits
    Aux confins des vallées fertiles
    Au seuil des rires et des îles
    Où nul ne se noie ni ne brûle
    Dans la foule future où nul
    Ne peut éteindre son plaisir
    La nuit protège le désir
    L’horizon s’offre à la sagesse
    Le coeur aux jeux de la jeunesse
    Tout monte rien ne se retire

    L’univers de fleurs violentes
    Protège l’herbe la plus tendre
    Je peux t’enclore entre mes bras
    Pour me délivrer du passé
    Je peux être agité tranquille
    Sans rien déranger de ton rêve
    Tu me veux simplement heureux
    Et nous serons la porte ouverte
    A la rosée au grand soleil
    Et je t’entraîne dans ma fièvre
    Jusqu’au jour le plus généreux

    Il n’y a pas glaces qui tiennent
    Devant la foudre et l’incendie
    Devant les épis enflammés
    D’un vrai baiser qui dit je t’aime
    Graine absorbée par le sillon
    Il n’y aura pas de problèmes
    Minuscules si nous voyons
    Ensemble l’aube à l’horizon
    Comme un tremplin pour dépasser
    Tout ce que nous avons été
    Quand le crépuscule régnait

    Toi la plus désespérées
    Des esclaves dénuées
    Toi qui venais de jamais
    Sur une route déserte
    Moi qui venais de très loin
    Par mille sentiers croisés
    Où l’homme ignore son bien
    Innocent je t’ai fait boire
    L’eau pure du miroir
    Où je m’étais perdu
    Minute par minute

    Ce fut à qui donna
    A l’autre l’illusion
    D’avoir un peu vécu
    Et de vouloir durer
    Ainsi nous demeurâmes
    Dans le Château des pauvres
    Au loin le paysage
    S’aggravait d’inconnu
    Et notre but notre salut
    Se couvrait de nuages
    Comme au jour du déluge

    Château des pauvres les pauvres
    Dormaient séparés d’eux-mêmes
    Et vieillissaient solitaires
    Dans un abîme de peines
    Pauvreté les menait haut
    Un peu plus haut que des bêtes
    Ils pourrissaient leur château
    La mousse mangeait la pierre
    Et la lie dévastait l’eau
    Le froid consumait les pauvres
    La croix cachait le soleil

    Ce n’était que sur leur fatigue
    Sur leur sommeil que l’on comptait
    Autour du Château des pauvres
    Autour de toutes les victimes
    Autour des ventres découverts
    Pour enfanter et succomber
    Et l’on disait donner la vie
    C’est donner la mort à foison
    Et l’on disait la poésie
    Pour obnubiler la raison
    Pour rendre aimable la prison

    Pauvres dans le Château des pauvres
    Nous fûmes deux et des millions
    A caresser un très vieux songe
    Il végétait plus bas que terre
    Qu’il monte jusqu’à nos genoux
    Et nous aurions étés sauvés
    Notre vie nous la concevions
    Sans menaces et sans oeillères
    Nous pouvions adoucir les brutes
    Et rayonnants nous alléger
    Du fardeau même de la lutte

    Les aveugles nous contemplent
    Les pires sourds nous entendent
    Ils parviennent à sourire
    Ils ne nous en faut pas plus
    Pour tamiser l’épouvante
    De subsister sans défense
    Ils ne nous en faut pas plus
    Pour nous épouser sans crainte
    Nous nous voyons nous entendons
    Comme si nous donnions à tous
    Le pouvoir d’être sans contrainte

    Si notre amour est ce qu’il est
    C’est qu’il a franchi ses limites
    Il voulait passer sous la haie
    Comme un serpent et gagner l’air
    Comme un oiseau et gagner l’onde
    Comme un poisson gagner le temps
    Gagner la vie contre la mort
    Et perpétuer l’univers

    Tu m’as murmuré perfection
    Moi je t’ai soufflé harmonie
    Quand nous nous sommes embrassés
    Un grand silence s’est levé
    Notre nudité délirante
    Nous a fait soudain tout comprendre
    Quoi qu’il arrive nous rêvons
    Quoi qu’il arrive nous vivons

    Tu rends ton front comme une route
    Où rien ne me fait trébucher
    Le soleil y fond goutte à goutte
    Pas à pas j’y reprends des forces
    De nouvelles raisons d’aimer
    Et le monde sous son écorce
    M’offre sa sève conjuguée
    Au long ruisseau de nos baisers

    Quoi qu’il arrive nous vivrons
    Et du fond du Château des pauvres
    Où nous avons tant de semblables
    Tant de complices tant d’amis
    Monte la voile du courage
    Hissons-la sans hésiter
    Demain nous serons pourquoi
    Quand nous aurons triomphé

    Une longue chaîne d’amants
    Sortit de la prison dont on prend l’habitude

    La dose d’injustice et la dose de honte
    Sont vraiment trop amères

    Il ne faut pas de tout pour faire un monde il faut
    Du bonheur et rien d’autre

    Pour être heureux il faut simplement y voir clair
    Et lutter sans défaut

    Nos ennemis sont fous débiles maladroits
    Il faut en profiter

    N’attendons pas un seul instant levons la tête
    Prenons d’assaut la terre

    Nous le savons elle est à nous submergeons-la
    Nous sommes invincibles

    Une longue chaîne d’amants
    Sortit de la prison dont on prend l’habitude

    Au printemps ils se fortifièrent
    L’été leur fut un vêtement un aliment
    L’hiver ils crurent au cristal aux sommets bleus
    La lumière baigna leurs yeux
    De son alcool de sa jeunesse permanente

    Ô ma maîtresse Dominique ma compagne
    Comme la flamme qui s’attaque au mur sans paille
    Nous avons manqué de patience
    Nous en sommes récompensés

    Tu veux la vie à l’infini moi la naissance
    Tu veux le fleuve moi la source
    Nul brouillard ne nous a voilés
    Et simplement dans la clarté je te retrouve

    Vois les ruines déjà du Château qu’on oublie
    Il n’avait pas d’architecture définie
    Il n’avait pas de toit
    Il n’avait pas d’armure
    Agonies et défaites y resplendissaient
    La naissance y était obscure

    Vois l’ombre transparente du Château des pauvres
    Qui fut notre berceau notre vieille misère
    Rions à travers elle
    Rions du beau temps fixe qui nous met au monde

    Il s’est fait un climat sur terre plus subtil
    Que la montée du jour fertile
    C’est le climat de nos amours
    Et nous en jouissons car nous le comprenons

    Il est la vérité sa clarté nous inonde

    Nous étendons la fleur de la vie ses couleurs
    Le meilleur de nous-même
    Par delà toute nuit
    Notre coeur nous conduit
    Notre tendresse unit les heures

    Ce matin un oiseau chante
    Ce soir une femme espère
    L’oiseau chante pour demain
    La femme nous reproduit
    Le vieux mensonge est absorbé
    Par les plus drus rochers par la plume grasse glèbe
    Par la vague par l’herbe
    Les pièges sont rouillés

    Sur la ligne droite qui mène
    La cascade à son point de chute
    Et sur la longue inclinaison
    Qui torture le cours du fleuve
    Se fixent mille points d’aplomb
    Où la vue et la vie s’émeuvent
    Éblouies ou se reposant

    Fleuve et cascade du présent
    Comme un seul battement de coeur
    Pour l’unique réseau du sang
    L’eau se mêle à l’espoir visible
    Je vois une vallée peuplée
    Des grands gardiens de l’ordre intime
    L’exaltation jointe à la paix

    L’homme courbé qui se redresse
    Qui se délasse et crie victoire
    Vers son prochain vers l’infini
    Le jour souple qui se détend
    Moulant la terre somme un gant
    L’étincelle devient diamant
    La vague enflammée un étang

    Tout se retourne la moisson
    Devient le grain de blé crispé
    La fleur se retrouve bouton
    Le désir et l’enfant s’abreuvent
    De même chair de même lait
    Et la nuit met sous les paupières
    De l’homme et de l’eau la même ombre

    La vie au cours du temps la vie
    Le réel et l’imaginaire
    Sont ses deux mains et ses deux yeux
    Ma table pèse mon poème
    Mon écriture l’articule
    L’image l’offre à tout venant
    Chacun s’y trouve ressemblant

    Le réel c’est la bonne part
    L’imaginaire c’est l’espoir
    Confus qui m’a mené vers toi
    A travers tant de bons refus
    A travers tant de rages froides
    Tant de puériles aventures
    D’enthousiasmes de déceptions

    Souviens-toi du Château des pauvres
    De ces haillons que nous traînions
    Et vrai nous croyons pavoiser
    Nous reflétions un monde idiot
    Riions quand il fallait pleurer
    Voyions en rose la vie rouge
    Absolvions ce qui nous ruinait

    Dis-toi que je parle pour toi
    Plus que pour moi puisque je t’aime
    Et plus que tu te souviens pour moi
    De mon passé par mes poèmes
    Comment pourrais-tu m’en vouloir
    Ne compte jamais sur hier
    Tant l’ancien temps n’est que chimères

    De même que je t’aime enfant
    Et jeune fille il faut m’aimer
    Comme un homme et comme un amant
    Dans ton univers nouveau-né
    Nous avions tous deux les mains vides
    Quand nous nous sommes abordés
    Et nous nous sommes pensés libres

    Il ne fallait rien renoncer
    Que le mal de la solitude
    Il ne fallait rien abdiquer
    Que l’orgueil vain d’avoir été
    En dépit de la servitude
    Ô disais-tu mon coeur existe
    Mon coeur bat en dépit de tout

    Je ne meurs jamais ni de doute
    Je t’aime comme on vient au monde
    Comme le ciel éclate et règne
    Je suis la lettre initiale
    Des mots que tu cherchas toujours
    La majuscule l’idéale
    Qui te commande de m’aimer

    Dans le Château des pauvres je n’ai pu t’offrir
    Que de dire ton coeur comme je dis mon coeur
    Sans ombre de douleur sans ombre de racines
    En enfant frère des enfants qui renaîtront
    Toujours pour confirmer notre amour et l’amour

    Le long effort des hommes vers leur cohésion
    Cette chaîne qui sort de la géhenne ancienne
    Est soudée à l’or pur au feu de la franchise
    Elle respire elle voit clair et ses maillons
    Sont tous des yeux ouverts que l’espoir égalise

    La vérité fait notre joie écoute-moi
    Je n’ai plus rien à te cacher tu dois me voir
    Tel que je suis plus faible et plus fort que les autres
    Mais j’avoue et c’est là la raison de me croire

    J’avoue je viens de loin et j’en reste éprouvé
    Il y a des moments où je renonce à tout
    Sans raison simplement parce que la fatigue
    M’entraîne jusqu’au fond des brumes du passé
    Et mon soleil se cache et mon ombre s’étend

    Vois-tu je ne suis pas tout à fait innocent
    Et malgré moi malgré colères et refus
    Je représente un monde accablant corrompu
    L’eau de mes jours n’a pas toujours été changée
    Je n’ai pas toujours su me soustraire à la vase

    Mes mains et ma pensée ont été obligées
    Trop souvent de se refermer sur le hasard
    Je me suis trop souvent laissé aller et vivre
    Comme un miroir éteint faute de recevoir
    Suffisamment d’images et de passions
    Pour accroître le poids de ma réflexion

    Il me fallait rêver sans ordre sans logique
    Sans savoir sans mémoire pour ne pas vieillir
    Mais ce que j’ai souffert de ne pouvoir déduire
    L’avenir de mon coeur fugitif dis-le toi
    Toi qui sais comment j’ai tenté de m’associer
    A l’esprit harmonieux d’un bonheur assuré

    Dis-le-toi la raison la plus belle à mes yeux
    Ma quotidienne bien-aimée ma bien-aimante
    Faut-il que je ressente ou faut-il que j’invente
    Le moment du printemps le cloître de l’été
    Pour me sentir capable de te rendre heureuse
    Au coeur fou de la foule et seule à mes cotés

    Nul de nous deux n’a peur du lendemain dis-tu
    Notre coeur est gonflé de graines éclatées
    Et nous saurons manger le fruit de la vertu
    Sa neige se dissipe en lumières sucrées
    Nous le reproduirons comme il nous a conçus
    Chacun sur un versant du jour vers le sommet

    Oui c’est pour aujourd’hui que je t’aime ma belle
    Le présent pèse sur nous deux et nous soulève
    Mieux que le ciel soulève un oiseau vent debout
    C’est aujourd’hui qu’est née la joie et je marie
    La courbe de la vague à l’aile d’un sourire
    C’est aujourd’hui que le présent est éternel

    Je n’ai aucune idée de ce que tu mérites
    Sauf d’être aimée et bien aimée au fond des âges
    Ma limite et mon infini dans ce minuit
    Qui nous a confondus pour la vie à jamais
    En vous abandonnant nous étions davantage
    Ce minuit-là nous fûmes les enfants d’hier
    Sortant de leur enfance en se tenant la main
    Nous nous étions trouvés retrouvés reconnus
    Et le matin bonjour dîmes-nous à la vie
    A notre vie ancienne et future et commune

    A tout ce que le temps nous infuse de force.

  6. Jolie caution pour PJ.

    Je continue à me demander, voire à suggérer, qu’il faut des événement forts, pas encore arrivés, pour que les mots reprennent leurs véritables sens. Celui justement, des poètes, des conteurs, du rêve, de la justice, de la contemplation.

    Le poète sait rétablir l’unité du monde physique avec le monde moral: son imagination forme un lien entre l’un et l’autre. Madame de Staël

    Quand viendra le soir
    Porte ouverte
    Je l’attendrai celui
    Qui, dans mes rêves,
    A promis de venir. Otomo No Yakamochi

  7. Elle en parle très bien (A Lebrun) de la poésie. Pour ma part, à de rares exceptions près, je ne l’ aime pas ; merci à Octobre tout à fois pour ces vers de Baudelaire.
    Le seul poète dont je possède un livre est Allen Ginsberg, Howl en version bilingue (français-anglais) ; livre que j’ avais possédé à dix-huit ans, que j’ avais donné et que je me suis reprocuré il y a quelques années.
    Je n’ aime pas la poésie mais je sais ma démarche poétique.
    Quand à ce qui me fait plaisir à moi, tout, rien, des moments très fugaces, certaines choses en particulier ; la jouissance étant ce qui me maintient en vie, me fait lever le matin. La frustration et le manque me minent.
    Pour qui se demande si de telles émissions pourraient encore avoir lieu aujourd’ hui, à des heures pas trop tardives, je pense que la réponse est non.

  8. « Je suis à Fos sur mer. Quel changement ! Je ne reconnais plus les lieux. Les rues sont devenues des avenues où circulent quelques touristes en tenues estivales mais ce n’est pas un espace architectural style marina, port de plaisance et infrastructures immobilières, plutôt une vieille ville avec des bâtiments vétustes et ce laisser-aller caractéristique des villes méditerranéennes années 60. Ce village n’a jamais été une ville et je suis ici dans une vieille ville. Il y a là quelque chose d’étrange, de presque féerique. Ca ne ressemble pas au village de pêcheurs de mon enfance mais à une ville au passé prestigieux qui aurait vu fondre richesses et activités, une ville coloniale à l’abandon… cette étrangeté se dissipe car je ne flâne pas, je recherche un endroit précis de ma mémoire. Je veux revoir cet alignement de petites maisonnettes devant la digue et ses terrasses de fraîcheur que l’on traversait en courrant nus pieds et à l’abri du soleil. Je veux retrouver ce petit chenal de sable abrité derrière la digue où s’étiraient dans ces eaux calmes et chaudes de longues algues dessinant des arabesques qui se collaient à mes jambes comme des serpents me faisant sortir de l’eau à grandes enjambées ? Je cherche ce pâté de maisons avec le restaurant Cosnil  où l’on allait certain dimanche manger la bouillabaisse et regarder hé baillis aquariums et crustacés exposés à l’entrée. Dans cette direction doit se trouver un petit canal insalubre et empli de vase où l’on venait s’approvisionner en esches pour la pêche du matin. Je me dis qu’en longeant la mer c’est sûr, j’y tomberai dessus, pas d’erreur possible ! Ce n’est pas le plus court chemin, je sais. Je fais une boucle, un détour, mais “ on n’a pas pu détourner la mer !” me dis-je… Chemin faisant, je ne reconnais pas la plage. Est-il possible que tout ait pu changer à ce point ? Cela devient inquiétant. Quelque chose au fond de moi se manifeste, de plus désagréable que le doute, quelque chose que je crains de voir venir, un mal profond, un mélange de désarroi et de fatalité … et c’est là au détour d’une rue que surgit un énorme chalet suisse et des montagnes autour, la copie conforme du chalet de Balthus : bois blond, jeu de marqueteries, fleurs sur une centaine de fenêtres, architecture imposante. Je rêve ce n’est pas possible! La splendeur du mirage refoule mon angoisse.
    Je bifurque prenant une autre rue avec l’intention de m’orienter cette fois selon ma connaissance enfantine des lieux. Surprise. Je découvre un point de vue qui me rappelle d’autres lieux, d’autres souvenirs. Devant moi un palais flamboyant. Mais je reconnais cette architecture délabrée à Cimiez sur les hauteurs de Nice, car c’est bien ce palais russe restauré et étincelant sous ses dorures. Dérive des lieux , télescopage du temps ? Je ne sais que penser. Non, ce n’est pas là où je veux aller. Je recherche l’emplacement du bateau de ce vieux pêcheur dans des bleus élimés réparant ses filets tendus entre ses gros orteils, béret noir et mégot éteint collé au coin d’une bouche édentée que je trouvais si émouvant. Je cherche cette petite plage sablonneuse où après une nuit de tempête s’était échoué un dauphin que nous étions allés voir avec cette petite fille blonde deux fois plus âgée que moi qui promenait ses gros seins bronzés dans un bikini jaune d’or. Perdu pour perdu autant prendre cette route déserte qui semble aller nulle part. Un léger vent soulève la poussière rouge des bas-côtés. On se croirait à la sortie d’une ville africaine. D’un coup le décors et la lumière changent. Je débouche sur une bute désolée, aride, un promontoire calcaire très étroit. On ne va pas plus loin. Tout autour ce n’est pas la mer mais des vagues de collines d’un vert sombre et criard, qui moutonnent sur la ligne d’horizon à perte de vue, un espace chlorophyllien inhospitalier et là, au pied de la butte, les premiers spécimens de ces arbres infranchissables : des sapins en forme de sorcières encapuchonnées en rangs serrés hérissés de piquants.
    Je me suis perdu, la nature est hostile et la nuit tombe.
    Cette forêt, ce ciel, ce n’est plus une image réelle mais une image peinte, une caricature en carton pâte, le décor minimal d’un vieux film noir. Je suis entré dans un théâtre d’épouvante. Je n’ose même plus respirer car à côté de moi je sens la présence d’un monstre à poils longs, peut-être un bison préhistorique qui me conseille de ne pas bouger. Je suis tétanisé. Je n’ai plus qu’une chose à faire, me réveiller.
    Ce que je fais, suffoquant mais délivré d’un rêve impossible. »
    Hervey
    Pour les lecteurs du blog, un rêve de la série des rêves édités sous forme d’affiches.

  9. Comme je disais tout à l’heure vouloir changer d’air…
    J’attraperais bien le LA de cet air-là avec rappel qu’il y a ici dans la maison deux ouvrages importants de Annie Le Brun : « De l’éperdu » et « Du trop de réalité » ; bonne occasion pour les relire.

    Il est des livres qu’on préférerait ne pas écrire. Mais la misère de ce temps est telle que je me sens obligée de ne pas continuer à me taire, surtout quand on cherche trop à nous convaincre de l’absence de toute révolte.
    Avec le naturel des saisons qui reviennent, chaque matin des enfants se glissent entre leurs rêves. La réalité qui les attend, ils savent encore la replier comme un mouchoir. Rien ne leur est moins lointain que le ciel dans les flaques d’eau. Alors, pourquoi n’y aurait-il plus d’adolescents assez sauvages pour refuser d’instinct le sinistre avenir qu’on leur prépare ? Pourquoi n’y aurait-il plus de jeunes gens assez passionnés pour déserter les perspectives balisées qu’on veut leur faire prendre pour la vie ? Pourquoi n’y aurait-il plus d’êtres assez déterminé pour s’opposer par tous les moyens au système de crétinisation dans lequel l’époque puise sa force consensuelle ? Autant de questions qui me sont une raison de ne pas garder le silence.

    (Du trop de réalité, 4ème de couv.)

  10. L’écharpe qui s’effiloche au cou du nô….au hasard des décantations. Ne pas oublier toutefois ,l’illusion de la volonté de hasard. Succomber, au détour . Séduction du texte – des stratégies fatales. Singularité de la Nécessité – « chaque nuage a son repos personnel » dit Hölderlin. Nouvel impératif catégorique? Alors,en attendant, arpentons:
    La Sumidagawa ( william sheller)….et Nicolas …..attendra…

    http://www.youtube.com/watch?v=ucahY5hQLrQ

  11. Merci Annie ! Je sors de ma lecture silencieuse du blog de Paul Jorion pour dire que cet aperçu produit en moi d’exacts échos à quelques-unes de mes expériences vécues au contact direct de ces rhétoriques anachroniques, ou plutôt au contact de quelques-uns de ceux qui les tiennent. Je peux mesurer de façon intime et concrète, dans l’ici et maintenant, en quoi ces façons verrouillées de présenter et de se représenter les choses, font barrage à l’expression de regards, de sentiments, de pensées, sources d’élans, alors sources de regards et de sentiments et de pensées et de paroles, alors sources de perspectives, de mouvement. En particulier aujourd’hui et maintenant dans le cours des événements, ou des non-événements devrais-je dire, d’événements qui peinent à se réaliser, me donnant, nous? donnant, le sentiment de n’avoir aucune prise sur les choses. Misère !
    Je cours me procurer ce livre qui semble bien s’avérer être, depuis ces quelques pages, très libérateur !

    1. Et bien de mon côté, c’est « Du trop de réalité » (d’Annie Le Brun) que je viens de m’offrir…

      « Il est des livres qu’on préférerait ne pas écrire. Mais la misère de ce temps est telle que je me sens obligée de ne pas continuer à me taire, surtout quand on cherche trop à nous convaincre de l’absence de toute révolte. Avec le naturel des saisons qui reviennent, chaque matin des enfants se glissent entre leurs rêves. La réalité qui les attend, ils savent encore la replier comme un mouchoir. Rien ne leur est moins lointain que le ciel dans les flaques d’eau. Alors, pourquoi n’y aurait-il plus d’adolescents assez sauvages pour refuser d’instinct le sinistre avenir qu’on leur prépare ? Pourquoi n’y aurait-il plus de jeunes gens assez passionnés pour déserter les perspectives balisées qu’on veut leur faire prendre pour la vie ? Pourquoi n’y aurait-il plus d’êtres assez déterminé pour s’opposer par tous les moyens au système de crétinisation dans lequel l’époque puise sa force consensuelle ? Autant de questions qui me sont une raison de ne pas garder le silence. A. L. B. « 

  12. Chère Annie,

    Je reçois hier votre lettre du 5, qui prolonge si bien notre conversation de la semaine dernière. De cette conversation, je ne saurais vous dire assez combien je l’ai trouvée émouvante, comme à tant d’égards instructive. Nous avions certainement, et pour plusieurs raisons, un désir de remonter le cours du temps. Ce siècle nous a conduits à de si durs résultats que je n’avais littéralement pas rencontré, depuis bientôt dix ans, quelqu’un avec qui il soit possible de se comprendre, sur des sujets un peu difficiles.
    Vous avez si justement parlé d’André Breton ; avec le minimum nécessaire de distance critique sur quelques points, et l’amitié plus nécessaire encore. Le seul fait d’avoir été capable d’attendre toujours témoigne de sa grandeur. Je dois préciser que je n’oppose d’aucune façon l’émerveillement à la lucidité. En fait, je crois vraiment que j’ai passé presque tout mon temps à m’émerveiller. J’ai peu écrit là-dessus, voilà tout. Ce sont les nécessités de la lutte contre ce qui, toujours plus pesamment, venait faire obstacle à mes goûts, qui m’auront conduit, malheureusement, à devenir une sorte d’expert dans cette sorte de guerre. Je ne pense même pas être quelqu’un de très rationnel, et d’ailleurs j’ai placé le lecteur attentif au moins sur la piste de cette conclusion, dans Panégyrique : c’est une offense supplémentaire, si l’on mesure par ailleurs quels immenses efforts ont été employés par les « hommes pratiques » de la même époque, pour arriver à ne rien comprendre du plus important. Il fallait seulement savoir aimer.

    Guy

    Extrait d’une lettre de Guy Debord à Annie Le Brun, datée du 11 mai 1991.
    Guy Debord. Correspondance. Volume 7, page 284. Editions Fayard.

  13. juste un « flash » qui traverse mes pensées

    Je pense que la poésie, pas plus que l’imaginaire sous toutes ses formes, n’est morte (ou moribonde)

    Elle est juste tapie, exactement comme ces virus qu’on croit éradiqués, et qui réapparaissent quand l’être vivant inattentif, ou attentif au dérisoire, lui laisse une fissure ouverte vers le cri, ou les murmures, ou les mots gites.

  14. Un divan,un psy,des chansons ,l’enfance,et puis la poésie et quoi d’autre pour masquer la folie des aveugles des puissants .¨Êtes vous poète,êtes vous psy ,de quel côté Monsieur Jorion .
    je ne peux plus lire,plus écrire,à peine communiquer,juste laver des corps des sols,être polie avec la vie ,c’est à dire enterrée vivante ,enterrée vivante;Seule la vérité,le rôle de Charles Simon et des médias peuvent m’aider à continuer .Suis je un rat de laboratoire ?

  15. Tiens, Annie Lebrun a apprécié J.-M. Mandosio et P. Jorion.
    Belle tension (… autour de Michel Foucault, de l’intérêt et de la validité des « episteme »… il y en a des traces dans le blog à l’échelle d’un ou deux ans), espérons qu’elle soit génératrice d’un débat intéressant.

    Dany Robert-Dufour parle aussi de Foucault et des « episteme », pour dire qu’on se demande comment en changer. J’en suis au début de son dernier ouvrage (« l’individu qui vient … après le libéralisme ») , mais je n’ai pas trouvé que la subtilité fut au rendez-vous. C’est un peu l’intello qui pose son portrait sur son chevalet puis y fait rentrer la réalité, avec quelques coups de triques de ci de là. On va voir si ça s’arrange…

    A suivre ?

    1. Jean-Marc Mandosio, auteur, entre autres, de l’ouvrage D’OR ET DE SABLE. interventions éparses sur la critique sociale et l’interprétation de l’histoire, agrémentées d’observations sur l’art de lire et sur d’autres matières, tant curieuses qu’utiles.
      Cet ouvrage contient entre autres l’article : LONGEVITE D’UNE IMPOSTURE : MICHEL FOUCAULT.

    2. le « Longévité… » a été réédité séparément, Marlowe au même éditeur au beau carton.

      Le débat intéressant , naïvement, serait de voir quel sont les précurseurs ou les « équivalents » des episteme. Le phénomène de base me semble être la porosité des schèmes de catégorisation parmi les différents « intellectuels » (au sens très large) dans une classe éduquée à un instant t. Nolens volens, l’éducation à partir d’un certain point de l’histoire occidentale a été assez unifiée (jésuites ou dominicains, faites vos jeux…). Et malgré des spécialisations , de l’inertie, et des legs « lourds » des corporations en jeu, un certain nombre de choses s’est mise en commun, permettant effectivement de repérer des strates dans les zones de stabilité du système (comme l’arc en ciel est une zone de stationarité des rayons, qui ne fait que révéler un cas particulier d’un phénomène général — la dispersion chromatique– dur à percevoir par ailleurs dans la vie courante).

      Lisant actuellement Robert-Dufour, je suis étonné de ce que je vois apparaitre comme des règles d’exclusion tacites entre philosophes. On a mentionné ici un peu dans le même esprit le refus d’offre de service des « Economistes Attérés » de la part des gueux jorionisants. Robert-Dufour parle de Gilbert Simondon et de pulsion, mais n’évoque pas Stiegler du tout? Mosaïque recollable à mon avis. De même il évoque que l’économie « as of today » n’est pas Science mais Alchimie, en mettant lourdement M. André Orléan à l’appui de ses considérations, point de Jorion, pas encore de Lordon (ni de Spinoza il est vrai). En science dure, ces règles existent plus ou moins marginalemet à l’échelle d’un article standard, voire d’un article de revue (20-50 pages). Mais il me semblerait que quand on se lance à l’échelle d’un livre (un an de boulot, disons), à moins d’avoir de très bonne raison de se savoir original, une forme de sympathie vis à vis du lecteur (et du libraire ! ) voudrait qu’au moins en note de bas de page, …
      ____

      Je finis par une intuition sur Robert-Dufour : il présente les deux formes des Lumières, les Lumières anglaises et allemandes, comme opposées. Seule l’Anglaise venant renverser le paradigme augustinien, et donnant une place au « self love » pour assurer in fine que « le vice de chacun » (l’égoïsme, la « pléonexie »= le désir d’accumuler plus) « devient la vertu public ». La bifurcation se situe selon lui suivant une ligne qui part de Pascal, via Pierre Nicole, puis Locke, Mandeville, Smith, Sade, …

      Episteme ou pas, il me semble intéressant de voir que la bifurcation pascalienne, qui renverse le précepte augustinien (amor dei plutôt que amor sui) au nom d’une des trois concsupiscences (~pulsions, quoique) en l’occurence  » l’amor sciendi », l’amour du savoir, que cela, donc, coïncide avec l’adhésion au modèle comme « la réalité » dans la fresque de « Comment la vérité et la réalité furent inventées ».

      Blaise Pascal pas très très astronome, mais donnant les clés de l’application de la physique à bien des domaines, donc donnant de la force au modèle, et allant en même temps crédibiliser, au nom de l’amour du jeu, du pari, la graine de l’intérêt « pour soi » de la croyance en Dieu, le bien-connu pari pascalien (« rien à perdre, tout à gagner ») qui fait fi d’un véritable « amor dei », d’un véritable surmoi guidant la société et l’obligeant dans des rets tels ceux des dons, réception de dons, contre-dons qui écrêtaient l’accumulation dans les sociétés anthropologisées du temps d’un Mauss, dixit Robert-Dufour.

      Mmmm

      1. à timiota,

        Dans le Spectacle selon Debord, ce (et ceux) dont on ne parle pas n’existe (ent) pas.
        Ce qui lui est appliqué depuis des dizaines d’années.

        Le terme « épistémè » qui signifie, d’après le Grand Robert : « ensemble des connaissances réglées (conception du monde, sciences, philosophies…) propres à un groupe social, à une époque » est bien significatif de cette époque qui reconnaît, ou ne reconnaît pas.
        C’était le cas de Debord, c’est celui des animateurs des Editions de l’Encyclopédie des Nuisances, et de quelques autres, comme c’est le cas de Paul Jorion qui n’a pas la certification adéquate pour être un « économiste atterré ».
        Tout le monde ne peut pas être professeur au Collège de France.

        Parlant d’Annie Le Brun, (voir extrait de la lettre de Debord en 19) le propos est aussi celui du rapport, ou de la coexistence, entre émerveillement et lucidité.

  16.  » Il est rare qu’un nuage ressemble à un nuage «  (G. Perec)
    merci pour cette belle introduction 🙂

  17. JP Dupuy, l’avenir de l’économie et Terre à terre du 25/2.
    Merci de nous faire découvrir cette femme remarquable.
    S’aérer, ouvrir volets et fenêtres oui, oui et oui.
    J’ai effectivement un sentiment d’étouffement lorsque je braque ma vue sur les scandales que l’on ne saurait voir, c’est pas sain.
    Lobbies puissants et pas soucieux de l’intérêt général, financiers cupides, investisseurs inassouvis, inégalités criantes, injustices, islamophobie et même des relents de racisme.

    Ce dimanche matin le philosophe Jean-Pierre Dupuy était l’invité de France Inter à l’occasion de la sortie de son dernier livre.

    http://www.franceinter.fr/emission-parenthese-l-avenir-avec-ou-contre-l-economie
    « C’est un sentiment de honte qui a poussé le philosophe Jean-Pierre DUPUY à écrire ce livre. Honte devant la « capitulation abjecte du politique devant l’économique ». Car à chaque fois que le politique dit avoir évité le pire, il a déjà perdu. Comment alors réinventer l’avenir : « avec ou contre l’économie? »
    Livre : L’avenir de l’économie
    C’est une honte que le politique soit dominé par l’économie, voir M. Monti qui se met à genou

    Avant c’était le religieux qui dominait, puis le politique et maintenant celui-ci laisse la place à l’économie, le politique est devenu une scène de marionnettes (gloups).
    On parle de marchés, c’est nul, c’est pas une divinité mais de simples créanciers (dont certains de nous font partie aussi).
    Il faut les encadrer.
    Notre philosophe se réfère à Nietzsche et Keynes : « un homme est un animal qui sait rendre l’avenir présent ».
    Il faut se projeter dans l’avenir.
    L’économie -contient la violence dans les sens « l’avoir en soi » et « y faire barrage »-.
    La crise actuelle est + qu’une crise de la dette : « systémique », cad globale, anthropologique (SOS Paul).
    Il ne faut pas se cacher les yeux mais réagir de manière rationnelle, attention au toujours + actionné par le désir.
    Conclusion en citant Victor Hugo « l’homme est un ver de terre amoureux d’une étoile » et nous rappelle que la croissance ne peut être infinie.

    Une émission qui reste fidèle à elle même, terre à terre de ce samedi donnait la parole à 3 experts pour nous alerter sur des dangers majeurs.
    J’avais déjà été quelque peu sidéré par les 3 volets télé consacrés aux nano-techno mais alors là, la réalité dépasse la fiction.
    http://www.franceculture.fr/emission-terre-a-terre-nouvelles-technologies-en-preambule-a-rio-%20-20-2012-02-25

    Avec : Jim Thomas et Diana Bronson, membres d’ETC Group à Ottawa (organisation internationale engagée dans le suivi du développement des nouvelles technologies) et Tony Clarke, directeur du Polaris Institut.
    http://www.etcgroup.org/
    http://www.polarisinstitute.org/frontpage

    En vrac :

    le gazoduc Canada/USA, les accords de l’ALENA, le sommet de Rio 1992 et le prochain (Rio + 20).
    On marchande tout : eau, air, espace. Sans blé tu meurs.

    Les 3 crises :
    1 – Economique : on la sent, on la vit, modèle et système non pérenne
    2 – Ecologique : climat, pénuries d’eau, épuisement des sols, désertification
    3 – Energétique : on est drogué au pétrole (tout partout), les sources conventionnelles baissent, les autres détruisent une partie de l’environnement
    L’une influe sur l’autre 1 ===> 2, 3 ===> 1, 2

    Gestion de la bio masse (à rapprocher avec l’émission de F Culture de ce lundi, voir (*)).
    On fait appel de + en + à l’agriculture pour remplacer le pétrole (combustibles, textiles).
    Attention : on prélève de la matière végétale aux sols.
    Prod. totale biomasse : 230 Ma euros à partager entre alimentation, bois de chauffage, textile.
    Usage des algues des océans, des copeaux de bois comme cellulose.
    Il y a compétition avec l’alimentation ! (Jean Ziegler nous en alerte constamment).

    Production d’électricité « renouvelable » par 1/4 de la bio-masse ==> sur-endettement, atteinte à l’éco-système;

    Il faudrait réguler toutes ces positions, mais en laissant libre cours aux « marchés », à la finance, mama mia

    ===> bio-diversité en chute libre, pression sur les terres, destruction du tissu social

    Quels sont les acteurs ?
    les géants de la chimie (Dupond, …), du pétrole (« les soeurs »), pharmacie, Cargil, des oligopoles.

    Biologie synthétique.
    Les OGM c’est peanuts à côté.
    Dans la version extrême on effectue des manip génétiques, on reprogramme les matériaux, on fabrique des brins d’ADN pour les implanter.
    On peut déjà passer commande.
    Place à un nouveau volet de l’informatique, la programmation de bactéries, de levures (virus de la polio en 2003, grippe espagnole, …)
    On utilise des « usines » spécifiques, c’est pas cher du tout (vu dans le reportage sur les nanos).
    Comme pour les OGM, les effets ne sont pas connus, les dangers non maîtrisés.

    Conséquences pires : impact sur l’environnement, il faudrait interdire, trop tard, les systèmes commerciaux ont pris la main comme pour les algues dont la culture va impacter les cours d’eau.

    Et pour terminer, cerise sur la stratosphère, la géo-engineering, on est dans l’hybris, carrément.

    Techno à grande échelle pour modifier le climat, blanchir les nuages, fertiliser les océans sous prétexte de réchauffement on va faire les apprentis sorciers pour modifier le climat.
    Pas de souci, la techno est simple, seules les conséquences sont dramatiques.
    Ex : envoyer des sulfates dans la stratosphère pour jouer aux volcans, sans expérience aucune !!!

    Soumettre la terre et gérer le soleil, où cela s’arrêtera ?
    Nous rentrons bien dans une nouvelle ère, celle de Anthropocène comme l’expliquait à F Inter Claude Lorius.

    Espoir : Rio + 20 : bannissement de ces technos ?

    (*) F. Culture, lundi matin 27/2 : « Peut on encore sauver l’agriculture » avec Daniel Nahon (livre « Sauvons l’agriculture »).
    http://www.franceculture.fr/emission-l-invite-des-matins-a-l-occasion-du-salon-de-l-agriculture-peut-on-encore-sauver-notre-agri

    1. Oui, intéressant le Daniel Nahon.

      Un niveau au-dessus de bien des querelles actuelles, puisqu’il intègre la notion du cycle de vie des éléments et des molécules. Alors certes, le vivant c’est compliqué, et les cycles sont emboités, en touchant aux uns on touche aux autres, mais par rapport au niveau 0 de « ruine maximalement rapide » des « ingénieurs » (guillemets car René Dumont fut ingénieur agronome, un bon celui-là) qui ont décidé de pomper l’eau fossile et d’arroser de pesticide et d’intrant pour faire pousser « asap » des cultures d’exportation, il y a un tel monde qu’on « achète » bien des décennies de recul et de réflexion avec des gens comme ça, sans prétendre rentrer dans le durable à l’échelle très longue (millénaire, ça serait déjà bien).

      Maintenant, je met un petit pétard dans la fourmillière : si on avait un forum de « Jorion-l’agronome » est-ce qu’un Daniel Nahon ne serait pas le « Reiichido » de service, comme notre intervenant Reiichido qui vient mettre son grain de sel dans les billets de JF Leclerc le plus souvent en connaissance de cause (terme qui mérite qu’on s’y arrête à lui tout seul).

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