Atlantico.fr, Le G8 est-il vraiment à la hauteur de la crise de la dette ?, par François Leclerc

Billet invité, paru ce jour également sur Atlantico.fr

La tenue du « G8 » à Camp David vendredi et samedi coïncide avec la résurgence de l’affrontement entre républicains et démocrates américains à propos de la dette US. Marquant le retour à l’échelle mondiale – et non plus seulement européenne – d’une dette dont nul ne sait comment la résorber, et au premier plan le débat sur la stimulation d’une croissance qui n’est pas au rendez-vous.

En raison du risque d’effondrement des banques grecques et de la perspective qui se rapproche d’un sauvetage imposé de l’Espagne – ainsi que de leurs conséquences imprévisibles – l’Europe va encore avoir la vedette en solo. Mais pour combien de temps encore ? En pleine campagne électorale, les élus républicains majoritaires à la Chambre des représentants viennent de remonter au créneau, annonçant un nouveau bras de fer à propos du déplafonnement de la dette prévu pour la fin d’année.

Au chapitre de la croissance, alors que celle de la Chine qui devait tirer le monde s’essouffle, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton s’est dite « encouragée d’entendre des déclarations venant de dirigeants européens sur l’effort fait pour tenter de trouver un consensus autour de la croissance ». Rencontrant Mario Monti, le président du conseil italien, Barack Obama a défendu cette même approche. Selon le communiqué de la Maison Blanche, les deux dirigeants,« se sont mis d’accord sur la nécessité d’intensifier les efforts destinés à promouvoir la croissance et la création d’emplois ».

Devant cette offensive américaine, le gouvernement allemand affecte la sérénité : « je ne pense pas qu’on en arrive à des querelles » a déclaré un haut fonctionnaire qui a réclamé l’anonymat, en ajoutant « nous avons bien vu que tout le monde voulait la croissance ». Certes, l’objectif est en paroles commun mais les moyens diffèrent.

Les Américains se donnent implicitement comme modèle aux Européens, l’administration Obama ayant favorisé les mesures de relance au détriment de la rigueur budgétaire, et la Federal Reserve soutenu l’industrie financière tout en faisant baisser par ses achats les taux à long terme de la dette publique. En Europe, le débat est engagé entre les partisans de réformes structurelles d’inspiration libérale et ceux qui préconisent une politique d’investissement. Les uns et les autres sont néanmoins d’accord pour attendre de la croissance la solution à des problèmes qu’ils ne parviennent pas à résoudre sans son apport.

Barack Obama averti ses challengers qu’ils ne doivent pas rééditer « la catastrophe du plafond de la dette de l’année dernière », durant l’été 2011, tandis que John Boehner, le leader républicain de la Chambre des représentants, déclare qu’« il ne permettra pas un relèvement du plafond de la dette sans que quelque chose de sérieux ne soit fait contre la dette » et demande « où est le plan du président ?» pour endiguer une dette qui dépasse 15.600 milliards de dollars. Mais les républicains ne veulent pas d’augmentation des impôts et les démocrates n’acceptent pas de coupes dans les programmes sociaux… Les dirigeants de la Fed s’inquiètent des répercussions d’un retour à marche forcée vers l’équilibre budgétaire aux Etats-Unis, en plus des risques que fait courir la crise européenne.

En Europe, la stratégie choisie de désendettement de la dette, tant publique que privée, est en échec et suscite une dynamique de crise qui ne se dément pas. La croissance nulle mesurée par Eurostat dans la zone euro pour le premier trimestre n’augure rien de bon, tandis que le système bancaire semble devenu dépendant de la morphine monétaire de la BCE. Les échéances grecques et espagnoles ne vont pas pouvoir être repoussées longtemps.

Une vérité se fait jour, objet d’un nouveau déni auquel le « G8 » va participer : dans toute l’économie occidentale, la dette est tout simplement trop importante pour être résorbée. Ni les mesures d’austérité qui freinent l’économie, ni les tentatives contradictoires de relance destinées à développer les ressources fiscales ne peuvent y prétendre sérieusement. La machine est cassée. Gagner du temps est la seule stratégie qui subsiste et l’invocation de la croissance a toutes les chances de se résumer à un geste politique de plus. Cela va être un « G8 » pour rien, l’habitude s’en installe.

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Les CHRONIQUES DE LA GRANDE PERDITION viennent de paraître.

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21 réflexions sur « Atlantico.fr, Le G8 est-il vraiment à la hauteur de la crise de la dette ?, par François Leclerc »

  1. On se rapproche chaque jour un peu plus d’un « reset » du système.
    Avec des pertes de « data » considérables à la clé.
    Mais un bon « reboot », permet en général de repartir sainement.
    A moins que de très méchants virus aient infecté le dit système, comme conséquence d’un manque de « firewalls » et de « proxies »…

  2. Que pourra dire Mr Hollande ? devra t’il s’en tenir à de généreuses généralités, des propos ronflants très sonores, mais finalement assez creux ?.

    Pour le G8, ces propos conviennent parfaitement, mais qu’en est t’il pour les entretiens privés avec Mr Obama ? Va t’on sortir d’Afghanistan comme annoncé ? Va t’on se désengager idéologiquement du bourbier Syrien ? Va t’on reprendre des relations « normales » avec l’Iran ? Va t’on enfin parler avec la Russie ? Va t’on résister au désir de plaire, d’être lisse, d’être si normal ?

    Mais n’en doutons pas, l’ambiance sera très conviviale.

  3. Un « défaut généralisé » sous la forme d’un énergique « hair cut » de 50 % n’est t-il pas la solution finale ?
    Évidemment, ça ne va pas plaire à tout le monde, mais bon…nécessité fait loi, n’est il pas vrai?

    1. Sous conditions qu’elles répercutent également l’hair cut sur ses clients débiteurs (ménages et entreprises qui sont endettés)? sinon la concentration va s’accentuer.
      Traiter la maladie de l’offre sans traiter celle de la demande ne servira à rien !
      L’offre n’est pas la seule composante du marché comme elle tendrait à le croire….

      1. En effet, ce sont des mesures d’urgence mais sans réel effet si l’action n’est pas suivie d’une politique d’investissement réelle. Les solutions au changement existent si il y a une réelle volonté politique. Ainsi le temps gagné par l’hair cut pourrait permettre la mise en place de la politique qui a besoin de temps pour obtenir ses résultats concrets….A voir.

  4. « Une vérité se fait jour, objet d’un nouveau déni auquel le « G8 » va participer : dans toute l’économie occidentale, la dette est tout simplement trop importante pour être résorbée. »

    Incroyable qu’il ait fallu tant d’années pour en arriver à la conclusion de toute ménagère moyennement avisée.
    Il est vrai que, désormais,non-sens suprême, ils calculent le ratio de dettes par rapport au PIB et non plus aux recettes.
    Il y a 4 ans, de petites perspectives existaient ; aujourd’hui c’est sans espoir. Comme dit Olivier Berruyer, il va maintenant falloir rendre 30 ans de croissance fictive, achetée à grands coups d’endettement.
    Il y a 4 ans, les survivalistes me faisaient rire ; aujourd’hui j’y réfléchis.

    1. Les plus clairvoyants y réfléchissent depuis 7 ou 8 ans !
      J’espère d’ailleurs que beaucoup ont déjà entrepris de modifier leurs habitudes de vie

  5. Le monde est entré dans l’oeil du cyclone marquant la fin d’un système devenu obsolète.
    La suite,c’est à chacun de l’écrire sur la base des leçons que nous avons (individuellement et collectivement ) manqué d’apprendre.

    La vie n’attend pas nos petits accords d’égo pour poursuivre son expansion et, nous aurions certainement beaucoup à gagner en nous harmonisant avec ce courant porteur plutôt que de vouloir le défier,le maitriser,le nier ou le fuir…

    Nous avons pris le futile pour l’essentiel , le pire pour le meilleur et la partie pour le Tout.Le résultat de tant de prétentions jaillit en crises multiples,nous laissant perplexes et anxieux ,figés dans les limites de nos consciences endormies,poussés à innover pour nous affranchir de l’inefficacité du connu…

    L’heure du réveil a sonné pour l’humanité,invitant chacun à endosser son rôle de co-créateur,avec toute la justesse que le meilleur nous inspire au vu du pire que nous avons parfaitement manifesté !

  6. « la dette est tout simplement trop importante pour être résorbée ». Quelles solutions ?
    La banqueroute ? Impensable car trop de pays sont concernés. La guerre ? Espérons que non. L’inflation ? elle enverra dans la misère tous les petits/ moyens rentiers, épargnants et retraités, augmentés des salariés licenciés par les entreprises qui ne pourront plus affronter la concurrence des produits « toujours moins chers venant d’ailleurs ». Logiquement c’est cette dernière solution qui s’imposera en raison de l’immensité des dettes souveraines ( notamment US).
    Il est intéressant de lire les témoignages d’Argentins ayant affronté leur crise nationale ( et dont beaucoup n’en sont pas encore sortis), préparer d’éventuelles solutions coopératives, voir comment transformer tout ou partie de sa pelouse en jardin potager et ou placer un poulailler, faire un puits, renforcer l’isolation de sa maison, s’équiper d’un poele à bois, penser à ses moyens de protection…………..

  7. Pendant ce temps…..

    …pendant ce temps, des expériences émergent, des vécus réels éclosent qui montrent une autre voie, celle énoncée ici sur ce blog autour du terme de « philia »….

    regardez ceci :

    http://www.incredible-edible-freland.fr

    ou comment une commune de 14.000 habitants parvient à 83% d’auto-suffisance alimentaire sur la base du partage et de l’implication de chacun…

  8. Le G8, Gmachin et Gtruc ont-ils déjà servi à autre chose qu’à alimenter l’ego démesuré de ses participants ?

    Moi, je les mettrais bien tous sur une île avec des jeux et jouets où ils pourraient s’amuser en toute quiétude avec des monopoly, des caisses enregistreuses, et z’avions téléguidés, des bombes à peinture, des chevaux de bois et quelques couronnes en papier doré, quelque hochets, cela peut être utile des hochets

    et les remplacerais par « lesdites ménagères de moins de 50 ans » au lieu de les abrutir avec des séries B.

    Sûre qu’elles ne feraient pas pire.

    A tout malheur quelque chose de bon, cela nous apprend à tous au moins une chose : ce qu’il ne faut pas faire, c’est-à-dire leur laisser le pouvoir. Mais la leçon a bien de la peine à rentrer.

  9. @ Groucho,

    le problème qui survient directement quand on parle de réduire la dette est de savoir qui va payer ou plutôt qui va être perdant à cette restructuration ; Dans ce sens, je me permets puisqu’on parle de lui de vous faire suivre le lien d’un débat du 08 mai dernier sur BFM-TV avec entre autre Olivier Berruyer ;
    Ca devient très intéressant à partir de la 21ième minute suite à la réaction d’un auditeur qui prône des coupes dans les dépenses publiques plutôt que d’augmenter les taxes. Ce qui est intéressant, c’est que va, à partir de là, se dessiner différents profiles de « payeurs potentiels« . Il est intéressant de s’adonner à les reconnaître pour mieux comprendre au delà des partis politiques, les différentes forces qui existe au sein du pays.
    La définition que 2 des 3 intervenants (pas Olivier, mais les 2 autres) ont du « rentier » est intéressante.

    Ps : Pour ceux qui passeront les 20 premières minutes, on a en gros d’un coté 2 intervenants côtes à côtes sur « la croissance passera par des coupes budgétaires de l’Etat » et de l’autre Olivier Berruyer qui lui, comme vous vous en doutez dit qu’il n’y aura pas de croissance et prône donc des solutions différentes.

  10. Toutes ces dettes ont un intérêt majeur qu’il ne faudrait pas oublier : elles permettent aux projets libéraux des avancées considérables.
    Un coup de frein peut être donné au progrès social dans les sociétés occidentales, on y a même enclenché la marche arrière !
    Le respect de l’individu est de plus en plus négligeable face aux entreprises.

  11. Comme dans les meilleurs feuilletons la fin de l’épisode nous laisse dans la plus grande angoisse, au moment fatidique ou le héros au péril de sa vie, vient sauver la veuve et l’orphelin d’un mort certaine.
    Nous sommes rassurés cependant, ils trouveront le moyen de faire durer le plaisir, comme toujours dans les bon feuilletons.
    Sauf qu’il ne s’agit malheureusement pas d’un divertissement édifiant mais d’une réalité qui n’a rien à voir avec une série aussi bonne soit-elle.

  12. la stratégie choisie de désendettement de la dette

    … la seule stratégie qui puisse aboutir au désendettement c’est la croissance de la croissance, non?

    La dette de la dette correspond aux intérêts, la progression des taux est suivie avec toute l’attention qu’elle mérite.

    Pour le reste par contre n’importe quelle formule approximative semble acceptable:
    – on se félicite de la décélération de la hausse du chômage (1)
    – certains se réjouissent de la simple croissance alors que pour d’autres c’est l’accélération de la croissance qui est souhaitable (2)
    ___

    (1) « Le nombre de chômeurs inscrits en catégorie A à Pôle emploi a progressé de 13.400, soit une hausse de 0,5% sur un mois.[…] Un bol d’air bienvenu pour le gouvernement qui voit du coup s’éloigner, à court terme, l’échéance du franchissement de la barre symbolique des trois millions de chômeurs en France métropolitaine. La décélération de la hausse du nombre d’inscrits dans les catégories A, B et C […] » (Le Figaro 24 févr. 2012)

    (2) « Brusque accélération de la croissance au 1er trimestre » annoncée par madame Lagarde le 13 mai 2011

  13. Elle est peut-être cassée, mais tout le fric et le temps et les sacrifices qu’encore elle nous prend, c’est une stimulation pour la casser totalement. Et casser la gueule à ces nazis de républicains US.

  14. Une vérité se fait jour, objet d’un nouveau déni auquel le « G8 » va participer : dans toute l’économie occidentale, la dette est tout simplement trop importante pour être résorbée. Ni les mesures d’austérité qui freinent l’économie, ni les tentatives contradictoires de relance destinées à développer les ressources fiscales ne peuvent y prétendre sérieusement. La machine est cassée. Gagner du temps est la seule stratégie qui subsiste et l’invocation de la croissance a toutes les chances de se résumer à un geste politique de plus. Cela va être un « G8 » pour rien, l’habitude s’en installe.

    Ça mérite d’être dit et redit, pas ici, parce que c’est déjà dit, et sous tendus dans le tout, mais sur nos »grands »médias, qui avec leur grand penseur et qui plus est économistes promènent tout le monde depuis des jours et des jours, comme si la vérité leur faisaient peur, préférant répandre des vérités approximatives les unes après les autres, dans l’espoir sans doute, de repousser ad vitam éternam le moment de la VÉRITÉ

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