MERCREDI 23 MAI : « J’AI DIT ÇA, MOI ? » ; LUNDI 28 MAI : « JE VOUS L’AVAIS BIEN DIT ! »

Intéressant, le petit exercice auquel se livre l’agence Bloomberg : décrire les 46 heures pendant un weekend durant lesquelles la Grèce réussira ou ratera sa sortie de la zone euro.

L’agence ne dit pas que ce scénario se déroulera le weekend prochain, il n’en serait pas moins difficile de lui reprocher lundi de n’avoir rien vu venir !

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30 réflexions sur « MERCREDI 23 MAI : « J’AI DIT ÇA, MOI ? » ; LUNDI 28 MAI : « JE VOUS L’AVAIS BIEN DIT ! » »

  1. hors sujet … désole, mais je ne peux résister.

    Comme vous le savez, la crise frappe de plein fouet l’Espagne. Et voila t y pas qu’un entrepreneur américain débarque en espagne pour y installer un Las Vegas bis (on parle de centaines de milliers d’emplois). Bien malin, celui-ci a mis en concurrence Madrid et Barcelone pour l’implantation de son complexe, avec comme revendications:
    _ que la loi sur le blanchiment de capitaux soit modifiée sur cette « zone franche » ;
    _ être exempté du paiement des cotisations sociales de ses employés pendant deux ans ;
    _ bénéficier de l’obtention plus rapide de permis de travail pour les employés étrangers de Las Vegas Sands ;
    _ bénéficier d’un moratoire de dix ans sur les impôts sur le jeu ;
    _ que l’Etat espagnol se porte garant des emprunts contractés par Las Vegas Sands ;
    _ suspendre l’interdiction de fumer dans le complexe, pourtant en vigueur en Espagne dans les bars, restaurants et autres lieux fermés depuis début 2011.

    En gros le gars se présente au portillon avec un projet totalement illégal, et demande a l’état de se porter garant (et perdant) de l’affaire … cherchez l’erreur !
    Et le pire dans tout ça: Madrid et Barcelone se battent pour avoir les faveurs du dit projet. Le monde tourne a l’envers.

    Voici 2 articles sur le sujet:
    http://blogs.rue89.com/ibere-espace/2012/05/22/nouvelle-folie-espagnole-contre-la-crise-un-casino-geant-227573
    http://lalettredulundi.fr/2012/03/18/faites-vos-jeux/ (plus complet)

      1. « Un scoop qui oblige à ce qu’on laisse tomber ce qu’on fait toutes affaires cessantes ? »

        Pourquoi dites vous ça ? L’ais je seulement suggère ? Il ne s’agit que d’une news (du moins pour moi) comme les autres …
        Quant au post dont vous donnez le lien, je n’avais pas suivi l’affaire. Je vais le lire de suite.

    1. cherchez l’erreur ! …Le monde tourne a l’envers.

      Tout dépend de quel côté on se place, le monde tournant dans le bon sens pour une minorité !

    2. @ Romain

      Ce sont les présidents des régions de Madrid (Esperanza Aguirre, qui dit beaucoup de bêtises) et de la Catalogne (Artur Mas, qui est capable de tout pour sauver sa région de la faillite inéluctable – mais le Parti Socialiste Catalan s’y oppose) qui sont disposés à faire des concessions, mais pas le gouvernement. Et c’est lui qui commande. Le ministre du Budget, C.Montoro, a dit déjà qu’il est hors de question de faire une « île législative et fiscale » pour ce « Las Vegas Sands ». En plus il y a des lois européennes à respecter.

      Confondre les exigences délirantes de Sheldon Adelson au début d’une négociation avec ce qu’il va obtenir à la fin c’est bête. Il faudrait aussi arrêter de faire du sensationnalisme à deux sous et de croire tout ce qu’on voit sur le Net.

      P.S. La « nouvelle » est vieille de plus de 7 mois.

  2. « Je vous l’avais bien dit »

    Mes pensées vont à notre ami BA qui doit en être béat.

    Surtout qu’avec le Lundi de la Pentecôte férié, cela laisse quelques heures supplémentaires à nos politiques pour s’accorder.
    Gueule de bois le Mardi 28 Mai ?

  3. Si Bloomberg avait envie de sonder ses lecteurs/spectateurs, au moins ça c’est réussi ! Quelle pagaille dans les bourses ! :)))

  4. A regret pour notre Mme Irma de Bloomberg, ce scénario n’aura pas lieu.
    Pourquoi? Parce que l’Union européenne s’est professionnalisée dans le jeu de rôle. Nous avons de grands dramaturges, même si N. Sarkozy a quitté le bal des vampires pour céder sa place à F. Hollande.

    Je mise encore une fois sur le « génie » de nos dirigeants pour trouver une nouvelle rustine pour tenir jusqu’aux élections du 17 juin. Après, j’imagine un nouveau sommet « de la dernière chance » dans la dernière dizaine de juin. C’est devenu le mode de vie de la gouvernance européenne. En somme la norme.

  5. Sur le monde daté du 23 mai on a droit à un éditorial signé par le Directeur lui-même: »Euro ou Drachme, aux Grecs de choisir ».
    Incroyable : en gros les Grecs ont intérêt à voter correctement (comme les irlandais pour les référendums) ; on en a assez que la zone euro soit en danger à cause d’eux malgré tout ce qu’on a fait !! Chaque Grec = 31000 € acquittés par les contribuables européens (sic!). Les Portugais ou les Irlandais ils font des efforts eux… Si ils ne font pas le bon choix, l’Europe en tirera les conséquences. « SANS ETAT D’AME » (sic encore).
    J’avoue que j’étais stupéfait de lire ça…
    Il y a un an ou deux, un journaliste économique du Monde expliquait doctement que les infirmières et les instituteurs de France étaient payés grâce aux emprunts ce qui revenait à dire qu’ils accroissaient la dette… Il expliquera un jour à l’infirmière hyperdévouée qui le soignera et qui travaille deux fois plus que lui que son travail mal payé est payé à crédit!
    L’idéologie néolibérale est bien une forme ‘douce’ du fascisme (tant que la rue est calme, sinon on voit ce que ça donne au Québec avec une loi scélérate).
    Mais heureusement aussi ces gens sont des crétins : ils n’ont plus d’emprise sur la réalité et ça commence à se voir…; car évidemment si sans état d’âme on vire la Grèce de l’euro on aura une catastrophe à la Lehman Br. et on peut espérer que les vrais dirigeants feront tout pour l’éviter.

    1. 1999 publication de Le capitalisme zinzin.
      2011: publication par le même Erik Izraelewicz, actuel directeur du Monde, de L’arrogance chinoise

      Alors qu’on aurait pu penser que son regard critique sur le capitalisme aurait pu gagner en radicalité après la crise de 2008, c’est l’inverse qui se produit, on assiste à une régression intellectuelle. Navrant.

  6. Hors sujet? Peut-être; vous me direz.
    C’est dans quarante six heures!! Non, dans soixante puisqu’on a le lundi de Pentecôte!! Encore soixante heures Monsieur le bourreau!! Demain il n’y aura plus que quarante heures et après demain il y en aura moins encore. Trouvera-t-on une solution?? Vous le saurez demain en écoutant le ènième épisode de notre grand radio feuilleton… Ceux qui ont mon âge se souviendront de Zappy Max.
    Ca me fait penser à l’année dernière avec l’insoutenable suspense de la hausse ou de la pas hausse du plafond de la dette américaine. Le Sénat va-t-il signer? Vous le saurez demain…..Et finalement tout a été signé ce qui a permis aux affairistes de continuer comme avant. Le weekend prochain ça va être pareil. Une solution va être trouvée. On parie? C’est du moins ce qui va nous être dit. Et les affairistes vont pouvoir presser le bon peuple d’un cran supplémentaire puisque « nous l’aurons échappé belle ».
    Alors on nous parle de la Grèce notre grand mère à tous, de la Démocratie, bientôt de l’Art et du nu masculin, pourquoi pas.
    Puisqu’on en est, et sans doute avec raison revenu aux racines d’un mal que l’on ne comprend plus il faut tout de même remarquer que la Grèce est le plus au sud des pays européens et que l’opposition qu’on est en train de vivre devient de plus en plus une opposition entre les chrétiens méditerranéens et les chrétiens puritains c’est à dire entre l’aile gauche et l’aile droite de la chrétienté. Soleil contre froid; besoin de règles contre besoin de jeux; Olympe contre Walhalla. La raréfaction des ressources dont personne ne veut entendre parler mais dont tout le monde est probablement conscient va nous forcer à choisir. Je vais même un peu plus loin.Je pense qu’à travers ce que nous appelons tous maintenant le déclin de l’Occident c’est le monothéisme qui est en crise, l’Islam représentant de plus en plus l’aile gauche de celui-ci face à l’aile droite du Judaïsme, le Christianisme oscillant entre les deux. Hédonistes contre puritains, laisser aller contre rigueur, appréhension du futur contre appréhension de l’instant. Avoir ou être. Nous ne sommes pas seulement à l’aube d’un changement de système mais au seuil d’un changement d’époque et donc de mythologie.
    Guère surprenant qu’on se sente perdu.

  7. Actuellement, en Grèce, le gouvernement technique gère les affaires courantes mais ne prend pas de décisions politiques, le parlement est en congé (ou dissout ?) depuis la décision de refaire l’élection, il n’y a personne aux commandes pour organiser un éventuel retour à la Drachme, dont d’ailleurs les grecs ne veulent pas. Il ne devrait donc rien se passer, ni avant ni après l’élection du 16 juin.
    Mais Bloomberg a le droit de faire peur à ses lecteurs et de mettre en avant une fragilité factice de l’Euro, c’est moins grave que de parler sérieusement de la Livre sterling, par exemple.

    1. Vous croyez vraiment qu’il n’y a « personne aux commandes » dans un « gouvernement technique » ? Si je peux ranimer quelques souvenirs d’enfance, je crois me souvenir qu’en cas da vacance ministérielle, mon père (en Belgique) rendait compte au Cabinet du roi. J’imagine qu’il y a un équivalent en république. Les juristes de droit constitutionnel me corrigeront / préciseront.

      1. Bonsoir Paul.
        Le roi s’informe des affaires comme il peut en l’absence de ministres, ce n’est pas autant lui qui signe les décrets, jamais (en Belgique), et encore moins qui ne prenne de décisions importantes.

        En Grèce, se lancer dans l’aventure de lâcher l’Euro pour la Drachme sans soutien populaire, sans parlement ni gouvernement légitime et reconnu à l’étranger, c’est invraisemblable, celui qui tenterait le coup se ferait lyncher, car sans doute ni la police ni l’armée ne le soutiendrait seul contre tous.
        Ni Syrisa ni ND ne veulent quitter l’Euro, que l’un ou l’autre gagne l’élection et, avec le soutien des européens moins les allemands, il ne se passera rien au sujet de l’Euro.
        Il n’y a pas de système d’éjection automatique en cas de défaut, surtout si c’est envers la BCE, qui n’est pas systémique.
        Que la Grèce soit éjectée de force de l’Euro, par exemple à Frankfurt, n’a pas de sens et en ferait un passager clandestin de l’Euro, qui est SA monnaie nationale, il faudrait une occupation militaire pour imposer une autre monnaie.

        L’Allemagne a épousé la Grèce et les autres, pas question de la jeter dehors après l’avoir mit sur la paille, un divorce coûte toujours cher.

  8. J’ai de plus en plus de mal à suivre les explications d’Olivier Berruyer.
    Moi il me semblait que c’était les dépôts qui faisaient les prêts et non pas le contraire comme il l’affirme.

    De plus, il me semble que les banques ont la possibilité d’utiliser l’argent des LTRO comme elles le souhaitent, mais qu’elles préfèrent les mettre au chaud à la BCE en attendant peut être de payer avec les échéances de leurs dettes….

    « “mais c’est ignoble les banques ne re-prêtent pas cet argent de la BCE” ou “les banques ne jouent pas le jeu”. Quand vous lirez de tels propos, changez rapidement de source d’information :

    “Si vous ne lisez pas les journaux vous n’êtes pas informé, et si vous les lisez vous êtes mal informé…” [Mark Twain]

    Nous avons expliqué dans ce billet pourquoi ces remarques étaient la démonstration de l’ignorance du fonctionnement de la monnaie centrale – cette monnaie circulant normalement en circuit fermé, elle ne peut guère être re-prêté aux particuliers ou entreprises pour des raisons physiques. De plus, il n’y a pratiquement jamais de limite externe à la création monétaire par les banques commerciales, la seule est le niveau de la demande jugée solvable… Bref, les banques ne “manquent jamais d’argent” si elles ont envie de prêter. »

    http://www.les-crises.fr/impacts-refinancements-bce/

    1. @ ced

      Olivier considère que les reconnaissances de dette (le fait que la banque reconnaisse vous devoir de l’argent lorsque vous y déposez de la monnaie) sont des moyens de paiement, en passant outre le fait que sur le marché inter-bancaire, tous les règlements se font en monnaie centrale (émise par la banque centrale) et pas en reconnaissances de dette, que personne n’accepterez. Sa définition de la monnaie est simple : tout ce qui sert à payer. Il part donc du principe que lorsqu’il utilise sa carte bancaire, c’est l’argent sur son compte qui est utilisé pour régler son paiement. En réalité, sur son compte il n’y a qu’une reconnaissance de dette, et lorsque sa banque doit honorer le paiement envers la banque du vendeur, elle le fait avec de la monnaie centrale et non pas avec une reconnaissance de dette que la banque refuserait évidemment, puisque ce n’est pas de la monnaie. CQFD.

      En temps normal, la reconnaissance de dette donne donc l’illusion d’être de la monnaie, car il « semble » qu’elle fonctionne comme une monnaie. En réalité, il n’y a aucun échange dans le système bancaire qui ne se règle en monnaie centrale, et les banques commerciales se contentent d’enregistrer des reconnaissances de dette sur les comptes, en reprêtant la monnaie qui y est déposée. Lorsque les choses se gâtent (panique bancaire par exemple), tout le monde réalise très rapidement en voulant récupérer son argent qu’une reconnaissance de dette, ce n’est pas de la monnaie, et qu’il y a bien plus de reconnaissances de dette en valeur qu’il n’y a de monnaie centrale. Et que donc de facto, la reconnaissance de dette n’est pas de la monnaie.

      De plus l’affirmation que la monnaie centrale ne circulerait qu’en circuit fermé est partiellement fausse : si c’est vrai de la monnaie centrale scripturale, qui ne s’échange qu’entre banques commerciales et banque centrale, ce n’est pas le cas de la monnaie fiduciaire – pièces et billets – qui s’échangent évidemment entre tous les acteurs économiques.

      1. « Sa définition de la monnaie est simple : tout ce qui sert à payer. »

        Il ne respecte même pas cette définition. Ou plutôt il oublie d’expliciter des sous-entendus.
        Si j’échange une voiture contre un frigo, il va pas dire que la voiture est une monnaie. Et de même si j’utilise une monnaie locale ou un échange de services, c’est pas comptabilisé. Au final, on finit avec une définition digne de l’arnaque de la mise en bourse de face de bouc: « est monnaie tout ce que les banques disent que c’est monnaie même si les banques n’en veulent pas dans les faits comme monnaie ».

      2. Tain, quand tu lis ça : Bref, les banques ne “manquent jamais d’argent” si elles ont envie de prêter. »

      3. @vigneron: tu sais le plus marrant dans tout ça? Le leap met en exergue cette explication farfelue d’Olivier Berruyer après avoir dit dans leurs analyses qu’il n’y aurait pas assez d’argent sur le marché pour fournir tous les prochains emprunts d’Etat.

      1. @Leboutte, si tu réponds à Roma, c’est que tu as lu le papier de Lordon. Non?
        « Mais tout est faux, ou bien malhonnête, dans cette histoire de BCE en danger. On se demande en effet s’il faut invoquer la bêtise ou la duplicité pour rendre raison de ces discours dont certains vont jusqu’à faire de la BCE une sorte de zombie-bank, plus leviérisée que ne l’était Lehman Brothers en septembre 2008 – le lecteur, convenablement apeuré, est invité à conclure de lui-même que les « mêmes conséquences » devraient s’ensuivre –, asseyant son bilan à un coussin ultra mince de 2 % de fonds propres, quand Bâle III exige 7,5 % des banques privées. « Tout ça n’est pas sérieux » conclut d’un ton grave Georges Ugeux qui se trouve trop seul à avoir la clairvoyance inquiète [8] et se rêve peut-être en moderne Cassandre, extralucide mais inécouté.

        En effet, tout ça n’est pas sérieux, à ceci près que le « ça » en question renvoie moins aux supposés périls auxquels la BCE se serait déraisonnablement exposée qu’aux divagations du commentateur qui n’a pas tout à fait compris qu’il était de la dernière ineptie d’appliquer les catégories ordinaires de l’économie financière à la banque centrale, entité par construction absolument dérogatoire du « droit commun ». Source ultime et souveraine de la création monétaire, une banque centrale, par définition, se moque comme d’une guigne de sa leviérisation, de ses ratios de solvabilité ou de sa propre liquidité (!), considérations qui n’ont rigoureusement aucun sens pour elle ; et s’il lui a fallu des fonds propres au commencement de son existence, c’était tout simplement pour avoir de quoi se construire un bâtiment et financer son besoin en fonds de roulement (recrutements, consommations intermédiaires). En temps normal, oui, la banque centrale fait des profits sur ses opérations ordinaires, grâce auxquels elle continue de couvrir ses charges, payer quelques dividendes à ses actionnaires (les Etats) et faire du report à nouveau ou quelques investissements en équipements divers. Mais l’éventualité de faire des pertes et de « détruire ses fonds propres » est pour elle en principe un non-événement pour cette raison simple que, émettrice même de la monnaie, elle peut monétiser ses propres pertes et, si besoin est, s’auto-recapitaliser par création monétaire.

        Il serait donc temps pour quelques commentateurs d’apercevoir le non-sens qui consiste à user des catégories économiques ordinaires à propos d’agents économiques extra-ordinaires. Car, de même qu’il est inepte de parler de « faillite » à propos d’un Etat (un Etat est souverain et ne laisse pas saisir ses actifs, il fait défaut et envoie la terre entière se faire voir chez Plumeau), de même la banque centrale n’est pas justiciable des arguments de l’économie bancaire ordinaire, et si l’on peut tout de même parler à son propos de profits et de pertes, ces notions n’ont pas pour elle exactement le même sens, entendre les mêmes conséquences, que pour n’importe qui d’autre, et ceci précisément parce que la banque centrale est dans l’économie l’instance ultime de validation (ou de non validation) des pertes de tous les autres agents – à commencer par les siennes.

        En effet, lorsqu’une entreprise fait temporairement des pertes [9], elle les soumet à la validation de sa banque qui lui accordera (ou non) des crédits pour les surmonter. La banque elle-même apporte ses propres pertes consolidées, notamment issues de décisions de validation qui ont mal tourné, à la validation de l’étage supérieur, celui de la banque centrale. Et puis ? Et puis stop ! Car la banque centrale est le sommet du système, c’est-à-dire la source ultime et souveraine de validation de toutes les validations. De même qu’il n’y pas de nuages « au-dessus » du soleil, il n’y a rien au-delà de la banque centrale, perspective sans doute un peu effrayante pour tous ceux qui croient, à la manière des nostalgiques de l’étalon-or, qu’il y a quelque part dans l’économie des ancrages ultimes « réels » et substantiels – qui ne mentent pas.

        Pour tous ceux-là, il va donc falloir trouver des mots rassurants afin d’expliquer qu’en fait non : dans l’économie en particulier comme dans le monde social en général, il n’y a que des ancrages institutionnels, en dernière analyse (clause importante) cristallisations autoréalisatrices de croyances collectives… mais (donc) toujours susceptibles d’être défaits. C’est pourquoi d’ailleurs pas tout à fait « et puis stop ! ». Car, tout extra-ordinaire qu’elle soit, la banque centrale ne saurait échapper à cette condition et, comme pour toute institution, la possibilité de la décomposition ne peut être chassée de son horizon. Elle prendra la forme soit d’une sédition politique (populaire) à l’encontre de ses orientations de politique monétaire (la direction que la BCE s’attache si bien à prendre…), soit d’un rejet de la monnaie en période hyper-inflationniste, c’est-à-dire quand son passif aura enflé au point, non pas d’alarmer les central bank watchers qui consultent son bilan toute les semaines et croient leur marotte universellement partagée, mais quand par un effet de percolation les agents commenceront à éprouver concrètement l’excès de liquidité environnant.

        En tout cas elle n’aura en aucun cas la figure que lui fantasme Georges Ugeux qui confond banque privée et banque centrale, et croit que Lehman Brothers donne à la BCE de profondes leçons à méditer pour son propre compte – mais tout ceci sans doute pour mieux donner lui-même consistance et nécessité au titre-vocation de son blog qui en appelle à « démystifier la finance »…

    1. Impossible de ne pas débattre , et en détails , de cette copie hors-norme de LORDON……..!!!

      1. Si tu veux débattre Lordon tu vas sur le diplo. Ici c’est Jorion. Non mais!…
        @Hououji Fuu, le « pessimisme rageur » se nomme acide lucidité. Quant au « pari de l’humain », c’est encore un pari…

      2. @Renou :

        Acide lucité, je pense que c’est une question de point de vue puisque, tout comme moi, cette acide lucidité fait un pari : celui d’un statut quo et de l’impossibilité d’un changement raisonné. Personnellement, je préfère mon pari sur l’intelligence des gens – sur l’humain. Bien sûr, il est sans doute moins évident, beaucoup plus compliqué et difficile à réaliser, il exige du travail de terrain partout et tout le temps, mais si on ne le fait pas, si on n’essaie même pas, on ne peut pas conclure à sa futilité. 😉

        Et je persiste à penser qu’il faut absolument essayer, et faire tout ce qu’on peut, chacun à son petit niveau, pour amener une prise de conscience et un changement. C’est mieux que d’attendre la catastrophe en sirotant un jus de fruit, un café, une bière ou autre verre de rosé – même si c’est très agréable quand il fait beau et chaud 😉

        Sinon, même si ça ne m’est pas adressé, je reprends votre réponse disant qu’on discute de Lordon chez Lordon : je trouve, personnellement une fois encore, ça dommage. Parce que justement c’est la confrontation, le débat d’idées, l’explication, le décodage et le décorticage des arguments de chacun qui permet d’avancer. Evidemment, je n’imagine pas un seul instant que chaque papier de Lordon se retrouve ici et discuté ici, ça n’aurait pas de sens, et ça devrait se faire, effectivement, sur le blog de Lordon ou sur le Diplo. Mais bon, quand un article au contenu plus interpellant pour celui ou celle qui le lit lui donne envie de pouvoir l’analyser ici, avec justement le point de vue et l’éclairage de tous les intervenants de ce blog, je trouve dommage que cela ne puisse se faire. Ou alors, il faudrait que les intervenants d’ici acceptent d’aller taper la discut là-bas, une fois le signalement de l’article fait ici mais, là encore, je sais trop bien que les intervenants (dont je fais évidemment partie) sont des créatures d’habitude et très territoriales, qui se tiennent généralement à leurs territoires et n’aiment pas aller en terrain moins connu ou moins maîtrisé 😉

    2. Lu (il faut prendre le temps ^^). Merci pour ce lien !

      Difficile de résumer la réflexion qui naît de cette lecture. En gros, je ne peux que suivre Lordon lorsqu’il enlève à l’économie les oripeaux qui lui donnent l’arrogance de se qualifier de « science » et qu’il revient aux fondamentaux, à savoir qu’il s’agit de politique. Economie politique. De la vie des gens, des peuples, des rapports de force entre les différentes catégories, de la soif insatiable de pouvoir et de richesses inhérente à chaque être humain – mais mieux domestiquée chez certains que chez d’autres, et pour ceux qui sont en-dessous mais les ressentent, ce n’est que le jeu de ces rapports de force – et de tout ce qui en découle.

      Tout de même, quelques interpellations :

      Le FESF, lui, plongerait de 107 milliards d’euros, c’est déjà autre chose. Les pertes se répartiront entre les pays contributeurs au prorata des apports (20,3 % pour la France soit 21,5 milliards d’euros tout de même), à l’occasion de quoi on va s’apercevoir des limites des stratégies qui pensaient régler le surendettement des uns en surendettant les autres qui ne l’étaient pas encore. A la figure de Münchausen (le baron qui croyait pouvoir se sortir de la vase en tirant sur ses propres lacets) il faudra en tout cas ajouter celle de Némésis, déesse de la vengeance – car il y a comme une sorte de justice immanente à ce que les pays du « centre » qui ont si bien poussé la Grèce au désastre en aient leur part de retour.

      Lorsque Lordon dit cela, je suis son raisonnement, mais je ne peux pas, personnellement regarder et me réjouir ou applaudir. En effet, ceux qui auront à payer, à subir – avant, espérons-le, de se rebiffer, mais la forme et les conséquences de cette révolte, comme il le dit lui-même peuvent aller vers Syriza ou Aube Dorée, pour reprendre l’exemple grec – ce sont bien, encore une fois, les peuples.

      La révolution par le chaos et la misère…Certes, c’est toujours cela qui a amené les révolutions, mais ne pourrait-on pas, cette fois, essayer de faire les choses différemment ? Ne pourrait-on pas évoluer, changer, grandir et, pour une fois, changer sans devoir passer par la case misère-désespoir-guerre ? On me dira qu’on y est déjà, à cette case, que nombre d’européens, de plus en plus nombreux y sont coincés, englués comme des Fous de Bassan dans une marée noire déclenchée par Total ou autres gentilles compagnies soucieuses de notre bien-être.

      Moi, je dis qu’on n’y est pas. Pas encore, loin de là. Qu’on ne mesure pas de quoi on parle. Et qu’on mesure encore moins les conséquences, et donc que l’on est en incapacité totale de réellement prendre les paris et lancer les dés. Moi je dis qu’il y a moyen de s’en sortir. Je dis qu’on peut trouver une issue par le haut. Que rien ne nous en empêche, si ce n’est la volonté politique. La volonté politique, c’est celle des peuples. N’en déplaise à certains, c’est la volonté de l’électeur qui se rend à un scrutin, par exemple en Grèce. Par exemple en France.

      En temps normal, oui, la banque centrale fait des profits sur ses opérations ordinaires, grâce auxquels elle continue de couvrir ses charges, payer quelques dividendes à ses actionnaires (les Etats) et faire du report à nouveau ou quelques investissements en équipements divers. Mais l’éventualité de faire des pertes et de « détruire ses fonds propres » est pour elle en principe un non-événement pour cette raison simple que, émettrice même de la monnaie, elle peut monétiser ses propres pertes et, si besoin est, s’auto-recapitaliser par création monétaire.

      Là, si quelqu’un peut prendre deux secondes pour répondre, ça m’éclairerait. Je pensais justement que la monétisation poserait de toute façon – intrinsèquement ? – problème, même à une BCE : en effet, même si on peut suivre Lordon sur son image de soleil au-dessus duquel on ne trouve plus de nuages, l’Europe n’est pas seule au monde. Il y a d’autres puissances commerciales et financières – aux USA, en Chine, en Inde, au Brésil, etc. Et donc, forcément, ces opérations de monétisation(*) auraient des impacts, sans compter que monétiser c’est créer du papier qui n’est pas appuyé sur de la valeur réelle produite…non ?

      (*) dans les proportions évoquées. Je rapproche ça, de façon très simpliste, d’une recette de mousse au chocolat : si je rajoute un blanc d’oeuf pour faire un peu plus de quantité sans pouvoir augmenter la proportion de chocolat, seuls les palais les plus affûtés s’en rendront compte, par contre, si je rajoute dix blancs d’oeuf, ça va être téllement évident que tout le monde va trouver ça dégueu et que plus personne ne voudra en manger ! (enfin, bon, c’est très simpliste et régressif, comme exemple, je l’avoue volontiers)

      un Etat est souverain et ne laisse pas saisir ses actifs, il fait défaut et envoie la terre entière se faire voir chez Plumeau

      Là, je suis en principe d’accord avec ce que dit Lordon, sauf que les choses ne sont pas aussi simples. Un état comme la Grèce n’est pas auto-suffisant, il doit importer des marchandises, dont certaines sont vitales pour sa population : les médicaments, pour ne citer qu’eux. Je lisais il y a quelques jours dans Athens News la description des préparatifs menés en sous-main pour tenter qu’il n’y ait pas d’interruption brutale et complète de l’approvisionnement en médicaments et autres produits hospitaliers, de la part de sociétés créancières qui auraient, dans le cas évoqué, décidé de tirer un trait sur un marché mort et totalement « incrédible ». Donc, envoyer les créanciers à la gare, certes, mais si on doit encore leur acheter des trucs après, c’est pas top… non ?

      Enfin, bref. J’ai encore plein d’autres questions et d’autres réflexions qui se bousculent, mais ça ferait un roman, et sans doute un roman barbant (ah, Proust ! 😛 <– OK, OK, tirez pas ! 😉 ).

      Au final, je me retrouve à partager pas mal de choses qui sont dites dans cet article, mais je ne peux pas être d'accord avec le pessimisme presque rageur qui y est étalé. Je suis probablement une incurable romantique, mais je pense qu'on peut sortir des crises – de cette crise majeure qui est l'agonie d'un système qui est arrivé au bout, sauf si on le laisse encore agoniser, le temps de tous nous bouffer. Les prolongations tardives du petit souper bruxellois de hier me semblent porteuses de progrès. Pour feutrée qu'elle fut, je pense que la confrontation France-Allemagne que Lordon appelle de ses voeux pourrait bien commencer à se mettre en place. Et, pour revenir à mon optimisme béat, je pense qu'on peut faire le pari de l'intelligence des gens. Le pari de l'humain. Et qu'ensemble, les peuples peuvent forcer un changement majeur. Et dans ce scénario, mon scénario naïf, la Grèce et ses élections du 17 juin sont un espoir.

      Les grecs sont notre meilleur, et (peut-être) dernier espoir de changement.
      (copyright : « Babylon 5 was our last, best hope…for peace. » Babylon 5 intro 😉 )

  9. Pour en revenir à l’article de bloomberg, c’est clair que l’auteur parle bien de ce we, « prolongé » ici comme aux états-unis, puisqu’il parle de 46h de délai entre fermeture et ouverture des bourses.

    Le titre 46h est racolleur, c’est un fait. Moi ce qui me choque surtout c’est l’absence d’explication du pourquoi de ce we et pas après les élections; ou du moins son absence de formulation claire et présentée en début d’article. Il faut lire entre les lignes que seul le bank run (retrait de cash des banques par les grecs) serait la raison de se précipiter avant une élection? Comme l’a très justement expliqué HP, il faudrait vraiment que la raison soit gravissime (soit un bank run énorme) pour anticiper les élections. Info ou intox de la part de Bloomberg?

    La phrase suivante m’interpelle: « A country leaving the euro zone should introduce its new currency at parity with the euro,” Capital Economics economists led by Roger Bootle wrote in a paper submitted for the 2012 Wolfson Economics Prize ». Est-ce exact, quelqu’un peut confirmer? Si c’est le cas, il y a de quoi retirer ses euros avant leur conversion car la nouvelle monnaie sera d’office dévaluée?

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