ELINOR OSTROM (1933-2012)

Ce n’est pas tous les jours qu’il nous est donné de regretter la mort d’un prix « de la Banque de Suède à la mémoire d’Alfred Nobel », dit « Prix Nobel d’économie ». J’avais eu le privilège d’assister à l’un de ses exposés il y a quelques mois à Paris.

Elinor Ostrom se préoccupait de la relation durable pouvant exister dans le meilleur des cas entre nos économies et la planète que nous habitons. Elle avait exploré les formes multiples que peut prendre la propriété privée, aujourd’hui et aux différentes époques de l’histoire humaine, et en particulier les manifestations de propriété collective. Ses travaux constituent une base solide pour une réflexion sur la manière de changer (dans le bon sens) nos manières de vivre.

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10 réflexions sur « ELINOR OSTROM (1933-2012) »

  1. Elle avait reçu ce prix à la place de l’inventeur de ce qui est nommé maintenant la copule de Gauss. C’est ce dernier qui aurait dû le recevoir. Les CDO ont explosé entre temps. Alors ce comité s’est rabattu vers des travaux que certains ont traité de « politiques ». C’était l’époque où on parlait de moraliser le capitalisme.
    Vu son amoralité assumée, c’était sans espoir.
    Cette dame nous a montré qu’on peut faire avec ce monde. Elle a montré que la propriété privée n’est pas un phénomène absolu sans variantes possibles. Elle a montré qu’on peut aller au-delà de l’économie pour étudier ce truc.
    Je partage votre tristesse à son sujet.

  2. Monsieur Jorion, vous parlez souvent des solutions possibles, des pistes à explorer pour refonder les échanges économiques de nos sociétés capitalistes. Mais même si j’ai découvert votre blog récemment, je n’y ai pas vu solutions concrêtes pour atténuer la transition qui risque d’être brutale de la chute du capitalisme.
    Peut être cela a t’il été abordé dans des sujets précédants.
    Un exemple tout simple. Admettons que x ait un crédit immobilier. Que se passerait’il si sa banque venait à faire faillite. Il doit y avoir des précédants dans les différents pays ou une telle situation est arrivée. Ce monsieur x, sa dette est elle rachetée par d’autres créancier ? Peut elle être renégociée avec des intérêts différents et le conduire dans une situation inextricable ? A t’il intérêt si c’est dans ses moyens de solder son crédit?
    A t’il intérêt aussi de diversifier ses biens et sous quelles formes
    Beaucoup d’autres sujets peuvent être abordés : le maigre capital des plus démunis détenu en euro peut disparaitre, l’or, l’argent sous sa forme « métal », les devises de certains pays, les coopératives, les associations d’entraide et je n’entre pas dans les sujets style survivalisme

  3. … une très très grande dame nous quitte.

    Ses travaux constituent peut-être la plus intéressante contribution à la compréhension des phénomènes économiques de ces 50 dernières années, entamant la grande fusion à venir de la philosophie politique et de la gestion, au détriment de ce qui continuera de s’enseigner pour quelque temps encore comme « science économique ».

    Rares sont les ouvrages qui m’auront autant fasciné par l’ampleur des problématiques abordées (d’autant qu’au départ nombre de ses travaux ne devaient intresser qu’elle…), la minutie et la rigueur des analyses, l’originalité des solutions de recherche, et la clarté du propos.

    Voilà une bien triste nouvelle. J’aurais tellement aimé la rencontrer. Tristesse.

  4. Elle essayait d étudier ce qui est commun : « the commons »
    Sa démarche analytique de « ce qui est commun », l’ a conduite à définir des principes en vue d’ une « bonne gestion » de ce qui est commun.
    Comme on pouvait s’ y attendre ici, la liste de ces principes s’ agrandit de correctifs-additifs comme le petit delta de l équation de Black And Scholes :
    « The above principles have since been slightly modified and expanded to include a number of additional variables believed to affect the success of self-organized governance systems, including effective communication, internal trust and reciprocity, and the nature of the resource system as a whole.[13] »

    Il faut partir de la synthèse avant de lancer la machine analytique : ce qui est commun ne peut pas être défini (si brièvement) , quand des livres entiers sont consacrés a sa gestion.
    Ce qui est commun se montre tout en se modifiant dès que l’ observateur observe.
    Goethe avait compris cela lorsqu’ il a construit sa théorie des couleurs ainsi que la morphogenèse des plantes , il ne concevait pas ces phénomènes indépendamment de l’ observateur qui doit faire l’ effort de se libérer de son préjugé qui pollue la perception, et gêne la saisie opportune du phénomène typique et réel, plutôt qu’ une créature idéelle mimant le réel perçu ayant sans cesse besoin de correctifs pour maintenir ses fragiles jointures.

    1. Dit autrement ici :
      http://michel.bitbol.pagesperso-orange.fr/epistemoform.html

      « . L’émergence du substrat de la prédication et celle du prédicat surviennent respectivement à travers deux modes de l’expérience anté-prédicative: la «visée identificatrice» et l’«expérience ex-plicatrice» . La visée identificatrice, qui unit synthétiquement la multiplicité de perspectives de profils ou d’aspects présentés par la perception, en une expérience ouverte du même, constitue le préalable de l’acte de référence à un objet identifié. L’expérience ex-plicatrice, quant à elle, avec sa tension anticipatrice, avec sa façon de projeter l’intérêt vers les aspects qu’on s’attend à trouver en cas de modification du point de vue adopté sur un même objet, est à la base de la prédication. Une anticipation attestée, et confirmée par la reproduction d’un phénomène en cas de réitération d’une certaine situation perceptive, peut en effet se traduire par un prédicat assigné à l’objet visé.
      Mais qu’arriverait-t-il si les circonstances phénoménologiques de cette double stabilisation, du prédicat ainsi que du substrat de la prédication, n’étaient pas réalisées? Que se passerait-t-il en cas de désordre total de l’«expérience anté-prédicative»? Il arriverait rien moins que ceci: la disparition des conditions d’un discours objectivant faisant usage du jugement prédicatif; et par conséquent aussi la dérobade des moyens d’en dire quoi que ce soit. « 

  5. Elle avait compris l’importance de l’utilité. Elle explique une partie des raisons du gaspillage. Et la propriété privée a un rôle déterminant dans la gestion des ressources environnementales. La propriété a au delà de sa fonction structurelle (identité, appartenance, socialisation…), une fonction usuelle (respect du patrimoine naturel, anti gaspillage, gestion raisonnée…). La valeur d’échange a annihilé l’utilité. Les financiers ont également déconnecté la valeur d’usage (l’eau et le diamant) de la notion de monnaie (définition fonctionnelle) et d’échange (utilité). La rareté des ressources réconciliera naturellement mais violemment l’importance de l’usage avec les notions de propriété et d’échange. Seule une définition institutionnelle plus clairvoyante serait bénéfique pour la gestion de l’écosystème (la propriété) et pour l’instrument d’échange (la monnaie). Aujourd’hui, les ultra libéraux n’ont pas mis de limites (quantités et qualités) alors nous payons le prix fort (« borner » empêche l’excès ou l’abus). C’est une gourmandise !
    le devise des ultra libéraux : « tant que j’en ai, c’est qu’il y en a encore ».
    Mais surtout : « Pas de bras, pas de chocolat ».

  6. Bonjour,
    Je viens d’apprendre la triste nouvelle, en marge de « RIo+20 » suite à une visio-conf. avec Rio, organisée hier le 19/6 par les Petits Débrouillards 17sur les « ressources marines », ce qui me vaut de découvrir votre blog sur conseil de P. Mollo, notre interlocuteur hier à Rio, sur « plancton, pêche, menaces sur pêcheurs artisanaux brésiliens,… ».
    Oui, pensée d’Elinor Ostrom = éblouissante découverte de pensée pour moi, avec ses terrains sur Pêcheries du Maine, etc… ,que j’ai tenté de vulgariser, un tout petit peu, en enseignement halieutique, autour d’un jeu « CyberPêche »…
    Même après sa disparition, une vision, plus que jamais nécessaire…face aux menaces néolibérales de privatisation de la Nature, qui va rester grâce aux groupes « Commons » & en France, avec le CIRAD, …
    Pour répondre à « Bérézina » lire « Gouvernance des Biens communs » , traduc. en français 20 après la parution originale de « Governing the Commons, 2010 , De Boek.
    + voir::
    http://web.mac.com/jonaas17/Site_JONAAS/Prix_Nobel_CyberPeche_Lic_Pro_Aqua1.html
    http://lespetitsdebrouillardspc.org/IMG/pdf/rio_20_programme.pdf
    http://forio.com/simulate/jonaas17/cyberpeche/overview/
    Merci pour votre blog

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