TOUT EST NOUVEAU !

Je me retrouve dans la ville que j’ai quittée quand j’avais vingt-cinq ans. Mais l’apparente familiarité est trompeuse : toutes les constructions qui étaient noires sont maintenant blanches : la porte de Hal, les maisons de la grand-place, la cathédrale Sainte-Gudule – qui a aussi changé de sexe, et qui s’appelle maintenant : Saint-Michel !

Acheter une carte de tram est devenu une énigme plus dure à résoudre que le mystère de l’oreille cassée lui-même. Alors que c’était la chose la plus simple du monde : on en demandait une au receveur, qui ne vous riait pas au nez si votre carte de crédit n’était pas belge – lesquelles n’existaient d’ailleurs même pas !

Je prépare des cours, comme je l’avais fait pour la dernière fois dans un tout autre pays en 1984 – j’aurais dû y lire un signe sur les temps à venir.

À part quelques très rares amis ici ou là, d’il y a quarante, cinquante, voire soixante ans, tous les visages auxquels je m’adresse dans une journée sont ceux de gens que j’aperçois pour la première fois : des visages que je scrute à tout hasard pour les resituer, mais qui me sont en réalité inconnus.

Tout est nouveau ! À nouveau !

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47 réflexions sur « TOUT EST NOUVEAU ! »

  1. Quand je retourne dans le village de mon grand-père paternel…en Lorraine… soixante ans après une brève scolarisation dans l’école du village… je visite un village fantôme. Là où des fermes animées se serraient les unes contre les autres dans le village-rue… quelques résidences secondaires vides, quelques maisons abandonnées éveillent mes souvenirs: là il y avait le bistrot du village, tenu par mon oncle, plein à craquer le dimanche, où les parties de belote s’éternisaient , où on disait « nonante », là les tas de fumier devant le banc du « couarail »(=bavardage)…
    Désormais il reste une grosse ferme et ses gros tracteurs, une zone où on a recherché des gaz de schistes. Les vignes familiales et les vergers ont disparu avec les familles.
    Voilà le résultat de quelques décennies de « progrès » mal géré.
    Et si on inversait la machine infernale? Et si on donnait envie de reconstruire une partie de la vie relativement autonome de nos campagnes avec bien sûr quelques touches de « progrès »?
    Finalement le gigantisme destructeur a aussi tué un style de vie moins toxique pour la planète…mais on ne le savait pas. Mon grand-père avait compris que tout changerait; quand il a vendu son dernier cheval de trait, il pleurait, peut-être pas seulement parce qu’une page de sa vie se tournait…
    Grand-père, le jour où on inventera le téléphone pour communiquer avec le passé… je te raconterai… si je suis encore là

    1. Grand-père, le jour où on inventera le téléphone pour communiquer avec le passé… je te raconterai… si je suis encore là

      Vous l’avez sûrement déjà fait dans le futur, et c’est pour cette raison qu’il pleurait. Comme vous avez encore je choix, je vous conseille de vous raviser !

  2. Bonjour,

    Je connais cela même si j’ai fait le voyage dans l’autre sens, de France en Belgique et que cela ne fait « que » 15 ans, l’étape suivante est de croiser effectivement des gens avec qui on a été à l’école, je ne parle pas de l’université, je parle du primaire et du début du secondaire, quand nous étions encore des enfants. Alors on touche du doigt d’une façon inhabituel que le temps a passé.

    Bonne continuation.

  3. Oui je comprends, lorsque je retourne à Nantes que j’ai quittée depuis 13 ans j’ai les mêmes sensations. C’est aussi enrichissant d’avoir un regard extérieur sur un endroit qu’on a intériorisé.

      1. Tiens, c’est marrant. Je viens de comprendre l’avantage de grandir dans une cage à lapins de banlieue et de s’en sauver dès qu’on a des jambes. La nostalgie ? Connais pas.

      2. Mor,

        Et bien moins, dans le même contexte, j’ai quand même la nostalgie d’une forme de convivialité. Les réunions en bas du bloc jusqu’à plus d’heure et les conversations à bâtons rompus que nous enviaient alors la descendance petite bourgeoise… C’était « mon » bon temps.

      3. On se comprend, je crois. Pour ma part, je préfère dissimuler ce genre de nostalgie. La dernière fois que j’ai entendu refaire le monde en bas d’une cage d’escalier, c’était pas beau à écouter.
        Mais on peut être fiers, nous aussi. On a une histoire de bravoure et de résilience à raconter. En plus, on a sauvé Paris : http://www.ina.fr/art-et-culture/architecture/video/CPF86635169/entretien-avec-pierre-sudreau-ministre-de-la-construction-amenagement-de-la-region-parisienne.fr.html

  4. Ah ah ! …Tout est nouveau, à nouveau… C’est touchant, quoi…

    Vivre un présent ouvert est, comme écrit le poète Zéno BIanu, fuser / dans une innombrable / première fois.

    Il nous faudra bien renaître un jour : regarder à nouveau, être à nouveau, vivre à nouveau ; face à / vers d’autres, et plus dignes, plus vitales, horizons… Nous tous.

  5. Ca c’est ce qui permet de rester jeune ou à tout le moins de vieillir moins vite! Gary adorait l’Asie parce que « quoi que j’y fasse et quelque personne que j’y rencontre je m’y sens étranger ». C’est une des raisons pour lesquelles je me sens si bien en Afrique. Yourcenar disait « qu’on n’est jamais aussi bien qu’ailleurs ». Il y a des gens qui ne supportent pas; d’autres aiment bien. Ce sont les touche à tout ou les esprits plus vastes. Reste le retour « aux sources », que je trouve personnellement un peu agaçant mais si tout a changé ça en épargne l’ennui.
    J’ai beaucoup aimé votre premier cours.

  6. Bonjour Paul,

    Mes symptômes sont bien pires.

    Après quinze ans vécus sous de lointains tropiques, me voilà en Belgique depuis trois mois.
    Je repars d’ici une paire de semaines, comptant les jours et les heures qui me libèreront du rêve délirant qu’est devenu ce pays qui n’est plus vraiment le mien.

    Les p’tites grenouilles dans la marmite ne sentent pas que l’eau devient très chaude.
    Elles trouvent cela très confortable et finiront cuites à point.

    Ce sera donc sans moi.

    Ouf!

      1. Devinez!

        Je vous guide par « ça chauffe » ou « ça gèle ».

        Vous avez droit à six propositions.

        Bonne chance.

      2. là où il n’y a pas de centrales nucléaires
        pas de moustiques
        pas de serpents
        pas trop d’imbéciles( c’est dangereux en nombre)
        pas trop de tremblement de terre
        beaucoup de solidarité

        l’antartique?

    1. Apparemment, les propositions non plus.

      Tentez votre chance, c’est gratuit.

      Sinon, passez votre chemin.

      Recevez mes amitiés.

      PS : je commente sous mon vrai nom qui n’a aucun lien avec un homonyme référencé sur Google. Ergo, les pseudos c’est pas mon fort.

  7. Réfuter le principe d’identité ou montrer ses limites devrait nous permettre de nous libérer du joug de la pensée unique sur le vrai. Un nouvel ordre devrait jaillir et libérer les esprits dont nous avons besoin, mais encore ameliorer leur faculté d’écoute.

    La retraite ce n’est pas pour tout de suite

  8. Un daimôn en col blanc a soufflé la lanterne de Diogène et de Gudule. Quelqu’un pour la rallumer, qu’on y voie plus clair ? Hou, hou !

  9. Les temps ont changé !! Pour plus de « compétitivité », ne devriez-vous pas ouvrir un cabinet de lobbying vers le rond-point Schuman ??

  10. Dans mon village natal du massif central, que j’ai quitté il y a 40 ans, il y avait 4 bistrots, 5 restaurants, 1 dancing, 1 boucher, 2 boulangers, 2 épiceries, 1 mécanicien, 1 charron, 2 menuisiers, 1 forgeron, 2 serruriers…. Il n’y a plus de dancing, plus de restaurants, plus de boucher, plus de menuisier, 1 chauffagiste qui va prendre sa retraite, 1 épicerie type URSS aux rayons vides, 1 boulanger. 1 seul bistrot, ou mes anciens copains d’enfance trainent. Il y a ceux qui étaient partis et sont revenus une fois à la retraite, et ceux qui ne sont jamais partis. Pas beaucoup de différence.
    La plupart vote extrême droite. La moyenne d’âge du village qui a perdu les 4/5eme de sa population frise les 80 ans. Je ne m’attarde pas. 2 agriculteurs sans salariés travaillent à eux seuls l’ensemble des terrains de la commune, avec force tracteurs.
    Le virage est pris. Dans 10 ans, ce village entier sera vide. Comme des milliers d’autres. Des jeunes s’installent plein d’espoir, et repartent plus pauvres.
    C’est dans un département français connu pour ses présidents de la république…

    1. Ouais oh faut pas pousser la mamie corrézienne dans les orties non plus. J’ai encore un bon paquet de ma famille de la branche corrézienne qu’est toujours par là-bas et pis quoi ? Z’ont de belles zautoroutes et ils mangent des pommes et moins de châtaignes non ? Ça baigne.
      Par contre les richissimes familles du négoce et des vignobles libournais, du genre Moueix ou Janoueix, z’étaient bien d’Corrèze, ancêtres venus faire les vendanges à St É, patins-couffins… Et je parle pas de Fayat, numéro 4 du Btp français derrière les géants, et vrai de vrai bordelocorrézien première génération.
      Les bouffeurs de castagnes ? Té c’est nos aveyronnais à nous les gironflons. On a généreusement laissé le tout venant des bougnats et gargottiers ruthènes à la capitale d’en-haut.

  11. Nul n’est prophète en son pays,et là, après une longue pérégrination ulyssienne vous seriez sur le point de faire exception.

  12. quand on ne voit pas les enfants pendant un certain temps
    c’est fou ce qu’ils grandissent vite!

    le reste du monde aussi s’est métamorphosé
    et pas qu’en surface

    il faut aller au delà des apparences et chercher dans les recoins les gens qui travaillent au changement autrement que dans les apparences.
    bon courage , ça fatigue pas mal au début,
    et des fois on pique des crises de fou rire devant l’incongruité de certains processus…

  13. Je crois que nos vrais ancrages sont les valeurs que l’on possède, celles qui nous gardent de la folie que la spirale oblige mais qu’elle ne peut pas nous enlever.

    Pour moi, mourir et renaître appartient au jeu du « nouveau », dont les intentions hostiles et constantes brisent « la chaine du froid ».

    La lutte est raide, j’en conviens, on pourrait bien en mourir…

    Mais si nos ancrages ont pris place dans notre coeur qui bat et dans le coeur de celui qui compte, alors, je crois que tout n’est pas perdu, qu’on peut avancer librement dans la vraie vie sous l’oeil bienveillant de nos référents disparus.

  14.  » Il y a un mystère dans ma vie …dont la base est que je ne suis pas né à Marseille le 4 septembre 1896 , mais que j’y suis passé ce jour là , venant d’ailleurs, parce que , en réalité , je ne suis jamais né et que je ne peux pas mourir . Pour les ânes médicaux- légaux, c’est du délire; pour certains de la poèsie, pour moi , c’est de la vérité comme un bifteck aux pommes frites ou un coup de vin blanc au comptoir d’en face  » . Antonin Artaud .

    L’avenir n’est à personne ;
    La vieillesse nous appartient .

  15. Ce n’est pas simplement une question de lieu, d’arrivée ou de départ, c’est tout simplement la vie
    imaginez maintenant que certains scientifiques qui prétendent que parmis les nouveaux nés actuels l’homme millénaire de demain est né.
    on peut en douter vu la conjoncture et la direction que prend l’humanité et l’état dans lequel elle laisse la planète
    mais si c’était vrai? si la médecine nous concoctait une vie aussi longue?
    quelle tristesse
    petit à petit tout serait étranger
    on quitterait ses femmes, ses amis, ses familles
    vu la surpopulation on n’aurait d’ailleurs plus le droit de faire d’enfants
    la vue d’une femme enceinte? terminé
    le rire d’un enfant qui joue ? terminé
    bon j’arrête j’ai le bourdon!

  16. En fait, avant le Xème siècle, il existait peut-être une chapelle du nom de Saint Michel, puis s’installa une collégiale de St Michel et Ste Gudule (et ses quelques reliques)
    Dans les années 60, le bâtiment devint une cathédrale et prit alors le nom de St Michel uniquement.

    Mais bon, quand je suis arrivé à Bruxelles il y a seulement quelques années, tout le monde parlait de Ste Gudule, et encore aujourd’hui. Tout le monde avait oublié St Michel. Quelle ironie…

    1. Si ce qu’on apprend sur le net est exact , il semble bien que Michel ait précédé Gudule dans la cathédrale ( dont j’ai lu que ce qui différenciait son fronton de Notre dame était son style brabançon) .

      J’ai lu aussi qu’un saint + une sainte , ça faisait Saints Michel et Gudule . Je me demande si des saints le restent quant on a affaire à un couple .

      Chez Gudule , j’ai bien aimé la légende selon laquelle un ange venait rallumer la lanterne que le diable s’acharne à éteindre .

      Sutout si ça permet de mieux y voir les aristocrates de la finance qui y seront pendus .

  17. « Heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage et puis a retrouvé, après maintes traversée le pays des vertes années »… »Quelle est belle la liberté, la liberté » … pour reprendre les paroles d’une chanson de Georges Brassens.

    1. Vos mots me rappellent ces vers de Borges, extraits du poème Arte poética (L’art de la poésie) :

      On raconte qu’Ulysse, rassasié de prodiges,
      Pleura d’amour en retrouvant son Ithaque
      Verte et humble. L’art est cette Ithaque
      Riche d’une verte éternité, non de prodiges.

      Le poème, complet, ici

  18. « Une équipe de scientifiques de l’Université d’Oxford a prouvé que les mondes parallèles existent. La théorie de ces mondes est apparue en 1950. Hugh Everett a proposé que chaque nouvel événement dans l’univers, peut-être, provoque sa séparation. Ainsi, le nombre d’univers alternatifs tend vers l’infini. La théorie avait été reconnue comme tenant du fantastique et oubliée. Cependant, à l’université d’Oxford l’équipe a conclu que Everett était sur la bonne voie. Les calculs montrent que les structures arborescentes en formes de buissons, qui se forment au cours de la désagrégation de l’univers en versions parallèles de lui-même, expliquent les résultats de la nature probable de la mécanique quantique. Les scientifiques affirment qu’il est inévitable que nous vivons dans l’un de ces nombreux mondes parallèles, et non pas dans un monde unique » Voice of Russia.

    Dans l’un de ces univers PJ n’a jamais quitté Bruxelles, dans un autre il est toujours aux EU. Moi-même, à l’instant, je viens de basculer dans un monde différent.

  19. je n’ai ni village natal, ni maison d’enfance.
    seulement une ville qui ne m’appartient plus,
    seulement une île à présent perdue.

  20. Quoi!?

    Vous êtes dans le ventre de la Bête et vous n’ êtes pas content?

    Je sais parler des heures de Bruxelles, y ayant vécu la majeure partie de ma vie. Je ne voudrais pas y retourner et n’ ai qu’ une idée en tête, quitter le pays. Moi qui contrairement à vous n’ ai jamais presque voyagé.
    J’ aimais cette ville, comme tant d’ autres en Europe, elle est magique ; il faut y marcher, le soir, après la pluie, au printemps, en été, regarder. De devenir capitale de l’ Europe ne lui a pas réussi je crois, sinon qu’ au moins on sait situer le pays sur une carte maintenant. Maintenant je vis dans le Brabant wallon ; un mélange de boers, de nouveaux riches et de vieux. Horrible!

    Là je suis trop mal que pour vous inviter à prendre le café, que je fais très bien et sans voiture vous n’ arriverez pas chez moi (35 km_en train < 2 ou 3 h, en voiture 25 min).
    Mais si, vous, plus tard, un jour, désirez voir comment ce pays devenu ultra libéral traite certains de ses ressortissants, je suis entièrement à votre disposition, l' anthropologue que vous êtes sera ravi.

      1. @ rahane
        se promener dans la ville
        comme on irait aux bains.
        entrer dans l’atemporalité
        Bain c’est ça l’Truc ultime.
        In the belly of bath-town…
        « Steaming »

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