Vaincre les craintes en montrant d’autres rivages, par Michel Leis

Billet invité. Réponse à CRAINTIFS INVÉTÉRÉS vs CRÉATIFS VERTÉBRÉS, par Al

« N’ayez pas peur, une autre voie est possible », c’est mon adresse aux craintifs invétérés. Car sans l’appui de ces craintifs, nul changement n’est possible, du moins dans le contexte d’élections démocratiques. Ils sont légion, comme vous le rappelez dans votre billet, c’est la limite et la contrainte de l’exercice, la peur a toujours été une norme sociale dominante qui peut facilement être instrumentalisée dans la conquête du pouvoir. Et ne classons pas trop vite les créatifs vertébrés du côté d’un progrès aujourd’hui perdu, la créativité s’est exprimé sans retenue ces dernières années dans l’appât du gain et la faculté d’improvisation dans cette capacité toujours renouvelée « à tout changer pour que rien ne change ».

Éclairer de nouvelles voies, en exprimer le caractère réaliste, n’est-ce pas faire preuve de créativité ? Mes propos ne sont pas antinomiques de la nature humaine que vous décrivez. L’exploration de nouveaux territoires nécessitera une grande faculté d’improvisation et un pragmatisme sans limites, tout ne peut être écrit. Il ne s’agit pas d’établir un nouveau plan quinquennal vers une société plus juste, nous savons tous que la planification ne peut prévoir tous les aléas d’un univers complexe, sans compter qu’il n’y a sûrement pas un seul chemin pour y parvenir, ni même une combinaison unique de solutions pour un monde meilleur. Non, mon propos n’est pas de créer un TINA 2.0.

Faire exister cette parole, lui donner de la crédibilité et de la visibilité, c’est d’abord contribuer au rééquilibrage des rapports de force entre les acteurs du système. La situation de déséquilibre actuelle contribue tout autant que les craintes qu’expriment les individus à cette « vie figée… on ne peut plus rien faire… Nous avons perdu la liberté ». La créativité ne peut s’exprimer dans toute sa plénitude que quand elle n’est pas confisquée au profit d’un groupe limité d’individus. « Ouvrir les possibles » est aussi une question de contexte, celui d’un équilibre relatif entre pouvoir politique, monde économique et citoyens, c’est ma position de « Social-Démocrate extrémiste » évoquée dans un précédent billet.

Une démarche construite sans chercher à obtenir le consentement (au moins partiel) d’une majorité de la population, c’est renouveler la démarche des avant-gardes éclairées accédant au pouvoir à l’occasion d’une révolution pour construire un meilleur des mondes, l’expérience montre qu’il prend vite le goût amer du cauchemar. On ne peut opposer les craintifs invétérés et les créatifs vertébrés dans un conflit sans issue, on doit juste vaincre les craintes en montrant d’autres rivages, « n’ayez pas peur »…

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