NARCISSE PHILOSOPHE, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité

Approche-toi. Vois, toi qui te crois abouti,
Le difforme reflet de ton vaste appétit.
Vois, toi qui crois qu’on est beau dès lors qu’on s’en flatte,
Ce que la paix nourrit de guerres qui la gâtent,
Ce qu’il traîne de nuits dans les ors du matin,
Ce que la rébellion met de fers au mutin,
Ce qu’il faut de bourreaux pour détester les vices,
Ce qu’un dieu charitable entretient d’injustices,
Ce que la loi produit de forfaits impunis,
Ce que l’amour flétrit de pétales bénis,
Ce que l’attachement calcule en l’abandon.
Regarde, sonde-toi, Narcisse, et cesse donc
De vouloir être. Sois ! Sous ce ciel insalubre
Qui livre au démagogue, haruspice lugubre,
Sa tripaille d’espoirs mort-nés, Hier soldant
Demain, sous ce ciel lourd d’un futur obsédant,
Sous ce ciel contagieux qui te donne la fièvre
Des lointains, des à-pics fuyant à pas de lièvre,
Des fleuves expirants dans les bras d’océans
Qui ne sont déjà plus que pluie unie aux vents,
Tu méconnais la grâce immense qui t’est faite
De pouvoir te défier depuis ton propre faîte.
L’horizon du miroir t’apprend comme on s’abîme.
Tombe en toi-même et tu sauras comme on s’arrime.

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