Ukraine : les méchants ne sont pas tous du même côté, par Patrick Duprez

Billet invité, en réaction à la vidéo de Paul Jorion évoquant la situation en Ukraine

Bonjour Paul Jorion et bravo pour votre sage réaction sur l’Ukraine.

En effet, nous ne sommes pas informés d’une manière objective, la situation là-bas est complexe et les « méchants » contrairement à ce que la presse française voudrait nous faire croire, ne sont pas tous du même côté.

Certes, on peut comprendre qu’un peuple écœuré par la corruption et le népotisme, lassé par les difficultés à vivre et le manque de liberté se révolte et se laisse séduire une fois de plus, par les « sirènes occidentales » et par le « mirage » d’une Europe néo-libérale jamais avare de promesses (non tenues).

Et pourtant, le monde occidental (et l’Europe) ne sont pas exempts de toute responsabilité dans la situation économique et sociale que connait l’Ukraine actuellement, puisque les multinationales ont activement participé à la curée générale et au dépeçage de l’économie des ex-pays de l’Est après la chute de l’URSS.

Il est évidemment plus facile de tout mettre sur le dos des « oligarques » qui sévissent à l’est de l’Europe (comme autrefois les SS20 !), plutôt que de mettre en cause un système économique inique qui n’a pas d’autre but que d’accumuler des profits sans fin, au détriment d’un nombre toujours croissant de terriens.

Quant à la corruption en Ukraine comme ailleurs, elle a été et est consubstantielle sous une forme ou une autre, au système capitaliste libéral qui a comme devise depuis Mandeville que les « vices privés font le bien public » (évasion et fraude fiscales en sont des exemples parmi d’autres).

Il est à noter que c’est le sentiment d’avoir été floué et trahi, survenant dans un contexte général de montée des inégalités et des injustices sociales, qui est en grande partie responsable de la montée de l’extrême droite et du nationalisme presque partout en Europe (et notamment en Ukraine).

N’en déplaise à notre « philosophe » tombeur de « despotes », la peur des « russophones » d’Ukraine et de tous les démocrates sincères est parfaitement légitime, lorsqu’on constate que parmi les manifestants de la place Maïdan, les nationalistes xénophobes habités par la « haine du Russe » étaient très nombreux. Quant aux néo-nazis dont certains arboraient fièrement à la vue de tous les médias le nombre « 88 » en tatouage, ils étaient d’autant moins un épiphénomène que la communauté juive d’Ukraine commence à s’inquiéter de la montée de l’antisémitisme ambiant (lire Marianne n°880).

Par ailleurs, le problème de l’Ukraine (dont une grande partie de la population est russophone) ne peut être réglé (et c’est le travail des diplomates) sans tenir compte des intérêts et des inquiétudes légitimes de la Russie.

On sait hélas, en cette année de commémoration de la Grande Guerre, jusqu’où les surenchères nationalistes et xénophobes peuvent mener l’Humanité et rien ne me laisse penser qu’une nouvelle guerre en Europe pourrait être « propre » et moins meurtrière que par le passé.

Je n’aimerais pas pour ma part que la guerre (que je considère comme le mal absolu) soit un des moyens (comme Paul Jorion le redoute) pour « effacer la crise » et repartir pour un nouveau cycle qui je n’en doute pas, risque d’être le dernier car rien de fondamental n’aura été résolu.

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