Inauguration du musée Soulages à Rodez, par Jean-Paul Ramel

Billet invité

Inutile de rédiger une énième redite de l’inauguration du musée Soulages, le week-end dernier, ou de vous présenter le peintre. Toute la presse s’est emparée de cette actualité ces derniers jours ; vous pourrez satisfaire votre curiosité sur internet.

J’étais présent, dans cette lointaine province. J’ai pu m’effrayer dans un premier temps de ce tohu-bohu inhabituel par ici : la tranquille ville de Rodez a même eu droit à ses manifestations…

Nous étions nombreux, très nombreux, même encore le dimanche matin… comme un défi lancé à la patience du visiteur.

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Qu’elle est donc cette manifestation provinciale capable de drainer tant de public dans une ville peu habituée jusqu’ici à un tel charivari ?

En Occident, le noir est associé à la tristesse. Ce que réalise Soulages doit être l’exception à la règle : sa peinture est tout sauf triste.

Le plus étonnant, c’est qu’il arrive à rendre et nous montrer un noir lumineux dont nous ignorions l’existence.

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Car il s’agit bien du noir en tant que couleur et non pas du noir, celui qui nous est habituel : il reflète intensément la lumière en un faisceau de couleurs.

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C’est un paradoxe étrange sous nos yeux, pour le photographe il constitue un véritable défi : impossible de traiter son ouvrage en noir et blanc, ce serait le trahir…

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Regarder cette peinture, c’est discerner la lumière qu’elle exhale, les subtiles couleurs qu’elle reflète et décompose.

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Plus encore, tournez autour : elle acquiert épaisseur, texture, énergie, force, chatoiement dans les reflets de notre « circumambulation »

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Le défi du photographe, passer outre aux contraintes techniques épouvantables :

– très faible lumière ambiante ;

– autorisation de prendre des photos, mais inadéquation « du pied » de par la fréquentation du site ;

– quasi impossibilité du respect de la couleur et de l’ambiance sombre du musée ;

afin de trouver sa propre voie, tout en restituant celle du peintre. D’établir avec lui et sa peinture ce dialogue qu’il a souhaité. L’écouter et s’écouter. Le voir. Le humer. Tourner autour pour le ressentir.

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Soulages : « La peinture, c’est une relation entre trois entités, la peinture elle-même, le peintre qui la fait, et le spectateur qui la regarde »

Pour Soulages, l’oeuvre doit être vécue comme une expérience sensible et intellectuelle, par le peintre comme par le spectateur.

Les difficultés techniques résolues, reste à montrer ce que nous avons perçu, ressenti, de ces monuments de douceur qui nous font face.

Un très grand défi pour qui considère que « photographier, c’est sculpter la lumière » : devant nous, cette sculpture a pris forme dans une couleur la plus simple qui soit, d’une complexité inouïe. À nous de savoir la montrer à notre tour.

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Si vous souhaitez vivre un grand choc, venez, pendant la période de l’exposition temporaire « Outre-noirs » : là sont réunies des pièces majeures de ce discours en noir. Ses fameux « Outre-noirs » rassemblés en grand nombre vont bientôt disparaitre en se dispersant dans leurs musées d’origine.

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Pour ceux qui ne connaissent de Soulages que sa noirceur féconde, d’autres surprises s’offrent à vous : il n’a pas commis que son grand oeuvre au noir.

En voici un échantillon, visible sur place, dans la collection permanente.

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Jean-Paul Ramel

jp.ramel@wanadoo.fr

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