On nous vole la connaissance pour mater les derniers récalcitrants, par Boris Verhaegen

Billet invité. À propos de Le temps qu’il fait le 13 juin 2014.

Je lisais Henri Laborit tout à l’heure (Éloge de la fuite). J’aboutissais à la conclusion que le système qui nous entoure utilise depuis 40 ans tous les acquis de la science sociale, psychanalytique, et comportementale à des fins de marketing, pour conditionner les tendances sociétales. (Les mots de Laborit tapent particulièrement juste).

J’ai entendu récemment les déclarations d’un économiste selon qui il faudrait retirer les fonds pour « ces sciences/études qui ne servent à rien » : sociologie, anthropologie, science politique, psychologie etc. Bref, les sciences humaines. Il arguait gentiment qu’elles ne produisaient rien pour la société (en comparaison sûrement de ses compétences d’homme d’affaire rentable).

On nous vole la connaissance : celle qui permet de comprendre le système tel qu’il est.

Laborit explique très bien que c’est par la compréhension des mécanismes inconscients qui nous animent que nous pouvons exploiter à notre avantage ces dominances originelles en prenant conscience de l’absence de liberté qui les sous-tend. Il cite J. Sauvan : « La liberté commence là où s’arrête la connaissance. » La liberté est bien sûr vue ici comme étant la naïveté de croire qu’on est libre, car on est soumis aux diktats de l’inconscient que l’on ne connaît pas. D’où l’exploitation des connaissances dans ce domaine à des fins de marketing, de manipulation des esprits.

L’article du Guardian mentionné dans Le temps qu’il fait le 13 juin 2014, sur la militarisation des sciences sociales, montre comment le système mobilise ses dernières ressources pour contrôler les révolutions pacifiques.

C’est quoi les révolutions pacifiques ? C’est le gros échec de la manipulation médiatique de masse. Ce sont ces intellos qui réfléchissent le monde et qui choisissent de le refuser.

Inacceptable ! On investit donc des millions de dollars dans des recherches qui n’ont qu’un but : mater les derniers récalcitrants.

En mettant des millions dans ces programmes sociologiques pour, dans le même temps, afficher clairement le désir d’éliminer la sociologie des programmes « publics », ils s’assurent la mainmise sur les solutions à l’équation du système qui font encore défaut actuellement.

Non seulement, l’effet de seuil est largement étudié par eux, (« The project will determine « the critical mass (tipping point) » of social contagians by studying their « digital traces » ») mais l’article confirme une fois de plus le fait que les riches en ont décidément marre des pauvres.

Nous vivons une période clé. Si les sources de l’information que j’ai lue sont fiables, ce sont plus de 200.000 policiers militaires qui sont déployés partout au Brésil pour assurer le bon déroulement du mondial de foot. La police est en grève, les militaires l’ont remplacée. Des robocops au cerveau soigneusement lavé. On nourrit les soumis avec les jeux du cirque pendant qu’on étudie comment en finir une fois pour toutes avec les derniers insoumis.

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