Une proposition en vue de remettre la planète en état, par Philippe Soubeyrand

Billet invité.

Bonjour Monsieur Jorion,

Votre série intitulée « C’est pas du boulot ! », dans laquelle vous nous livrez un état des lieux très précis de la situation, ainsi que votre message adressé à messieurs Hollande et Gattaz, me conduisent à suggérer la proposition suivante.

Plus que jamais, notre société souffre aujourd’hui du déni des ravages de l’individualisme. Dans ces conditions, comment pouvons-nous imaginer un changement des mentalités sans lequel la remise en question nécessaire de la propriété privée ne peut-être envisageable ? Dans ces mêmes conditions, comment pouvons-nous initier une prise de conscience collective sans laquelle la reconstitution de notre planète demeure hors de portée ?

Parallèlement à tout ceci, nous le savons maintenant, le « chômage technologique » est devenu une donnée non négligeable du système complexe observé dans lequel nous évoluons. Votre exemple récent intitulé « Zut ! J’ai pas amené de dentifrice ! » nous en apporte une preuve concrète sachant qu’il en existe d’ores et déjà beaucoup d’autres. C’est dans ce contexte que l’idée « d’allocation universelle » est suggérée, voire parfois même débattue comme ce fut le cas récemment en Suisse. Dans ces conditions, comment pouvons-nous éviter de sombrer dans une oisiveté excessive qui n’en demeure pas moins dangereuse tant elle peut conduire l’individu à se distraire de la violence et de l’oppression, ce que Victor Hugo démontrait déjà dès 1869 lorsqu’il évoquait l’oisiveté de la noblesse dans « L’Homme qui rit » ? Dans ces mêmes conditions, comment pouvons-nous éviter la mise en place d’un nouveau modèle économique incapable d’éradiquer la soumission, la misère et la passivité ?

La solution à toutes ces interrogations se situe peut-être au niveau de la responsabilité, de l’engagement, voire du volontariat.

Aussi, tout individu donnant un sens à sa vie par le biais du travail qu’il fournit, pourquoi ne pas envisager une grande réforme du statut de VSI (Volontariat de Solidarité Internationale) afin de permettre et proposer à chacun de nous la voie de l’engagement dans l’action collective ?

Pour le moment, le statut de VSI est régi par la loi du 23 février 2005 et dépend directement du Ministère des affaires étrangères. Une réforme de ce statut semble indispensable notamment en terme d’indemnisation du volontaire qui est très limitée et n’est pas considérée à ce stade au même titre qu’une rémunération. Si nous voulons susciter un grand élan collectif en faveur de la reconstitution de notre planète, il faut avant tout songer à rendre ce statut beaucoup plus attractif en tenant compte par exemple du produit du SRoI (Social Return on Investment) du VSI engagé et de l’inverse de son empreinte écologique. De la même manière, le financement du VSI se ferait par le biais d’une nouvelle forme de taxation des agents économiques (entreprises, entrepreneurs, actionnaires, salariés, propriétaires, consommateurs, machines, robots, logiciels, etc.) qui serait indexée sur le produit du SRoI d’un agent donné et de l’inverse de son empreinte écologique, sachant que plus le résultat de ce produit serait élevé, moins important serait le montant de la taxe correspondante, voire nulle dans le cas exclusif du VSI.

À ce jour, seulement 2.500 VSI sont mobilisés chaque année par les associations agréées. Cette grande réforme du statut de VSI doit repousser les limites actuelles afin qu’au moins 250.000 personnes puissent être mobilisées chaque année pour une durée indéterminée…

Cette grande réforme du statut de VSI serait alors un premier pas et s’inscrirait sans doute parfaitement dans la démarche « Pour une économie positive »…

Car après tout, c’est évident, « Reconstituer la planète, c’est du travail… et de l’emploi »… qui plus est, de l’emploi valorisant et durable qui nécessite une sensibilité que les machines n’ont pas !

Il s’agirait là sans conteste du seul choc de complexification/diversification qui n’ait encore jamais été envisagé. Il contribuerait certainement à la reconstruction de notre écosystème. Il contribuerait probablement à « une « sortie par le haut » du présent cauchemar sociétal »…

En outre, en montrant ainsi la voie à suivre aux autres nations, la France serait à l’origine d’une vaste action collective sur le plan international…

Cette grande réforme du statut de VSI devrait-être débattue sans attendre ! Il y va de « La survie de l’espèce » toute entière…

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46 réflexions sur « Une proposition en vue de remettre la planète en état, par Philippe Soubeyrand »

  1. Il faut donc se faire entendre par le Ministère des affaires étrangères, que cette proposition soit prise au sérieux, débattue et prise tout court!

  2. A la lecture de votre texte, je me dis qu’il y a encore mieux….et que cela existe déjà !! Cela s’appelle wwoofing, workaway, helpX….réseaux d’échanges internationaux, mais sans doute existe-t-il aussi des .échanges encore moins formels…

    Pourquoi mieux ? Parce que c’est réellement hors des cadres, et en cela, vient irriguer des espaces non conformes, qui sont simplement l’expression d’une diversité naturelle d’activités.

    Mieux aussi parce que tout financement par l’activité économique est une dépendance, un contrôle, et dans une certaine mesure, une acceptation de cette activité. Un exemple récent de ce genre de mariage est la présence à bord des airbus A 380 de suite à 25 000 euros avec Jacuzzi à l’étage, tandis que la cale renferme de l’aide humanitaire….C’est pas trop mon truc.

    Depuis plusieurs années, j’accueille dans le cadre de ma petite exploitation agricole, des jeunes du monde entier dans le cadre de ces réseaux. 100 personnes en trois ans sont venues ainsi partager la vie de la maison, et nourris et logés, participer pour la moitié du temps aux activités sur place.

    Je ne vais pas poster un roman, mais sachez bien que pour beaucoup d’entre eux, le co-voiturage, l’entraide, le don de soi, le respect de la Terre, et de l’autre, l’idée de mettre en commun son énergie sans compter, de bien s’alimenter, de ne pas gaspiller, ni polluer, d’échanger des savoir faire, etc etc sont des évidences !.

    Voilà le meilleur site à mon avis :

    http://www.workaway.info/

    Cette expérience au combien enrichissante montre un monde meilleur en marche, sans bruits, sans publicité, mais croyez moi, infiniment vaste et actif ! Je ne crois pas que ce soit un phénomène marginal, et j’ai beaucoup plus de confiance pour quelque chose comme cela, qui vient d’en bas, que pour une réforme venant d’en haut pour favoriser une évolution.

    1. Bonjour Thomas,

      Et si justement ces initiatives pouvaient à la fois venir d’en bas et d’en haut ?
      Car c’est maintenant aux Etats de prendre leurs responsabilités tant le temps nous est compté…

      Le mastodonte s’est emballé… S’il trébuche lourdement, toutes ces initiatives que vous évoquez trébucheront hélas avec lui par ricochet ; l’erreur de ces initiatives étant malheureusement de croire qu’elles peuvent s’en sortir en restant à l’écart…

      Nous avons donc besoin d’un choc de complexification/diversification afin que nous puissions retrouver un juste équilibre entre destruction et reconstitution de nos ressources… Or un tel choc ne peut hélas venir que d’en haut afin de susciter le plus rapidement possible l’action collective indispensable à cette reconstitution qui nous fait défaut, sans quoi le mastodonte trébuchera…

      Je vais maintenant préciser mon propos en répondant au commentaire de Michel un peu plus bas.

      1. Merci de votre réponse, elle clarifie que vous avez encore de l’espoir en haut, bien plus que moi, mais j’espère que j’ai tort !!

        (je vous déconseille l’emploi de l’expression « choc de ceci-cela » qui caractérise à force d’être usée, l’absence totale d’action)

      2. Et si justement ces initiatives pouvaient à la fois venir d’en bas et d’en haut ?

        Comme ceci?
        http://agriculture-de-conservation.com/Nous-allons-faire-de-la-France-un.html
        http://agriculture-de-conservation.com/Stephane-le-Foll-sur-l.html
        Une agroécologie développée par la base, ingénieurs, centre de recherche, agriculteurs et reprise par le politique. Sans l’action de la base le ministre n’aurait jamais effectué cette démarche.
        Même s’il faut des décennies pour mettre en place ce réseau notre devoir est de le soutenir de toutes nos forces.
        Qu’en pense Thomas puisqu’il est agriculteur?

  3. Je ne veux pas décourager ceux qui s’impliquent directement, ou le souhaitent, pour « remettre la planète en état », mais ils ne peuvent agir que à la marge sans rien résoudre sur le fond.

    Le fond est que, pour durer, le système économique dominant DOIT ravager la planète, et toujours plus, (sous peine de tomber en récession, puis de s’effondrer.)
    Le problème est systémique.

    Et, si j’en crois les politiques, les économistes, les journalistes, que l’on voit partout et tout le temps dans les gros médias, il est hors de question de le changer, ni même d’en évoquer l’option.

    Alors que la solution passe nécessairement par là.

    Il est impossible, même avec toutes les bonnes volontés du monde, de lutter contre cette machine infernale.

    1. Certes mais Quid de ce blog dans ce cas?
      Sauver ce qui se peut, et pour cela profiter du cadre semble judicieux.

      1. Ce blog est une exception qui ne fait pas (encore) d’ombre aux gros médias… et c’est bien l’un des seuls moyens de diffuser une autre vision des choses.

        « Le monde diplomatique » (tiré quand même a 240000 ex, rien que pour l’édition française!) se bat depuis 60ans pour diffuser cette « autre manière de voir », dans l’ignorance la plus totale des gros médias (par ex. les JT)

        Par ailleurs, il ne faut pas se leurrer. Sans remettre en question le système économique, vous ne ferez au mieux que retarder un peu les échéances, (ok, c’est déjà ça) sans donc rien sauver à terme.

    2. Vous avez entièrement raison, et ce constat pessimiste nous sommes nombreux à le faire mais dans le commentaire de Philippe Soubey l’introduction est forte et est une base de réflexion :
      « Plus que jamais, notre société souffre aujourd’hui du déni des ravages de l’individualisme. Dans ces conditions, comment pouvons-nous imaginer un changement des mentalités sans lequel la remise en question nécessaire de la propriété privée ne peut-être envisageable ? Dans ces mêmes conditions, comment pouvons-nous initier une prise de conscience collective sans laquelle la reconstitution de notre planète demeure hors de portée ? » Car en fait les deux points de vue se rejoignent et mettent en accusation cette société individualiste, elle est la nôtre nous ne sommes pas séparés d’elle et nous en sommes une part. Il faut changer l’homme mais changer l’homme c’est se changer soi-même. Le travail commence par ce moi qui est en chacun de nous et qui brille individuellement. Il faut bien comprendre que nous faisons partie de ce monde, nous ne sommes pas à part, et même si nous sommes dans un monastère nous sommes dedans. Ce que je veux dire c’est que dés que l’autre est accusé il y a séparation et dispute, alors que si à l’inverse l’autre c’est également nous il y a unité. Pour initier une prise de conscience collective il faut d’abord cesser de diviser, de retrancher, de se protéger, de comparer, et ceci ne peut se faire que par un regard conscient sur toute chose, et sans arrière pensée de jugement, car juger revient à se séparer. J’admets, c’est quasiment impossible mais cela passe peut-être par une remise en question de l’éducation. C’est à dire qu’on nous a enseigné dés le plus jeune âge à être le meilleur, à écraser ou à dominer par la notation, ce n’est pas une voie d’enseignement, en procédant ainsi on apprend à l’élève seulement à trouver le chemin le plus efficace pour dominer. Donc il faut revoir les bases de l’éducation qui permettront aux « étudiants » de ne plus se comparer, et donc de ne plus se diviser, et donc d’être conscient que l’autre est soi-même, et le monde.

      1. Bien sur que nous participons tous, moi y compris, à ce système, d’ailleurs comment faire autrement, si ce n’est en s’en excluant ?
        Il est si bien fichu que nous avons tous intérêt à le faire perdurer, (ne serait ce que parce que nous avons besoin de gagner notre vie et, pour ce faire, accepter que notre travail participe éventuellement à la destruction de la planète)

        Sauf que ceux qui ont un maximum de responsabilité dans ce système infernal, sont ceux qui en tirent un maximum de profit, et ont de fait tous les pouvoirs, dont en particulier celui « d’éduquer » les gens de la manière qui les arrange.

    3. Pas d’accord,

      La chèvre de Mr Seguin n’avait aucune chance seule face au loup certes, et elle a pourtant tenu toute la nuit !
      Que serait-il advenu alors si tout le troupeau (ou du moins une partie) avait comme elle sauté la barrière et soit venu combattre ?
      Quoi qu’en dise le berger (« les politiques, les économistes, les journalistes »), la défaite contre « la machine infernale » n’est acquise que si l’on renonce à lutter contre elle.
      Résistance !

    4. Au risque de paraitre simpliste, je crois que c’est le VECU des personnes qui leur apporte un angle de vue sur le monde, et pas les discours ou les structures en place.
      Si nous retrouvons sur le blog, des mots qui résonnent en nous, c’est bien parce que notre histoire personnelle nous a prédisposés à cela.
      Alors deux voies possibles : Attendre tranquillement que le monde s’effondre, et change le vécu du plus grand nombre pour bouger soi-même, ou bien comme le colibri de base, porter sa goutte d’eau, maintenant.

      1. Sur les colibris ( il m’arrive de l’être ) , je crois comme Paul Jorion que cela ne saurait ,et de loin, suffire , même si c’est nécessaire .

        Dans la mesure où la condition fondamentale d’un mieux social et environnemental , est la mise hors d’état de nuire de la propriété , et que de mon point de vue , c’est la conscientisation forcément diffuse, confuse et lente de la finitude de la terre et de nos ressources , qui poussera à cette révision aussi bien psychique que constitutionnelle et de la ‘science économique » , il me semble que toute proposition , éclairage , bouquin , expérience , démonstration par l’agir ou le penser , est bonne à prendre et contribue à cette maturation, qui n’adviendra que sous la convergence et de la nécessité par le réel , et de la préparation de toutes les « applications numériques » .

        La proposition de Philippe Soubeyrand en est -t-elle une ? Sans doute , mais à mon goût un peu encore « dans les solutions du passé » , que le marché balaie ou pervertit sans effort depuis 50 ans .

        Car , dans l’esprit , c’est bien dans cette aspiration et conscience là , que je m’étais engagé comme fonctionnaire , il y a déjà trop de dizaines d’années .

        Et je ne le regrette pas .

      2. Le vécu conditionne notre vision du monde, notre sensibilité, notre comportement, c’est vrai !
        Mais plus important, c’est la « lecture » qu’on a de ce vécu.
        Se remettre en question, c’est accepter d’avoir une autre lecture de ce vécu.
        Tout le monde fait une remise en question de son éducation et de ses valeurs à un moment de sa vie. C’est la crise d’adolescence.

        Je pense que nous devrions tous faire une bonne crise d’adolescence pour en ressortir métamorphosé et plus confiant.
        Moi j’en fais une tous les 5 ans, ca me réussi plutôt bien 😉

      3. Même le colibri devra attendre que le système s’effondre…
        Ok, il semble plus positif d’attendre de cette manière, mais d’un autre coté le colibri n’est il pas un allié (qui s’ignore) de ceux qui ont intérêt à faire perdurer le pillage, en justement le rendant plus vivable, bien que globalement toujours sur une mauvaise pente?

      4. Bon, je ne dis pas que la proposition de Philippe Soubeyrand est mauvaise en elle même, et comme dit plus bas, je ne prétend pas que tous les colibris ont raison, vont dans le bon sens…comment dire…

        Il y a simplement certaines actions que je ressens comme « évidemment dans la bonne direction » et cela me conforte dans l’idée de ne pas faire que de la « contemplation catastrophique ».

        Monsieur Gagnot, qui classez le Colibri dans les nuisibles…et bien vous pourriez, pour accélerer le mouvement, faire le Colibri à l’envers, concentrer du capital, bruler cette planète le plus vite possible, ce serait, je crois, cohérent avec vos propos.

        En fait, pour résumer, je crois à un mouvement venant d’en bas aujourd’hui, et qui devra s’organiser d’en haut après que le vécu aura changé….

      5. @ Thomas 19 août 2014 à 14:52

        Au risque de paraitre simpliste, je crois que c’est le VECU des personnes qui leur apporte un angle de vue sur le monde, et pas les discours ou les structures en place.

        Vous avez parfaitement raison. Hélas, face à de semblables conjonctures générales, il y a autant de « VECUS » différents qu’il à de situations particulières.

        http://www.lepoint.fr/economie/qu-a-donc-appris-le-jeune-hollande-en-1984-19-08-2014-1854792_28.php#xtor=CS3-190

      6. Les colibris ont des aspects positifs évidents, je ne conteste pas ça.

        Ce que je reproche à nombre de membres de ce type de mouvement, est de croire que « si tous les gars du monde, etc… », tout rentrerait dans l’ordre, et de se donner bonne conscience à peu de frais, Alors que, par ailleurs, il participent bien au système, ne serait ce que parce qu’ils ont besoin de gagner leur vie, d’utiliser des services qui font partie du système, etc.

        Et ils font (trop souvent) l’économie d’une réflexion qui leur permettrait de comprendre LE problème, qui jamais ne sera résolu par des comportements individuels, aussi positifs soit ils.
        Un problème collectif ne peut se résoudre que par des règles collectives.
        C’est pour cela que l’on a inventé les lois, qui définissent le système (aujourd’hui désastreux)

        NB : Gabriel Rabhi, fils de Pierre Rabhi, a fait un film remarquable sur LE problème :

        https://www.youtube.com/watch?v=e4zFnEyKm3U

      7. @ Dominique Gagnot

        Un problème collectif ne peut se résoudre que par des règles collectives.
        C’est pour cela que l’on a inventé les lois, qui définissent le système (aujourd’hui désastreux)

        Vous avez parfaitement raison et il reviendra à la base d’expérimenter ces nouveaux procédés qui définiront un nouveau système et in fine des nouvelles lois mises en place par le sommet.
        Ne vous en faites pas pour la politique elle suit toujours, il faut définir un nouveau système et c’est la base qui peut le faire d’abord à la marge puis de manière collective et puis de plus en plus collective jusqu’à remonter au sommet. Il faut se projeter dans une évolution qui a déjà commencé et qui peut durer des décennies.

      8. Ne vous en faites pas pour la politique elle suit toujours

        Ah mais non! Les politiques ne réagissent que par la force (intelligente ou brutale) massive de la population, et pour l’instant il n’y en a aucune, Les colibris ne les menacent en rien!

    5. « Ils ne peuvent agir qu’à la marge sans rien résoudre sur le fond » dites-vous de ceux qui s’impliquent directement… Mais qu’est-ce que vivre, si on ne s’implique pas directement, là où on se trouve, en faisant ce qui est à sa portée ? Et si c’étaient eux, ces agissants modestes et inventifs, qui se trouvaient au cœur d’une refondation, précurseurs d’un renouveau espéré et inévitable ? Une transition certes probablement difficile s’annonce, un effondrement du vieux monde, un accouchement dans la douleur. Cependant c’est à mon sens un des dangers d’une mentalité, une lecture du monde que nous partageons dans nos pays riches, excessivement cérébrale, certes faisant preuve d’élévation mais ne prenant pas en compte les indices positifs aussi présents. Ce système économique dominant et ravageur à présent généralisé à la planète est certes notre reflet collectif, le reflet de nos mentalités, du triomphe matériel, technologique et communicationnel de nos sociétés occidentales. La conséquence sans doute d’une immaturité, (une forme d’angoisse poussant aux XVe – XVIe siècles les Européens à la conquête du monde, disent certains), et d’une rupture avec l’esprit de ce qui avait précédé auparavant dans ce monde fondant l’ordre des sociétés, de ce que nous connaissons des cultures traditionnelles (sans idéaliser – mais on peut aussi bien substituer à l’idée de progrès celle de dégénérescence, c’est un point de vue très défendable. Et peut-être la réalité n’est-elle ni l’un ni l’autre).
      Mais l’être humain est évolution, la prise de conscience d’un problème majeur pour l’humanité, quoique minoritaire peut-être, est de plus en plus forte, nous sommes dans une phase déterminante de l’évolution de notre espèce (dont les capacités dépassent tout de même celles des grands singes, quoique le lien de parenté existe bel et bien). Que se révèlera-t-il, à la faveur de circonstances exceptionnelles ? Ce sont bien les bonnes volontés du monde qui pourront apporter des solutions, à mon avis ; elles sont plus répandues qu’on ne le croit souvent. Notre regard est faussé par des habitudes de pensée, une valorisation du négatif par les médias en particulier. Les crimes font toujours la une et les candidats se font élire sur la peur que suscite la délinquance (2007), alors que ces crimes sont en diminution constante depuis plusieurs siècles… De cette présence de ces bonnes volontés témoigne un ouvrage récent et propre à redonner le moral, une lecture édifiante comme on disait autrefois (intérieurement constructive) : celle du « plaidoyer pour l’altruisme » de Mathieu Ricard. Une vision rigoureuse, éloignée des « bons sentiments », dressant un tableau sans complaisance de notre monde, mais donnant un espoir fondé en montrant une multiplicité de réalisations concrètes témoignant d’une réalité de la nature fondamentale des humains portée non à nuire mais à s’entraider.

    6. Bonjour Dominique,

      La machine est certes infernale mais elle n’est pas indomptable. Tout système, aussi complexe soit-il présente une faille (humaine). Et c’est dans cette faille que se trouve la solution. De nombreux outils tels que le SRoI ou l’empreinte écologique ne sont pas suffisamment pris en compte dans le fonctionnement de l’économie. C’est l’occasion de corriger le tir afin de retrouver ce juste équilibre dont je parlais précédemment. Et la grande réforme du statut de VSI peut-être cette occasion justement.

  4. Bonjour Monsieur Soubeyrand
    Vous dites ceci

    comment pouvons-nous imaginer un changement des mentalités sans lequel la remise en question nécessaire de la propriété privée ne peut-être envisageable ?

    Au risque de me répéter, je pense qu’il faudra abolir la rente de la propriété privée et conserver la propriété privée d’usage tournée vers la sobriété qui deviendra le vrai moteur de nos activités pour réparer la planète.
    Sans me vanter, en tant qu’électromécanicien ( j’ai 45 ans de carrière dans le dépannage, les réparations, les adaptations etc…) j’ai appris que tant qu’on n’a pas évacuer la cause qui fait qu’un système ne fonctionne plus ou fonctionne mal, il n’y a aucune chance de réparer quoi que ce soit.
    En ce qui concerne le changement de mentalité, une fenêtre d’opportunité s’ouvre quand au faible taux d’intérêt de l’épargne citoyenne qui est condamné à encore baisser et même à devenir négatif. Après bien entendu pas mal d’obstacles, de débats, d’efforts de convictions, il me semble qu’à terme les citoyens n’auront plus d’autres choix que d’investir dans la sobriété.
    Le fait que ce taux d’intérêt est pratiquement nul constitue en soit une abolition de la rente de la propriété privée.
    Je vais étudier le VSI que je ne connais pas bien.

    1. Le fait que ce taux d’intérêt est pratiquement nul constitue en soit une abolition de la rente de la propriété privée.

      Dans quoi, concrètement, voudriez vous investir, et en quoi ça résoudrait quelque chose ? (en fait je ne comprends pas ce que vous voulez dire)

      Ceux qui possèdent des biens, à conditions qu’ils soient nécessaires à d’autres, peuvent toujours en tirer profit, puisqu’il leur est toujours possible d’échanger l’usage de ces biens – nécessaires à d’autres – contre autre chose.

      1. Et bien investir dans la sobriété, c’est à dire vivre mieux avec moins et ce qui serait économisé servirait à faire autre chose qui pourrait être investi dans la sobriété et ce qui serait économisé etc….
        C’est un cercle vertueux mais la rente financière constitue l’obstacle majeur.
        On ne pourra pas toujours tiré profit financier de ses biens, le profit doit être payé par la création d’autre richesses qui doivent venir de quelque part et tout ce système butte sur les limites planétaires. En ce qui concerne le « profit sobriétaire » comme je le conçois il n’ya pas de limites planétaires.
        Ce que j’écris là n’existe pas dans la réalité il n’est que le fruit de mon imagination, mais il me semble que cela peut fonctionner si ça part de la base.

    2. Bonjour Michel,

      Le seul bémol d’un système comme celui dans lequel nous évoluons, c’est qu’il ne peut plus être arrêté pour être dépanné. Le risque de conflit est beaucoup trop important et est hélas corrélé à la durée du dépannage lui-même…

      Non, le système dans lequel nous évoluons doit subir des adaptations/corrections en plein vol. C’est la seule solution… D’où j’insiste, ce choc de complexification/diversification ; dans ma proposition, la rente est bien évidemment concernée par la taxation…

      1. Effectivement, nous devons réparer un réacteur d’un avion en plein vol sans que les passagers ne s’en aperçoivent avec en sus un délai très serré et une quantité de moyens limités

  5. Des doutes :

    N’y a-t-il pas un côté « scout », un peu trop sûr de soi dans les lieux et points d’applications du VSI ?

    Je fais un procès d’intention peut être, mais comment échapper à toute accusation de néo-colonialisme de ce brave homme plutôt blanc, qui, lui, « sait » ce qu’il faut faire pour reconstituer la planète, et part, sac au dos, s’en charger … Je caricature, mais quel est le garde-fou contre cela et l’assurance que la « mentalité », la « conception du monde » etc, des habitants du lieu est prise en considération , et plus que ça, intégrée systémiquement dans la démarche ?

    Je me demandais pour ma part si les « points d’applications » ne doivent pas profiter déjà de grande disparités existantes pour justifier des expérimentations qui seraient peut être dans l’esprit du VSI, mais trouverait aussi une résonance institutionnelle: Je pense par exemple au fait que le budget de la région Corse, par habitant, est 6 ou 8 fois celui des autres régions. Pour cause d’insularité, etc., je ne dis pas du tout qu’il faut remettre cela en cause, mais qu’au contraire, si un îlot territorial parvient à une certaine insularité écologique positive, on pourrait lui accorder une préférence similaire, basé sur le mécanisme de taxation que vous évoquez. Ainsi, un petit nombre d’habitants, mais décidés, auraient un bras de levier pour « lever des fonds publics » éco-sociaux. L’état de biodiversité de la Corse est plutôt réjouissant pour ce qui est des montagnes, malgré pas mal de chasse désordonnée. La plaine littorale (est) c’est une autre histoire. Si par exemple, des cantons du massif-central dans des bassins versants un peu amochés (ex lieux de mines, etc. ?) souhaitaient amender leur état écologique & social par un VSI-équivalent ? Pour ce qui est de faire du social en Corse, c’est une autre histoire, et elle est assez illustrative de mon premier propos: c’est pas le « pinzuttu » de passage qui va dire comment on fait (ou qu’est-ce qu’on dit et ne dit pas…).

    Cela lancé sans trop réfléchir, je ne doute pas de devoir voir quelques boulets me frôler.

    1. Vous êtes corse ?!

      Sur le fond , je suis en total accord que la mayonnaise , pour prendre, a besoin d’expérimentations sur des territoires auxquels il faudrait accorder une part de liberté d’initiatives .

      Voir mon commentaire citant le travail de Pierre Calame .

  6. Et il y a toujours des gens qui pensent qu’on peut « changer » les mentalités.
    Les publicitaires, les politiciens, les éducateurs et les religieux font cela tous les jours.
    Et vous croyez que ça marche ?

    1. Vous avez raison, on ne peut pas changer les mentalités de l’extérieur, elles se changent de l’intérieur en recevant de plein fouet l’exemple des autres. Ce changement est d’abord d’ordre individuel pour devenir collectif. Ce n’est qu’une impression.

  7. Pour réussir la grande mutation que sous tend l’obligation de « corriger » la propriété , il me semble que trois domaines devront progresser simultanément :

    – le discours politique , philosophique , psychique et donc tout ce qui touche à la formation , aux médias , à la liberté d’expression réelle et accessible , à la « sécurité »

    – les ou les modèles de développement économique et écologique , l’interdiction de la spéculation et l’internalisation de tous les coûts étant la règle , dans un nouveau rapport des monnaies dans le schéma PSDJ .J’y ajouterai une sorte d’agence de partage de l’ensemble des techniques nouvelles qui deviendraient le patrimoine commun de l’humanité , quitte à ce que la société mondiale « rémunère » pour ce qu’elles valent -ni plus ni moins – ces innovations privées ou publiques .( c’est tout le sujet des brevets qui est à reconsidérer ) .

    – la rénovation de la notion de territoire qui est le garant de l’efficacité , du vivre ensemble et du réel écologique ( un peu dans l’esprit développé en …1994 par Pierre Calame dans un merveilleux petit bouquin  » Un territoire pour l’homme » éditions de l’aube) . C’est là que l’on doit réussir ce vieux rêve anarchiste d’articulation du local et du mondial , dans une organisation fractale qui permette à la fois des niveaux de libertés  » autochtones  » compatibles avec de grandes règles du jeu mondiales , une sorte de réécriture du fonctionnement démocratique et de l’exercice du pouvoir .

  8. Je ne comprends pas bien pourquoi il faudrait qu’une méthode triomphe sur une autre. Tout le travail que chaque petit groupe de citoyens, comme le colibri de Rabhi, fait dans sa propre sphère ne résout pas le problème d’ensemble mais contribue à apporter un certain mieux, à développer des façons d’envisager la réalité dans un cadre qui s’éloigne des standards de la « rente » et des rentiers.
    Certes cela ne fait pas changer le monde mais il ne faut pas dire que cela perpétue le système : chaque goutte d’eau du colibri, s’il n’éteint pas l’incendie est toujours une goutte de moins qu’il faudra apporter de toute façon.
    Mais soyons conscients que le changement ne saurait avoir une efficacité si un ensemble de citoyens ( qu’il faudra bien définir en lui donnant un nom et une fonction) prend en charge la réalité dans sa globalité. Seuls, une vision d’ensemble, un plan structuré, pourront coordonner la globalité des efforts. Cependant ce « plan » devra se nourrir des expériences faites par chacun des colibris( avec ou sans succès) : cette information servira à éviter certains écueils.
    La proposition de P Soubeyrand fait partie des éléments de « plan » dont il faut tenir compte tout comme les travaux comme le modèle HANDY – sur un tout autre niveau d eréalité – permettent de réfléchir sur la façon de rendre à l’humanité sa nécessaire implication dans l’écosystème humain, en donnant à chacun une possibilité de réaliser un petit quelque chose de positif.

  9. @ Dominique Gagnot & MerlinII

    Je ne pensais pas que la réaction logique à une proposition plutôt sérieuse était l’aveu d’impuissance et d’inefficacité.. surtout après le commentaire (pour ma part très bienvenue) de Thomas.

    Hier j’ai offert « La survie de l’espèce » (BD de P.Jorion) à un jeune ami, et il le dévore. Ce sont des graines que l’on plantent, rien de plus.

    Aussi lucide que vous soyez et aussi certain que le changement radical de notre ‘cadre’ soit impossible, le fait de le dire et redire n’y fera strictement rien, au contraire…

    1. Si, par ailleurs je crois qu’il est possible de changer notre cadre, mais pas en faisant l’autruche, (ou le colibri)
      Cela passe par une prise de conscience aussi généralisée que possible, de sorte que lorsque des mouvements se proposent de faire effectivement changer LE SYSTEME (économique, financier, politique, car tout, à commencer par l’écologie, passe par là), dans le bon sens (il y en a régulièrement), ils reçoivent le soutien de millions d’adhérents, indispensables à leur efficacité, et pas seulement de quelques milliers comme actuellement.
      Merci à Paul Jorion, au passage, qui sait provoquer les réflexions, avec une diplomatie qui évite de se fermer des portes.(ce qui n’est pas évident lorsqu’on a des idées non conventionnelles)
      A quand des millions de lecteurs, pour faire le poids avec les dominants? 😉

      En aucun cas les colibris, et autres, même si 99% de la population le devenait, sachant que l’autre 1% contrôlerait encore un système infernal, ne pourront remettre la planète en état.
      C’est important qu’ils se demandent pourquoi, pour un jour peut être devenir réellement efficaces.

      1. A quand des millions de lecteurs, pour faire le poids avec les dominants?

        Ne perdez pas votre temps avec un combat perdu d’avance avec les dominants, il est plus important maintenant de convaincre votre entourage par l’exemplarité tout en étant à l’écoute des soubresauts au sommet face à l’ébullition du fond de la marmite.

      2. un combat perdu d’avance avec les dominants

        vous êtes encore plus pessimiste que moi!

        Sinon, plus important pour moi encore que votre proposition, est d’expliquer à mon entourage le fonctionnement du système, afin d’être à même de repérer les propositions qui ont le plus de chance d’avoir un réel effet, et qui ne soit pas « explosif ». (tel attac, nouvelle donne, et autres, hélas encore beaucoup trop modestes (du fait que les gros médias les ignorent ou presque)

    2. Bonsoir Lucas,

      Vous dites vrai, d’autant que si l’on y réfléchit bien, tout a déjà été dit. Il ne nous reste alors qu’à synthétiser les connaissances cumulées depuis toutes ces années, à les agréger, à les cultiver tout en filtrant le bruit ambiant.

      « Le fait de dire et redire que le changement radical de notre ‘cadre’ est impossible » retient pour ma part mon attention tant il s’agit ni plus ni moins selon moi d’une redondance d’information correspondant à une entropie quasi nulle, signe patent d’un système complexe observé devenu d’ores et déjà compliqué et devant faire face à ce flot de certitudes annonciateur de changement… Nous venons d’identifier ici un point de fragilité du système complexe observé dans lequel nous évoluons. Nous en sommes bel et bien au stade de l’instabilité systémique, et si nous décidons de ne rien tenter dans ces conditions, il ne fait aucun doute à mes yeux que le basculement aura bien lieu..

      Ce que j’écris ici est d’ailleurs tout autant valable pour les informations répétitives/redondantes qui circulent sur Internet, que pour les informations véhiculés par les autres médias dits de masse que je ne citerai pas…

      Cela me permets de ne pas oublier que dans toute Représentation Formelle (RF) d’un système complexe observé, il existe d’autres fragilités qui font que cette RF ne puisse pas être conforme à sa Réalité Vécue (RV).

      Voici notamment les 4 points majeurs de fragilité dans la RF selon la RO-AD (Recherche Opérationnelle et l’Aide à la Décision) :
      – façon dont est traitée la mauvaise connaissance
      – signification abusive attribuée à certaines données de mesure
      – façon de modéliser une réalité difficile à appréhender car mal définie
      – pollution par des paramètres trop techniques sans aucun intérêt

      Se préoccuper de robustesse d’un système complexe observé (à savoir sa stabilité systémique), consiste donc à identifier ses points de fragilité.

      La prise en compte des 4 points de fragilité constatés dans le temps au sein de la RV, permet de proposer l’avenir de la RF fondée sur le concept du scénario. La préoccupation de robustesse repose donc sur l’écriture exhaustive de ces scénarios. Cela consiste à analyser l’histoire d’un système complexe observé bel et bien présente au sein du ou des gisements des
      données/variables de supervision, pour apprendre à nous projeter dans un avenir plus ou moins proche.

      Cela doit nous permettre de modéliser dans la RF les différentes réalités vécues méritant
      d’être considérées.

      Se préoccuper de robustesse d’un système complexe observé, consiste donc à s’intéresser à son histoire.

      La démarche consistant à se préoccuper de robustesse est incontournable face à des
      systèmes devenant de plus en plus sophistiqués et de facto plus complexes, puisqu’ils
      deviennent dans le même temps des terrains de plus en plus propice aux imprévus hasardeux.

      Elle doit surtout nous permettre de rendre prévisible ce qui ne l’est pas a priori…

      Personnellement, c’est ce que je m’efforce de faire dans mon travail. Et ma meilleure alliée pour y parvenir c’est bel et bien cette entropie, cette distribution + ou – équiprobable au sens de Shannon, l’objectif étant bien évidemment de la maintenir maximale au fil du temps afin de prévenir toute forme d’instabilité systémique.

      Voilà pourquoi je trouve cette idée d’une grande réforme du statut de VSI pertinente en ce sens qu’elle permettrait de reconstituer cette diversité, ce flot d’informations distinctes et d’incertitudes dont notre système a le plus besoin aujourd’hui afin de recouvrer sa complexité d’autrefois…

      Tant que notre système continuera d’alimenter ce « chômage technologique » (destruction d’emplois) que nous connaissons tout en détruisant notre planète (destruction de ressources), il ne lui sera pas possible de redistribuer équitablement les richesses produites (au sens d’une distribution équiprobable), chaque agent économique mis au chômage ne faisant qu’accroitre les certitudes de richesses de quelques uns, et ainsi de suite… jusqu’à l’implosion…

      Si par contre nous parvenions à retrouver un juste équilibre entre destruction et reconstitution des ressources tout en reconstituant massivement les emplois perdus par le biais d’un VSI qui serait financé équitablement par tous (via une taxation qui soit fonction pour un agent économique donné de son SRoI et de son empreinte écologique), alors nous pourrions enfin caresser l’espoir d’une fin de crise du capitalisme bien méritée…

      Cela ne vaudrait-il pas le coup d’être tenté ?

  10. Bon, je vais essayer de réconcilier les colibris et aspirants aigles.
    Par sur mon dos j’espère, quoi que ce serait mieux que rien et pas extraordinairement héroique derrière un écran.

    Les aspirants-aigles, ceux qui veulent prendre le pouvoir aux dirigeants actuels qu’on peut appeler aigles pour rester dans l’oiseau et pour le symbole de pouvoir, ont tendance à ne voir que leurs rivaux dirigeants.
    Les colibris que leurs ailliés, colibris et autres, on peut imaginer le renard lanceur d’alertes, la loutre qui montre où se trouve l’eau, l’élephant pour sa mémoire ou sa force de déménageur…

    C’est normal.
    Ce qui l’est moins c’est d’accuser le colibri.

     » Tout le monde veut sauver la planète et personne ne veut sortir les poubelles », a dit je ne sais qui a raison.
    Or si on est dominé, on fait tout de même quelque chose ainsi, et en plus on donne l’exemple, qui peut faire boule de neige.
    Or si on est dominant faire ce qu’on demande amène à ne pas trop en demander, ce qui a tendance à braquer les gens, et que ce qu’on demande, on sera crédible, force de l’exemple qu’on oublie toujours, sans doute parce qu’on croie trop les gens parfaitement autonomes et rationnels.

    Pourquoi l’aspirant aigle veut-il que le colibri ne fasse rien ?
    Parce qu’il existe un mythe : plus ça va mal, plus les gens se révolteront.
    Outre que la maneouvre n’est guère morale, on sacrifie des gens en attendant, c’est tout simplement faux.

    C’est quand les besoins de base sont assurés qu’on se met à penser justice, écologie et le reste
    Enfin, du moins pour la plupart des gens.

    S’il y a des colibris qui ne comprennent pas le rôle de la loi, ce n’est pas leur faute, le concret faisant parfois perdre l’abstrait de vue, comme d’ailleurs l’abstrait le concret.
    Les aigles, les colibris et les autres doivent communiquer.

    Peut-être pas autant que le siamois, encore que ?

    1. C’est quand les besoins de base sont assurés qu’on se met à penser justice, écologie et le reste

      Oui, mais c’est quand les besoins de base ne sont plus assurés que l’on commence à se poser sérieusement les bonnes questions… sinon pourquoi se les poser?
      Plus ça va mal, (peu importe qu’on le souhaite ou non, c’est ainsi, et que les colibris soient sobres n’y change quasi rien), plus nombreux sont ceux qui réfléchissent, et qu’il est si important de les y aider… Pour moi c’est en effet positif, (ce n’est pas pour autant qu’il ne faille pas les aider autrement, c’est un autre pb)

      ok, il faut discuter entre tous, c’est ce que nous essayons de faire ici!

      1.  » Oui, mais c’est quand les besoins de base ne sont plus assurés que l’on commence à se poser sérieusement les bonnes questions… sinon pourquoi se les poser? »

        Non.
        Ce qui arrive plutôt quand les besoins de base ne sont plus assurés, c’est que les gens vont soit se replier sur leur survie, soit aller vers des révolutions.
        Ils ne se posent pas daventage de questions ou meilleures, ils extrémisent leur comportement, de survie ou politique.

        L’espoir d’obtenir davantage.
        La peur de perdre ce qu’ils ont.

        C’est ce qui fait que les gens se remuent.
        Dans les crises, ces tensions s’accroissent et radicalisent idées et comportements.

        Radical ne veut pas dire meilleur, ca veut même souvent dire l’inverse comme on l’a vu dans les totalitarismes.

  11. Curieux ce dogmatisme sur le propriété privée. Ce blog a déjà abordé ce concept venant du droit romain (usus, fructus, abusus) et sacralisé par la revolution francaise en réaction a l’absolutisme, mais on ne se souvient pas que dans la logique anglo-saxone la propriété privée est liée a la capacité a en obtenir une valeur d’échange ( relire les textes de John Locke). Cette doctrine élaborée lors du problème des ‘enclosures’ au XVII siecle en Angleterre, peaufinée lors de la colonisation de l’Irlande, appliquée lors de la colonisation de l’Amerique, les indiens n’ayant aucun droit de propriété puisque des immenses territoires où ils vivaient ils n’en tiraient aucune plus value ( c’était du gaspillage économique), et plus près de nous Israël l’a utilisée lors de la colonisation de la Palestine, décrite comme un désert dont les habitants n’en faisaient rien d’économiquement rentable Nous avons déjà là deux concepts différents du droit à la propriété privée et apparait déjà l’idée du marché capitaliste. Marx avait bien compris qu’on parle de la propriété des moyens de production et pas de ma chemise ou de mes chaussures.

  12. Premièrement, c’est l’homme qu’il faut remettre « en état ». Lui recoudre le corps sur le cosmos, quelque chose de cet ordre de grandeur. Être arbre, nuage, cailloux, insecte etc. Ralentir le plus possible la marche vers l’inéluctable. La contemplation c’est le nec plus ultra, mais si vous voulez vraiment en passer par l’action alors il vous faudra les chasser du Temple et d’Internet aussi.

  13. @ Dominique Gagnot

     » Ne vous en faites pas pour la politique elle suit toujours
    Ah mais non! Les politiques ne réagissent que par la force (intelligente ou brutale) massive de la population, et pour l’instant il n’y en a aucune, Les colibris ne les menacent en rien! »

    La force…
    Hum? Si c’était vrai, en France les femmes n’auraient pas le droit de vote et il y aurait encore la peine de mort.

    La politique ne suit pas forcément, que ce soit par force ou non.
    Elle ne résite pas forcément.

    Le politicien est un homme, donc il pense à sa survie politique, a accroitre ce qu’il a, son pouvoir, a eventuellement des opionions qu’il peut suivre plus ou moins selon qu’il s’interesse plus ou moins aux autres et à la création de son oeuvre politique.

    Moi-les autres. Court terme-long terme.
    Le politicien est le miroir grossissant de notre instinct de dominance, c’est pour ça et parce qu’on ne se console pas de ne pas avoir de sauveur qu’on l’accable.

    D’autant que solliciant les votes, enfin chez nous, il se met en position de demandeur, et qu’on a toujours tendance a dire non a qui demande, réflexe normal car qui donne trop se retrouve sans rien.
    Donc on le méprise face aux riches entrepreneurs qu’on ne critique pas trop, eux.

    Rappeler au politicien qu’il n’a pas a servir les ploutocrates sans le mépriser d’avoir un pouvoir moins facile à manier que l’économique, le tenir tout en l’encourageant serait mieux que l’inverse.
    Et puis… Le politicien est en général un exécutant, comme beaucoup d’hommes d’action, des pensées des autres.

    S’il fallait accabler des gens je dirais donc plutôt les intellectuels.
    Encore que…
    J’ose pas, ceux qui les critiquent étant encore pire qu’eux, bien souvent, intellectuels concurrents dans de petites querrelles de chapelle, hommes d’action contre la pensée, gens qui n’osent pas s’en prendre à ceux qui les dominent en meute contre des gens qui esaient eventuellement de les aider, et je dois en oublier.

    Enfin bref, renouveller la pensée et la pratique du pouvoir.

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