Où est l’espoir ?, par AncestraL

Billet invité.

Marx a dit que qui ne connaît pas l’Histoire (encore faut-il savoir qui l’écrit) est condamné à la revivre. M’est avis que l’humain a la mémoire très courte et qu’il adore réitérer.

Quand mes parents plongèrent dans la spirale du chômage au début des années 90 – l’usine de ma mère était délocalisée en Pologne, et l’entreprise artisanale de meubles en rotin de mon père fermait car les Chinois faisaient moins cher… déjà – avec les corollaires qui vont avec (dépression, alcoolisme puis maladies, misère…), j’ai vécu enfant une période très difficile et traumatisante.

Nous mangions à notre faim, mais les à-côtés n’existaient pas – ils partaient vite dans l’achat de boissons et les jeux de la machine à vendre du rêve aux pauvres : La Française des Jeux. J’ai déjà écrit à plusieurs reprises autour de tout cela et de ce que j’en retirais donc je ne vais pas m’étendre là-dessus.

J’ai voulu m’extraire de ce qui me semblait être une fatalité – je n’ai réussi qu’à devenir un fonctionnaire (mais cela a du bon quand même). D’autant qu’il y a 20 ans, le fils de bourgeois qu’était mon beau-frère me répétait à l’envi : « les pauvres c’est fait pour rester pauvres, les riches pour rester riches ». Je crois qu’il n’avait pas tout à fait tort…

Hier, j’ai été faire « les courses ». Dans un supermarché « discount ». Je n’en ai pas cru mes yeux quand j’ai vu la note : quelle augmentation ! Déjà que le magasin était vide de clients (comme souvent désormais je trouve : comment les gens font-ils pour se nourrir ?)… Je me suis alors rappelé que l’on s’était tous bien fait avoir avec l’euro : les prix ont doublé (mais pas les salaires) depuis son apparition. Nous faudra-t-il, de nouveau, des brouettes de billets pour régler nos achats ?

Et voilà de nouveau ce spectre revenir : celui de la misère.

Dans mon administration, il y a cinq corps de métier. Direction, administratif, surveillance, « social » (le mien) et technique. Le dernier est déjà délégué au privé dans de nombreux établissements (ce sont « les gestions déléguées ») et depuis une vingtaine d’années. Mais le corps social peut être privatisé, et il est question de le faire – c’est même déjà le cas « dehors » (car je travaille « dedans », en taule). Les syndicats lèvent les boucliers, fort heureusement.

Mais cette nouvelle angoisse naît…

Vais-je me protéger en restant dans le dur milieu carcéral pour me préserver de la privatisation, car cet environnement est trop sensible pour ne plus être régalien (Ah ! Ca va faire mal à l’UE quand les traités transatlantiques seront adoptés pour faire plaisir aux États-Unis !) ? Ou vais-je devoir être reconverti, ou chassé de mon poste quand la Troïka pointera la bout de son nez ?

Où est l’Espoir ?

Vers quoi, vers où nous dirige-t-on ? Où est l’abattoir ?

Vais-je retourner dans la misère ?

Quand les gens n’auront plus les moyens de se nourrir, mourront-ils, ou se révolteront-ils ? (ne vous étonnez pas que notre monde devienne plus violent – je vous assure qu’il le devient, je le vois tous les jours et mes collègues sont aussi effarés et démoralisés que moi)

La guerre civile aura-t-elle lieu, ou sera-t-on réprimée avant de pouvoir lever le petit doigt ?

Les Chrétiens pensent que l’Enfer est destiné à ceux qui se conduisent mal, et que c’est un endroit horrible peuplé de démons. Je crois qu’ils se trompent, que l’Enfer est déjà sur Terre, et que nous tous payons pour nos actions passées.

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