J’éteins graduellement ce qu’il y a de bon en moi…, par Jean-Claude Boudreault

Billet invité.

Quand je regarde l’état du monde en ce début de XXIe siècle, je suis frappé de stupeur. J’ai le sentiment que plus personne ne contrôle rien, qu’il n’y a plus de cohésion sociale, que je suis impuissant face à la complexité et les crises qui couvent, que cette planète court à sa perte et que des psychopathes se bousculent pour m’y emmener le plus rapidement possible.

Est-ce que le mot espoir a encore du sens ? Aurai-je demain, un monde, ne serait-ce que vivable à laisser à mes enfants ?

Quand je vois nos dirigeants, nos hommes d’affaire, nos financiers et nos politiciens agir comme des petites brutes dans une cour d’école, compétitionnant entre eux à celui qui pisse le plus loin… Quand je les vois courir après la fortune, la gloire et le pouvoir comme après une puissante drogue… Quand je les vois m’abrutir d’insignifiances, m’asservir et m’écraser plutôt que de m’aider à atteindre les sommets… Quand je les vois ne reculer devant aucun moyen légal ou illégal pour se soustraire à leurs responsabilités sociales… Quand je les vois contrôler ce que je dois penser et dire, et que pour être sûr que je ne réfléchis pas par moi-même, que je ne me solidarise pas, que je ne me révolte pas, ils sont prêts à semer la confusion, le mensonge et même m’espionner… Quand je les entends me répéter que j’ai vécu au-dessus de mes moyens et que c’est normal pendant ce temps-là, qu’eux, le un pour-cent de la société, continuent de piller plus de la moitié des ressources sur terre, qu’il en a toujours été ainsi, que ça ne changera jamais, et que je dois continuer à me fermer les yeux et la gueule devant la misère humaine qu’ils m’imposent et à laquelle je participe !…

Je me dis alors que je suis bien con et imbécile de les suivre et de les croire. Je me dis que je me vois avec bien peu d’estime et de courage pour accepter une telle soumission devant le mal et la destruction qu’ils répandent partout autour d’eux, alors que nous avons aujourd’hui les moyens de vivre dans la prospérité et la paix.

Je laisse ces gens-là m’intoxiquer l’esprit, le cœur et l’âme. Je suis devenu peu à peu abruti et convaincu qu’il me faut être mesquin et avide, que je ne peux m’élever qu’en marchant sur les autres, que soutenir mon voisin et nous entraider est nuisible et utopiste. Je suis devenu peu à peu convaincu que je ne dois jamais faire confiance et qu’il faudrait que mes petits-enfants portent une arme sur eux alors qu’ils sont à la maternelle !

J’éteins graduellement ce qu’il y a de bon en moi. Je tue l’innocence, la pureté et la beauté du monde. Je ridiculise la compassion, la générosité, le sens des responsabilités… Je foule au pied mes libertés, ma démocratie et mes droits de l’homme.

J’accepte tout ça parce que je me lave le cerveau à coups de mensonges, parce que je les crois les plus forts, parce que j’ai abdiqué et parce que je m’isole dans la peur.

Je préfère me réfugier devant le confort de mon écran en espérant, comme un enfant, que si je les ignore suffisamment, que, peut-être… les problèmes vont disparaître d’eux-mêmes. Je me console en me disant qu’il y a pire que moi, qu’il vaut mieux vivre au jour le jour pendant que l’air est encore respirable, et surtout… qu’il ne faut pas que je me pose trop de questions.

Mais de temps en temps, j’ai une poussée de frustration… de haine et de rage ! Un trop-plein ! Alors les médias et mon gouvernement me donnent à déchirer selon l’actualité du moment… un homosexuel, un fonctionnaire, un artiste, un assisté social, un manifestant, un musulman ou un pédé.

Tout… pour que je ne me regarde pas moi-même et que je ne prenne pas la responsabilité de ma destinée en main !

Pourquoi n’ai-je pas plus soif d’honnêteté, de générosité, de liberté, de courage et de vision dans ma vie ? Pourquoi ne suis-je pas le leader qui prendra la décision d’être là pour nous tous et pour quelque chose de plus grand et de plus important que ma queue ?

Ce monde a besoin de vous et de moi, beaux, grands et forts ! Nous sommes des êtres exceptionnels, destinés à nous envoler vers la lumière, plutôt que de continuer à ramper dans la boue ! Nous sommes tellement plus grands que ce que nous acceptons de voir en nous ! Faudra-t-il que nous nous rendions jusqu’au bord de la catastrophe pour que nous réalisions brusquement, qu’il soit trop tard pour reprendre le pouvoir sur nos vies ?

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138 réflexions sur « J’éteins graduellement ce qu’il y a de bon en moi…, par Jean-Claude Boudreault »

  1. Mon fils unique qui a trente ans et sa compagne ne veulent pas d’enfants .Il y a encore un an ou deux ça
    me peinait ,maintenant je suis soulage et je l’approuve!

  2. « C’est l’incertitude qui nous charme. Tout devient merveilleux dans la brume. » Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray

  3. Jean-Claude Boudreault.

    Votre sentiment que plus personne ne contrôle rien, du moins dans l’apparence, je le partage avec vous et beaucoup d’autre ici. Mais vous avez le contrôle, la force de l »intelligence et autant la grandeur d’âme que la beauté et bonté de cœur, tout comme nous, sans nous glorifier pour autant, d’avoir partagé cette étincelle d’intimité si douloureuse. L’est-elle douloureuse autant pour vous, de vous être fait violence pour la livrer dans la cruauté de sa réalité au travers de ce magnifique texte, des méandres de la complexité de ce monde, de nos maux nous divisant, qu’elle est aussi pour moi, et d’autre je pense, de l’avoir regardé en face et accepté telle quelle…?

    Pour moi, cette force, sa réalité réside dans le fait d’avoir mis l’accent, et les points sur les i, sur cette complexité rendant qu’en apparence la sensation d’un « monde »…, des choses de et dans celles ci incontrôlables… Reste à remonté l’un des fils, à chacun le sien, ou à plusieurs sur le même, c' »est suivant les affinités de chacun-e et que nos vie, ses libertés, nous offrent, pour en détricoter les non sens, les contres-sens… Différencier la virtualité de ce qu’une oligarchie (médias de masse, politiciens, patronat actionnariat, etc) veut nous donner à penser prémachée, à voir spectaculaire, à entendre d’horrifiant, d’indignation, d’indifférent ou de glorifiant de ce monde, des choses de celui, et de notre place dans celles ci, ou là bas, si j’y suis…, de la réalité des mondes, des écosystèmes, des milieux de vie, des être humains faisant de leur différence, de leur diversité, des sommes in-quantifiables, inestimables de plaisirs, de sens commun, de pluriel conjugué, est un but, un horizon fait d’espérance hors de tout sens commun. Dans l’ampleur de sa tâche en tout cas, la démesure de ce but fait pourtant tellement cette singularité d’un sens commun.

    Votre particularisme est si enrichissant… J’ai l’impression en tout cas, en toute modestie, de m’y être retrouvé grandi quelque part. Je vous en remercie, ainsi que tous-tes ici.

  4. Il semble bien que les études en psychologies démontrent que les plus grands dirigeants ont tous une qualité : Ils sont psychopathes (2 à 3% de la population) c’est à dire dépourvu d’empathie. C’est pour cela qu’ils n’ont aucun problème pour prendre le pas sur les autres. source « Plaidoyer pour l’altruisme » de Mathieu Ricard

    1. Il y a des psychopathes assez vicelards pour prendre le pouvoir en jouant de l’empathie ( qui est en fait leur soif inextinguible) :les pervers narcissiques.

      1. Puisque nous sommes d’accord sur le diagnostic, pourquoi ne pas envisager le traitement ?
        Ils sont une infime minorité, certe agissante et dynamique, mais nous sommes 97% à souhaiter nous protéger de leur action néfaste. Il serait peut être temps de considérer que limiter leur pouvoir est une nécessité sociale…

  5. tous ceux qui décrivent l’avenir se trompe. a croire que chaque futur imaginé est destiné a ne pas se produire

    La force de l’Humain n’est pas dans sa capacité a prévoir et anticiper, elle est dans la capacité a s’adapter.

  6. Merci pour ce post.

    Je pense que tout ce qui se passe aujourd’hui est une chance pour nous, une chance de nous réveiller et d’aller je dirais vers l’essentielle d’une vie, aller aux choses qui ont réellement de l’importance !

    Une prise de conscience est nécessaire et laissons les courir après la gloire l’argent et tout ce qui va avec !!

    Un retour aux vrais valeurs, à la nature, aux choses simples de la vie et croyez moi on peux tous le faire !

    La vie avance et le temps perdu ne se rattrape jamais

  7. @ Olivier Brouwer, 29/10, 0305

    Normalement, la décision d’appliquer le feu nucléaire ne peut se prendre qu’avec des hommes DANS la boucle (actions conscientes et volontaires sur X niveaux hiérarchiques, politiques et militaires, donnant la possibilité jusqu’à l’ultime seconde d’interrompre la séquence de tir). Enfin, c’est là la version officielle que nous sommes priés de croire. Le problème logique qui se pose alors, est que pour d’évidentes questions de sécurités, il n’est pas possible d’avoir de véritable audit démocratique sur la solidité du processus aboutissant au tir. Naturellement, plus l’arme nucléaire se rependra, plus elle deviendra ‘low-cost’ et accessible à des pays à faible culture scientifique et technique et plus le risque d’accidents majeurs augmentera. Si on peut avoir des doutes légitimes sur la solidité de la chaîne de commandement politico-militaire en ce qui concerne les armes occidentales ou russes, quid de celle de la Corée du nord ou du Pakistan ? Mais la question de la sécurité des procédures est également celle… de leurs applications. En 2007, le Secrétaire de l’USAF Michael Wynne et son chef d’état major, le général T. Michael Moseley avaient été contraints à la démission parce que des B52H se baladaient au dessus des États-Unis avec des armes équipées de têtes nucléaires alors que les équipages croyaient n’avoir à bord que des têtes d’entrainement… Pour cauchemarder tranquillement chez soi et se rendre compte à quel point – jusqu’à présent – la chance a été avec nous, il est conseillé de lire le Freedom of Information Act qui récence une liste de plus de 1.200 accidents pour la période de 1950 à 1968 (chiffre officiel:… 32).

    (Vous avez raison de me faire remarquer que j’exagère en disant que tout le monde s’en fout. Disons simplement que je reste estomaqué par la capacité de notre espèce à ‘ne pas vouloir voir’. Il semble maintenant définitivement acquis que notre programmation interne soit bloquée sur -7 millions d’années : manger et se reproduire avec un horizon des événements à quelques heures et cela, même si vous avez 3 doctorats en poche et que vous êtes capable de jouer des sonates de Bach de mémoire…).

    Je persiste donc : évolue ou crève !

    1. Merci de rappeler cette vérité !
      L’espèce humaine est bien bloqué à -7 millions d’année.
      Tout nous le montre: notre incapacité à nous adapter à une nourriture un peu plus riche que des plantes et un peu de viande de temps en temps (obésité), notre gout immodéré pour les hiérarchies inculquées à coups de poings (sexisme, social dominance theory), notre dépendance profonde et intime aux circuits dopaminergiques: pouvoir et sexe (testostérone), gras et sucre (insuline, leptine), stress de la fuite et de la chasse (adrénaline).
      Nous sommes de grands singes pas très malins, mais éminemment sympathiques, qui devons très très vite comprendre que nous sommes sortis de la savane. Nos outils forcement un peu limités qui permettaient de survivre au jour le jour dans un environnement finalement assez simple, ne nous permettent malheureusement pas de contrôler SkyNet.
      Dans le cas contraire, le réveil risque d’être un peu brutal, et nous retournerons à la savane…

  8. Système idéologique neo liberal

    La propriété privée est sacrée,
    Nous sommes libres et égaux en droits,
    Nous sommes en démocratie, car nous avons le droit de vote,
    Les médias sont libres, et nous informent,
    Le marché est juste,
    L’économie de marché finit par résoudre tous les problèmes,
    La croissance créé des richesses et des emplois,
    Il faut s’adapter au marché,
    Quand on veut on peut,
    En bougeant son cul, on avance,
    Entreprendre c’est bien,
    Créer des emplois c’est bien,
    C’est grâce aux entrepreneurs que la société avance,
    Il faut travailler pour vivre,
    Plus on travaille, plus on gagne,
    La compétition engendre le progrès,
    Avec une qualification on trouve toujours un emploi,
    Les chômeurs sont responsables,
    Le système social est généreux,
    Les délinquants ont toujours tort,
    Le 1er de la classe sait tout mieux que les autres,
    La loi a toujours raison
    (bon ok…)

    J’ai du en oublier, et je compte sur vous pour compléter…

      1. Le but du jeu c’est d’entretenir la confusion à l’intérieur ?

        Non! Et justement on pourrait discuter de ce qui vous semble confus, pour moi tout est très clair.

        Nous avons là un tissus d’idées qui ne se discutent pas chez les gens « normalisés », qui forme l’idéologie du système actuel.
        Alors que, justement, il faudrait toutes les remettre à plat.

    1. Le gouvernement dit la vérité,
      L’Etat vit au dessus de ses moyens,
      Il faut plus d’austérité,
      Il faut plus de croissance,

      1. il faut plus de sécurité
        il faut aller travailler à l’étranger pour avoir de l’expérience
        il faut attirer les cerveaux étrangers
        l’histoire ne sert à rien, les études doivent apprendre un métier.

        les décroissants sont des drogués anarchistes qui écoutent de la musique électronique!!! (écouté sur rmc)

      1. il faut dépénaliser les droit des affaires.
        Il faut alléger le code du travail.
        Et un sous smic jeune et reculer l’âge de la retraite.
        Il faut libérer le travail le dimanche.
        Il faut surveiller les chômeurs.

  9. Que faire??….Ben , il faut faire des vagues si on veut que ça bouge -que ça change ….mais, faire des vagues (c’est le marin qui parle 🙂 ), ce n’est pas très intello,ça peut ne pas être bon pour mon image, ma réputation , ma carrière …et qu’en pensera ma famille, mes ami(e)s ??ça fait peur …je préfère commenter- écrire….. de toute façon je suis trop vieux pour cela……..

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