Explication de la dette publique à l’intention des ingénieurs du son, par Antoine Fontaine

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

De la même façon que François Quesnay (1694-1774) voyait des analogies entre la circulation des flux financiers dans l’économie et la circulation du flux sanguin dans le corps humain, on peut voir des similitudes dans l’emballement de la dette et l’effet larsen en sonorisation.

Un chanteur est sur scène. Il a un microphone qui capte le son de sa voix et un haut-parleur à ses pieds appelé « retour de scène » dirigé vers ses oreilles (et donc vers le microphone) qui lui renvoie le son de sa voix pour qu’il arrive à s’entendre distinctement. L’ingénieur du son va envoyer une certaine quantité, un certain pourcentage de signal, de son provenant du microphone dans le haut-parleur. Ce son arrivera au micro et s’ajoutera au son capté par le microphone. Il y a un phénomène de boucle qui se produit.

Tant que le son réinjecté par le haut-parleur ne dépasse pas un certain pourcentage de ce qui est amplifié, cela ne pose pas de problème : la boucle mettrait des millénaires à s’emballer, mais si on monte trop le niveau du micro dans le retour de scène, le bouclage « s’emballe » et on a alors un larsen qui ruine l’effort de sonorisation car il devient bien plus fort que le son que l’on veut amplifier.

En économie, il faudrait voir l’emballement de la dette comme un larsen en négatif, ici la dette ne se rajoute pas, mais ce serait une dépossession (d’où le côté mathématiquement négatif de la chose), passé un certain pourcentage de dépossession de richesse des flux économiques par le remboursement de la dette, la dette se creuse donc par bouclage de plus en plus vite jusqu’à paralyser le système.

Dans le domaine de la sonorisation on remédie à ce problème en augmentant la directivité du microphone qui par sa conception sera moins sensible aux sons venant de l’arrière de la capsule (et donc au son venant du retour de scène) qu’aux sons venant d’en face du micro et donc du signal utile.

Si l’on transposait cela en économie cela reviendrait à quoi ? À baisser la valeur de la dette au regard de la valeur du travail, c’est à dire à faire de l’inflation (hausse des prix et des salaires dans ce cas-là), ou alors à baisser les taux d’intérêt en cours de route (donc des emprunts déjà émis).

Il faut bien voir qu’emprunter pour donner à des banques afin de prêter encore plus mais en endettant encore davantage ne résout rien. Cela revient à crier plus fort devant le micro tout en augmentant le pourcentage de signal réinjecté… et ici dans l’économie, de richesse confisquée par la machine.

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24 réflexions sur « Explication de la dette publique à l’intention des ingénieurs du son, par Antoine Fontaine »

  1. il faut donc une économie unidirectionnelle qui ne reverse pas les richesses créées aux seuls détenteurs de capitaux. Alors plutôt multidirectionnelle… pourtant ce sont ces micros qui provoquent le larsen…
    avec une guitare c’est sympa de jouer avec l’effet larsen, en jouant du potard et du vibrato. Il suffit de se mettre face à son ampli pour récupérer le larsen et faire de la musique avec lui. Mais tout ça ne se fait pas tout seul, pas de main invisible, mais bien celle d’un gratteux en chair et en os.

  2. Oui, et c’est très efficace pour pomper les richesses de l’économie réelle.

    Le cycle complet c’est ça:

    1 – Injection de liquide dans l’économie réelle sous forme de prêt,
    2 – pompage des intérêts
    3 – achat de capital physique (pierre, or, diamants, œuvres d’art, etc…) en échange de liquide provenant des intérêts pompés lors du cycle 2, qui sont donc réinjectés,

    Et ensuite le cycle c’est 1 – 2 – 3 – 2 – 3 – 2…. etc

    On peut injecter périodiquement un peu de liquide supplémentaire pour le budget des états, mais ça ne fait que gonfler la dette, et donc les intérêts, et permet d’accélérer la captation des richesses.

    Jusqu’à ce que la propriété de l’ensemble des richesses réelles ait été pompé. Le liquide qui peut éventuellement rester dans l’économie réelle ne vaut alors plus rien, puisqu’il n’y aura plus rien à acheter.

    Mais qu’est ce qui vous dit que ce n’est pas le but, car ça explique la concentration des fortunes. (on en est je crois à 60 plus grosses fortunes = fortune des 2 milliard d’habitants les plus pauvres, ou un truc du genre)

    En fait, tous les ans, les détenteurs de la dette peuvent capter la valeur du montant des intérêts qui leurs sont versés. Et pour une dette mondiale de 20 000 milliards (je connais pas le montant mais c’est de ce genre là), à 2% d’intérêt, ils peuvent capter pour 400 milliards de richesses réelles.

    Dans les richesses réelles, il y a aussi un peu de consommable qui fait tourner l’économie réelle: voitures et avions de luxe, nuits d’hôtel, œuvres d’art contemporain…

    1. Faufrait voir à se mettre à jour, Gagnot. C’était 45 000 milliards de dollars il y a un an (dixit la BRI) pour les seules obligations souveraines (c-à-d pas toutes les dettes souveraines, loin de là) et 100 000 pour l’ensemble des obligations (des états, des sociétés financières, des non financières et obligations en devises étrangères).

      1. Avec des billets de 1 dollar d’épaisseur 0.13mm, 100000 milliards de dollars font une liasse de 13 millions de km d’épaisseur, soit plus de trente fois la distance terre/lune, et environ 1/10 de la distance terre/soleil.

  3. D’évidence, un ingénieur du son ne trouve pas son diplôme dans une pochette surprise.
    Bons éclaircissements sur ce phénomème mystérieux de M.r Larsen. Merci.

    [ Ces temps, le blog à Paul surprend; j’en viens à regretter les joutes abstraites et soigneusement découplées du réel quotidien entre, par exemple, Socrate et Platon…]

  4. @ Paul Jorion

    C’est pas bien ce que je fais (mais vous pouvez faire « del »),

    Comme il semble que l’on soit dans la journée « pompe à fric » je verrai bien mon « système économique illustré » à la suite de ce topic.

    Pensez vous qu’il soit publiable sur votre blog un jour?
    Si Non, pouriez vous m’envoyer un mail, même vide, juste pour savoir. 😉

    (ne voyez dans ma question aucune malice, hein, je sais bien que l’essentiel est votre crédibilité dans les « milieux autorisés », et qu’elle est plus importante que la publication de mes petits dessins.
    Si vous avez un doute…)

    Gagnot 1 Gagnot 2

  5. « De la même façon que François Quesnay (1694-1774) voyait des analogies entre la circulation des flux financiers dans l’économie et la circulation du flux sanguin dans le corps humain, on peut voir des similitudes dans l’emballement de la dette et l’effet larsen en sonorisation. »

    René Thom: « Les situations dynamiques régissant l’évolution des phénomènes naturels sont fondamentalement les mêmes que celles qui régissent l’évolution de l’homme et des sociétés, ainsi l’usage de vocables anthropomorphes en Physique est foncièrement justifié. »

    L’ingénieur(?) Antoine Fontaine propose une analogie sociétale de l’effet Larsen. Peut-être un biologiste pourra-t-il nous fournir une analogie biologique? A quand un vocable anthropomorphe pour désigner l’effet Larsen?

    Je n’y connais rien en économie. Y-a-t-il un rapport avec le mécanisme de trappe à liquidité décrit par Keynes?

    1. La trappe à liquidité c’est quand il est plus intéressant de mettre ses sous dans un bas de laine, que de l’investir dans une économie en déflation. Il me semble?
      Du coup plus d’investissement, et on a intérêt a toujours repousser ses emplettes.
      Le fric ne circule plus, et flop.

      Je dirais que c’est la cerise sur la pompe à fric.

      On a d’une part le mécanisme de la dette qui siphonne les richesses,
      et d’autre part, la trappe à liquidité qui paralyse l’économie réelle.
      Le fric se raréfie à cause de la pompe à fric, et ne circule plus à cause de la trappe.
      Double peine, en quelque sorte.

      Et dire que nos « experts » attendent un retour de la croissance!

      1. @ Dominique

        Le « piège de la liquidité », et non la « trappe » (foutu anglicisme, liquidity trap en anglais, trap étant un piège et pas une trappe), c’est un taux directeur proche de zéro et la manifestation de l’incapacité de la banque centrale à stimuler l’économie à travers sa politique monétaire.

      2. @Julien Alexandre

        l’incapacité de la banque centrale à stimuler l’économie à travers sa politique monétaire

        Oui, et dans ce cas le moyen de stimuler l’économie serait d’injecter des billets fraîchement imprimés non pas en haut du système, mais de le ventiler gratos en bas pour stimuler une demande qui réamorcerait le bazar.
        Mais c’est interdit par la religion capitaliste.

        D’un autre coté si le fric injecté sert à payer des intérêts, ce serait pas trop efficace, voir pire car avec les intérêts, les friqués vont acheter des richesses réelles qui manqueraient ensuite à la production.

        Et donc il faut:

        1 – stopper les versements d’intérêts et le remboursement de la dette, pour qu’ils ne puissent s’en servir pour acheter ce qui nous sert à vivre/produire,

        2 – injecter plein de fric pour la demande et autant pour investir dans les entreprises, de manière à fondre le stock de monnaie que certains pourraient avoir, et qui ne leur sert que à acheter ce qui nous sert à vivre/produire. (on pourrait donner a ceux qui ont de modestes économies en France, de quoi compenser la perte due à la fonte, jusqu’à un certain niveau)

        j’entends des hurlements… ?

        Et on met 2 zéros après la virgule sur les billets tout neufs. (comme pour le « nouveau franc »)

        Je dis ptêt des anneries ?

  6. On peut considérer le sang comme le « liquide » qui permet les échanges entre tous les organes.
    Si un organe accumule trop de sang, il en prive les autres qui crèvent. Ce qui montre que le sang (l’argent) doit être correctement réparti pour que le corps (l’économie) qui contient les différents organes fonctionne bien.
    Ce n’est que de la plomberie. Les plombiers feraient certainement de meilleurs économistes que nos « experts ».

    1. c’est certain. En fait le terme que j’utilisais à la base à la place de « dépossession » était « aspiration », Paul Jorion l’a remplacé par dépossession car plus approprié dans un contexte de richesse, mais pas tout à fait égal dans mon raisonnement. En effet c’est une aspiration qui se rajoute à la dépossession déjà effective comme si la dette créait des poches d’aspiration dans lequels va être aspiré le sang, et seul la réinjection de sang par de la dette et donc de nouvelles poches d’aspiration fait qu’il y a encore du sang dans le système. Là ce n’est même plus que le sang n’est plus correctement réparti, c’est qu’on à une aspiration sans commune mesure avec l’inflation du sang… je sais pas si c’est très clair.. d’où une dette qui part en vrille quoi que l’on fasse.. faire circuler le sang plus vite est illusoire. C’est pour quoi je trouvais l’image du larsen en sonorisation plus approprié, car c’est vraiment quelque chose qui s’emballe sur le même principe, et de très concret et très violent. Et la solution pour la sonorisation (directivité du micro) est quelque chose que l’on peut transposer à l’économie. Parler d’inflation des organes et du sang, et de poches aspirantes de dettes, je trouve ça moins évident car en medecine (ou en plomberie), quand il manque du sang parce qu’il y a une fuite, on ne fait pas gonfler le sang et les organes pour que la fuite paraisse moins importante, hors en économie, l’inflation permet en quelque sorte celà 🙂

      1. L’analogie avec le circuit sanguin ne peut décrire l’inflation, mais décris les principes élémentaires de manière évidente pour tous!

        il y aurait peut être moyen d’y intégrer l’inflation qui en fait est une dénutrition du sang….

    2. les vases communicants, la commune. c’est pas très épicurien cette démonstration. C’est dans la frugalité que l’on prolonge son espérance de vie, l’organe trop saturé sombre dans une sorte d’apoptose non programmée.

  7. D’autres techniques qu’on utilise pour se prémunir des larsen en sonorisation :

    – détecter « à la main » les fréquences qui posent problème (fréquences de résonance du lieu) et les supprimer de manière précise avec des filtres (égaliseurs ou EQ)
    – même chose mais fait automatiquement par une machine : le suppresseur de larsen (souvent le modèle allemand, Behringer…comme quoi !)
    – la technique du N-1 : cela consiste à renvoyer au chanteur, via son retour, l’ensemble des instruments MOINS son signal (ou fortement atténué). Ainsi, pas (peu) de bouclage, pas de larsen.
    On fait de même pour les autres chanteurs/musiciens.

    Transposé à l’économie, peut-on envisager qu’une banque qui prête à un État soit remboursé non pas par ce même État, mais par un autre organe ?

    Ou bien envisager de « filtrer les mauvaises fréquences » ?

  8. Je tente une analogie avec le monde du Jeu et précisément la Roulette:
    dont le cylindre comporte 37 cases (0 à 36)
    donc 1 chance sur 37 de gagner lorsque l’on joue 1 numéro
    mais on encaisse 35 fois la mise que l’on récupère.
    Le gain du casinotier est de 2.7% (1/37) à chaque lancer de bille.

    D’où la ruine inéluctable à long terme du Joueur de Roulette…

    Toute ressemblance avec le monde économique subi n’est pas fortuite.

  9. « Ce n’est que de la plomberie. Les plombiers feraient certainement de meilleurs économistes que nos « experts »

    Peut-être également, devant la misère conceptuelle actuelle, les thermodynamiciens. Cf. la BD « L’économicon » , dispo sur le net, du physicien (pas l’économiste!) Jean-Pierre Petit et ses deux principes de la flouzodynamique. A quand un troisième principe façon François Roddier justifiant flouzodynamiquement l’emballement de la dette?

    Extrait d’un billet récent de Stéphane Feunten:
    « Le troisième principe [de la thermodynamique], ainsi nommé par François Roddier, ne date que d’une dizaine d’années, bien que découlant de travaux antérieurs. Il stipule que l’univers évolue de façon à maximiser sa production d’entropie (MEP, acronyme anglais). D’après ce principe, la matière placée dans un flux d’énergie s’auto-organise pour en maximiser la dissipation. Il y a donc création, par le flux d’énergie, de structures ordonnées qui minimisent leur entropie interne, et par conséquent maximisent l’entropie de leur environnement (d’où MEP). »

    Ce principe pourrait-il justifier l’effet Larsen?

  10. Les réserves estimées de thorium sont suffisantes pour assurer la totalité des besoins énergétiques de l’humanité avec un niveau de consommation comparable aux USA pendant au moins 500 ans.

    (Wikipedia)

    Une precision: même si ça sonne moins bien, il s’agit de reacteurs à l’uranium 233, un isotope de l’uranium faiblement radioactif et issu de la conversiŗon du thorium. Il s’agit donc d’un reacteur nucléaire, même si on l’alimente – sauf au démarrage – avec un combustible non radioactif , le thorium.

    D’après l’article de wikipedia cité, c’est la mise au point du retraitement en continu du sel fondu (fluorures) nécessaire pour éviter l’accumulation de produits de fissions radioactifs dans le circuit et l’adaptation de la reglementation qui s’opposent à une mise en oeuvre rapide de cette filière.

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