Pollutions – Le diable sort de la boîte, par Marie-Paule Nougaret

Billet invité.

Quand on se demande si l‘argent vaudra encore quelque chose, apparaissent les vraies valeurs. La crise au paroxysme laisse entrevoir le monde occulte des pollutions. S’y cache plus d’un diable à ressort. Stéphane Foucart du Monde montre que l’industrie allemande doit des trillions d’euros aux citoyens d’Europe, en dommages pour la santé.

Encore les chercheurs américains qu’il cite n’ont ils compté que des produits chimiques du commerce : pesticides, conservateurs d’aliments, de détergents, de shampoings, matières d’emballages (plastifiants, bisphénol dans les boites de conserve et les couvercles de bocaux…) dont l’UE tient les chiffres, et les impacts déjà prouvés en termes de cancer, obésité, diabète, autisme et perte de Q.I.

Par exemple, le plastique pvc (poly-chloro-vinyle) de basse qualité (coques d’emballage du roquefort, des ampoules etc., simili cuir, chaises de jardin, siphon… ) contient du chlore qui donne en brûlant des dioxines cancérigènes. Le corps peut en supporter un peu – adapté qu’il est au bruit de fond de dioxines naturelles (dans les incendies de forêt). La génétique joue aussi son rôle : certains se désintoxiquent mieux que d’autres, en présence de pollutions (*) Mais encore ces dioxines, étant chlorées, se concentrent dans les graisses animales le long de la chaîne alimentaire (d’où les dangers de la viande d’industrie). Et surtout, le bruit de fond n’a rien à voir avec ce que crachent au fil de l’année les incinérateurs – l’industrie du recyclage refusant le pvc, par quoi l’on voit, comme l’indique Foucart, qu’elle connait bien ces dangers.

Mesure simple et de bon sens, la Tchécoslovaquie interdit le pvc comme emballage lors de son indépendance en 1989. La Tchéquie a dû se résigner à l’autoriser pour entrer dans l’UE. La France, la Belgique, les Pays Bas, il est vrai, tenaient autant que l’Allemagne à leur production de plastique dangereux à bas prix. Chacun ses spécialités.

Toutefois si l’on ajoute à ces polluants de la consommation ordinaire les rejets des usines, l’Allemagne apparait comme le plus gros pollueur. La carte des NOx mesurés par satellite, publiée ici au printemps, en a informé le lecteur. Cela vient beaucoup du charbon que nos cousins germains parlent d’abandonner ces temps ci, ça tombe à pic.

Il ne faut cependant pas oublier les fleurs règlementaires permettant à leur industrie d’employer des gaz 1200 fois plus réchauffants que le CO2, pour la climatisation des voitures quand il suffirait d’entrouvrir les fenêtres et installer des ventilateurs solaires au plafond : l’université polytechnique de Séville a démontré que le courant d’air refroidissait bien davantage s’il circulait en hauteur. C’est au reste le principe des tours à vent qui climatisent les palais d’Orient.

Cependant rassurez vous, il n’y aura jamais de fuite du gaz réfrigérant trop réchauffeur pour grosses voitures allemandes, même en cas d’accident, promis juré. Ces véhicules armés pour la traversée des quartiers pauvres les plus rebelles crachent, bien entendu, du carbone au delà du raisonnable, avec notre permission. La France s’est en effet couchée, lors de la discussion sur cette norme au Conseil de l’Europe, en Octobre 2013 (bien qu’elle fabrique, elle, des voitures légères), après avoir écouté, d’un air distrait, les ministres grecs et portugais parler de vagues de chaleur et d’incendies de forêts. Chacun son tour, on dirait. Paris invite pour le climat. Surtout n’oubliez pas de créer un courant d’air horizontal en hauteur, ou tendre un drap mouillé au dessus des têtes : à la verticale ça ne servirait à rien.

(*) toutes références scientifiques : La Cité des plantes, en ville au temps des pollutions (Actes Sud)

Partager :