Union Européenne – Non à la barbarie coloniale, par Roberto Boulant

Billet invité.

Oh ! nous savons bien que ceux qui vivent sous l’Union Européenne, les esclaves de S.M. le roi Marché ne sont pas moins cruellement torturés. Nous savons bien qu’en Grèce, en Espagne, de toutes les colonies, à quelque peuple qu’elles appartiennent, montent les mêmes plaintes, les mêmes hurlements de douleur vers le ciel sourd. Nous savons, hélas ! cette vieille et terrible histoire. Voilà quarante ans que les prêtres de la Religion Féroce se disputent entre eux l’extermination des états-sociaux européens. C’est ce que l’on appelle la civilisation moderne.

Les Banques systémiques, les transnationales mafieuses ne communiquent avec des citoyens ravalés au statut de consommateurs que pour les asservir et les endetter. Les peuples que nous appelons encore libres ne les connaissent plus que par leurs crimes. Il nous importe, à nous Européens, de dénoncer avant tout les crimes commis en notre nom ; il y va de notre honneur.

À notre tour, et sans nous lasser, nous dénoncerons les exactions et les crimes commis par la Troïka. Nous les dénoncerons avec l’aide de ceux des Européens sincères – et il y en a, et leur nombre est grand – qui, sous un climat perfide, dans la solitude mauvaise, se sont gardés de la mélancolie, de la fureur, des perversions mentales, des terreurs et des hallucinations homicides, et ont su demeurer justes et modérés.

Impérieusement et sans nous lasser, nous réclamerons la répression des crimes et la reforme d’un régime qui les a favorisés ou permis.

Impérieusement et sans nous lasser, nous demanderons pour les peuples de ce nouvel empire colonial le respect des droits de l’homme. Nous demanderons justice au nom de l’humanité que l’on n’outrage pas en vain ; au nom de l’idée européenne dont on sert mal les intérêts par cette barbarie coloniale.

Un plagiat éhonté du discours qu’Anatole France prononça lors d’un meeting de protestation contre la barbarie coloniale en janvier 1906. Et de fait, à l’heure où l’on parle à nouveau d’un « gouvernement économique de la zone euro », la question néo-coloniale se pose bien en ces termes inédits : sous contrainte du Traité budgétaire, des réformes libérales et des marchés financiers, que resterait-il de l’autonomie des politiques économiques nationales ? Que resterait-il de la liberté des peuples à disposer de leur avenir ?

Vers les temps meilleurs (1906), Anatole France, éd. Émile-Paul frères, 1949, t. 2, Meeting de protestation contre la barbarie coloniale, 30 Janvier 1906, p. 136-139

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