France Culture, La grande table : Stratégies radiophoniques

Une émission comme La grande table sur France Culture ce midi, m’a placé devant un dilemme : faut-il que j’accepte, parce que j’ai rédigé un livre intitulÄ— Penser tout haut l’économie avec Keynes, que l’on me considère comme « économiste keynésien » et que je réponde du coup avec bonhommie et du mieux que je peux à des questions comme « Et que penserait Keynes aujourd’hui de la politique de la Banque centrale européenne ? », etc. devant des interlocuteurs convaincus alors que ce que je dis représente également ma position personnelle, que je défendrais du coup bec et ongles contre un anti-keynésien (comme Jean-Marc Daniel), me disant en mon for intérieur que l’essentiel est que le livre se vende, non pas pour que je devienne riche, mais pour que soit offerte au plus grand nombre possible de lecteurs l’occasion d’avoir le livre en main et de se faire ensuite une opinion par eux-mêmes, ou bien faut-il veiller absolument à mettre constamment les points sur les « i » et répéter inlassablement, comme j’ai tenu à le faire tout à l’heure dans l’émission de Caroline Broué, que mon objectif est de proposer une alternative radicale à ce qu’avancent et les Keynésiens et les anti-Keynésiens, quitte alors à perdre d’emblée comme lecteurs potentiels, ceux qu’un match Keynes vs. anti-Keynes aurait passionnés ?

J’ignore malheureusement la réponse. Qu’en pensez-vous ?

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67 réflexions sur « France Culture, La grande table : Stratégies radiophoniques »

  1. Si, au départ, je faisais attention aux questions des journalistes, il m’est vite apparu que la seule chose à considérer est la manière d’en sortir et de « décaler » le propos. De trop nombreux journalistes, mais méritent-ils ce nom, ne cherchent qu’à vendre des propos tels que, selon eux, les auditeurs et téléspectateurs les attendraient.

    La contradiction est que, devenu un « client » – c’est-à-dire quelqu’un qui est le bienvenu pour sortir des rails -, ils en redemandent.

    Ajoutons à cela une pointe d’humour et de la répartie façon aphorisme, il est possible alors d’être respecté.

    Petite anecdote : voici 10 ans, je devais donner une itv à la télé hongroise. Habitué aux médias belges et français, mes réponses étaient courtes. Eux, après des années de presse sous surveillance, attendaient le contraire. Un beau bide !

  2. Bonjour Paul,

    Je viens d’écouter le podcast de l’émission et je n’ai pas lu tous les commentaires, mais une chose m’est immédiatement apparue à l’écoute: il y a une ambiguïté dans la question : « Que dirait [aujourd’hui] Keynes de… » (remplacer les petits points par ce qu’on voudra: politique monétaire, chômage, dette, relations Grèce-Allemagne etc.).

    Cette ambiguïté est la suivante : c’est que, quand on te demande : « Que dirait Keynes ? », on demande aussi implicitement, au moins partiellement, « Que dirait Jorion ? », en te plaçant par réflexe « simpliste » (mais le monde, surtout celui du journalisme, est fait de simplismes, il a en général horreur des choses nuancées) :

    Jorion = Keynes.

    D’ailleurs, en attaquant Keynes, ton contradicteur voulait t’attaquer toi.

    Alors, sortir de cette logique de toutes tes forces, ça ne peut que servir ton propos: ta lecture de Keynes est une lecture critique et nuancée, ce qui – a priori – ne peut que rendre le livre plus intéressant.

  3. Finalement  il vaudrait mieux , pour la compréhension simple des media et des auditeurs spectateurs lecteurs , que le fils de Keynes assassine le père .

    Encore qu’à se détacher de son « point d’accroche » ,alors que la foule attend comme un messie que les premiers de cordées leur donnent sans délai toutes les cordes pour se suspendre ( à eux qui plus est ) , ça devient plus hard que les travaux d’Hercule .

    Il y avait un peu de ça aussi dans la remarque de l’interviewer de la trois belge , quand il vous demandait de définir le paradis après avoir vu le diable des subprimes arriver.

  4. Monsieur Jorion,  n’auriez-vous pas dû,  à l’instar du « Achever Clausewitz » de René Girard, intituler votre livre « Achever Keynes » ?

    Votre propos est en effet, si j’ai bien compris, à la fois de mener la réflexion de Keynes à son terme et de donner le coup de grâce au keynesianisme. Le verbe « achever » a bien ces deux sens, et l’ambiguïté qui va avec…

  5. Quelques réflexions avant de lire le livre:

    Il me semble que la conjonction de l’afflux de réfugiés (et ce n’est pas fini) et l’incapacité des gouvernements européens à régler la question du chômage, pourrait être l’occasion de refonder l’Europe

    L’Europe, soit on la refonde, soit elle s’effondre.

    L’Europe peut devenir les États Unis du XXIè siècle à condition d’assurer le plein emploi.

    Je crois vous avoir entendu dire, Paul, que pour Keynes la question du plein emploi n’est pas la meilleure réponse économique, mais c’est la meilleure réponse politique à une question économique (ou quelque chose comme cela). Ce serait bien le moment d’y penser.

    J’espère que tous ces réfugiés syriens (ou afghans) qui vont en majoritairement Allemagne ne vont pas servir de main-d’œuvre encore moins bien payée que les polonais, les roumains ou les bulgares (effet d’aubaine ?)

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