Une générosité n’en chasse pas une autre, au contraire !, par Pierre-Yves Dambrine

Billet invité.

Je reçois en ce moment des courriels, où des correspondants m’expliquent que c’est faire preuve d’angélisme que de venir en aide aux réfugiés, que cela va fournir  de la main d’oeuvre bon marché aux néo-libéraux et attiser le ressentiment parmi les classes populaires déjà fragilisées par la crise économique et financière.

A ceux-ci, je leur réponds :

La  générosité (combative) qui nous sauvera de l’égoïsme érigé en système avec le  capitalisme s’abreuve à la même source que la générosité qui nous fait venir en aide aux réfugiés. Cette générosité a encore ses limites, car elle n’est pas encore celle de demain qui devra relever un autre défi : celui qui concerne la mise en place d’institutions, où l’entraide ne serait plus un élan du coeur passager, mais sera inscrit dans la lettre et la pratique de certaines institutions humaines, principalement celles qui concernent  l’économie et la finance où règne toujours le principe de la lutte de tous contre tous.

Le système actuel hyper inégalitaire ne tombera-t-il pas le jour où ceux qui aujourd’hui sont généreux quand il s’agit de réfugiés fuyant la terreur mais sont encore rétifs lorsqu’il s’agit de remettre en cause l’iniquité du système, se rendront compte que ce qui provoque l’exode est à chercher dans la profonde injustice inhérente au système lui-même.

Ce n’est donc pas en combattant une générosité que l’on en fera naître une autre, toute aussi nécessaire. L’élan de générosité qui se manifeste aujourd’hui en Europe est juste une étape nécessaire, mais pas suffisante.
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