LA FAUSSE RÉSURRECTION DE SCHENGEN, par François Leclerc

Billet invité.

Qu’attendre du sommet européen d’aujourd’hui, auquel est invité le premier ministre turc ? À la fin de la journée, les apparences seront sauves, à n’en pas douter, mais que va-t-il pratiquement en résulter ? Le flot des réfugiés qui atteignent la Grèce va-t-il être contenu et la Turquie acceptera-t-elle le retour de tous ceux qui ne peuvent plus prétendre à l’asile, selon les dispositions très restrictives qui prévalent désormais ?

Telles peuvent être en effet résumées les ambitions des autorités européennes, la stratégie globale d’endiguement dont se prévaut Donald Tusk, le président du Conseil européen, qui selon lui « fait consensus », au sortir d’une tournées sur le terrain dans les Balkans, en Grèce et en Turquie. Le mot solidarité ne faisant plus partie du vocabulaire.

La rencontre de vendredi dernier entre Angela Merkel et François Hollande n’ayant pas permis de rapprocher les points de vue à propos d’un dispositif permanent de partage de l’accueil des réfugiés qualifiés pour l’asile – Syriens et Irakiens – il faut donc se rabattre sur l’essentiel. Le président français continue de rester courageusement en retrait sur ce dossier. Tout au plus affirme-t-il, de concert avec la chancelière, la nécessité de soutenir la Grèce dans sa nouvelle épreuve. Car, pour le seconde fois, les Grecs font les frais de la politique européenne.

« Le flux des migrants irréguliers le long des Balkans occidentaux arrive à son terme. Cette route est désormais fermée », est-il écrit dans le projet de déclaration finale du sommet, entérinant un fait accompli avec soulagement. Ce qui a conduit le commissaire Dimitris Avramopoulos à estimer que 100.000 réfugiés supplémentaires auront rejoint la Grèce à la fin du mois. Ils seraient déjà 50.000, dont 20.000 proches de la frontière avec la Macédoine, tous dans des conditions misérables.

Devant cette perspective, Alexis Tsirpas a demandé dimanche que le sommet engage dans « l’urgence absolue » le transfert des réfugiés vers d’autres pays européens, qui est quasiment au point mort. « Nous allons continuer à donner le peu que nous avons à ces gens pourchassés et persécutés qui en ont besoin (…) Mais il est évident qu’un petit pays comme la Grèce ne peut pas assumer le fardeau de toute l’Europe dans cette crise », a-t-il ajouté.

Mais sur quoi peut-il compter ? Sur un engagement turc d’accepter les « réadmissions » des réfugiés déclarés en situation irrégulière parvenus dans les îles grecques, pour lequel il faudra attendre le 1er juin ? Sur le sommet suivant, le 17 mars, qui pourrait décider de centraliser les demandes d’asile au niveau européen, un petit pas vers la mise en route de leur répartition ? Dans sa configuration initiale – qui a été adoptée – ce dispositif est mort, plusieurs pays se refusant à l’appliquer. Il faudra donc dessiner les contours d’un nouveau, en plus restreint, qu’en pense François Hollande ?

La fermeture de la Route des Balkans va-t-elle comme espéré freiner l’arrivée des réfugiés en Grèce ? D’autres routes sont possibles, ce qui a déjà conduit les autorités bulgares à accroître la présence policière et militaire à sa frontière avec la Grèce, le Monténégro prenant les mêmes dispositions. Les autorités italiennes se préparent de leur côté à accueillir des réfugiés qui traverseraient l’Adriatique pour rejoindre la province des Pouilles.

Combien de temps la fiction d’un retour à la normale et au rétablissement des règles de Schengen va-t-elle pouvoir être maintenue ? Il y a désormais une loi qui se vérifie lors de chaque crise en Europe : quand les sommets s’accélèrent, c’est que l’on est proche d’une mauvaise solution qui ne tiendra pas.

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