Transformer la réalité par les représentations, du nationalisme à l’internationalisme, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

La circonspection à l’égard du fait national devient productive et stimulante si l’on reconnait le nationalisme comme chemin nécessaire à l’internationalisme. Pour que les relations et les échanges internationaux soient harmonieux au bénéfice des humains citoyens, il est nécessaire que l’humanité s’exprime par la réalité constituée et ordonnée des nations. Dans la perspective d’une collaboration possible des individus à leur humanité commune, le nationalisme est la condition d’un internationalisme de la prospérité.

Si le nationalisme est interprété dans le contexte du capitalisme libéral qui s’est imposé après l’invention révolutionnaire française de la nation, il est clair que le concept perd son sens originel. Le nationalisme dans le cadre de la concurrence libre et non faussée ne peut pas être un effort collectif de subjectivation de la volonté générale par une même loi de souveraineté. Si le nationalisme est bien à l’origine du colonialisme, de l’impérialisme européen et des deux guerres mondiales, c’est effectivement parce que le libéralisme bourgeois a changé les finalités initiales de la nation pour les mettre au service de son appétit de pillage, d’accumulation et de concentration de la richesse humaine entre ses mains.

Pour imposer rationnellement et sans violence physique directe un régime politique de domination des possédants sur les peuples, il fallait un lien immatériel de soumission naturelle. Les nations que la Révolution Française a fait émerger dans le champ politique européen ont eu finalement la double utilité de partager les aires de domination entre les élites de pouvoir et de justifier par les lois nationales l’asservissement de l’intérêt général aux intérêts du capital et de la rente. Les deux guerres mondiales ont été le moyen de prolonger la compétition des élites hors du champ de la politique au moment où les nations commençaient à élaborer une solidarité sociale nuisible à la rentabilité financière du capital.

Eu égard à la réalité historique des nations, l’anti-nationalisme d’aujourd’hui est une posture idéologique utilitaire des élites obsédées par l’accumulation financière pour elle-même. Pour ne pas engager les dépenses de solidarité nationale ni les investissements publics nécessaires au bien vivre ensemble durable, il faut empêcher l’organisation des réalités nationales par quoi les hommes pensent ce qui les lie. Le déni des nations entretient l’asymétrie du rapport de force entre la rentabilité financière du capital et la loi de redistribution de la valeur ajoutée produit du travail.

Les élites sincèrement européistes sont détournées de la réalisation politique de l’Europe par la falsification libérale du sentiment national. Cette falsification cesserait immédiatement si les États nationaux européens étaient liés par un État multinational dont la finalité serait l’équilibre financier dynamique permanent de l’action entre les différentes nations d’Europe. L’État confédéral serait assureur des États de solidarité nationale par une fiscalité du capital calculée et prélevée aux frontières de la Confédération ainsi qu’aux frontières financières intérieures identifiant la responsabilité des États. La frontière financière matérialisée dans une prime de change est le moyen de séparer le calcul des capitaux publics nationaux effectivement alloués à la couverture des droits sociaux et politiques définis par la responsabilité des Etats.

Les profiteurs de la globalisation financière savent depuis longtemps qu’une internationalité européenne économiquement responsable anéantirait les profits spéculatifs. L’assurance du travail par les nationalités au-dessus de la rentabilité du capital nominal mettrait un terme à la concentration financière des pouvoirs et des revenus du capital.

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59 réflexions sur « Transformer la réalité par les représentations, du nationalisme à l’internationalisme, par Pierre Sarton du Jonchay »

  1. … et comment lutter contre « Les profiteurs de la globalisation financière » ?
    … et quid de la « libre circulation des biens (et des personnes) » ?

    De même qu’une autre Europe est possible (sociale cette fois), un autre sentiment national l’est aussi. Mélenchon ne dit pas autre chose. Bref, le TINA thatchérien et néolibéral est une grossière tromperie.

  2. Que tout cela est bien dit.
    Le nationalisme oui! À condition d’y mettre du sien, de ne pas chercher à prendre plus qu’un autre pour assoir son autorité.
    La souveraineté nationale appartient au Peuple. Le nationalisme invite à tenir compte dans son évolution personnelle de la collectivité, de même que la reconnaissance de sa nation peut permettre la reconnaissance de celle des autres, reconnaître une frontière permet de reconnaître la souveraineté de l’autre.
    Faudrait-il construire des murs à toutes les frontières? Cela pourrait faire joli vu du ciel. Si ce sont les pays colonisateurs qui les construisent, qu’ils s’enferment dedans et n’y bougent plus!

  3. A 100% d’accord avec PSdJ à une remarque près : le mécanisme et les changement proposés s’inscrivent dans une certaine mesure dans le courant d’un replâtrage du capitalisme. A mon sens il faut y ajouter ce que Paul propose : interdiction de la spéculation et j’y ajouterai aussi interdiction de la propriété lucrative.

    1. En fait, le capitalisme, le socialisme, le nationalisme ou l’internationalisme sont des véhicules. Tout dépend de qui conduit et pour quelle destination. D’ailleurs « capitalisme » contient « capita » : le capitalisme est une manière de voir et de décider le monde par des têtes qui pensent, éventuellement délibèrent et finalement font. De même, « socialisme » peut signifier que la société est à l’origine du capital, donc que l’allocation et la gestion du capital dépendent de la constitution, du gouvernement et du travail des sociétés.

      Les États qui furent agents des « trente glorieuses » avant que n’advienne la dérégulation libérale des années 80 étaient responsables d’une régulation publique de la gestion du capital au service du bien-être de tous à l’intérieur des frontières nationales. Le système de la régulation publique du capital par les États-nations a été démantelé par la volonté des États-Unis de conserver avec le dollar monnaie internationale un droit d’endettement illimité vis-à-vis du reste du monde. La crise mondiale de la dette est aujourd’hui la conséquence ingérable de la finance globalisée hors sol en dollar et en euro qui n’est limitée par aucune règle économique de politique objective dans l’émission de la monnaie contre des titres de propriété virtuelle.

      Le nationalisme contraint par des Etats internationaux et l’internationalisme enraciné dans des nations constituées et ordonnées entre elles est un véhicule de sortie par le haut du chaos libéral nihiliste qui nous dévore. Le krach des subprimes a été parfaitement analysé par les observateurs objectifs du capital et des sociétés comme l’effondrement d’une construction anarchique sans plan et sans architecte pour ordonner la construction. Si l’Eurozone avait été un véritable État gouverné par les nations qui la composent, il aurait été possible de calculer un prix international en euro de toutes les dettes. Il y aurait eu une autorité internationale reconnue pour taxer les banques, sociétés et États excessivement créanciers et dévaluer les monnaies des États excessivement débiteurs.

      Si l’Eurozone avait eu un gouvernement de la monnaie commune par délégation des États nationaux membre, il y aurait eu calculabilité et compensation des dettes et des créances en excès sur la solvabilité réelle de chaque débiteur et sur la solvabilité globale de l’économie réelle par rapport au prix total des titres financiers en circulation. La spéculation sur le prix des titres n’aurait pas été alimentée par le déluge de liquidité émise par des banques centrales fonctionnant comme des têtes sans corps, avec du capital virtuel non mesurable par la réalité objective.

      Avec des États nations financièrement encadrés par un État multinational gouverné de la monnaie commune, les banques en euro auraient été globalement recapitalisées par une taxation de leurs emprunts en dollar au moment de la faillite de Lehman. Le Trésor Public confédéral de l’euro aurait eu les moyens d’une garantie mutuelle des politiques nationales d’investissement public pour renforcer la compétitivité réelle de l’économie européenne par rapport au stock mondial de dettes à réduire.

      Restaurer la responsabilité des nations par des États multinationaux comme le serait la Confédération financière de l’euro n’est pas un replâtrage du capitalisme mais une reconfiguration radicale. Gouverner la monnaie par des États multinationaux de responsabilité inter-étatique publique, c’est ôter aux banques et aux investisseurs financiers la liberté de jouer avec la convertibilité du signe monétaire en biens et services réels comptants et à terme. C’est interdire de mesurer du capital avec des prix virtuels ou de prêter du capital sans mettre une réalité palpable à disposition. C’est donc interdire de comptabiliser des plus-values sur des réalités qui ne peuvent pas exister ou qui n’ont pas de prix en logique délibérable d’humanité.

      1. 7 juillet 2016 à 10 h 52 min
        PSDJ,
        « le capitalisme, le socialisme, le nationalisme ou l’internationalisme sont des véhicules. Tout dépend de qui conduit et pour quelle destination ».

        Je ne vous demande pas quelle bagnole vous préférez, et pour qualifier tout ça de « véhicule » j’imagine que le terme de transfert vous a inspiré.
        Ce sont justement, pour filer votre métaphore, les conducteurs et les destinations qui différencient la brochette listée.
        Capitalisme : conduit par n’importe qui dans l’intérêt des propriétaires, pour les besoins personnels (notion opaque de besoins réputés ou suscités) d’une clientèle. Capitalisme monopolistique ou concurrentiel, national ou internationalisé.
        Socialisme : conduit par n’importe qui dans l’intérêt du plus grand nombre pour les besoins définis comme sociaux (notion opaque de besoins réputés) du plus grand nombre (sous planification le plus souvent). National basiquement, mais à visée humaniste de type universaliste.
        Dans les 2 cas nationalisme ou internationalisme sont en question dans des proportions diverses : l’usage par le capitalisme nazi du premier couplet de Deutschlandlied, Deutschland über alles, n’est pas si loin du Britain First, et des projets du FN. L’accaparement national est antinomique aux transferts de richesse entre conglomérats de nations telles qu’en Europe, ou entre fédérations défuntes Yougoslavie et URSS, ou vives comme les Etats-Unis d’Amérique.

      2. […Avec des États nations financièrement encadrés par un État multinational gouverné de la monnaie commune…….]
        Ne pourrait-on s’inspirer de la charte de La Havane établie sous l’égide de l’ONU à la sortie du deuxième conflit mondial et signée en 1946?
        Le chapitre II est fort intéressant concernant l’emploi, l’équilibre de la balance des paiements, etc..
        Il est vrai que la mise en oeuvre de cette charte a été torpillée par les Etats-Unis pour imposer ensuite le GATT, ancêtre de l’OMC, axé seulement sur l’aspect commercial des choses.

  4. Je n’ai pas eu le sentiment que tout cela est bien dit. Chaque phrase est une affirmation qui demanderait un article d’analyse. Mais il n’y a ni faits ni arguments. Et chaque phrase peut être isolée. Il n’y a pas vraiment de développement logique entre elles.

    1. J’ai l’impression au contraire que tout est bien conçu, articulé et clairement dit.

      Bien sûr chaque billet ‘ (celui-ci et le précédent ‘Restaurer l’Europe positive) mérite un développement, mais on peut pas tout dire et décrire le monde dans un billet de taille limitée.

  5. « Les élites sincèrement européistes sont détournées de la réalisation politique de l’Europe par la falsification libérale du sentiment national. »
    Pour cette fois, je trouve PSDJ lisible, même si je conteste le mot « libérale » que je remplacerais par « financière ».
    Il n’a pas fallu attendre longtemps après le « brexit » pour que chaque nation se prostitue pour attirer le client bancaire de la city.

    A ce titre, je ne peut que déplorer que P Jorion signe un appel au nationalisme. Les frontières sont les étables où leurs maîtres exploitent les peuples.
    Ceci dit, je reste réaliste (cad pessimiste). L’Europe unie est morte. Poutine rigole.

    1. @Hadrien à propos des étables.
      Oui, bien d’accord. Et par ailleurs il faudrait parfois définir les mots utilisés car la plupart du temps personne ne parle de la même chose et cela donne une sorte de cacophonie parfois hérissante (de hérisson).
      En attendant, belle vie aux hérissons et aux limaces du potager de Paul Jorion et tous ceux qui s’adonnent aux plaisirs de la terre. Quant aux oisifs qui bullent avec les cigales et autres rescapés volants, un peu de répit ça permet de régénérer la carcasse. Pour ma part, l’été m’inspire.

  6. Comme j’ai écrit quelque part que le nationalisme n’est la panacée mondiale que si la Nation est est le monde , je lis avec intérêt cette ouverture ensemblière nouvelle émise par PSDJ .

    Comme ce serait résoudre ni plus ni moins que l’équation encore irrésolue posée par l’histoire des hommes ( et par les anarchistes premiers) , à savoir comment passer de l’individu au monde et retour , j’attends la suite à cette ébauche encore balbutiante avec curiosité .J’espère la solution avant celle de l’unification du micro et du macro en physique !

    Au delà de l’énoncé posé :

    – la fonction qui crée l’organe ( le véhicule), ou l’organe qui crée la fonction , ou les deux ? J’entends Basic Rabbit qui se réveille .

    – « Ce qui compte , c’est le chauffeur et la destination  » . C’est , selon moi , plutôt la destination , et même davantage la façon dont « l’internationalisme » la met au point ,et pour répondre à quels enjeux , dangers ou espérances ( cf.soliton ) . Car c’est bien la destination commune qui définit les articulations et relations viables entre nations ( que j’ai plutôt nommées « agrégats » ).

    – Est ce que la finance ,même mise en adéquation avec l’économie ,est bien le seul vecteur de lien et solidarité entre peuple et le « ciment » de l’humanité ? Peut être , si l’on entend économie au sens de l’étymologie grecque , ou de « Liberté, Égalité, Fraternité étendue au vivant « . Peut être pas si l’on perçoit les bruits de bottes ici et là .

    – Autres ….

    1. Juan Nessy,
      Vous avez appris ça à l’école, pour résoudre un problème il faut bien le poser.
      Impossible de résoudre une addition, avec la numération de position sans bien aligner vos chiffres. Suppiot rapporte justement que l’expansion du capitalisme marchand à la renaissance tient à l’invention de la comptabilité à partie double, dépendante de cette numération de position.
      Alors « passer de l’individu au monde » ou « la Nation est est le monde » n’ont pas, désolé, d’autre consistance qu’une juxtaposition langagière à la Prévert. C’est poétique, ça fait rêver, mais pas d’autre définition de cet individu indivisible qu’est ce trognon d’une nation qui lui établit de nos jours, une identité formelle, et ça va empirer cette emprise. C’est d’abord l’encartage identificatoire qui dit aujourd’hui qui est Juan Nessy, après on peut broder et faire connaissance comme vous écriviez, mais une adresse IP toute aussi singulière, toute aussi bien identifiée, est moins poétique car sans corps qui parle. Répertoriez tout ce qu’il a fallu établir pendant des siècles pour simplement arriver à reconnaître puis accepter cette notion d’être humain universel. Quelle abstraction !
      Individu ? Ça se dit comment en Chine ? Certainement pas avec les mêmes racines étymologiques, connexions de signifiants idéographiques et/ou sonores, et de signifiés. L’empire du milieu, ça date d’avant la découverte de l’Amérique ! Alors le monde…

      1. Je ne peux malheureusement plus demander à Prévert ce que j’ai bien voulu dire …par le langage forcément , cher à Lacan , lui même cher à notre hôte .

        Je rappelle aussi que « je suis tellement intelligent que quelquefois je ne comprends strictement rien à ce que je dis moi même . »

        Sur l’individu chinois , je laisse à nos sinologues attachés le soin de préciser , mais ,effectivement, il ne doit pas être le même que l’individu européen , ou moyen-oriental, ou africain(s), ou américain(s) , ou inuit , ou slave, ou indien …( liste à compléter) . Un peu de recul sur chacun des agrégats que ces individus étranges ont pu constituer pourrait sans doute nous aider efficacement dans la recherche de l’harmonie universelle .Mais ce n’est pas à un anthropologue que j’apprendrai ainsi quelque chose !

        Je reste cependant sur la conviction que l’harmonie planétaire passe par la résolution au mieux de ce passage mystérieux du Un au Tout .

        Mon intuition est que cette harmonie , si elle semble être seule gage de « bonheur » et de « progrès » , peut sans doute s’appuyer sur des canevas intellectuels aussi non partisans que possible ( à la française sinon à la PSDJ ) , mais que , à défaut de la rechercher a contrario par la seule méthode expérimentale ( à l’anglo-saxonne avec plein de mains invisibles ) , il faut sans doute lui laisser , tant dans sa recherche que dans sa définition , une marge d’erreur « supportable » et une forme de possibilité de correction de ces erreurs.

        Bref , j’aurais alors au moins réussi à réconcilier les français et les british , qui pour le moment se contentent de nous manifester leur amour par les achats immobiliers dans le Périgord .

        A défaut de réconcilier toutes les individualités connues ou anonymes du blog .

      2. PS : Ce qu’on m’a appris à l’école ( donc ça vaut ce que vaut l’école) , c’est que la solution est toujours cachée dans l’énoncé du problème , pas forcément qu’il faut un énoncé « bien » posé , car certains arrivent à trouver des solutions même dans ce cas là . Forcément dangereuses .

      3. Juan Nessy,
        Pacifier les liens économiques entre individus, peuples et nations etc. c’est sans doute atteignable à terme sous certaines conditions, de là à imaginer une harmonie universelle qui résonne comme un au-delà de l’entente économique cordiale, je ne l’imagine pas.
        Les humains sont fabriqués plus ou moins bancals sur un point ou un autre, la folie les borde ou les déborde, les tensions des liens constitutifs, spéculaires, parentaux, fraternels, etc. ne cessent de hanter tous ceux que la vie sociale produit plus tard, ce ne saurait être un long fleuve harmonieux, quand des rapports de forces diverses traversent toutes formes de liens jusqu’au lien amoureux ne parle-t-on pas de force séductrice, de la force de la séduction etc.
        La planète est est-elle suffisante pour offrir comme un luxe à chacun les soucis existentiels plutôt que les soucis de vie voire survie quotidienne, je n’ai même pas la réponse. Mais si vous trouvez la solution de cet énoncé…

      4. Je vais dire que votre énoncé est déjà obéré de certains préjugés qui en limitent …l’universalité .

        La séduction est une notion ambigüe ( même quand on prend Juannessy pour pseudo) . Je crois que Freud après avoir tenté d’en faire la théorie , a abandonné la tâche .

        Par définition étymologique , c’est d’ailleurs un peu l’opposé de l’harmonie , universelle ou pas .

        L’harmonie n’est pas la fin , l’au delà , mais il me semble que ça reste le meilleur vecteur connu pour produire l’effet attendu par un …agrégat . Il peut y avoir de l’harmonie en ‘toutes choses ». En économie , en musique , en art , en physique , en amour ….

        Laissons d’ailleurs le dernier mot à Madame de Staël , sur la meilleure façon d’allier la séduction et l’harmonie :

        « …il faut de l’harmonie dans les sentiments et de l’opposition dans les caractères, pour que l’amour naisse tout à la fois de la sympathie et de la diversité . »

        Le secret de la coexistence progressiste des peuples ?

      5. Juan Nessy,
        J’objecte à Mme de Staël que si les sentiments sont un temps harmonieux, les mêmes s’avèrent réversibles, et gare aux retours de bâton ! L’opposition dans les caractères, certes mais un des deux finira par lâcher sur un point conflictuel ou un autre laissant la place à un ponctuel couple dominé-dominant etc.
        Pour les peuples, les mêmes « mécanismes » existent, mais on ne couche pas avec un peuple, le degré d’intimité est donc différent, ce qui prête à conséquences.
        Pour revenir au début de cet échange, à propos de votre « j’ai écrit quelque part que le nationalisme n’est la panacée mondiale que si la Nation en le monde », je viens de visionner « le voyage en Arménie » de Guedigian, qui poétiquement, dit bien qu’on est de quelque part, quand bien même citoyen du monde selon des idéaux.
        Le portugais ex-maoïste Barraso, va déménager à Londres et bosser pour Goldman Sachs. Si on additionnent tous ces braves gens attachés à cette boîte, qui s’occupent de « nous » (sans plus préciser les qualités ou calamités de ce « nous ») ça fait un peu club fermé. Mon gamin au bout de 3 semaines de son premier job, commençait à dire nous en s’identifiant à Arcelor. C’est très courant. Peut-être bien que chez ces gens là, quand on leur demande : where are you from ? » ils répondent « I’am from Goldman Sachs !
        Pour avoir consacré le plus de temps et d’argent possible à voyager dans ma vie, j’ai constaté que des gens de certains pays, ne disaient pas le nom de leur pays, mais d’un état, d’une région, d’une ville même, mais jamais du monde ou de l’univers.

      6. C’est parce qu’ils n’y ont pas encore « intérêt » , et que par définition un individu est con quand il se résume à dire d’où il vient ! Mais nous ne sommes pas « en location » ni en « propriété » dans ce monde , nous en sommes partie …même si nous sommes de quelque part , qui nous alimente et nous limite .

        J’espère que votre fils se découvrira de  » l’amour » sans avoir besoin de coucher avec qui ou quoi il aime .

  7. Comment réaliser une confédération européenne sans l’implication des peuples?
    L’intégration européenne au niveau économique, elle est réalisée. Les peuples ont été sommés d’applaudir même s’ils sont les dindons de la farce.
    L’intégration européenne et politique des peuples n’est pas souhaitée, cela modifierait trop le rapport de force.
    Les peuples eux même n’en ont pas pleinement conscience, leurs niveau d’accès à l’information étant trop nationale et monoculturel.
    Alors la vie est belle pour les élites cosmopolites.
    Les seuls événements qui pourront bousculer tout ceci seront d’ordre global, c’est à dire l’effondrement du système capitaliste lui même où un rappel aux lois de la nature.

  8. Je suis farouchement pour la valorisation de l’état nation. Pour ne pas vous effrayer, je vous donne un exemple:
    Le nord de l’Europe ne va pas très bien économiquement. La Finlande pourrait dévaluer sa monnaie de disons trente pour cent. Elle l’a déjà fait dans le passé, avant son adhésion à Euroland, ce qui a été salutaire. « Grâce » à l’euro, le ne peut plus le faire. Dans le cas extrême, elle devrait faire baisser les salaires rien que pour rester dans la zone euro. Et la zone euro sert surtout aux Allemands, à la France dans la mesure où elle peut emprunter aux taux ridiculement bas.
    Je suis pour la totale autonomie des pays européens. Dans l’hypothèse contraire, nous risquerions, à terme, de nouveaux tensions en Europe; le populisme est déjà en train de gagner du terrain.

      1. Bonjour Juannessy
        Désir d’autonomie? Un écho de la toute puissance solipsiste du foetus peut être?
        Pour passer du un au tout avec un français qui naît libre et égal et un chinois qui naît dans un réseau de relations contraignantes ( un peu comme un quantité d’énergie qui, émergeant du vide quantique prend peu à peu la forme que lui impose graduellement son environnement et se retrouve particule bien déterminée, WEI, avec sa vertu – DE – lui permettant de trajecter ( cf A Berque) son temps de vie au milieu de son tissu d’obligations et pour qui donc le concept de liberté et d’égalité à la naissance relève de l’absurde) le passage s’annonce compliqué, pour un résultat, que nous ne pouvons prévoir, mais qui ne pourra qu’être positif pour l’humanité . En attendant, comme le dit Michel Leis , c’est le rapport de force ; bien illustré par une réplique de Bernard Blier dans « 100 000 dollars au soleil « , puisqu’il est aussi parfois question d’économie ici:  » Quand un type de 120 kgs parle, le type de 60 kg écoute. »

        Cordialement.

      2. @ Steve :

        Le passage compliqué ,c’est celui compris entre parenthèse dans votre commentaire !

        Sur l’autonomie , j’avais déjà quelques idées , mais mon « ques a quo ? » attendait de Germanicus un peu plus de détails sur ce que lui appelle  » la totale autonomie des pays européens  » .

        Sur le rapport de forces de l’individu au tout et réciproquement , il est évident , mais , à regarder l’histoire des peuples ,de leurs organisations et de leurs « règles » , on note malgré tout que cette confrontation n’est pas directe , et s’alimente de tout un tas « d’intermédiaires » ( agrégats) originaux qui « civilisent la confrontation  » et la rend moins inégale .

        C’est le mode d’élaboration ( ou d’imposition en régime dictatorial tel que celui évoqué par votre rapport 120/60), la nature des enjeux pris en compte , les conditions d’évolution de la règle ..qui font la qualité pérenne et fertile d’un éventuel accord .

        Mais il faut la Loi ( via la Constitution dans le cas idéal) , car je préfère un cadre connu et « écrit » , que l’on a le droit de contourner ou changer quand il déconne et bloque la vie , à une « négociation permanente , atomisée , pleine d’allégresse  » qui finit toujours par ne servir que les plus forts ou les plus « malins » .

        Et qui donne alors raison à Amin Dada :  » Personne ne courre plus vite qu’une balle de revolver » .

      3. Mon couplet sur La Loi avant la « négociation contractuelle » , vise bien sur , entre autres , la Loi travail qui réussit ce tour de force de mettre la Loi sous la « loi » du contrat .

        c’est aussi ce qui me permet d’être en accord avec le jugement de André Fontaine sur Michel Rocard , qui remonte bien heureusement aux attendus de 1972 :
        – le premier , dans le sens de l’histoire avec des rechutes toujours possibles ( cf printemps arabe)
        – le second (autogestion) , totalement trahi par une CFDT qui porta les LIP et qui les livre aujourd’hui à la loi du marché avec une pharmacie d’urgence , sans doute parce que , elle aussi , comme les tenants du PS , elle s’est bourgeoisement laissée absorber par le conservatisme intellectuel , et son empâtement structurel .

    1. @Juanessy
      Une autonomie (il faudrait d’abord se mettre d’accord sur la signification du terme, ce qui risquerait d’être long) ne peut jamais être totale, chaque individu et goupe reste dépendant ou relativement dépendant des autres, rien que pour commercer avec le reste du monde. Pour faire simple: l’administration de l’UE par exemple, est antidémocratique, elle est aussi la porte d’entrée pour des idées et actions néolibérales venant surtout des Etas-Unis. Il peut y avoir une Europe sans cela, j’en suis convaincu. L’Europe de Bruxelles n’est pas l’Europe………………….
      Désolé d’être bref, mais je ne souhaite pas utiliser le Blog de mon ami Paul Jorion comme organe de publication pour diffuser mes idées.

      1. Moi j’essaie simplement de savoir ce que vous mettez comme contenu derrière  » totale autonomie des pays européens  » , mais vous semblez ne pas savoir exprimer simplement , ce que Germanicus a bien pu vouloir dire .

  9. La discussion PJ/Zébu/PSDJ est passionante. J’espère qu’elle est suivie par les « 19 autres » de l’appel et plus si affinité.
    Cette distinction sur l’évolution du nationalisme depuis la révolution me semble tout à fait intéressante et bien posée. Elle semble permettre d’abolir l’opposition de Lordon envers le projet de Varoufakis ou en tout cas de dessiner un projet commun. Cette gestion de la monnaie par un état multinational est elle fondamentalement différente du système du bancor? Ce diagnostic est il partagé ailleurs qu’ici?

    1. Et après on est surpris que la pays de Galles bien que bénéficiaire de l’Europe souhaite partir, bien des régions profitent plus de transferts de l’Etat et pourtant il n’y fait pas si bon vivre que cela, car c’est une politique économique (y à pas grandes industries à Toulouse si on faisait des Airbus) et social (y à pas beaucoup de CSP+ à Brest, si on y mettait des ingénieurs autour des pécheurs) qu’il faut pas seulement des transferts (enfin c’est l’impasse Marxiste usuel de ne pas tenir compte de la géographie et du ressentiment, bah oui la chute du mur c’est plus un pillage des industries de la RDA que du développement de celle-ci et les transferts limitent un peu le ressentiment, mais la libre circulation c’est subir son territoire et voir les cerveaux partir, mâtiné d’un peu de condescendance pour le bon peuple)

      1. Pas encore auditionné , mais il est censément insensé de traiter DCB de débris vert . Déchet peut être ? Qui vaudrait un débris-thing ?

        Mais , c’est pas trop la frite ce soir et je vais éteindre la lucarne , faute d’égaler Vigneron dans l’a propos de ses trouvailles .

      2. Pas d’envie d’écouter, il suffit juste de lire les commentaires pour voir que le message passe, c’est même pas des kikoulols, ils font 2 phrases sans fautes.
        Avant dans la presse papier, y avait pas de commentaires, c’était plus facile, là va falloir trouver de nouveaux intervenants, le message ne passe plus du tout.
        Si on demande à un Syrien où il veut aller, c’est en Europe (Grèce inclus)? ou en Allemagne?, Julien je suis désolé va falloir t’y coltiner au « rêve Européen », c’est pas ce genre de vidéo qui suffira.

      3. Merci Julien,
        J’ai écouté les 3/4 du débat, en effet il n’y a que Dany pour relever le niveau avec deux points forts énoncés. Je passe sur la grande connivence entre Bendit, Macron et Quatremer : ces personnalités sont toutes du même bord, quant à leurs conceptions économiques et sociales.

        Mais, cela n’enlève rien à la pertinence des propos de Dany s’agissant des principes inaliénables à la base de la construction européenne et des moyens institutionnels pour faire émerger une souveraineté européenne :

        1. Rappel de la conférence d’Evian de 1938 lors de laquelle furent décidés des quotas de réfugiés juifs à accueillir, pour faire la critique radicale du traitement actuel de la crise des réfugiés.

        2. La proposition de constituer des listes trans-européennes aux prochaines élections européennes, pour donner une dimension européenne à ces élections qui jamais ne parviennent à décoller du débat national.

        Pierre (Sarton du Jonchay), es-tu favorable à la proposition de Bendit ?

      4. Pierre-Yves, je sais bien qu’on est tous pas fans de Macron, mais force est de constater que sur l’Europe, il dit aussi bien que DCB. Sur la souveraineté populaire, sur la recherche du compromis avec l’Allemagne, sur la relance par l’investissement, sur la nécessité d’un discours sur l’Europe à l’attention des peuples et non des élites, sur les dérives libérales, etc.

        Oui, connivence il y a, même avec Sylvie Goulard qui est pourtant clairement de l’autre bord. Mais ça fait du bien ces jours-ci d’entendre ce genre de discours, ça change de la samaritaine du moisi que l’on se tape avec d’un côté la propagande poutinienne et de l’autre la souveraineté sauce nationaliste servie à plus soif !

      5. Jullien
        certes il le dit, ou l’a dit, j’avais bien noté les remarques de Macron au sujet des réfugiés lorsqu’on était au début de la crise. IL se démarquait en effet de la ligne du gouvernement.
        Mais, malheureusement, ça s’arrête là. Les mots ne suffisent pas.
        Il avait pourtant là une belle occasion de démissionner du gouvernement sur ce point crucial, il ne l’a pas fait … Lorsque Dany dans le débat à Sciences-Po rappelle Evian, Macron n’écoute même pas, il attrape une chose à se mettre sous la dent tendue par Quatremer… c’est sans doute anecdotique, mais quand Dany prend la même des choses de cette gravité, au moins on fait semblant d’écouter ..

      6. C’est peut-être parce qu’on a entendu Dany sortir cette anecdote 14 fois lors des 5 derniers jours 😉 Ça n’est évidemment pas parfait, et je n’ai pas adhéré à « En marche » ! Je trouve simplement salutaire d’entendre ce genre de discours, y compris dans la bouche d’un représentant du gouvernement, même s’il ne se paie que de mots, plutôt que le discours nihiliste qu’on nous sert à longueur de journée sur l’Europe.

      7. Merci pour la conf Julien. On a bien compris que c’était le petit mec brillant au milieu en chemise blanche qu’il s’agissait d’écouter.
        Bien aimé aussi le  » débat avec Sapir, mais pas le bon  » de Goulard.
        PS : il faudrait absolument que certains se décident enfin, pour la bonne cause européenne et une bonne fois pour toute, à mettre Quatremer au rencard (le caser sur une liste aux Européennes ou une sinécure quelconque à Bruxelles ?) ; ça vire au grotesque.

      8. On est bien d’accord : le vrai déficit de niveau, c’est les prises de position façon matamore de JQ.Il y a un monde entre la connaissance d’un milieu (ce que personne ne peut lui ôter quant à son expertise des arcanes européennes) et l’expression d’une vision construite solidement.

      9. Pierre-Yves, la conférence d’Evian n’avait strictement rien donné hormis la création d’un Comité Intergouvernemental aux Réfugiés. Pire, je viens d’apprendre que c’était Georges Mandel lui-même, en tant que ministre des colonies, qui avait dû opposer un veto à la solution Madagascar envisagée avec la Pologne auparavant…

      10. Trouvé le pertinent extrait du Federalist Paper 71 mis en exergue par Goulard à propos des sycophantes brexiters. Comme en outre la traduction du texte de Hamilton est de Tocqueville, il m’est positivement impossible de ne pas le reproduire…

        Que les opinions du peuple, quand elle sont raisonnables et mûries, dirigent la conduite de ceux auxquels il confie ses affaires, c’est ce qui résulte de l’établissement d’une constitution républicaine ; mais les principes républicains n’exigent point qu’on se laisse emporter au moindre vent des passions populaires ni qu’on se hâte d’obéir à toutes les impulsions momentanées que la multitude peut recevoir par la main artificieuse des hommes qui flattent ses préjugés pour trahir ses intérêts. Le peuple ne veut, le plus ordinairement, qu’arriver au bien public, cela est vrai ; mais il se trompe souvent en le cherchant. Si on venait lui dire qu’il juge toujours sainement les moyens à employer pour produire la prospérité nationale, son bon sens lui ferait mépriser de pareilles flatteries ; parce qu’il a appris par l’expérience qu’il lui est arrivé quelque fois de se tromper ; et ce dont on doit s’étonner, c’est qu’il ne se trompe pas plus souvent, poursuivi comme il l’est toujours par les ruses des parasites et des sycophantes ; environné par les pièges qui lui tendent sans cesse tant d’hommes avides et sans ressources, déçu chaque jour par les artifices de ceux qui possèdent sa confiance sans la mériter ou qui cherchent plutôt à la posséder sans s’en rendre dignes. Lorsque les vrais intérêts du peuple sont contraires à ses désirs, le devoir de tous ceux qu’il a préposés à la garde de ses intérêts est de combattre l’erreur dont il est momentanément la victime afin de lui donner le temps de se reconnaître et d’envisager les choses de sang-froid. Et il est arrivé plus d’une fois qu’un peuple, sauvé ainsi des fatales conséquences de ses propres erreurs, s’est plu à élever des monuments de reconnaissance aux hommes qui avaient eu le magnanime courage de s’exposer à lui déplaire pour le servir.

        VO : https://www.congress.gov/resources/display/content/The+Federalist+Papers#TheFederalistPapers-71

      11. @JA :

        J’avais bien compris , mais il est possible d’être affectueux avec DCB sans être assassin avec l’orthographe !

        Plus sérieusement , je partage la préférence pour des rencontres où l’on essaie de sortir des ornières habituelles plutôt que cultiver les vices à l’œuvre .
        Ce duo DCB -Macron me remet cependant en tête une chanson du grand Jacques où il est question de « vieilles sur le retour ou de trop jeunes en partance » .
        Je me rassure en pensant à  » c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes  » , et,  » aux âmes bien nées ,la valeur n’attend pas le nombre des années » .
        Pour Quatremer , je vote avec Vigneron .

    1. C’est ça. Exactement, un ardent défenseur de l’Europe et il en faut !

      Guy Verhofstadt : «Brexit ou pas, il faut refonder l’Europe»
      « la campagne électorale aurait sans doute mérité davantage de vision et moins d’outrances, plus d’empathie et moins de chiffres, une classe politique motivée par l’Europe et non par des enjeux domestiques.  »
      http://www.lopinion.fr/edition/international/guy-verhofstadt-brexit-pas-il-faut-refonder-l-europe-104978

  10. Ecouté le  » téléphone sonne ».

    Paul Jorion a pu planter les principaux repères , face à deux interlocuteurs sans doute plus jeunes que lui , mais visiblement à l’esprit plus vieillotement convenu et apparemment mal informés ou formés , en dépit de leur carte de visite qui mériterait d’être vérifiée comme certains diplômes ! ( j’ai eu la curiosité d’aller vérifier si Gélin , ingénieur des Ponts , était aussi X . Il semble que non , ce qui me rassure sur l’agilité d’esprit et l’esprit critique des X .

    Le principal acquis de l’émission devrait être que la numérisation inévitable ( on ne devrait d’ailleurs pas chercher à l’éviter par principe idéologique) , ne sera un progrès pour l’humanité que si on réécrit la nature , les fins , les impacts et gains , des productions magnifiées ainsi , la redistribution de la plus value ,et l’équilibre à trouver entre le numérisé et l’imparfait humain .

    C’est donc le système économique , au sens de l’économie politique , la seule qui « vaille » ,qui est à remettre à plat à chaque échéances démocratiques ( ou pas ), à chaque occasion , en tous lieux , à toute heure .

    Mais les lecteurs du blog ne seront ni surpris , ni à cours de propositions .

    1. « Mais ça fait du bien ces jours-ci d’entendre ce genre de discours, ça change de la samaritaine du moisi que l’on se tape avec d’un côté la propagande poutinienne et de l’autre la souveraineté sauce nationaliste servie à plus soif ! »

      +1
      Merci. Ho que oui.

    2. vigneron dit :
      9 juillet 2016 à 9 h 39 min

      Merci, oui, cela s’appelle le courage politique et invite les représentants, dignes de nom, à clarifier leur propos et à redéfinir avec fermeté et clarté leur vision, surtout quand plus personne ne s’y retrouve . Un bon leader DOIT avoir l’esprit d’équipe et le sens du dialogue.

  11. « La proposition de constituer des listes trans-européennes aux prochaines élections européennes, pour donner une dimension européenne à ces élections qui jamais ne parviennent à décoller du débat national. »

    Très bonne idée , à condition qu’il y ait de vrais projets européens humanistes proposant une vision de l’avenir réaliste, humaniste et audacieuse, notamment en matière de relance et d’investissement dans la formation, la transition écologique et les nouvelles technologies.

    Difficile de continuer à penser l’Europe telle qu’elle est actuellement: un chantier vraiment mal en point. Comme l’ont récemment rappelé, avec lucidité Michel Rocard et également J. Delors. Etrange et consternant, ces deux hommes de conviction et d’envergure d’ hommes d’Etat ne sont jamais parvenus à devenir Président de la république. Européen convaincu, M Rocard se désolait de l’abandon du projet européen humaniste. Cet Homme de Gauche pragmatique avait une vision et a incarné ses choix jusqu’au bout, y compris, en affrontant les chinois et les russes pour la protection des pôles.
    http://www.touteleurope.eu/actualite/michel-rocard-europeen-convaincu-et-insatisfait.html

    http://www.lecerclepolaire.com/fr/le-cercle-polaire/membres-dhonneur/15-le-cercle-polaire-francais/cerclepolaire-fr/membres-dhonneur-fr/39-michel-rocard

    1. Gudule
      Oui et c’est là que le bât blesse, ceux qu’on entend partout dans les médias et sont des européeens convaincus, ont oublié ce que socialisme veut dire. Inversement, des souverainistes, qu’on entend beaucoup aussi, opposés au néo-libéralisme, sont trop souvent nationalistes étriqués (mais il est vrai, la nation est par définition un cadre étriqué ;-). Qu’on se rappelle les saillies d’un Mélenchon sur les pays Baltes, du Montebourg cocardier, du Sapir poutinien, je n’évoque même pas Lepen qui se situe dans le camps méthodiquement xénophobe. Nous avons déjà eu un débat acéré au sujet de Rocard, dont je notais la grande rectitude morale, j’ajouter l’engagement contre le colonialisme, son action en nouvelle Calédonie, mais parfois aussi la faiblesse des analyses politiques principalement concernant la mondialisation et les moyens d’y faire face ou de l’accompagner. Même chose pour Delors. Je n’y reviens pas, d’autres le font mieux que moi. Pour le meilleur de Rocard citons Pierre Joxe :
      https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/070716/michel-rocard-par-pierre-joxe

      Les nationalistes ratent la dimension planétaire de la condition humaine et sociale en ne décollant pas de la nation. Ils pensent qu’ils vont désintégrer le néo-libéralisme en réaffirmant la souveraineté nationale, en faisant l’analyse que l’économie devenue transnationale est devenue l’économie des choses, au détriment des humains. Mais ils font alors le pari que la pacification des nations se fera pays par pays, d’elle-même, et par l’assemblage des bonnes volontés nationales, là où les européens fédéralistes soucieux du bien commun de l’humanité pensent qu’il faut viser immédiatement la dimension, collective, où les problèmes se posent pour avoir une chance de les résoudre.
      C’est à dire en les posant dans un cadre institutionnellement supra national où la souveraineté qui devra compter est celle de l’humanité sur elle-même, assumant pleinement sa commune destinée, la question des nations se voyant alors subsumée dans celle vitale, de l’avenir de l’humanité. La notion d’origine associée à l’idée de nation s’efface alors pour celle d’origine liée à notre appartenance à une même espèce humaine. N’est-ce pas ce sentiment qu’il faudrait développer. L’Union qu’a rejetée les britanniques du Brexit est-elle celle des avancées sociales et régulatrices et les partisans du Brexit des « immobiles » comme l’a dit Macron ? Sur la papier, sur le plan des valeurs le discours de Macron est parfait, mais cela manque sérieusement de crédibilité lorsque l’on connaît son influence auprès de Hollande et son action au gouvernement.
      Dans ce cadre l’Union européenne ne peut plus alors être comprise comme le rempart contre le reste du monde, mais comme l’échelon à partir duquel pourront être traités des problèmes qui débordent par définition le cadre des frontières nationales. C’est juste un palier pour viser plus haut. Et cela on ne l’entend guère dans ce débat à Sciences-Po. Ils auraient écrit une très bonne dissertation à l’examen de Sciences-Po, mais de là à faire une politique crédible et à la hauteur des enjeux.
      A vrai dire rien ne semble opposer le nationalisme internationaliste humaniste et le fédéralisme à horizon humaniste planétaire, sur le plan des valeurs.
      Dans les deux cas, ce qui est visé ce sont des humains en paix avec eux-mêmes, et avec leurs congénères, sur une planète aux ressources partagées. Reste alors à trouver le modus vivendi.

      La difficulté de la situation présente est que les deux camps, sous des vocables identiques, souverainistes, et fédéralistes, sont traversés par une même ligne de partage entre d’un coté ceux qui croient encore aux vertus de la concurrence, au doux commerce comme on disait au dix-huitième siècle, et ceux qui se sentent et raisonnent déjà en citoyens du monde.
      Après tout, et Macron l’européen n’y échappe pas, lequel n’imagine pas l’Union autrement que dans son opposition concurrentielle à la Chine, faute de se situer d’emblée dans un cadre de pensée planétaire, le fédéralisme n’est donc pas nécessairement un gage de vision planétaire au sens le plus pleinement humaniste. Mais au moins, accordons lui au moins cela, le fédéralisme est un pas supplémentaire, comme horizon de pensée, qui ra reste coquille vide si les moyens de la régulation ne sont pas au rendez-vous, et vite !
      Il y a donc une dialectique historique à l’oeuvre entre les deux courants de pensée politiques, chacune d’elles pouvant comporter des éléments mortifères ou émancipateurs.

      1. Les nationalistes ratent la dimension planétaire de la condition humaine…l’humanisme qui vibre en vous embrasse le monde et enlace chacun d’entre nous, peace and harmony! Mais attention à ne pas rater la marche du nationalisme pour ne pas se vautrer sur le concept de l’internationalisme.
        Un sujet majeur qui pourrait être développé et étayé: le facteur travail dans une économie capitaliste peut-il permettre à 7 milliards d’individus de subvenir à leurs besoins? Sans anéantir l’humain?

      2. Ce qui créé des tensions aujourd’hui entre pays d’ Europe c’est l’euro. l’Europe serait-elle en guerre sans l’UE, une frontière peut être un mécanisme de coopération alors que l’absence de lien n’unit pas forcément.

      3. Descends de ton nuage Pierre-Yves. Tu causes de défaillance supposée des fédéralistes à  » se situer d’emblée dans un cadre de pensée planétaire  » alors que, par exemple, le nationalisme le plus archaïque qui se puisse imaginer, aux mains d’un pouvoir totalitaire (au sens donné par Gauchet distinct du régime totalitaire), vient aux frontières mêmes de l’UE de produire la première annexion contre l’intégrité territoriale et à la souveraineté d’un Etat sur le continent européen depuis la deuxième guerre mondiale et la première au monde depuis Saddam au Koweït. T’es grave hors-sol Pierre-Yves.

      4. @PYD

        Ce qu’il y a de plus vil et plus détestable , en politique ou pas d’ailleurs : sombrer; car m^me avec un sourire « grimaçant » c’est une décrépitude intérieure qui s’exprime ainsi ; du coté petit et égotiste du pouvoir, qui n’en devient ainsi que sa pitoyable caricature. C’est effectivement ce qu’ont fait certains politicaillons habiles et manoeuvriers avec M Rocard ou d’autres comme P Seguin, ayant eux une envergure d’hommes d’Etat.

        M^me indécence devant son cercueil après l’avoir « proprement  » flingué , Hollande à l’instar de « certains » de ses « amis » (fabius sort de ce corps..) n’a vraiment pas de quoi pavoiser….

        Et je suis certaine que, de cela , majoritairement, les français non plus, n’en veulent plus . Nourrir les bas instincts des individus avec ce genre de comportement est tout simplement Dangereux et Irresponsable et n’a rien de Politique. C’est d’un niveau affligeant et cela profite toujours aux extrêmes , cherchez l’erreur…

        http://bruxelles.blogs.liberation.fr/2016/07/06/michel-rocard-lhomme-que-les-socialistes-ont-humilie/

      5. « mais parfois aussi la faiblesse des analyses politiques principalement concernant la mondialisation et les moyens d’y faire face ou de l’accompagner. Même chose pour Delors.  »

        Je ne suis pas d’accord , M Dambrine. C’est bien exactement l’inverse. M; Rocard a reconnu les dérives que vous dénoncez , à juste titre. . La financiarisation dérégulée n’obéissant qu’a ses propres « règles », a , bien évidemment, besoin d’être régulée. Plus que jamais. Les propos de M Rocard confirment ceux de Adair Turner, qui n’est pas moins que l’ancien patron de la régulation financière britannique , ou d’un certain T Piketty.

        «Nous avons perdu le savoir-faire de limiter les crises»

        «Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une régulation mondiale faite d’un commun accord a permis de lutter contre la spéculation. La période des Trente Glorieuses dominée par la pensée de Keynes avait ainsi un cadre financier international stable et les crises financières ont disparu du fonctionnement habituel du capitalisme. Mais depuis que cette doctrine a été abandonnée dans les années 1990, nous connaissons une méga crise mondiale et financière tous les quatre ou cinq ans. Nous avons perdu le savoir-faire de limiter les crises qu’on avait construit avant», déplore ainsi l’ancien premier ministre.
        http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/02/26/20002-20150226ARTFIG00179-michel-rocard-alerte-sur-les-derives-qui-menent-au-suicide-de-l-humanite.php

        Trop de finance

        « Pour Turner, le monde de la finance laissé à lui-même crée de la dette en quantité excessive par rapport aux besoins de l’économie réelle. Ce qui passe par deux chemins différents. D’un côté, des prêts entre financiers pour spéculer sur le prix d’actifs existants, ce qui n’a aucune utilité sociale. Et la libéralisation financière internationale participe de ces mouvements de capitaux inutiles qui ne sont pas liés à des activités productives. »
        http://www.alterecoplus.fr/economie/regulation-financiere-il-faut-aller-plus-loin-201511231550-00002566.html

    2. vigneron
      J’adhère à ce que tu dis des nationalistes totalisants. Je regrette seulement que le fédéralisme soit souvent une idée creuse dans la bouche d’un certain nombre de nos dirigeants et ex-dirigeants. Qu’on pense à Giscard et sa constitution taillée sur mesure pour l’économie néo-libérale.
      Qu’on pense à Manuel Barroso, cas certes caricatural mais qui indique où en est l’idée fédéraliste devient une formule incantatoire faute de projet politique émancipateur.
      Alors permets-moi de préférer un nationaliste internationaliste socialiste démocrate et non belliqueux à un fédéraliste néo-libéral va-t-en-guerre. Je t’accorderais volontiers que les nationalistes de ce type sont rares. Je suis bien sûr pour une Europe fédérale, mais pas pour faire n’importe quoi.

      2012 :
      http://www.lefigaro.fr/international/2012/09/12/01003-20120912ARTFIG00537-l-europe-face-au-tabou-du-federalisme.php

      2016 :
      http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/07/09/l-ex-president-de-la-commission-europeenne-jose-manuel-barroso-recrute-par-goldman-sachs_4966696_3214.html

      1. je préfère un nationaliste internationaliste socialiste démocrate et non belliqueux

        plus café-pousse-café-cigare et le sourire de la serveuse ?

  12. Tien, pourquoi pas la guerre, pour régler les problèmes du Brexit ?

    Les tweets paranoïaques de Paul Jorion font décidément peine à lire.
    Comme si les manœuvres de déstabilisation de Poutine de Kaliningrad à la Géorgie avaient attendu le Brexit et comme si les initiatives consécutives de l’Otan, y compris les dernières à Varsovie, avaient un quelconque autre lien avec le Brexit que celui, bien lâche au demeurant, de la manifestation de l’impuissance et de la dépendance politiques, diplomatiques et militaires de l’UE.
    Mais, Brexit ou pas, de fait, que tout ce merdier putinien aide enfin à réveiller l’idée d’Europe, on ne pourrait que s’en réjouir.

  13. Ouais mais va falloir être réaliste, l’agglomérat Français c’est construit aussi sur des échanges économico-culturels et une reconnaissance des territoires, la bêtise de Cambrai, le jambon de Bayonne, le Château neuf du Pape, maintenant si je prend un Européiste lambda et que je lui demande parmi 3 pays de l’Est lequel est Latin, combien vont me dire la Roumanie?, pareil pour les pays de l’Euro, pareil pour tout et y à plus de chances de trouver les réponses chez les souverainistes que chez les Européistes, car il veulent justes habiter New York, l’Europe, les nations, tout le monde s’en fout… sauf qu’en y à un problème, Todd avait raison de dire que Fabius ne savait pas où il était en Ukraine…
    Mais le pire c’est peut-être les citoyens du monde, la moitié de l’humanité pourrait crever de faim, il serait content quand même, y avait une photo d’une jeune Africaine sur le vieux blog de Lordon, je suis d’un naturel méfiant, est-ce une facilité d’usage?, si elle était laide?, j’y ai pas mal réfléchit à cette photo, la petite hybris de ce vouloir partout chez soi, sans effort, sans persister, cela ne vaut pas un avenir pour une môme, il suffit pas de la déplacer.

  14. @PYD
    Ce qui a beaucoup manqué ? Le SENS, du SENS et d’expliciter et de resituer les ENJEUX du projet européen. Redonner du sens, oui, encore faut-il avoir une Vision construite, un projet et l’Esprit et la conviction qui vont de pair pour les porter ET donner envie aux individus de l’incarner. Être un gestionnaire ne suffit pas, nous avons besoin, à l’instar de M Rocard ou Delors de VRAIS BÂTISSEURS. Le sens de l’intérêt général, du bien commun, la mise en perspective, le débat et le POLITIQUE au sens noble, bref un nouveau souffle, de la pédagogie et de l’empathie, effectivement. Dont acte….

    M Rocard disait qu’il faut du TEMPS LONG pour la réflexion et la construction d’une VISION. A juste titre.
    http://www.huffingtonpost.fr/2016/07/03/mort-michel-rocard-ps-avertissement_n_10790294.html

    C’est un point important et qui va à contrario de la « dictature » de l’hystérie et de l’immédiateté (qui est un leurre aux apparences «  »magiques » à ne pas sous-estimer).
    Là où le bât blesse ? Aucune pédagogie, aucune vision et un dialogue pauvre et d’une indigence coupable de la part de ce gouvernement, tant vis-a-vis des français que vis-a-vis de l’UE. Entre autres..
    Comme le soulignent effectivement, DCB, S Goulard et E Macron; redonner du sens c’est expliquer en quoi l’UE est POSITIVE et UTILE face aux enjeux mondiaux actuels (la régulation financière, les blocs puissants qui se constituent etc…), inviter les citoyens européens au débat démocratique, mettre en perspective les articulations et les interactions concrètes entre les Etats qui la composent et cette entité. Forts de ces clarifications et de cette invitation à l’ouverture, au dialogue et au débat; peut-être que les citoyens européens auront envie d’entendre et de participer à un débat riche, ouvert, incarné et diversifié.

    Ps : dans un débat et un dialogue, ça fait vraiment du bien de regarder et d’écouter des individus conscients, « décollés » de leurs « prothéses électroniques », qui vous regardent dans les yeux et vous écoutent quand vous leur parlez m^me s’ils se passent le chewing-gum d’une façon simple et détendue. Détail anodin, car ILS SONT BIEN DANS L’ICI ET MAINTENANT AVEC VOUS PRESENTS CONCENTRES et ATTENTIFS ET ça change TOUT…..C’est aussi le « travail » pédagogique que l’on fait avec certains enfants « déconnectés », de leur esprit ET de leur corps en aïkido, les aider à se recentrer, dur dur (vive les consoles « à baston »…) les parents nous disent MERCI…

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