La question taboue du partage du pouvoir au sein de l’entreprise, par Jacques Boutbien

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Il est désormais admis que le caractère démocratique d’un pays ne se mesure plus aujourd’hui au nombre de consultations électorales mais à l’extension des principes démocratiques à d’autres sphères que celle de la politique, à l’entreprise, à l’administration et plus généralement à l’ensemble de la société civile.

Et effectivement si on illustre ce principe au travers du monde de l’entreprise on se rend bien compte qu’il reste énormément de travail à accomplir. Au-delà de la question de la précarité, la contestation de la loi El Khomri est en effet révélatrice du décalage qui existe entre les aspirations de chacun pour plus d’autonomie et de responsabilité et un système économique dont le management apparait avant tout comme hiérarchique et archaïque.

Et si c’était justement l’occasion de « rallumer les lumières » dans le milieu de l’entreprise et de s’interroger sur l’étonnant paradoxe qui fait que le principal lieu de vie de millions d’hommes et de femmes est dispensé de toute exigence démocratique ? Comment en effet prétendre résoudre les formidables enjeux sociaux et écologiques du XXI siècle si les salariés sont obligés de « mettre dans leur poche » leur citoyenneté entre 8h et 18/19h !

La crise actuelle qui perdure nous impose de « remettre sur le métier » cette idée fondamentale d’associer concrètement les salariés à toutes les décisions qui les concernent dans leur vie professionnelle. Elle nous invite aussi et surtout à nous poser les bonnes questions.
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L’entreprise devient au fil du temps une « chose commune »
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Ainsi l’entreprise peut-elle être regardée simplement comme un objet de propriété ? Peut-on l’assimiler à la possession d’un bien personnel telle une maison d’habitation ? Entre le fruit d’un travail individuel et l’appropriation d’une activité socialisée dont le développement résulte avant tout de l’accumulation des fruits du labeur de centaines ou de milliers de salariés peut-on encore s’obstiner à ne jamais voir la différence ? À l’évidence les droits et les devoirs attachés à ces biens ne peuvent être les mêmes dès lors que les décisions afférentes à leur gestion ont des répercussions décisives sur la vie quotidienne des salariés.

Une entreprise est davantage qu’une société : elle marche forcément sur deux jambes et devient au fil du temps « une chose commune » où l’on doit naturellement se partager le pouvoir et les résultats.

Dans une économie fondée avant tout sur la connaissance et le savoir-faire des salariés, peut-on encore se satisfaire en 2017 d’un code du travail qui admet que l’apporteur du travail est juridiquement cantonné dans une relation de subordination permanente et structurelle vis-à-vis de l’apporteur de capital alors que la déclaration universelle des Droits de l’Homme, signée par notre pays en 1948, affirme que « les hommes sont libres et égaux en droits et en dignité » ?

À l’image de la conquête de l’égalité des droits de la femme par rapport à l’homme, il est plus que temps de reconsidérer ce rapport déséquilibré. Il n’est en effet plus acceptable que celui qui est un élément déterminant dans la création de richesses et qui détient une grand part de la compétence, de la connaissance et du savoir-faire soit le seul à ne pas participer à sa gestion et à son partage, en contradiction avec le Préambule de notre Constitution qui, dans son alinéa 8, dispose que « Tout travailleur participe, par l’intermédiaire de ses délégués à la gestion des Entreprises ».

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71 réflexions sur « La question taboue du partage du pouvoir au sein de l’entreprise, par Jacques Boutbien »

    1. Moi, le sujet ne me fait pas rire.
      Reprenons la conclusion du billet:
      « Il n’est en effet plus acceptable que celui qui est un élément déterminant dans la création de richesses et qui détient une grand part de la compétence, de la connaissance et du savoir-faire soit le seul à ne pas participer à sa gestion et à son partage, en contradiction avec le Préambule de notre Constitution qui, dans son alinéa 8, dispose que « Tout travailleur participe, par l’intermédiaire de ses délégués à la gestion des Entreprises ».

      Cette idée de ‘participation’ à la gestion, et aussi au profits, a été reprise par De Gaulle pendant la grève générale de 68. A chaque fois que les travailleurs font la démonstration que sans eux, RIEN n’est produit, la bourgeoisie panique puis lâche du lest…

      Mais le mot comme les dispositions de « participation » sont toujours des leurres. Toute la production humaine, que ce soit des biens ou des services, a pour origine le travail. Le capital est du travail accaparé par une classe parasite, qui détient justement toutes les « participations » dans le capital. L’expropriation permanente du fruit du travail par la bourgeoisie, étendue désormais à toute la planète, la petite production agricole ou artisanale indépendante devenant marginale, est la racine des contradictions et des crises économiques, comme des révoltes, insurrections et révolutions populaires.

      Elle produit aussi un Etat de classe, chargé fondamentalement de maintenir un talon de fer sur les exploités. Plus la crise avance, plus ces Etats, à l’échelle de toute la planète, prennent la forme autoritaire, par la surveillance de masse, le matraquage idéologique des médias, la violence de ses milices. Jusqu’au fascisme si il le faut.

      En 40 ans de crise, quel que soit le comédien résident à l’Elysée, le Big Brother réellement existant a dépassé par bien des aspects le cauchemar d’Orwell.

      Voilà qui situe bien le rôle de la comédie électorale en cours: un rideau à arracher le plus vite possible, pour assurer la survie de l’espèce.

      Chacun s’exprimera sur la meilleure façon d’y parvenir. Certaines ont déjà été essayées, notamment électorales. Jamais, nulle part, la bourgeoisie n’a renoncé devant les urnes à son monopole de « participation ». Il faut en tirer les leçons, tranquillement. Et il faut agir. Avec méthode.

      Ne soyons pas dupe ! Le prochain président de la République prépare déjà sa politique anti-sociale. Dès le premier jour de sa mandature, mobilisons-nous tous le 8 mai, à Paris, à 14h, place de la République pour dire que nous ne le laisserons pas appliquer sa politique ultra-libérale comme la loi Travail et sa volonté de gouverner avant l’été par ordonnances contre nos intérêts.

      Le 8 mai, inaugurons la première mobilisation sociale du quinquennat que ce soit la peste ou le choléra qui arrive au pouvoir ! Faisons converger nos luttes et nos aspirations pour se faire entendre !

      Retrouvons-nous nombreux pour un FrontSocial dès le premier jour de mandature du nouveau président de la République qui sera élu le 7 mai au soir.

      1. Oui bien sûr, c’était déjà noté !
        Si besoin, ce garnement n’hésitera pas à « cogner » je pense ….
        Sa démonstration mercredi soir fut très instructive sur ce point.

  1. « Participer à la gestion »

    En laissant libre les dirigeants de choisir leur mode de gestion, force est de constater que très peu d’entre eux ont opté pour un partage du pouvoir entre tous les acteurs…

  2. Merci Jacques Boutbien : ça fait du bien de sortir un peu de la politique spectacle et de revenir aux questions de fond.
    J’ai l’intuition que le nouveau management d’inspiration ultralibérale (découlant de la gouvernance par les nombres analysée par Supiot) arrive à une aporie — que vous soulignez : avoir des gens éduqués et les prendre pour des pions obéissants.
    Cette méthode autoritaire de management est devenue encore plus prégnante, incontournable et obligatoire mais totalement inefficace pour les entreprises et donc in fine pour la création des richesses destinées à être concentrées par les prédateurs.
    Dans un article du Monde (plus la réf.) il était évoquée la souffrance due aux « openspaces » : cadres moyens entassés, surveillées (avec dans un coin derrière des parois vitrées le chef, le petit chef minable, qui ne sait même pas toujours ce qu’ils font mais qui a ses objectifs chiffrés à la petite semaine). Du Bentham. C’est anecdotique mais ça illustre ce problème de démocratie et de respect humain dans un travail collectif. D’ailleurs il est significatif que les GAFA aiment bien avoir d’autres façons d’encadrer leurs tâcherons…

    1. Cela étant, il est certain que ça remet en cause la propriété privée des entreprises… un encore plus gros tabou !

      1. Ça s’entend couramment que des employés (au sens d’être employé par…) s’expriment avec un « Nous » ou un « On » quand ils développent une information concernant leur entreprise à quelqu’un qui n’en est pas. Ça signe une certaine forme d’adhésion imaginaire à ce collectif des employés ramassés jusqu’à un nom propre, par exemple « les Conti » pour les « Continental ». Depuis un ancien séjour sur un divan, j’ai beaucoup de peine avec le « nous » le toutétanou compris. Comme si ce « nous » quand il est difficilement dénombrable a contrario du « nous » désignant une famille nucléaire, me menait à une dépersonnalisation énigmatique au point de ne plus mesurer ce qui m’autorise à m’exprimer au nom de cette indétermination indénombrable, absente et muette. Et si la hiérarchie formelle dénombrable, celle des organigrammes justifie l’usage d’un « nous » c’est aussi vrai de la hiérarchie informelle, celle qui en pratique fonctionne en parallèle, et qui consiste à plusieurs à reconnaître chez un alter ego un savoir et à l’installer en position de fait hiérarchique. Il peut aussi arriver que la compétence attribuée, supposée, ne concerne surtout pas le supérieur hiérarchique dont la fonction est ainsi interpellée. Peut-on traiter ces affaires d’appropriation imaginaire de l’entreprise par l’artifice d’un « nous » porteur d’intérêts, de souhaits, indépendamment de la mission de profit à finalité privée, j’en doute. Les entreprises nationalisées semblent pourtant reproduire les mêmes apories de tyrannie à l’image du bain privé et concurrentiel dans lequel elles nagent. Par contre débarrassé des comptes à rendre à des propriétaires, pas de raison d’éviter l’élection, le mandat, par votes comme alternative à la désignation pyramidale. Ça bouleverserait également le contrat et le deal sur la rémunération. Il a bien dû exister diverses expériences novatrices en terreau socialiste avant 1989 mais l’ambiance du coté de la liberté d’expression a dû vite les condamner.

      2. Oui, la propriété, sans doute. Cependant, le partage du pouvoir n’est pas plus évident au sein des associations, allégées de toute considération de propriété.

      3. Une participation plus large et plus démocratique aux décisions ne remet pas en cause la propriété.
        Ce n’est pas parce que le pilotage d’un avion se fait à 2 que les pilotes possèdent l’avion… 😉

      4. Armelle 5 mai 2017 à 0 h 34 min
        L’associatif comme le nationalisé baigne dans les mêmes apories dominantes. J’ai le lointain souvenir d’un directeur de CAT qui se prenait pour un chef d’entreprise…

  3. Petite référence historique – une tentative initialement prometteuse, qui fut malheureusement en grande partie une occasion manquée.
    https://www.senat.fr/rap/r98-500/r98-5001.html

    « L’Association, qu’est-ce à dire ? D’abord ceci que, dans un même groupe d’entreprises, tous ceux qui en font partie, les chefs, les cadres, les ouvriers, fixeraient ensemble entre égaux, avec arbitrage organisé, les conditions de leur travail, notamment les rémunérations. Et ils les fixeraient de telle sorte que tous, depuis le patron ou le directeur inclus, jusqu’au manœuvre inclus, recevraient, de par la loi et suivant l’échelle hiérarchique une rémunération proportionnée au rendement global de l’entreprise. C’est alors que les éléments d’ordre moral qui font l’honneur d’un métier : autorité pour ceux qui dirigent, goût du travail bien fait pour les ouvriers, capacité professionnelle pour tous, prendraient toute leur importance, puisqu’ils commanderaient le rendement, c’est-à-dire le bénéfice commun. C’est alors qu’on verrait naître, à l’intérieur des professions, une autre psychologie que celle de l’exploitation des uns par les autres ou bien celle de la lutte des classes. »

    « Cela implique que soit attribuée, de par la loi, à chacun une part de ce que l’affaire gagne et de ce qu’elle investit en elle-même grâce à ses gains. Cela implique aussi que tous soient informés d’une manière suffisante de la marche de l’entreprise et puissent, par des représentants qu’ils auront tous nommés librement, participer à la société et à ses conseils pour y faire valoir leurs intérêts, leurs points de vue et leurs propositions. »

    Quant à la plupart des gaullistes d’aujourd’hui 🙁 … eh bien disons que ce que l’on appelle le « gaullisme de gauche » ne fait guère recette de nos jours, malheureusement.

  4. Dans ma boite, on fonctionne selon le modèle des entreprises libérés tel que décrit par Frédéric Laloux dans son livre « Reenventing organisation », ça marche assez bien même si à 10 c’est relativement facile.

  5. Sujet très intéressant, bien abordé par l’auteur. Je suis d’accord, au boulot l’homme se comporte avec crainte, c’est une oppression qu’il est difficile de dénoncer comme le harcèlement, entre la subordination, la manipulation et l’exploitation il n’y a guère de différences. Si une hiérarchie et un respect d’un règlement intérieur paraissent bien légitimes, le salariat pose question. Les places deviennent très chères, les méthodes de recrutement se précisent en même temps qu’elles s’égarent dans une novlangue totalitaire. Triste condition, on met des gens qui ne peuvent pas se blairer 5 jours sur 7 dans une même pièce et on considère que c’est normal de passer sa carrière comme ça, en sortant de l’école qui rend docile, le fruit de la collaboration, de cet effort nécessaire de comprendre et échanger avec des collègues que l’on a pas choisis, n’est pas pris en compte dans le partage de la richesse. Heureux d’avoir une place dans l’entreprise alors on accepte, et puis on joue le jeu pour gagner un petit plus, sentiment de fierté, puis on plie l’échine, on se fait engueuler, rabaisser, tailler, pour un salaire. Cette remise en cause sera difficile, c’est un tabou, ceux qui luttent se voient parfois confrontés à des situations absurdes, des retournement de situation, des déceptions. C’est un combat important, F. Lordon en expose très bien les enjeux, les salariés sont des pions.

  6. Un bol d’air d’humanisme dans une semaine d’écartèlement entre xénophobie et enrichissement personnel…Oui, libres, égaux et frères, dans la vie, jusque dans le travail, ce serait beau.

  7. C’est le moment de relire Foucauld .

    J’y vois plus clair de mon côté sur le sujet que vous évoquez , en revenant aux sources de l’entreprise et des pouvoirs qui s’y exercent : le triangle infernal actionnariat , management salariat .

    traditionnellement le pouvoir de l’actionnariat naît de ,et repose sur , la propriété ( en fait le capital).
    Celui du manager est un pouvoir délégué d’autorité , de définition des règles d’organisation , de concentration de l’information , de coercition et de récompense.
    Celui du salariat nait du savoir faire , de l’expertise et d’une part de l’information .

    Les principales évolutions qui pèsent sur l’évolution et le « mode « de cohabitation de ce triangle , me semble se trouver dans la consanguinité accrue entre actionnariat et management , et perte de « légitimité » du salariat sur ses forces habituelles phagocytées par la robotisation .

    Ce que vous évoquez semble tendre en fait à généraliser la consanguinité actionnariat/management au salariat . L’expérience n’est pas neuve et l’on peut citer les coopératives , le mutuellisme , le communisme , l’autogestion , la participation à la Chaban Delmas ….

    Ce qui semble finalement en jeu , c’est la libre disposition du capital dans son emploi immédiat , sa « fructification » , ses choix de projection sur l’avenir et de l’emploi des « surplus » .. Ce que certains appelleraient la liberté d’entreprendre qui est devenue la liberté de spolier .

    Tout ça pour dire que « l’évolution des pouvoirs en entreprise » pose aussi la question de la forme de maitrise des paris d’entreprises que nos sociétés sont prêtes à ( ou bientôt contraintes de ?) faire .

    1. à Juannessy,4 mai,2017,22h45
      D’abord OK.Mais votre « triangle » est insuffisant.Pas seulement le trio « infernal » actionnaires,dirigeants,et
      salariés(…comme si les dirigeants n’étaient aussi des salariés).Non ce n’est pas cela:les PARTIES PRENANTES
      sont plus nombreuses.Et d’abord,Juannessy,les CLIENTS!
      Sans clients(au sens large,je veux dire à étendre aux
      organisations productives non marchandes)il ne peut
      y avoir de salaires pas plus naturellement que de
      dividendes éventuels.Pas d’impôts(TVA,ou IS,et taxes
      diverses)non plus..Les partenaires sont donc multiples,et fondamentalement bien plus que 3 et votre
      en effet triangle « infernal ».Et justement,c’est cette ouverture à l’ensemble des partenaires qui devrait
      permettre de sortir de ce cercle étroit des seuls « trios ».
      Quand l’ouverture est d’abord(c’est un minimum!)
      sociale et environnementale,c’est déjà un premier
      progrès.Le second est cette affaire (interne disons)
      du pouvoir au sein des OP(Organisations Productives,
      marchandes et non marchandes,privées et publiques).
      Et c’est la question,posée depuis longtemps par les
      adeptes du courant des SCOP(mouvement coopératif)
      Voir sur ce point Georges Lasserre pour lequel(et cela
      ne date pas d’un propos d’hier)une « démocratie » dans
      une société quelconque,n’en est pas une si elle n’existe
      pas au sein même des OP.Mais c’est difficile à obtenir
      cela.Les « responsables » des SCOP peuvent nous éclairer
      à ce propos.Là encore,comme pour la « démocratie »
      politique,la DEMOCRATIE ECONOMIQUE est un construit social.Au point où nous en sommes arrivés
      en matière de « démocratie » politique (est-elle vivante?),
      on peut s’interroger sur cette démocratie économique
      (interne aux OP,aussi….)et sa possibilité d’émergence,
      au sein par exemple de la société française du XXI ème
      siècle.Petit espoir? La pensée coopérative n’est-elle pas
      née en France? C’est là,qu’on peut y trouver ses racines.

      1. J’en reste cependant à mon triangle, pour rentrer sans trop de brouillard et confusion dans le sujet du billet .

        D’autant que l’élargissement que vous faîtes à propos , indique le sens de la solution et sa difficulté : le pouvoir sr l’entreprise doit être celui qui s’impose aux actionnaires ET aux managers ET aux salariés .

        C’est le pouvoir de la loi citoyenne et démocratique « nationale » ET mondiale , premier passage obligé , et cela suppose que les citoyens le soient avant que d’être des clients consommateurs , deuxième passage obligé .

      2. PS : au passage je relève que , non , les dirigeants ne sont plus des salariés . Je crois même avoir évoqué le contraire en signalant leur consanguinité accrue avec l’actionnariat . D’autres l’ont dit mieux que moi , parachute doré et distribution d’actions aidant .

  8. Sujet difficile.
    Je vous renvoie au livre de Michel Hervé, l’Ere Nouvelle qui relate sa philosophie basée surson expérience au sein de l’entreprise qu’il a fondée et qui est devenu le groupe Hervé (1600 personnes) : inénarrable.
    La propriété privée des entreprises n’aide pas : manifestement Michel Hervé, fondateur et propriétaire du groupe a su surmonter la difficulté. Je crains et pense que son expérience n’est pas généralisable : nous avons affaire à une personnalité hors du commun, mais l’expérience vaut à être connu.

    La taille de l’entreprise, une concurrence exacerbée (saturation des marchés) a eu un impact négatif sur son mode de management : perte de savoir conséquence de l’externalisation, mise en place de relations client fournisseur ubuesques, parcellisation des tâches qui deviennent routinières, inintéressantes, perte de sens du travail, désengagement, baisse de la productivité (mot impudique) chez le donneur d’ordre, mise sous pression du sous-traitant.

    Le savoir faire, c’est une chose, le savoir fédérer en est une autre beaucoup plus délicate et difficile à mettre en oeuvre. La personnalité du dirigeant de l’entreprise est primordial pour que la mayonnaise prenne bien. Ne faut-il pas déplacer le débât : c’est quoi un dirigeant démocratique, un comité de direction démocratique ?

    1. @Yves Vermont

      « c’est quoi un dirigeant démocratique, un comité de direction démocratique ? »

      Un dirigeant démocrate est un dirigeant qui accepte la collégialité.
      Un comité de direction démocratique est une collégialité élue et révocable, qui sait mettre en mouvement ses mandants pour atteindre le même objectif.

      1. à Eninel,5 mai 2017,8h21,
        Je trouve intéressante votre définition d’un comité
        ou d’une direction « démocratique »,d’autant plus qu’elle
        est fort difficile à fournir,à l’évidence,et aux yeux de
        tous.Si je vous comprends bien,la révocabilité dont vous
        parlez est « interne » au groupe constituant collégialité.
        Je pense,de mon côté,qu’il faut aller au delà.Selon mon
        avis,un quelconque « groupe » ne saurait être d’ordre
        démocratique s’il n’a pas EN OUTRE ce que j’appellerai un « comportement citoyen »(citoyen dans
        la cité,dans le Pays,et dans le Monde).A défaut,on risque le maintien du caractère « infernal » du triangle de Juannessy,dont,précisément la question est d’en
        sortir « par le haut » (c’est-à-dire à l’avantage de tous,
        présents ….et futurs).Merci de m’éclairer de votre
        réflexion sur ce point,Eninel.

      2. @devillebichot guy

        Bonjour citoyen Guy.

        Je vous remercie de répondre à mon post, mais fondamentalement je parle de responsabilité collégiale parce que je m’élève contre la tendance du moment faisant systématiquement l’apologie du pouvoir personnel, plus que pouvoir, d’un certain génie personnel.

        On voit ça chez les Mélenchon ou les Macron, mais on a vu ça aussi avec les Bil Gates et les petits génies de la nouvelles technologie, globalement dans toutes la sphère de l’activité humaine.

        Au risque de vous surprendre, toute sa vie Lénine dénonçait le pouvoir personnel et le culte de la personnalité. Durant sa meilleur période la direction du parti bolchevique (composée à 90% d’intellectuels bourgeois) était une direction démocratique et collégiale, où Lénine n’avait pas toujours le dernier mot.

        Je pense que l’un des blocages politiques et idéologiques du moment provient de la tendance de la société (et des entreprises) de ce chercher des chefs inspirés et infaillibles. Cela n’existe pas.

        Les hommes (femmes évidemment) particulièrement aptent à diriger (aider, guider) doivent le faire de manière collective, organisés dans une équipe dirigeante solidaire.

        Je suis particulièrement amusé lorsque j’entends par exemple un Macron expliquer à la TV, qu’il n’est pas responsable de cela parce que lui dans un gouvernement, il n’était que le ministre de cela; ou alors qu’il se lave les mains d’une autre mesure, parce qu’il n’était pas à ce moment pas (ou plus) dans tel gouvernement. C’est comme si un ministre tiers de Hitler se lavait les mains par rapport à la Shoah. Oh moi sous savez, nous dit-il à Nurenberg, je ne m’occupait que du numérique !

        Il n’y a plus aujourd’hui dans les gouvernements (ou les entreprises) de co-responsabilité et de solidarité gouvernementale. Nous pouvons observer comme toute entité dirigeante, des sacs de crabes remplis de médiocres petits carriéristes et arrivistes, ayant pour seul horizon indépassable leur petite personne et leur plan de carrière.

        Cela pèse évidemment et freine l’efficacité des réalisations collectives et des buts recherchés.

        Sur votre interrogation quant à la révocabilité des élus, il y a confusion sur le mot « groupe » à mon avis:

        « …Si je vous comprends bien,la révocabilité dont vous
        parlez est « interne » au groupe constituant collégialité… »

        Un groupe de dirigeants peut-il révoquer l’un des siens ? Oui sur la base d’une convention existante. Mais sur mon premier message, j’insiste surtout du rapport futur entre mandatés et mandants , en s’inspirant de la Commune de Paris, rien de plus.

        Un très bon exemple historique de ce que devrait être un comportement citoyen dans la cité !

        « .. un quelconque « groupe » ne saurait être d’ordre
        démocratique s’il n’a pas EN OUTRE ce que j’appellerai un « comportement citoyen… »

  9. à tous
    Sur la question soulevée,voir les travaux de l’ISEOR de
    Lyon-Ecully,et ceux de son créateur,à savoir Henri
    Savall.Son livre-testament scientifique-selon ses propres
    mots,ouvrage collectif,est à lire absolument :
    Dans la collection Gestion en liberté,éditions ems,
    management et société, »le capitalisme socialement
    responsable existe », octobre 2015.218 pages.Un
    élément d’un dossier tout à fait essentiel….

  10. «  »Entre le fruit d’un travail individuel et l’appropriation d’une activité socialisée dont le développement résulte avant tout de l’accumulation des fruits du labeur de centaines ou de milliers de salariés peut-on encore s’obstiner à ne jamais voir la différence » »

    La différence réside dans la notion d’intérêt.
    Pourquoi travaille-t-on?
    20% du temps pour répondre à ses besoins, 80% pour payer les intérêts financiers (à la grosse louche)
    Quand quelqu’un pas trop fortuné veut isoler sa maison il emprunte de l’argent et paye des intérêts à des organismes qui n’en n’ont rien à foutre dans quoi il investi.
    Tout le monde sait aujourd’hui que ces intérêts favorisent la concentration monétaire chez les nantis et la surconsommation des ressources planétaires.
    Bref, le fait d’aller travailler pour payer les intérêts provoque une consommation de ressources dont on se passerait bien.
    On ne peut pas d’un côté vouloir développer la sobriété énergétique et d’un autre passer son temps à travailler pour payer les intérêts financiers, il faut choisir.
    A mes yeux, la réorganisation entrepreneuriale sera la suite du choix que nous ferons concernant la notion d’intérêt.

  11. Commençons par poser l’hypothèse qu’il a une méthode permettant d’arbitrer de manière démocratique les intérêts des employés, des managers et des actionnaires en ayant en tête les contraintes suivantes :
    • Sans employés pas d’entreprise, sans un salaire décent pas de travail de qualité.
    • Sans managers impulsant une dynamique, une entreprise amorphe, sans bonus (dans les limites de la décence), pas de dynamique.
    • Sans actionnaires, pas de fond propres et pas d’innovation, sans rémunération du risque, pas d’investissement.

    C’est sur le rapport de force entre ces 3 entités qu’il faut travailler. Si les employés avaient accès aux états financiers et s’ils étaient en mesure de les interpréter, ils pourraient probablement mieux défendre leur position. Il est surprenant de voir que les débats sur les enjeux économiques d’une entreprise ne font JAMAIS référence à la situation financière de l’entreprise. Prenons l’exemple de Whirlpool, est-ce que le résultat net augmente d’année en année et malgré cela ils délocalisent ou est-ce que l’EBITDA diminue constamment jusqu’à atteindre zéro mettant en péril le modèle d’affaires de l’entreprise?
    Le blog de PJ pourrait proposer un cours en ligne de formation de base à l’interprétation des états financiers. Cela permettrait surement à la gauche d’élaborer des analyses plus pertinentes au-lieu de s’écrier : « c’est le grand capital !»

    Enfin :
    • Dans la mesure du possible, une personne morale doit essayer de voler de ses propres ailes (avoir un modèle d’affaires qui marche).
    • Dans la mesure du possible, une personne morale doit être organisée en coopérative. L’apporteur en capital pouvant proposer une dette subordonnée qui a pour avantage d’augmenter les fonds propres de la coopérative sans interférer dans la gouvernance de la coopérative.

    Enfin (2) :
    • La gauche devrait se donner comme objectif de constituer un tissu de coopératives et entreprises fonctionnant selon les principes de l’économie social et solidaire. Mais pour matérialiser cet objectif il faut du capital (eh oui). Dès lors, aussi longtemps que la gauche ne se dotera pas d’instrument financier fonctionnant selon une autre logique et avec une surface financière significative, elle aura de la peine à modifier le rapport de force. Et le chemin sera long,…

    1. Ça me parait déjà plus concret , mais dans un schéma de recherche de démocratie « à l’intérieur » de l’entreprise , selon des pistes déjà tentées et essoufflées .

      Ce que j’avance de mon côté , c’est que la démocratie ne peut être assurée vraiment que de « l’extérieur » de l’entreprise , de la même façon quelle ne peut s’exercer sur les fonctionnaires , leur missions , durée et conditions d’exercice , que par la Loi ( plutôt que par la règle à calcul de Bercy ).

      En clair , ça veut dire assujettir l’entreprise aux choix démocratiques , et pour le coup , effectivement , cela signifie que l’on soumet le capital à ces choix .

      1. En signifiant qu’il faut soumettre le capital à ces choix, vous le désignez comme un ennemi. Je pense que c’est une erreur, il faut le considérer comme un partenaire. Si vous dites à l’actionnaire/investisseur au mieux avec votre investissement, vous ne gagnerez rien, au pire vous pouvez tout perdre, je ne suis pas sur que beaucoup d’investisseurs s’intéresseront à vos besoins d’investissement.
        Sur la question intérieur/extérieur, je ne suis pas persuadé par le passage par l’extérieur car sur le plan de la gouvernance, la boucle de rétroaction est trop longue. Résultat, l’entreprise n’est pas suffisamment réactive. Les décisions doivent être prises au plus près des acteurs concernés. Le rôle de l’extérieur (i.e. l’Etat) c’est de réguler, pas de faire. L’économie planifiée façon le pouvoir aux soviets a tragiquement échoué.

      2. Au passage , c’est pourquoi la principale résistance à la politique annoncée par EM me semble bel et bien être la discussion du contenu réel de ce que l’on résume sous le vocable « élargissement de la loi El Khomry ».

        Son ambition positive est de donner des billes pour être plus réactif et stratège pour fabriquer de l’entreprise , donc de l’emploi .Et éventuellement de la ressource financière pour être pris au sérieux au plan international .Le pouvoir réel du salarié dans ce contexte ne peut donc être vraiment que l’accord de branche ( qui a été réduit) ou de conventions collectives plus ou moins locales qui tendent à assurer une sorte de minimum de salaire décent , agrémenté d’un parachute apporté par la relecture des conditions du « chômage » et de l’accès simplifié à la formation permanente .

        C’est un canevas qui a à faire ses preuves d’une part , et les échos scandinaves sont à la fois encourageants et à doutes subsistant .

        Mais on est encore dans ce que j’appelle la régulation de l’entreprise par l’intérieur , réduite au traitement ( par « l’extérieur ») social du salarié réduit à une variable d’ajustement du marché des opportunités d’entreprise .

        Ça ne fait aucune place à la maîtrise de la prédation par le capital de notre environnement , à la maîtrise des orientations et des domaines d’entreprise . Ça ne peut servir de support structurel à une nouvelle façon de produire et consommer , de gérer les temps humains .

        Ça ne donne pas de piste concrète sur la reprise en main du marché par la démocratie, et la répartition ou partage du pouvoir au sein de l’entreprise ne s’en trouve pas amélioré .

        PS pour Jacques Boutbien :

        J’ai une sœur et un frère . Il y a eu un moment dans la vie familiale où , dans la fratrie, il y avait un délégué FO , un délégué CFDT et un délégué CGT ! On en plaisante encore . Les emmerdes et les drames supportés main dans la main, ça éclaire tout .

      3. @makaevitch :

        On s’est mal compris ( et c’est normal parce que mon issue n’est pas encore étayée et prendra du temps à l’être ! ) sur « maîtrise » de l’entreprise par l’extérieur :

        ce n’est pas tant de peser sur (engluer) la gouvernance interne qui m’intéresse pour changer d’époque . C’est de cadrer ou pour le moins réguler l’entreprise dans ses choix de recherche et développement, de cadrer sans fuite les conditions de mobilisation et rémunération du capital .

        En clair , c’est de rendre ceci à la démocratie :

        http://www.la-revanche-des-ses.fr/Docsdossier152008.pdf

        Rien que ça ! Mais il faudra bien y venir .

        PS : de ce point de vue , je trouve Bernard Thibaut plus utile à l’OIT qu’à la tête de la CGT . Reconversion largement mieux venue que celle de Nicole Notat .

      4. Juannessy

        « Le pouvoir réel du salarié dans ce contexte ne peut donc être vraiment que l’accord de branche ( qui a été réduit) ou de conventions collectives »

        Je suis d’accord avec ça, et c’est ce qui m’inquiète quand je lis que Macron veut privilégier les accords d’entreprise.

      5. @Armelle :

        Si je l’ai compris , c’est un peu plus ciblé que ça .

        Mais ce que je dis sur le fond , c’est que même le simple accord de branche « garanti » sous la houlette de la seule loi française ne peut être aussi une réelle « garantie » possible à terme , dans un marché international qui s’en fout .

      6. juanessy

        « Si je l’ai compris , c’est un peu plus ciblé que ça . »
        Bon. Je vais relire ça alors.

        Sinon, l’international s’en fout c’est vrai, sauf a essayer de contourner le droit français quand une entreprise étrangère s’installe en France. Et quand elle le ne peut pas, elle y réfléchit à deux fois avant de choisir notre territoire.
        Nous butons encore sur la définition très étroite d’une production de richesse. Si un salarié qui travaille n’est guère plus qu’un coût sur une ligne budgétaire, alors que dire de ce qui lui permet de vivre en meilleure santé, etc. !
        Sûr que là on est coulé, et, à terme, nos acquis sociaux ensevelis dans un lointain souvenir.
        Sûr que y’en a qui s’frottent les mains.
        Et comme on ne peut guère demander aux Dieux de nous venir en aide….

      7. @Armelle :

        Vos illustrations indiquent bien que les barrages nationaux ne sont déjà pas vraiment opérants ( surtout quand cette même nation utilise le CIR comme subvention déguisée … avec un relatif succès d’ailleurs ).

        La seule avancée solide possible ne peut passer que par une entité à peu près homogène dans ses valeurs fondamentales , formant un marché interne majoritaire en quasi équilibre , prête à se signaler dans le monde comme une entité spécifique et originale dans ses choix de société .

        Le seul chantier qui construise , protège , et libère vraiment .
        Il porte un nom .
        Il cherche des peuples pour le porter .

    2. « Sans actionnaires, pas de fond propres et pas d’innovation »

      C’est vrai pour les sociétés anonymes et quelques autres statuts juridiques, mais d’autres font autrement.

  12. L’ultime pouvoir, dans nombre d’entreprises aujourd’hui, est de retirer toute liberté de choix aux salariés. Et, lorsqu’il y a choix, il y a pouvoir de décision. En amont déjà, ils choisissent de moins en moins leur travail, bien contents d’en avoir un. Une fois dans l’entreprise, les décisions qui devraient leur incomber, -stratégiques, tactiques, opérationnelles-, selon leur place dans l’ordre hiérarchique et leurs missions leur sont retirées aussi. En conséquence, les relations internes, autres que hiérarchiques, soit de coopération et d’information dans l’entreprise s’en trouvent désorganisées.
    Le pouvoir financier, a n’en pas douter, a permis ces dérives et c’est bien celui-ci qu’il conviendrait de partager.

  13. Bonjour,

    L’entreprise. J’y suis.

    Les non cadres, employés, ouvriers ne veulent pas d’autonomie. Et nombres de cadres n’en veulent pas.

    L’autonomie c’est le stress et des comptes à rendre à la hiérachie.
    L’autonomie c’est l’obligation de réussite sans les moyens que la hiérarchie ne peut et ne veut fournir
    « faire plus avec moins »
    « faire mieux avec les mêmes moyens »

    1. Vous voulez dire certainement qu’ils n’en veulent plus, ou le moins possible dans le cadre communément imposé. Il s’agit de prendre la paye et c’est à peu près tout pour certains. D’autres s’épuisent dans une demande de reconnaissance et d’épanouissement. D’autres encore espèrent faire partie du sérail bientôt, ceux dont on dit qu’ils ont les dents qui rayent le parquet 🙂

      Faire du profit, cette seule et unique finalité des entreprises, ne devrait-elle pas être revisitée ?

      1. « D’autres s’épuisent dans une demande de reconnaissance et d’épanouissement. D’autres encore espèrent faire partie du sérail bientôt, ceux dont on dit qu’ils ont les dents qui rayent le parquet »

        Dans l’entreprise, comme partout ailleurs:
        combien s’épuisent à vouloir grimper dans la hiérarchie (dont la mesure est la « richesse »), en militant, en votant, contre leur intérêt, faisant le jeu des dominants ?
        L’actualité offre de quoi s’étonner du nombre de soutiens à EM, mais c’est dans la même logique…
        « Si j’étais patron, je serais pire que lui, à l’insu de mon plein gré. »

        Il y a quelque temps déjà, on adorait B. Tapie…

  14. • Sans employés pas d’entreprise, sans un salaire décent pas de travail de qualité.

    cette contrainte n’en est plus une depuis longtemps

    Robot , 10 millions de chomeurs…

  15. Démocratie en entreprise

    Extrait larousse : Système de rapports établis à l’intérieur d’une institution, d’un groupe, etc., où il est tenu compte, aux divers niveaux hiérarchiques, des avis de ceux qui ont à exécuter les tâches commandée.

    Toute entreprise est démocratique.

    Mais tant que l’on ne pose pas les fins, le mot démocratie ne veut rien dire

    1. François
      L’entreprise n’a qu’une finalité : le profit. Ainsi, les seules données à « poser » sont la panoplie du -comment- faire ce profit et les -pour quoi- et -pour qui- faire du profit. Cette « panoplie » de décisions ne doit plus être partagée avec les salariés, dans la majorité des cas. La présence syndicale n’est que de pure forme tant son pouvoir est à la marge, et de nature à décourager les élus.

      1. L’entreprise j’y suis et les salariés se fichent de démocratie, d’autonomie.
        Ils ont bien plus de lucidité que les libairtaires de la PME.I et autre espéce.
        Ils savent à l’inverse des libertaires de la TPE.I et autre espéce que l’entreprise est dans un éco-système : le marché.
        Le marché c’est la guerre.
        Quand la paix sera signée, la démocratie pourra arriver dans l’entreprise.
        Pour l’instant à l’instart des régimes, parlons de démoncratie.

      2. François

        Ma remarque n’était pas destinée à contester votre constat. Je vous faisais part du fait qu’il existait une marge de manœuvre plus grande il y a quelques années, si je me souviens bien de mon début de carrière. Après de longues années moi-même en entreprise, si je suis maintenant dans une organisation publique, j’ai encore la possibilité d’écouter, et de questionner ceux et celles qui y sont encore dans le cadre de mon travail actuel mais aussi dans un autre cadre.

        Libertaire, peut-être.
        « Le marché c’est la guerre » : je suis bien d’accord avec ça.
        Par ailleurs, et par le biais d’une association, – qui devrait être plus logiquement une entreprise j’en conviens – (à ne pas divulguer 🙂 ), après de douze années d’exercice, je suis en train d’en modifier ses fondements pour mieux faire face aux contraintes d’un marché comme vous dites, implacable. Heureusement, je ne suis pas seule dans cette réflexion et sa mise en place. Elle permettra, nous l’espérons tous, de garder notre liberté financière, de création, et, un mode de gestion partagé, comme il est depuis le départ. Cela nous évitera, nous l’espérons aussi, d’être mangé par de grosses boites de production qui souhaitent avaler les « petits ». Je ne peux en dire davantage pour le moment car non éprouvé à la pratique encore.
        Mais, ceci pour dire qu’il faut essayer de se glisser dans les interstices encore existants pour défendre ses valeurs, je crois que ce combat ne doit pas être abandonné.

  16. @Jacques Boutbien
    « …Il est désormais admis que le caractère démocratique d’un pays ne se mesure plus aujourd’hui au nombre de consultations électorales mais à l’extension des principes démocratiques à d’autres sphères que celle de la politique, à l’entreprise, à l’administration et plus généralement à l’ensemble de la société civile… »

    Il me semble que dès l’introduction de votre billet il y a une confusion entre le mot « démocratie », et ce que globalement dans l’histoire on a appelé des régimes démocratiques, des régimes différents des régimes autoritaires; et « la démocratie », exprimant pour le plus grand nombre une lutte séculaire, arrachant aux régimes autoritaires certaines libertés démocratiques, comme par exemple le droit d’association, le droit de vote, le droit à la liberté d’expression etc.

    Le caractère démocratique d’un régime est donc déterminé, d’une part par la séparation des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire), l’existence ou non d’un parlement (démocratie parlementaire); d’autre part par l’existence de libertés démocratiques pour le plus grand nombre, et de leurs respect.

    Mais avant d’aller plus loin et de regarder ce que pourrait être le fonctionnement idéal d’une entreprise, convainquons-nous que dans le cadre d’une société d’exploitation et d’oppression comme l’est le capitalisme, la démocratie bourgeoise sera et restera toujours un leurre.

    Seule une société débarrassée de la lutte des classes, et donc sans classes sociales (pas d’employeurs, pas d’employés) sera de nature, à permettre un développement réel et infini des rapports démocratiques entres citoyens vraiment égaux, de la démocratie réelle.

    Pour l’instant les libertés démocratiques arrachées à la classe dominante, doit permettre de peaufiner la conspiration des égaux de Babeuf, dans et hors de l’entreprise, surtout lorsque les richesses finissent toujours dans les mêmes poches.

    la grande majorité, l’immense majorité des habitants de la planète, ont approximativement autant de droit -réel- que pouvait en avoir les esclaves à l’époque de Spartacus.

    la belle république d’Athènes reposait sur l’esclavagisme.
    Les belles démocraties du monde libre reposent tout autant sur l’exploitation du salariat. Est-il utile de citer Proudhon et son « la propriété c’est le vol ! » ?

    Pour qu’il y ait une extension des principes démocratiques à d’autres sphères que celle de la politique politicienne, à l’entreprise, à l’administration et plus généralement à l’ensemble de la société civile, il faudra avant toute chose une révolution prolétarienne. Dans le cadre d’une démocratie ouvrière il y aura forcément un système à inventer et à faire fonctionner. Les expériences les plus poussées ont eut lieu dans la Yougoslavie auto-gestionnaire de Tito. On pourra faire beaucoup mieux j’en suis convaincu.

    Immédiatement ce qui menace la multitude salarié, c’est l’affaiblissement du syndicalisme de classe, et la tentative de plus en plus nette des pouvoirs bourgeois en place, gouvernements pro entreprises et pro profits individuels, d’instaurer une forme de corporatisme, recherchant à inféoder le prolétariat au désir et au besoin des chefs d’entreprises de la bourgeoisie.

    Plus de partis politiques et plus de frondeurs dans la citée idéale;
    Plus de syndicats ouvriers indépendant et plus de résistance dans l’entreprise démocratique harmonieuse, celles des capitalistes qui iront voter Macron dimanche.

    Vu ce programme et vu ces ambitions, je comprends l’abstention massive dimanche des exploités et des opprimés.

  17. Il y a de quoi être désarçonnés avec le pouvoir maintenant, et rendre neuneu n’importe qui. La liberté de décision soit la part réellement créative des salariés par rapport à sa fiche de poste, est utilisée dans certains cas pour servir ceux qui se sont déjà arrogés tous les pouvoirs.
    Ainsi, la méthode utilisée dans le cas d’une fusion-acquisition (très à la mode) et qui doit faire du profit très très rapidement, c’est de laisser les salariés choisir leur organisation et le partage des missions entre les salariés des deux entreprises qui fusionnent. Rien n’est caché, les chefs d’orchestre de ces fusions déclarent ne pas avoir le temps d’organiser quoi que ce soit ni d’anticiper un avenir inconnu (revente, mutation d’activité, etc.). Cette liberté devient un pugilat qui permet un écrémage sans implication de responsabilité de la part de ceux qui tiennent la bourse.

  18. Jacques Boutbien

    Ce n’est pas mon habitude mais, lors de ma deuxième lecture de votre billet, j’étais curieuse de savoir qui vous étiez, un truc…

    Vous en êtes parti de plein gré, j’ai fini par en être virée, le débat n’était décidément pas apprécié…

    « Jacques Boutbien regrette que le combat d’idée ait été perdu. »
    J’espère que vous voudrez bien excuser mon indiscrétion….

    Au modérateur de juger si ce post peut apparaître.

    1. Juannessy,

      Donner des conseils aux laissés pour compte, alors que ces derniers sont la conséquence logique de la direction, ou du mode de penser dominant, c’est jouer les Don Quichotte.

      Donc aucun conseil de film ou conseil tout court aux chômeurs, si ce n’est renverser le système.

  19. Toute entreprise a besoin d’une force conductrice et de suiveurs, au risque de ne pas avoir de direction.

    Celui qui imprime le mouvement sera toujours fondé à demander plus… Jusqu’à ce que la direction se révèle mauvaise. Ce qui arrive toujours un moment ou à un autre, personne ne pouvant préjuger de l’avenir.

    Si l’idée est de répartir à égalité entre tous les protagonistes les bénéfices de l’activité, un manque de reconnaissance de l’initiateur lui donnera envie de quitter le bateau. Ainsi il dérivera.

    Si l’idée est d’accorder une reconnaissance à celui qui donne le nord, la course à l’échalote est ouverte. Et on se retrouve dans les travers qu’on connaît aujourd’hui.

    Une juste répartition du bénéfice de son travail: pour moi, ça n’existe pas. Sauf à considérer le travail comme étant uniquement source de maintien de la vie, et d’un confort suffisant pour profiter du corps et de la pensée.

    Certain diront: le bonheur est dans le pré. Ben moi j’ai adoré ce film 🙂

      1. La direction donnée par ceux qui les ont mis dans cette situation ne doit pas être bonne 😉

      2. Certes . Mais ça ne me donne pas le nom du film que vous leur conseillez dans la salle 2 , tandis que vous regardez « le bonheur est dans le pré » dans la salle 1 .

      3. « Lulu femme nue »….

        Existe aussi en bande dessinée au cas où la personne au chômage n’aurait plus de magnétoscope. Ou encore, si, comme dans le film, cette personne se trouverait en fugue.

      4. Lulu femme nue, je regarderai, ça donne envie!

        Sinon, si la direction pour les chômeurs est mauvaise, leur conseiller un film pour quelqu’un à qui profite la direction, il y a de grande chance que ça ne convienne pas. Donc pas d’idée pour moi en salle 2.

      5. « Lulu femme nue »….

        Belle perspective pour le mec au RSA. L’école de la tendresse et de la bonté. Bravo.

      6. Lulu femme nue magnifique film pour un RSAste, je conseille aussi Near Death Expérience avec Houellebecq ou le film sur son enlèvement, tout plutôt qu’un film de superhéros. Cela ne doit pas empêcher de chercher du boulot 🙂

      7. @Antoine :

        Si je vous comprends , vous vous réservez le privilège d’engraisser la direction .

        Pour mon compte ( ça avait fait sursauté Paul Jorion ) , je n’ai pas de fibre pour le cinéma .

      1. Les SCOPs sont des modes de gestion intéressants …. sur le champ que le marché veut bien lui consentir . SeaFrance raconte la limite atteinte quand on …vogue au large .

    1. Juannessy,

      Je dis qu’il est difficile de conseiller quelqu’un exclus d’un système si le conseiller est lui inclus dedans.
      Une système dont les ressorts sont le capital et le travail induit un monde sans capital et sans travail.
      Cette force d’induction, un jour ou l’autre, prend le dessus, qu’on le veuille ou non. C’est cyclique, et c’est le jeu de tout mouvement que de se heurter à son contraire un moment ou à un autre.

      C’est mon point de vue.

      Maintenant quand vous dites, « vous vous réservez le privilège d’engraisser la direction . », c’est vrai. Je me suis battu pour ça. Mais je connais aussi très souvent la honte du petit bourgeois, qui donne sa pièce au clochard du coin.

  20. Bonjour
    Ayant parcouru, assez vite, l’ensemble des posts, il me semble que personne n’a point que le fonctionnement des entreprises reflète la structure sociale dans laquelle elles vivent. Longtemps le modèle de management a reproduit celui de la monarchie absolue en France , le paternalisme du 19ème 20ème n’étant que le reflet de la relation roi-sujet. les grande entreprises françaises proches des institutions ont longtemps reproduit le modèle de l’administration de l’Etat. Les méthodes de management modernes sont d’abord apparues , en France, dans les entreprises présentes à l’international.
    Donc parler de la démocratie en entreprise ne peut se faire pertinemment, à mon sens, qu’en prenant en compte le modèle démocratique de la société toute entière.
    Il n’est pas indifférent que les entreprises anglo-saxonnes aient différencié les fonctions de président du conseil d’administration de celles de Chief Executive officer – le DG alors que dans notre république monarchique, il n’a pas ét possible de dissocier complètement ces fonctions, et cela s’est fait sous la pression des modèles étrangers.
    Donc, vouloir penser la démocratie en entreprise sans tenir compte des différentes cultures me semble peu pouvoir produire des solutions viables.
    Il me semble qu’il faudrait commencer par dissocier la fonction bailleur de fonds de celle d’exploitation: après tout, quand vous êtes locataire d’un appartement, son propriétaire n’a pas à vous dicter votre façon de vivre…
    Donc un groupe gérant des fonds met à disposition d’un groupe de travail de quoi fabriquer un outil de travail et générer des profits.La première opération consisterait à définir les rapports entre bailleurs de fonds ou d’outil et le loyer à verser par l’opérateur: Le loyer de votre appartement ne dépend pas de votre activité et de votre salaire mais de la valeur locative de cet appart. Et à la fin de l’année, le proprio ne vient pas prélever vos économies pour compléter son loyer! Ça ce serait une vraie révolution, facilement applicable techniquement sinon acceptable par les avides!
    A partir de là l’équipe productrice, du DG au balayeur peut définir l’organisation du travail qu’elle veut en s’inspirant de ce qui fonctionne bien dans le monde.
    Sachant qu’il y a des gens qui aiment bien prendre des responsabilités et rester tard et d’autres qui pensent à rentrer chez eux et ne plus avoir à se soucier du devenir d e l’entreprise, on peut trouver un mode hiérarchique adapté au modèle démocratique en vigueur dans le pays parce qu’il est déjà bien intégré par chacun.
    Pour la répartition de l’argent généré on peut aussi s’inspirer des parts de pêche d’un équipage ou tout autre mode accepté à la majorité. Après…..roule ma poule!

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