Incorporer les termes de l’avenir, par Cédric Chevalier

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Dans son billet hebdomadaire de ce lundi 15 mai, Jacques Attali nous explique interroger régulièrement ses interlocuteurs de la manière suivante : « En quelle année vos enfants auront-ils votre âge d’aujourd’hui ? ». La question sous-jacente que se pose, que nous pose Attali  est « Suis-je responsable du monde dans lequel vivront mes enfants quand ils auront l’âge que j’ai aujourd’hui ? ». Pour lui, nous devrions tous être obsédés par cette question, c’est-à-dire par l’impact de nos actes sur l’avenir de nos enfants, par l’avenir du monde dans lequel ils vivront, nous poser la question fondamentale : « en quoi [mes] actes amélioreront-ils le monde dans lequel vivront les générations suivantes ? ». Et cette obsession de l’avenir et des générations futures devrait accaparer davantage encore les dirigeants politiques.

Ce dont nous parle Attali, c’est de responsabilité, avec un grand R. Mais pas une responsabilité du lendemain ou du surlendemain, ni même une responsabilité se limitant au seuil de notre mort. Non, il s’agit ici d’une responsabilité qui s’étend à nos descendants les plus proches et qui se projette au-delà, à très long terme, vers la postérité, vers le futur lointain. S’agirait-il d’une forme de responsabilité inhumaine ?

Etymologiquement et philosophiquement, la responsabilité est en quelque sorte la capacité à et la volonté de « répondre de ses actes », devant autrui, et devant soi-même. Si autrui m’interroge sur mes actes, il me demandera : « Qu’as-tu fait ? Que m’as-tu fait ? ». Si je m’interroge moi-même sur mes actes, je me demanderai : « Qu’ai-je fait ? Que me suis-je fait ? ». La responsabilité est un lien éthique et réflexif entre deux êtres humains différents (ou moi-même à deux moments différents). Dans Le Principe Responsabilité, le philosophe Hans Jonas a étudié en détail ces deux archétypes de la responsabilité évoqués par Attali : celle des parents, totale, envers leurs enfants, et celle du chef d’Etat, du dirigeant politique, tout aussi totale mais d’une manière différente, envers ses concitoyens. Dans son maître-ouvrage, Jonas imagine que les représentants d’une Humanité loin dans le futur, qui auraient à subir les conséquences de nos actes présents, puissent nous interroger, nous demander des comptes, nous mettre face à notre responsabilité. Ce cas de figure est à moitié théorique et à moitié pratique : même si le lien de réciprocité éthique semble irrémédiablement impossible entre deux individus de deux générations qui ne se sont jamais connues, l’Histoire montre bien que chaque génération subit ou profite des actes de ses prédécesseurs, parfois extrêmement lointains dans le passé. Ainsi, la Belgique existerait-elle si Napoléon avait gagné la bataille de Waterloo ? Les USA seraient-ils francophones si la France avait gagné les guerres coloniales du Nouveau Monde ? Et dans le futur lointain, l’Humanité jouira-t-elle d’une biosphère aussi accueillante qu’aujourd’hui si nous ne mettons pas en œuvre une transition écologique sociétale et ne limitons pas le dérèglement climatique ?

La maxime philosophique dégagée par Hans Jonas actualise d’une certaine manière celle d’Emmanuel Kant et se résume comme suit : « Agis de manière telle que les conséquences de ton action soient compatibles avec le maintien d’une vie authentiquement humaine sur Terre ». Elle prend acte de notre capacité récente de suicide technologique, qui ajoute une profondeur temporelle inédite à la question éthique ancestrale du « Que faire ? Que dois-je faire ? ». Désormais, il ne s’agit plus seulement de mener la vie bonne ici et maintenant, jusqu’à ma mort, en laissant éventuellement des héritiers, des monuments ou un souvenir glorieux à la postérité. Auparavant, jamais je ne pouvais menacer l’existence du futur lointain, même si j’en avais la volonté. Désormais, mes actes, nos actes collectifs, produisent des effets à très long terme, menaçant potentiellement l’existence des générations futures, de l’espèce humaine toute entière.

Le texte d’Attali a donc le mérite de nous réinterroger sur la capacité (ou non selon ses constats empiriques personnels) de nous projeter dans le temps long du futur.

Ce texte peut aussi nous permettre de prendre conscience que derrière toutes nos lamentations actuelles pour cette « faible capacité de projection dans le futur », nous sommes quand même peut-être la génération humaine la plus dotée à ce niveau, par rapport à nos ancêtres dont la survie ne laissait aucune place à la projection dans le futur, si ce n’est pour les quelques privilégiés, princes et autres nobles, désirant impacter la postérité.

Aujourd’hui, peut-être plus que jamais dans l’histoire, les représentants ordinaires de l’espèce humaines se projettent dans le futur (ils le font davantage qu’avant et ils se projettent plus loin que ceux du passé qui le faisaient). La projection dans le futur n’est plus réservée à une petite élite comme au temps des pharaons. Voyons le verre à moitié plein donc, même si la projection totale de l’Humanité dans le futur reste nettement insuffisante pour relever les défis qui nous occupent.

Un ingénieur de chez Thalès, qui produit notamment des équipements pour les satellites et navettes spatiales, me confiait récemment dans une conversation informelle sa réflexion sur le long terme.

Selon ses recherches personnelles et son expérience professionnelle, il n’y aurait pas d’obstacle technique rédhibitoire à long terme à la mise en orbite de colonies spatiales. Moins confiant sur la colonisation d’exo-planètes, il reconnaît que les caractéristiques de celles-ci pourraient ne pas coller à nos anatomies. Mais dans l’espace, on peut théoriquement contrôler tous les paramètres écosystémiques dans une station en orbite (on peut générer par exemple la gravité terrestre par simple rotation de la station). 

Je lui ai demandé : pour quoi faire ? Qui a envie de vivre dans une boîte de conserve en orbite ? Pourquoi ne pas nous limiter à 10 milliards sur Terre dans un développement durable « fort » ?

Pour lui, c’est impossible : nous avons un esprit de conquête, de colonisation, un esprit de curiosité effrénée. C’est un donné de l’espèce pour lui. Nous voudrons coloniser l’espace dès que possible.

Mais il estime en même temps qu’il faudrait des milliers d’années pour que l’Humanité réussisse un projet de colonisation spatiale, et que les générations présentes pensent et travaillent toute leur vie au profit des générations futures, chaque génération étant le maillon d’une longue chaine tendue vers un but à très long terme.

Je lui ai rétorqué alors que, pour mettre en œuvre ce projet sur plusieurs millénaires, il faudrait que l’espèce humaine (et la société et l’individu) soient capables de se projeter à un terme très éloigné. Pour mener à bien la conquête de l’espace, il faudrait mobiliser des millions de personnes, des milliards de dollars, durant des millions d’heures, durant des millénaires, soit accaparer une part considérable des ressources planétaires et humaines. Impossible sans l’accord de la majorité. Or certaines expériences de psychologie appliquée ne sont pas rassurantes quant à la capacité des individus à sacrifier un bénéfice présent pour un bénéfice futur. L’argument classique des environnementalistes qui invite à « songer à ses petits-enfants et s’engager dans l’action environnementale » a peut-être une certaine validité à l’horizon de quelques générations. Mais à plus long terme, même nos descendants pourraient ressembler à de parfaits inconnus pour nous, et n’entraîner aucune contrainte éthique sur nos actes actuels.  Nous sommes apparemment très loin d’être suffisamment dotés au niveau de la responsabilité à long terme.

Pour franchir cette frontière spatiale ultime, le manque d’anticipation du futur est rédhibitoire. Sur le chemin vers ce rêve fou, il y a donc un conflit a priori entre deux « donnés » apparents chez l’Humain : l’esprit de colonisation, de conquête, de curiosité et l’incapacité à tenir compte du futur. Il est déjà difficile de tenir compte d’un certain futur de son vivant, et encore plus difficile d’un futur après son vivant.

Le problème est le même pour le développement durable fort. Même si nous décidions de rester sagement sur la planète et d’étouffer notre « esprit de conquête », encore faudrait-t-il que nous soyons capables pour cela de nous projeter très loin dans l’avenir ! En effet, comment sinon faire accepter ce que beaucoup de citoyens et de politiciens ressentent comme des renoncements inacceptables, dans une politique suffisamment ambitieuse de transition écologique sociétale ?

La question de l’augmentation de notre capacité à incorporer le futur dans notre fonctionnement devient dans tous les cas incontournable. Comment imaginer des récompenses « post-mortem » suffisantes, que ce soit pour la colonisation différée de l’espace ou une existence stationnaire sur notre planète ? A partir du moment où l’on prend acte de la tendance actuelle à la dégradation inexorable de la biosphère, et que ce soit pour les techno-optimistes ou les techno-pessimistes qui acceptent ce constat, la capacité individuelle et sociétale de projection dans le futur devient une condition sine qua non de survie de l’espèce (sur Terre ou dans l’espace). Pour les techno-optimistes qui refusent le constat de risque existentiel, il reste malgré tout nécessaire d’incorporer en l’être humain le long terme, pour réaliser le rêve optionnel de la colonisation spatiale.

J’ose une hypothèse : si d’une part le techno-optimisme implique la colonisation de l’espace, si la colonisation de l’espace est un projet qui nécessite plusieurs millénaires de préparatifs, si un projet de plusieurs millénaires nécessite une intégration poussée du très long terme chez les individus, les sociétés et l’espèce entière ; si d’autre part, le techno-pessimisme exige le maintien d’une biosphère habitable à long terme et une intégration tout aussi poussée du très long terme ; si, dans les deux cas, l’échec de la cohabitation sur Terre nous force à nous exiler dans l’espace, transformant un désir facultatif dans un cas, et un refus a priori dans l’autre, en une nécessité identique de cette colonisation, alors n’avons-nous pas dans tous les cas de figure l’impérieux devoir de préserver la biosphère et l’espèce humaine durant plusieurs millénaires, au moins ?

Finalement, les techno-optimistes, y compris ceux qui doutent du péril qui ronge la biosphère, par sécurité, et les techno-pessimistes, qui admettent ce péril, ne devraient-ils pas s’unir pour protéger cette biosphère dès aujourd’hui, peu importe le projet qu’ils font pour l’Humanité à très long terme ? Face à l’incertitude, doit-on choisir aujourd’hui de « brûler notre navire terrestre » et sauter dans le vide ? Face à l’exigence démocratique, ne peut-on laisser à chaque frange de l’Humanité, les techno-optimistes et les techno-pessimistes, le soin de se déterminer ? L’une voulant demeurer en harmonie sur Terre, l’autre désirant conquérir l’espace ? Une partie de l’Humanité a-t-elle le droit d’hypothéquer les intérêts existentiels d’une autre par pari sur l’avenir ?

Une nouvelle question apparaît. Si le maintien de la biosphère et la conquête de l’espace impliquent l’intégration du très long terme, comment générer des citoyens qui en sont soucieux ? Il nous faudrait un citoyen qui accepterait de vivre et travailler aujourd’hui pour que des vaisseaux décollent dans 5000 ans, ou pour que la biosphère soit encore viable dans 5000 ans.

Comment faire ? Revenons à mon interlocuteur ingénieur chez Thalès. Il m’a dit qu’il fallait « fabriquer » ces citoyens, via l’éducation. Soit une solution de type « software » pour l’espèce humaine, pour reprendre une analogie informatique.

J’ai ensuite ajouté, par souci d’inventaire logique, et sans me prononcer sur le bien-fondé éthique, qu’on pouvait aussi « fabriquer » de tels citoyens via la génétique. En pratique, et bien que cela soit difficile à établir formellement, certaines expériences de psychologie pourraient laisser penser que les individus diffèrent génétiquement quant à leur capacité a priori de différer une récompense et supporter une punition sensorielle. Nous ne serions pas égaux en la matière. Cette solution serait donc de type « hardware ».

Poursuivons cet inventaire entre nous.

La méditation, solution intermédiaire (software qui agit profondément sur le hardware, c’est-à-dire notamment le câblage cérébral et la régulation hormonale), pourrait aussi créer des citoyens plus à même de contrôler leurs pulsions, de tenir compte du long terme, et de s’inscrire dans un « grand tout » historique au profit de l’Humanité et de la Biosphère.

Autre solution à ajouter à l’inventaire, à nouveau sans jugement éthique a priori : des drogues adaptées pourraient aider les citoyens et les dirigeants à mieux réfléchir au long terme (en neutralisant provisoirement leurs pulsions à court terme).

Enfin, en généralisant l’option de l’éducation, on peut imaginer n’importe quel dispositif culturel (une religion par exemple selon Christian de Duve, feu prix Nobel belge de médecine) qui pourrait créer les mèmes adéquats et leur diffusion au sein de la noosphère humaine, pour que les valeurs individuelles et sociétales s’alignent avec les intérêts du long terme.

Et d’autres solutions existent peut-être ?

En simplifiant les choses, soit nous sommes bloqués par l’inné et la manipulation génétique, tout aussi détestable qu’elle nous paraisse, pourrait devenir une nécessité pratique pour survivre ; soit nous pouvons nous en sortir en agissant uniquement sur l’acquis et il nous faudra, au moyen de dispositifs socio-culturels adéquats, « fabriquer des subjectivités réflexives, autonomes et responsables », c’est-à-dire des citoyens à même de préserver l’espèce. Toute situation intermédiaire est également envisageable.

Néanmoins, il ne faudrait pas instrumentaliser le bonheur humain présent au seul profit du futur. Quel sens à une existence uniquement vécue pour un autrui futur jamais rencontré ?

Une porte de sortie à ce problème serait de creuser davantage notre psyché afin de trouver aujourd’hui, ce qui déjà en nous, incorpore le très long terme, sans préjudice du bonheur présent. On peut dès à présent élargir la palette des « donnés » humains que nous souhaitons activer. Comment faire pour incorporer dans l’Humain (dans sa chair et/ou son esprit) le souci du long terme, sans le priver de son incarnation dans le présent ? Ne sommes-nous qu’inscrits dans le présent ? Mais comment expliquer alors les pyramides, la momification, les actes de courages suicidaires à toutes les époques, les sacrifices de la Résistance, les existences consacrées à un futur plus heureux ? On ne peut résoudre ce paradoxe qu’en reconnaissant l’existence d’affects humains fondamentaux qui l’inscrivent de toute éternité dans la postérité la plus lointaine : le désir d’immortalité, de gloire dans une version extrême, la volonté de laisser une trace, de transmettre, dans une version plus modérée, sont également des « donnés » humains. Ne pourrions-nous pas réveiller ces désirs afin qu’ils s’expriment utilement en faveur du long terme ? Ne pourrions-nous pas souhaiter des dirigeants politiques soucieux d’une gloire immortelle, pour avoir contribué à la survie de l’Humanité ? Et désirer des citoyens soucieux de laisser une trace, de transmettre, pour contribuer au bonheur des générations futures ?

Je pressens que parmi tous nos donnés humains, nos affects, il va nous falloir jouer subtilement, en arbitrant chacun pour trouver un équilibre favorable au long terme sans hypothéquer le présent. Il s’agit d’exister au présent et de laisser exister autrui dans un présent futur.

Comme dans un orchestre : tous nos instruments sont là, graves, aigus, à corde, à percussion, à vent. On peut obtenir une cacophonie de basses, assourdissante, des crissements aigus insupportables ou bien choisir la voie du milieu, la tempérance chère aux Grecs et parvenir à créer la subtile harmonie !

Serons-nous capable d’incorporer en nous les termes de l’avenir ?

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151 réflexions sur « Incorporer les termes de l’avenir, par Cédric Chevalier »

  1. Intégrer durablement en soi les germes d’avenir, cela signifie concrètement pouvoir pénétrer consciemment dans des « mondes » qui depuis l’avenir agissent dans le présent.
    Une telle pénétration libre et consciente dans ces mondes s’appelle Initiation. Il ne s’agit pas dans le sens entendu ici d’un quelconque rituel, tradition ou acte formel extérieur, mais bien d’une transformation du noyau intérieur de l’être humain qui lui permet d’accéder à ces réalités « suprasensibles », dans des formes supérieures d’éveil de la conscience.
    Tant que les êtres humains voudront à ce point demeurer imprégnés de superstitions grossièrement matérialistes (notamment la croyance naïve en l’absence de l’existence de mondes suprasensibles ; ou la croyance, plus naïve encore, en l’absence d’une vie consciente après la « mort » et/ou avant la naissance, ce qui est réfuté par les faits eux-mêmes, dès qu’un être humain pénètre ne serait-ce que quelques instants dans ces sphères) , ils se barreront eux-mêmes l’accès à ces sources d’où jaillissent les véritables courants de vie et d’avenir.

    Ignorer ces réalités, c’est dans le fond demeurer aveugle et devoir se limiter à formuler des spéculations (c’est-à-dire vivre dans des mondes virtuels), certes bien intentionnées, mais totalement stériles quant à leurs effets.

    Le véritable enjeu actuel pour l’avenir (y compris social et économique) est donc le suivant : se décider ou non, à avancer avec le plus grand sérieux sur le chemin de l’Initiation… pas seulement pour soi mais aussi et surtout pour les fruits escomptés pour l’avenir de l’humanité.

    1. Stéphane
      Des commentateurs, comme vous, ici, semblent se tourner vers une « spiritualité » ou autre recherches de vérité intérieure, par le retour à soi, pour une réalité plus grande, le développement de la conscience, …, et ainsi accorder l’intérieur et l’extérieur, s’ouvrir à une autre compréhension du monde, du temps, de l’espace. Et ce que vous décrivez pourrait s’apparenter, dans nos repères actuels, à la transfiguration dans nos contrées, au non agir de l’Orient, au sentir des indiens de l’ouest, au culte des ancêtres du pacifique, etc.
      En quelque sorte, s’harmoniser pour qu’émerge une autre perception du monde, et, avec elle, une autre organisation sociale, des petits et grands collectifs, intégrant la nature, l’univers. Dites-moi si je me trompe.

      Pour le moment, force est de constater que nous faisons face à la déconstruction d’un monde, emmenant avec elle celle de l’équilibre de la nature.
      Néanmoins, le principe de justice et la loi d’Aristote ne prennent aucune ride dans cette recherche « hors cadre ». J’entends ceux qui appréhendent que les transformations intérieures opéreront un basculement vers la sphère sociale, conduisant vers une justice et une loi renouvelées. Et face à l’impuissance actuelle au niveau politique, ce chemin paraît le plus adéquat dans la mesure où elle est directement accessible.

      Mais je ne pense pas pour autant qu’il ne faille pas agir sur le champ politique et compter sur une transformation par actualisations de l’intérieur vers l’extérieur. Il faut, là, mettre tout en œuvre pour mener des actions, élaborer des lois ou en tout cas diffuser celles qui nous paraissent souhaitables et bonnes, de toute urgence, en sortant d’un certain attentisme. S’engager politiquement, syndicalement, en prenant la parole, sont des actes incontournables car il n’y a pas d’un côté les « spirituels » et de l’autre les « ouvriers » du monde social.

      1. La suite naturelle de l’humilité (dans l’initiation au sens de Stéphane) est la générosité.
        Elle passe par le verbe qui n’est rien sans l’action.
        D’aucuns diront que le verbe est déjà action…

      2. Bonjour Armelle,
        Merci de compléter le message que j’avais ébauché, en y ajoutant une autre face, tout aussi nécessaire que complémentaire.
        Ma pratique professionnelle consiste précisément à oeuvrer dans le champ économique et social (accompagnement d’entreprises en création ou en développement, qui sont innovantes dans le domaine social (dimension participative, nouvelles structures juridiques et de gouvernance,…), environnemental, financier (réalisation de plans financiers d’entreprises à faible rémunération du capital (ou pas de rémunération du tout !) …). Il s’agit souvent de projets pilotes en vue de préparer en effet ensuite des changements législatifs. Je rencontre quasi quotidiennement des personnalités passionnantes (chefs d’entreprise, bénévoles, responsables d’ONG, citoyens…) engagés dans ces directions très pratiques et concrètes et j’ai la chance de pouvoir collaborer avec celles-ci en tant que conseiller, accompagnateur et développeur de projets.
        Je tire le fondement de ma force d’action, de structuration et de discernement, non seulement des connaissances « classiques » des réalités « matérielles », qu’il est en effet indispensable de maîtriser de mieux en mieux, mais aussi de savoirs « initiatiques », qui sont tout aussi précis et précieux que les premières formes de connaissance.
        Avec vous, je reconnais qu’il serait tout à fait insuffisant, dans un certain sens, de se borner à de seules connaissances ou activités relatives à des réalités spirituelles (c’est bien ce qui fait la faiblesse et le caractère illusoire de toutes sortes de cheminements « spiritualistes » unilatéraux) ; l’action et la connaissance engagées dans le monde « sensible » sont incontournables. Puissent-elles toutefois puiser à des sources supérieures de sagesse.

    2. Depuis le passage de l’examen du permis de conduire , je n’ai suivi aucun chemin d’Initiation .

      Ça ne m’a pas manqué et ça ne me manque toujours pas .

      1. Juannessy
        « Ça ne m’a pas manqué et ça ne me manque toujours pas . »

        Ceci m’évoque immédiatement, en substance:
        « Je n’ai pas eu besoin de Dieu dans mes équations »
        (Einstein, sauf erreur)
        🙂

    3. C’est drôle, il y a pas très loin de chez moi, à l’entrée d’un village la photo de la tête du marquis Macron avec écrit en dessous SUICIDE SOCIAL. Comme quoi les gens peuvent être lucides.

    4. Allons-y alors
      Vers…. les champs morphiques, la mémoire de l’eau, la thermodynamique de l’évolution, l’agriculture biodynamique, les transmutations biologiques à basse énergie… et j’en passe et des meilleures.
      Ceci dit, je suis en grande partie d’accord avec votre commentaire.
      Les ingrédients qui constitueront le futur sont là mais la plupart ne s’en rende pas compte, seulement quelque uns commencent à penser comment faire un plat représentatif de ces éléments.
      L’énergie de la cuisson étant bien entendu l’énergie solaire.

  2. L’avenir de l’humanité… Rien que ça… Il faut bien un philosophe et un ingénieur de Thalès pour se donner la légitimité de pouvoir en parler, et d’avoir l’arrogance de le projeter dans les étoiles.

    Pas de quoi sodomiser une drosophile dirait Giono, qui dans un de ses textes, démontrait qu’on n’est pas capable de faire le tiers de ses prouesses avec la pesanteur.

    Giono, justement: « Quand je réfléchis qu’un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Canaan, je trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable. Mais, quand je fais le compte de tout ce qu’il a fallu de constance dans la grandeur d’âme et d’acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d’un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qui a su mener à bien cette œuvre digne de Dieu. « .

  3. Juan

    Dire que nous sommes responsable c est prétendre concernant notre niche écologique que nous avons peu ou prou une compréhension de la chose…cela est loin d être prouvé ! Nous n acceptons aucune part de mystère, ni autour de nous, ni en nous mêmes => casse pipe assuré !

    1. La responsabilité n’existe effectivement que si l’on prétend pouvoir accéder à une forme de représentation efficace de l’espace et du temps . Sinon , ce n’est qu’un songe creux vaguement ésotérique .

      Ce pari là ce sont en grande partie les astronomes et ingénieurs grecs qui l’ont permis et « théorisé » .

      La démocratie et son aptitude à actualiser sans cesse ses informations ,permet de garder ce pari le plus pertinent possible .

      Il ne faut pas confondre mystères et magie ou abêtissement .

      Les mystères sont ,et chaque nouvelle avancée en pose de nouveaux ( j’ai déjà cité ici « Introduction aux mystères » de Misha Gromov ).

      Ce qui nous fait « homme » c’est la recherche de la « vérité » dans la « réalité » mystérieuse . Ce pari fonde la Responsabilité .

      La responsabilité ne se pose que devant les hommes , le vivant et la matière . Pas devant les mystères .

      1. Tout ça confirme mon impression que nous allons de croyance en croyance comme un aveugle qui bâtit sa carte du monde avec ses oreilles en hurlant toute les cinq minutes et à chaque fois qu’ il se cogne  » ça y est j y suis j ai compris  » mais c est un peu pitoyable, non ? Ce réacteur greffé sur la brouette nous empêche d être simplement là , parmi les autres êtres vivants. ..

      2. @Thomas :

        9a pourrait se concevoir , mais , manque de pot , l’histoire montre que lorsqu’on » se contente d’être là » , on ne l’est pas longtemps .

        Individuellement et collectivement .

        Et de plus , pas toujours en bon état , ni « en bonne harmonie » .

    2. Tout le monde n’a pas la chance d’étouffer sous les particules et autres joyeusetés dans les rues de Paris ! Même à Tokyo l’air est moins preneur de tête, c’est dire !

      1. Une internaute, franco-japonaise, témoignait revoir les étoiles à Tokyo. Une nouveauté (!) consécutive aux mesures de régulation lumineuse mise en place à la suite de Fukushima…

      2. @Armelle,
        En filigrane, l’hygiène public dans une grande ville (qualité d’air et suppression de la pollution biologique et des nuisances sonores) sont les coulisses de la démocratie. C’est souvent dans l’urgence que l’hygiène public dans les villes a été imposée par le pouvoir en place sans attendre « l’exercice de la démocratie », quand le pollueur devient intolérable.

      3. @Sapristi :

         » Nécessité » ( c’est le cas de le dire ) fait Loi .

        Montre moi comment tu gères les espaces publics , je te dirai qui tu es .

    3. D’accord avec vous Thomas.
      Se mettre à quatre pattes dans son potager pour comprendre l’agro-écologie est le début de l’humilité et de la sagesse.
      Faites-le, vous le comprendrez très rapidement.

      1. Bin ça fait juste 25 ans que j élève des brebis, j habite à 1km du premier voisin et j ai un potager j ai accueilli quelques milliers de personnes autour de la sensibilisation au vivant donc je sais pas ce que je doit comprendre, Michel, mais soit j ai déjà compris, soit je suis vraiment pas rapide. 🙂

  4. Lu le deuxième billet sur le thème annoncé d’Alex Toulet .

    Il raccourcit l’appréhension de l’avenir à notre capacité à connaître , comprendre , intégrer les informations actuelles , et à en déduire la nouvelle organisation nécessaire pour parer au désastre déjà visible .

    Cela revient à redouter que la démocratie actuelle soit non seulement incapable de prendre en compte l’avenir , mais également les informations présentes .

    Cette approche me parait plus prometteuse , car elle met sur le billard le véritable outil utile pour la recherche et rédaction des solutions : la démocratie , ou le pouvoir au dessus des désirs , phantasmes , forces , intentions… particuliers .

    Et effectivement la démocratie est malade .

    Et l’on connaît le poison .

    PS : Sur la prévision du moment où le barrage va s’écrouler :

    le propre de la science , c’est de reconnaître et circonscrire ses incertitudes . En matière de génie civil par exemple , cette reconnaissance des limites de la connaissance , passe par l’application de ce qu’on appelle un coefficient de sécurité . C’est ainsi que longtemps , en matière de béton armé , on reconnaissait ce fait en appliquant un coefficient de 3 entre la contrainte réelle à supporter relativement à la contrainte prise en compte dans les calculs du modèle .

    Un ingénieur digne de ce nom , aura depuis longtemps fait évacuer la vallée du barrage dès que le coeff commence à descendre vers 1
    ( car à 1+€ ça tient , mais à 1-€ ça craque ). Le problème , c’est que ça n’est pas lui qui décide , et qu’il y a toujours un marchand élu ou pas pour dire : Mais si , ça va tenir , on sait bien que vos calculs ne sont que des théories .

  5. « le propre de la science , c’est de reconnaître et circonscrire ses incertitudes . En matière de génie civil par exemple , cette reconnaissance des limites de la connaissance , passe par l’application de ce qu’on appelle un coefficient de sécurité . C’est ainsi que longtemps , en matière de béton armé , on reconnaissait ce fait en appliquant un coefficient de 3 entre la contrainte réelle à supporter relativement à la contrainte prise en compte dans les calculs du modèle . »

    L’humilité de la science, ce serait son caractère réfutable. En d’autres termes, on baigne dans l’expectative de l’erreur, jusqu’à ce qu’elle soit reconnue. Le père d’Arthur KOESTLER a fait fortune en vendant des savons radioactifs. Lors de la découverte, on pensait que ça avait des vertus thérapeutiques. Comme disait Lavoisier  » Rien ne se perd, tout se transforme ». D’une vertu médical, on arrive à donner le cancer.

    1. Je n’ai pas eu l’occasion de vendre des savonnettes en béton armé .

      Si le cas du nucléaire montre effectivement la nécessité d’un contrôle de la science , comme du reste, par une entité supérieure , on notera que la reconnaissance des erreurs par les scientifiques est quand même plus rapide et sincère que de la part d’un banquier ou d’un élu . Einstein a été le premier à dire « houlala! » .

      Sur le fond de la remarque , c’est la raison pour laquelle j’évoque toujours , en parlant du pouvoir démocratique et de la projection dans le futur , la notion de refus des irréversibilités .

      C’est aussi le sujet du principe de précaution qui pourrait bien revenir dans les débats .

      1. L’empathie est mise à toutes les sauces, la véritable empathie est la reconnaissance que l’on ne peut se mettre à la place d’autrui et que l’on reconnaît sa différence et qu’on la comprend. Ego avec ego et pas ego contre ego.
        La projection de nos actes sur les générations futures est une fuite face à nos difficultés actuelles. Elles restreignent nos libertés et le sentiment d’humanité ou de justice nous impose un changement de fonctionnement social et l’ordre ancien résiste.

        Nos descendants humains seront différents de nous mais nous devons préserver leur capacité de choix comme nous devons préserver la nôtre. Amen, il est très tard, je m’exprime probablement mal; tant pis. La conquête spatiale attendra un peu, ne soyons pas présomptueux en imaginant que nous traçons toutes les trames de l’avenir, il existe des régressions et des essors brutaux.
        Une tâche énorme nous attend dans le temps présent, pensons à nous, à nos contemporains et les générations futures pourront s’appuyer sur nos actions ou s’ y opposer suivant les circonstances.

  6. Il est aussi loisible d’incorporer avant le terme , quelques euros dans la dotation mensuelle pour assurer l’avenir .

  7. « Parmi les choses que les gens n’ont pas envie d’entendre, qu’ils ne veulent pas voir alors même qu’elles s’étalent sous leurs yeux, il y a celles-ci: que tous ces perfectionnements techniques, qui leur ont si bien simplifié la vie qu’il n’y reste presque plus rien de vivant, agencent quelque chose qui n’est déjà plus une civilisation; que la barbarie jaillit comme de source de cette vie simplifiée, mécanisée, sans esprit; et que parmi tous les résultats terrifiants de cette expérience de déshumanisation à laquelle ils se sont prêtés de si bon gré, le plus terrifiant est encore leur progéniture, parce que c’est celui qui en somme ratifie tous les autres. C’est pourquoi, quand le citoyen-écologiste prétend poser la question la plus dérangeante en demandant: « Quel monde allons-nous laisser à nos enfants? », il évite de poser cette autre question, autrement inquiétante: « A quels enfants allons-nous laisser le monde? »  »

    Jaime Semprun, L’abîme se repeuple

  8. @ Armelle

    « Stéphane
    Ah oui ? Intéressant. Et où faites-vous ça si ça n’est pas indiscret ? »

    En ce qui concerne le volet professionnel de mon activité (conseil et accompagnement d’entreprises, ainsi que développement de projet…), je travaille au sein d’une fédération d’entreprises d’économie sociale et solidaire (dont je ne préciserai pas le nom ici !).
    En ce qui concerne le volet lié à la connaissance de réalités suprasensibles… cela n’est pas lié à mon employeur mais à ma quête individuelle.

  9. Juan

    Regardez les jardins autour de vous ou la TERRE vue du ciel….nous ne laissons aucune place à autre chose que ce que nous contrôlons.

    Y a vraiment de la marge de progression pour redonner la place de respirer à tout le reste…

    1. Ps les seules zones naturelles protégées et respectées sur la planete sont des no man s land militaires……comme le corridor coréen. .

    2. C’est vrai , mais la première fois de ma vie où j’ai pris l’avion pour revenir en France de là où j’étais , qu’est ce que j’ai trouvé que mon pays , cultivé comme il l’était , était beau . C’est peut être moins vrai aujourd’hui avec l’agriculture intensive plus ou moins mono .

      Ce que vous évoquez doit être en principe organisé dans le cadre des planifications territoriales . Les outils ne manquent pas . La traduction sur le terrain , et le respect de ce qui a pu être parfois intelligemment pensé , c’est autre chose depuis la décentralisation et surtout la liberté confondue avec le libre arbitre de l’individu .Le handicap à surmonter , c’est de ne pas commencer par se servir et considérer ce qui n’est pas urbain comme « le reste » ( un peu , longtemps comme le Massif central dans la géo-économie du pays ).
      Autrement dit il faudrait penser le tout avec tous ses « habitants » animaux , végétaux , dans leur « environnement » .

      Réduire les seules zones protégées aux terrains militaires de toutes tailles , me parait abusif ( surtout si comme à Canjuers , où on s’entrainait au tir au canon de 155 ) . Dans le genre , nous avions pu par contre montrer avec la Frapna , que les zones les plus riches en faune et flore , de la Haute-Savoie , c’était …les talus et dépendances de la RN 506 à l’amont de Chamonix . Parfois les « îlots » constitués par les terrains enfermés dans les boucles d’échangeurs abritent de petites merveilles pourvu qu’elles aient des aptitudes endogènes .

  10. Désolé mais nous vivons la 6 ème extinction. Le fait que la drosera ou le papillon machin ait été aperçu au bord de l ‘A 72 n’y change rien (Même si ça fait plaisir)

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