PEINDRE LE HASARD SUR L’ÉPITAPHE : tant de magnificence en déliquescence ! par Philippe Soubeyrand

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Cette prose est avant tout dédiée aux victimes de la tragédie sans nom de Manchester Arena…

La même avenue pour nous tous – photo prise le 22/03/2009 – Cimetière du Père-Lachaise

Absolument rien ni personne ne peut justifier chacun des crimes odieux qui sont toujours fomentés contre l’Humanité, et encore moins lorsqu’il s’agit de l’assassinat d’enfants !

Mais paradoxalement, ce que nous devrions observer, voire mesurer dans les jours, les semaines, voire les mois à venir, c’est toute cette magnificence d’ignorances et de transcendances à la fois accumulées et entremêlées, ces tares et ces luxes issus du dur labeur de l’Humanité toute entière, sans exception, nous tous compris donc.

Une Humanité qui peine à évoluer, à rompre avec ses religions, ses dogmes et ses frontières, et ne cesse d’être en proie à la négligence, à l’indifférence et à la violence qu’elle attise tout « simplement » par le seul fait de ne pas savoir changer de comportement…

Ce hasard si compliqué !

Car à force d’approximation, de synchronisation, de consolidation,
De normalisation, d’interpolation, de corrélation,
De modélisation, de démonstration, de simulation,
De prévision, de conception, de production,
De délocalisation, d’automatisation, de robotisation,
De numérisation, de digitalisation, de sophistication,
De bancarisation, de fiscalisation, de financiarisation,
D’industrialisation, de commercialisation, de monétisation,
De satisfaction, de congratulations, de commémoration,
De représentation, de communication, de médiatisation,
De mondialisation, de discrimination, de paupérisation,
De manipulation, de cooptation, de corruption,
De défiscalisation, de perversion, d’addiction,
De nomination, de distinction, de décoration,
D’érotisation, de violation, de crispation,
D’abstention, d’élection, d’éviction,
D’omission, d’érosion, d’explosion,
De pollution, d’émission, d’irradiation,
De fusion, de sublimation, de liquéfaction,
De compression, de contorsion, de tension,
De dislocation, de destruction, d’incinération,
D’extraction, de désertification, de déforestation,
De carbonisation, de fermentation, de méthanisation,
De contamination, d’acidification, de mithridatisation,
De transformation, de décomposition, de désolation,
D’émission, d’inondation, de submersion,
De persécution, de migration, d’extinction,
De condamnation, de résignation, de médiation,
De négociation, de transaction, de tergiversation,
De dérogation, de complication, de simplification,
De répétition, de banalisation, de normalisation,
D’extrapolation, de dénégation, de diffamation,
De supposition, de prédiction, de spéculation,
D’appropriation, de frustration, d’humiliation,
De radiation, de négation, d’aliénation,

Et que savons-nous encore tant cette liste de mots des maux demeure hélas incomplète, telle une interminable gestation de cet inconnu inaccessible, plutôt que de réelles prises de décisions et de renoncements au profit de la biosphère terrestre (dont l’Humanité), et de toutes les générations d’espèces connues encore en vie qui la composent, faunes et flores confondues, qu’elles soient à la fois présentes et futures, nous tous compris donc.

Eh bien !

Nous ne courrons plus, ô combien même nous songerions à TOUT STOPPER ! Non hélas !

En revanche, nous avons finalement perdu toute notion du temps et de l’espace. Puisque nous venons tout « simplement » de franchir le mur du son malgré nous…

Ce hasard si compliqué !

Inutile de pleurer, de crier, voire de hurler tant l’Humanité est d’ores et déjà largement devant l’instant d’après, et ne s’entend donc plus parler, ni même penser !

Aussi, à défaut d’une utopie spectaculaire, telle un gigantesque réseau de neurones constitué uniquement de fibre optique reliant entre eux tous nos jolis petits cerveaux gélatineux, paresseux, orgueilleux, capricieux, envieux, vicieux, voire haineux que compte actuellement notre insoutenable, voire insupportable engeance, soit près de sept milliards et demi d’individus en tout, tous en proie à la division, à l’isolation et à la fragmentation, c’est bel et bien au massacre d’une uranie prise au piège de la toile d’araignée Darwin, seule espèce capable de s’adapter, auquel nous assistons démunis de bon sens et de raison malgré nous !

Il est donc tout « simplement » d’ores et déjà trop tard…

Ce hasard si compliqué !

Mais ouvrons grand les yeux, car la première machine à voyager dans le temps vient machinalement d’être inventée, tant il nous est désormais possible de pétrifier du regard chaque instant d’après, et gageons que celle-ci ne puisse jamais être brevetée au seul profit du capitalisme, du productivisme, du consumérisme, de l’ultralibéralisme, de l’hégémonisme, du négativisme, du fascisme, du sexisme, du racisme, de l’eugénisme, de l’antisémitisme, du terrorisme, du nihilisme, du narcissisme et du transhumanisme !

Puis regardons tout là bas !

Regardons ce marbre blanc où l’Humanité vient tout « simplement » de s’écraser en beauté…

Ce hasard si compliqué !

Et maintenant, exclamons-nous devant une telle allégorie de l’instant le plus éphémère qui soit, à savoir celui de l’extinction de masse, afin de manifester tout notre effroi devant l’insaisissable, cette épitaphe en devenir, mais aussi toute notre perplexité devant tant d’humilité, de sensibilité, de sobriété, de dignité, d’équité, de fraternité et de liberté, ainsi subitement advenues et révélées l’instant juste après, au seul bénéfice de l’aponie et de l’ataraxie, cette épitaphe à venir !

Car voici enfin l’Humanité redevenue si « difficilement » interprétable sous sa forme couleur rouge-sang la plus sanguinolente, voire la plus repoussante qui soit, avec ses taches, ses couches et ses nuances à la fois jaillissantes, bouillonnantes et tourbillonnantes, et dont la magnificence à la fois spirituelle, intemporelle et pluridimensionnelle, n’a d’égale que la quiétude absolue de la Voie Lactée, elle-même embrassée en son temps par le stoïcisme puis l’épicurisme…

Ce chaos si complexe…

La gratuité pour nous tous – Photo prise le 05/04/2009 – Fontaine du Palmier ou de la Victoire

L’espoir n’est donc jamais totalement perdu en dépit du fait qu’il était « difficilement » trop tôt !

Car tel est désormais notre destin à défaut d’un dessein à la fois clair et juste pour nous tous…

À nos enfants… Aux IA !

***

Quelques liens importants :

http://www.lemonde.fr/attentat-de-manchester/article/2017/05/23/a-manchester-la-jeunesse-britannique-touchee-de-plein-fouet_5132653_5132575.html

http://www.letelegramme.fr/france/terrorisme-l-europe-cible-d-une-longue-serie-d-attentats-depuis-2015-23-05-2017-11525128.php

http://www.lesoir.be/842738/article/actualite/monde/2015-04-04/13-million-morts-vrai-bilan-guerre-contre-terrorisme-infographie

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cholera-au-yemen-les-rebelles-appellent-a-l-aide- internationale_112926

http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2017/global-hepatitis-report/fr/

http://www.unisdr.org/2015/docs/climatechange/COP21_WeatherDisastersReport_2015_FINAL.pdf

https://thinkprogress.org/oxygen-levels-falling-2-to-3-times-faster-than-predicted-in-our-warming-oceans-7c1e9b48cd42

http://www.liberation.fr/planete/2017/05/19/le-climat-d-abord-les-etats-unis-apres_1570883

https://www.theguardian.com/environment/2017/may/19/arctic-stronghold-of-worlds-seeds- flooded-after-permafrost-melts?CMP=share_btn_tw

https://www.carbonbrief.org/half-global-population-could-face-unknown-climates-by-mid- century

https://www.usgs.gov/news/next-decades-frequency-coastal-flooding-will-double-globally

http://www.sortirdunucleaire.org/Nucleaire-des-accidents-partout

Etc.

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18 réflexions sur « PEINDRE LE HASARD SUR L’ÉPITAPHE : tant de magnificence en déliquescence ! par Philippe Soubeyrand »

  1. « L’homme peut justement s’habituer
    à tout, à naître, à mourir, à tuer.
    C’est le tragique même de l’homme, et non son privilège,
    comme d’aucuns l’affirment. Au lieu de s’habituer, il vaudrait
    mieux que les hommes dépérissent et s’éteignent plus souvent, plus rapidement, et se donnent plus promptement la mort. Peut-être l’humanité finirait-elle alors par s’élever jusqu’à l’animal.

    B. Traven – Dans l’état le plus libre du monde –

  2. « Une Humanité qui peine à évoluer, à rompre avec ses religions, ses dogmes et ses frontieÌ€res, et ne cesse d’eÌ‚tre en proie à la négligence, à l’indifférence et à la violence qu’elle attise tout « simplement » par le seul fait de ne pas savoir changer de comportement »

    On invente un concept, « l’Humanité », et on le rend responsable de ce qui nous arrive. C’est un peu facile. Trouver un coupable est l’éternelle tentation. Elle est mensongère et ne mène à rien de bon.

    1. @Denis Monod-Broca
      Ce que vient de produire P.Soubeyrand s’appelle du « prêche », et le ressort de sa religion vous l’avez trouvé : « On invente un concept, l’humanité, et on le rend responsable de tout ce qui nous arrive ». L’auteur n’a pas eu de scrupule à évoquer le crime de Manchester pour ensuite flooder avec ses liens sur le « réchauffement climatique » (quel rapport entre l’islam sunnite orthodoxe et ses sectateurs et son gaz satanique CO2 ?), tout cela évidemment mis au même niveau, avec ce principe inattaquable qu’il s’agit d’un hommage aux victimes. Sur le fond le principe est opportuniste et pour le coup odieux. Cela corrobore ce que j’avais dis à Paul Jorion : le ressort de ce militant climatique est religieux, Paul est un naïf.

      1. @Julien Alexandre
        Élevé dans une famille catholique pratiquante, j’ai dit un jour à ma mère que je ne croyais plus dans son « love gourou cloué sur un planeur », j’avais 16 ans. A cause du « décorum » ai-je ajouté, à « quoi servent ces tableaux et leurs scènes de crimes ? dans ce décor de théâtre de la Rome antique » qu’évidemment nous trouvons dans pas mal d’églises.
        La bouillie de Soubeyrand s’accompagnant de photos solennelles qu’une marche funèbre pourrait illustrer, puisque notre ambitieux écrit un « hommage aux victimes » du salafisme en forme de prose (non mais !), nous lui attribuons le statut de « prêche ». Soubeyrand pourrait se recycler dans le green-télé-évangélisme, il y fera carrière.

      2. Moi c’est surtout les photos qui m’ont pas plu…

        PS: @P. Jorion rien à voir avec le billet d’ici mais la conclusion sur le « à quoi bon » la conscience en matière d’IA m’a interpelé. Ne pensez vous pas que la construction que nous faisons à posteriori pour l’explication de nos actes passés influe sur les actes automatiques suivants? Et si oui la conscience n’en devient elle pas indispensable à la prise de décision (même si elle repose plus sur le constat du résultat des actes antérieurs que sur la mise en perspective des actes à venir)?

      3. Quelle « bouillie », effectivement.

        Philippe, vous auriez pu faire l’effort de nous communiquer quelques chiffres, des statistiques, des données, quelque chose de tangible ! La poésie, la subjectivité, c’est bien joli tout ça, mais que voulez-vous, c’est ingérable, ça ne vaut rien, c’est irrationnel, vous comprenez ? Ne vous étonnez pas ensuite que l’on vous fasse un procès d’intention, vous l’avez bien cherché ! Je ne sais pas, essayez peut-être de vous exprimer avec des équations, au pire des algorithmes, sinon personne ici n’accordera le moindre crédit à votre prose.

        A part Paul Jorion peut-être…

  3. Ben oui c’est foutu… Plus le danger devient conscient, palpable, plus les hommes se tournent vers les pires dirigeants qui soient. Réflexe suiscidaire. Fatalité.

    1. Et si le rôle de la conscience se situait là, dans le partage et non dans un pouvoir exclusif pour imposer ses vues et assoir sa domination? Sinon? Non pas la « mort », « rien » est encore trop qualifier, alors quoi? Évaporés, autodissous, subsistera par notre conscience présente une empreinte éphémère de la folie humaine sur la planète, qui passera vite à autre chose.

  4. Aux victimes des tragédies , comme à l’humanité , je n’ai pas d’épitaphes à offrir .

    Juste la transmission d’un sourire qui avait traversé deux guerres mondiales , le travail à 13 ans , le soin des frères et sœurs , le soin des enfants , des petits enfants , la consolation des arrières petits enfants , les maladies et les doutes .

    Juste la transmission d’un courage qui avait traversé deux guerres mondiales , le travail à 12 ans , l’amitié chevillée au corps , les maladies et les doutes .

    Sans certitudes . Sans sérénité feinte .

  5. L’espoir est la forme normale du délire. Une seule chose importe: apprendre à être perdant, De l’inconvénient d’être né, Cioran.

    Trop tard, trop tôt…où est la liberté? Les battements d’ailes du papillon sont-ils déterminés? Hasardeuse prédestinée.
    8 ans, victime du terrorisme, d’un système de sécurité inefficace. Essayer de comprendre le mode opératoire d’un attentat sans pour autant justifier la violence peut s’avérer difficile, le théâtre des opérations militaires laisse des cadavres mutilés dans les villages pauvres de populations dominées, il est bien tard pour l’état d’urgence, le mal est fait, le mal contre le bien avec Trump en justicier. Ce qui doit être sauvé est ce qui nous détruit, l’illusion du pouvoir sans le partage, du progrès, de l’espoir et la religion, une justice impérialiste ou divine, dans tous les cas haineuse et aveugle.
    Tout n’est pas prévisible dans ce chaos complexe, à part peut-être l’extinction, qui peut revêtir la forme d’une extermination. La religion, l’impérialisme agressent, les différents styles de vie deviennent incompatibles. La misère dans toutes ses variantes pousse à la guerre. Puissance et misère, l’un ne va pas sans l’autre et se portent atteintes, on les retrouve dans les deux camps. Personne ne songera plus à déposer les armes, vengeance, crime, suicide, que peut une objection de conscience dans cette abjection sacrificielle?

  6. Et pis le taf, et sa plaque comme est mort hative…
    Merci de votre « prose » d’une « tragédie sans nom » ???
    C’est de la pudeur ou de l’ignorance de « nommer » ça « sans nom » ?
    Vous avez de fait une conception de l’humanité très humaniste, ce qu’elle n’est pas, et la production du concept d’inhumain, emporte dans le rejet, la possibilité d’entendre ce qui y a d’humain dans les pires de ses productions individuelles que spécialistes de la folie et juristes de l’acte s’épuisent à disséquer. Ma limite de souci du prochain consiste banalement à préférer que l’adversité tombe sur lui plutôt que sur moi.
    À prendre l’affaire non plus du coté personne, mais du coté social, plus le temps passe plus on peut mesurer que l’état d’urgence n’a une efficacité pratique qu’à la marge, que beaucoup de zinzins en puissance sont repérables par les services secrets d’ici ou d’ailleurs, et le reste fait partie de l’adversité donc de l’impuissance. Mais tous de même il est établi que les ravages du « terrorisme » guillemets quand même, sont à très forte majorité ailleurs que dans notre belle Europe pacifiée, et que cet ailleurs ne soucie guère les européens depuis qu’ils y sont allés coloniser il y a quelques siècles, bible en poche, ou plus récemment droits de l’homme sur le cœur.
    Pour conclure j’ai tout pour les rituels cérémonials ponctuant les épreuves de deuil, puisqu’il paraît que ça aide subjectivement au travail de deuil (et y a du boulot), mais de là à cultiver et à éterniser l’ambiance, non merci, comme pour l’état d’urgence.

  7. Eh ben mon fifi on peut dire que t’envoie du lourd. Jour de l’Ascension, on risque pas de décoller avec toi.

    1. Je préfère Octobre quand il console Soubeyrand , que devant un certain tableau devant la terre et sous la poussière .

  8. Le sacré du sacrifice remis au goût du jour.

    Un peu de justice, c’est faire mourir un peu, pour contrôler beaucoup, les matchs de foot et la TV n’y arrivant plus.

    D’ailleurs, c’est nous les coupables, c’est nous les punis !

    Depuis le 11/09, c’est un mode opératoire éprouvant et éprouvé, aucun contre-pouvoir n’a la puissance de contester ce verdict.

    La société du spectacle a besoin de sacrifices. Pour elle-même (il faut bien justifier sa propre existence), pour nos élites (il faut bien justifier leurs incompétences), pour nous (il faut bien justifier notre compassion).

    C’est un peu comme imposer une nouvelle taxe, un nouveau radar, mais en prélèvement humain pour rappeler que ce ne sont pas les morts qui souffrent le plus dans cette histoire, c’est nous, les rescapés dans ce monde cruel auquel nous ne pouvons échapper.

    Et nous allons faire encore plus de sacrifices, plus de guerres, plus de destructions, car, juste qu’à preuve du contraire, nous perdons tout sur toutes les lignes, oui sur toutes les lignes, nous sommes coupables, le sacrifice est une sacrée farce, un juste châtiment.

    Les larmes sont chaudes, les morts sont froids, la bêtise est reine et nous sommes là, à attendre bêtement le prochain carnage inutile comme sacrifice à nos manquements.

  9. Merci Philippe pour ta magnifique peinture en prose allitérative pour approcher ces instants que la collapsologie analyse.

  10. M. Sobeyrand se plaint de ne pas être lu. Un simple effort de concision et de respect du sujet permettrait au lecteur de ne pas perdre son temps…

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