Il y a 10 ans, les subprimes : « Pas de prix ! », le 4 août 2007

Puisque France Inter a l’amabilité de m’inviter lundi matin à l’occasion du 10e anniversaire de la crise des subprimes, mon billet du 4 août 2007.

Dans la journée d’hier, la compagnie American Home Mortgage a licencié la plupart de ses 7.000 employés, ne conservant que les 750 qui continueront de collecter les paiements mensuels des bénéficiaires de ses prêts hypothécaires. L’émoi dans Landerneau est dû au fait qu’il s’agissait d’un « honnête » prêteur n’ayant jamais touché de près ni de loin au secteur « sous–prime » (subprime). Mes lecteurs ne partagent cependant pas la stupéfaction générale, eux qui savent qu’il n’y pas aux États–Unis de crise subprime mais bien une débâcle du prêt immobilier dans son ensemble.

Avant–hier, les dirigeants d’MBIA, une compagnie d’assurance dont la spécialité est la garantie des obligations adossées à des prêts hypothécaires (MBS = Mortgage–Backed Securities pour le secteur immobilier prime et ABS = Asset–Backed Securities pour le secteur « sous–prime ») ont juré leur grands dieux devant leurs investisseurs que « Oui, nos avoirs sont bien composés de quantités phénoménales de prêts « sous–prime » » mais « Non, cela ne nous expose pas à un risque particulier ». Ceux qui étaient là ont haussé les épaules et se sont demandés s’il était Dieu possible que MBIA soit lui–même dupe de son petit jeu.

Hier aussi, la perspective à long terme de Bear Stearns a été dégradée de « Stable » à « Négative » par l’agence de rating Standard & Poor’s. C’est la première grande firme de Wall Street à subir ce sort ignominieux depuis la déchéance en 1991 de Salomon Brothers – l’inventeur de la Mortgage–Backed Security. Bear Stearns réagissait en annonçant une série de mesures réduisant la vulnérabilité de sa dette à court terme. Le marché boursier ne s’estima pas rassuré et entama aussitôt une plongée de plus de 2 %. En fin de séance, les actions de Bear Stearns avaient perdu 8 % de leur valeur.

Un autre établissement prestigieux sur la place de Wall Street, Lehman Brothers, subissait un sort similaire : une perte de sa valeur boursière de près de 8 %, mais pour une raison différente : sur un marché des capitaux entré en hibernation, la firme s’est retrouvée récemment avec sur les bras quantités de placements qui en des temps plus cléments auraient été engloutis rapidement par une multitude d’investisseurs avides.

Chacun de ces événements aurait bien entendu mérité un blog à lui tout seul mais c’est désormais l’abondance. Ce qu’ils ont en commun, c’est le tarissement du marché des capitaux : une pléthore de vendeurs et une absence totale d’acheteurs potentiels et du coup, « Pas de prix ! ».

Partager :

Contact

Contactez Paul Jorion

Commentaires récents

  1. Parce que l’histoire humaine n’est pas qu’une histoire d’idéologie, c’est aussi une histoire de puissance. Pétrole, histoire d’une malédiction https://www.youtube.com/watch?v=ZilE9Lj6DAI

  2. A Ruiz: Il faudrait définir ce que nous entendons par capitalisme. Pour moi: c’est un système qui enrichit (trop?) ceux…

  3. Quand comprendrez vous Hadrien, que les idéologies ne naissent pas spontanément dans la tête des gens « du peuple » , du…

  4. @Hadrien La contrainte écologique mets en évidence les limites de la démocratie consumériste, qui n’est pas l’organisation la plus adaptée…

  5. Effectivement Hadrien, la barbarie n’est pas une exclusivité occidentale mais il fut un temps pas si lointain où les occidentaux…

  6. « Est-ce que vous remettez en cause la barbarie de l’esclavage et de l’exploitation des population » Bien sur que non !…

Articles récents

Catégories

Archives

Tags

Allemagne Aristote BCE Bourse Brexit capitalisme ChatGPT Chine Coronavirus Covid-19 dette dette publique Donald Trump Emmanuel Macron Espagne Etats-Unis Europe extinction du genre humain FMI France Grands Modèles de Langage Grèce intelligence artificielle interdiction des paris sur les fluctuations de prix Italie Japon Joe Biden John Maynard Keynes Karl Marx LLM pandémie Portugal psychanalyse robotisation Royaume-Uni Russie réchauffement climatique Réfugiés Singularité spéculation Thomas Piketty Ukraine Vladimir Poutine zone euro « Le dernier qui s'en va éteint la lumière »

Meta