Fête nationale, par Panagiotis Grigoriou

Billet invité. Aussi sur son blog www.greekcrisis.fr

Novembre européen, météorologie bien connue. Cette année avec la première neige, les Grecs découvrent enfin la Catalogne, celle de la dernière actualité. “Notre été est décidément mort” se racontent alors les voisins à l’unisson.

Montagnes escarpées, villes et bourgades assoupies sous la fraîcheur du soir ou du petit matin, cette fin d’octobre a été autant marquée par la fête nationale du 28. Le pays aime toujours célébrer sa mémoire du ‘NON’ (28 octobre 1940), cette première (et courte) victoire grecque contre les forces de l’Axe. Une commémoration cependant que les “dirigeants” actuels font désormais et décidément tout pour faire oublier. Et pourtant…

Première neige. Montagnes de Thessalie, octobre 2017

L’histoire est connue. Au petit matin du 28 octobre 1940, Emanuele Grazzi , l’ambassadeur de l’Italie Mussolinienne se rend au domicile privé du Général Ioánnis Metaxás (la Grèce est gouvernée sous sa dictature depuis 1936) dans le quartier bourgeois de Kifissiá, au nord d’Athènes. Il est porteur de l’ultimatum, exigeant la liberté de passage pour l’Armée italienne en Grèce, ainsi que d’occuper de nombreux points et infrastructures stratégiques. Metaxás, d’ailleurs ému, s’y oppose catégoriquement ayant notamment et entre autres prononcé cette phrase en français: “Alors c’est la guerre”, suivie d’un: “Non, c’est impossible”, lorsque l’Ambassadeur Grazzi insista, en arguant que “la guerre aurait pu être évitée par l’acceptation bien entendu de l’invasion et de l’occupation” de la Grèce.

Dans les faits, avant même l’expiration de l’ultimatum à 6h00 du matin, l’Armée italienne pénétrait sur le territoire grec par la frontière albanaise, puisque l’Albanie était déjà un protectorat de l’Italie de Mussolini. “Ce fut le moment le plus douloureux et le plus ignoble de toute ma carrière de diplomate”, écrira Grazzi dans son journal personnel, publié en 1945. “J’avais devant moi le vieux dirigeant d’un petit pays qui n’a pas cédé, dans toute sa dignité. Sa voix était visiblement émue et en même temps ferme”, (Emanuele Grazzi, “Il principio della fine – l’impresa di Grecia”, Faro 1945) .

Le Général Metaxás, homme conservateur, antiparlementaire et anticommuniste, personnalité cultivée et chef d’un petit parti politique sans succès, se trouvait à la tête du petit pays dès avril 1936. Il était ce chef de l’exécutif d’abord imposé par le Roi, désigné pour la forme par un Parlement moribond, une situation résultant d’un système parlementaire moribond et qui n’arrivait pas à faire face aux terribles défis de son temps. Rapidement, Metaxás inaugurera son régime autoritaire, par son putsch du 4 août de la même année. Sous… le patronage bienveillant, il faut dire, du Roi Georges II, il instaurera un régime autoritaire, en somme, une dictature aux allures et aux mimétismes fascisants (salut romain, organisation de la jeunesse du régime, corporatisme).

Devant le domicile du Général Metaxás. Kifissiá, le 28 octobre 2017

 

Domicile de Metaxás, lieu du premier ‘Non’. Octobre 2017

 

Le domicile… restera fermé en ce 28 octobre 2017

Sauf que le régime de Metaxás ne peut pas être qualifié de fasciste au sens historique strict, comparé aux régimes de ce type en Europe, et les raisons ont suffisamment été démontrées par les historiens: aucun grand parti unique et de masse derrière Metaxás, pas de politique impérialiste, politique étrangère pacifiste, pas d’antisémitisme, diarchie de fait, car l’exercice du pouvoir était en réalité supervisé par le Roi, enfin, poursuite de l’alignement traditionnel de la Grèce à la politique de la Grande Bretagne et non-pas aux pays de l’Axe, (voir par exemple les travaux de Spyridon Ploumidis sur le régime de Metaxás).

Metaxás avait cependant prévu le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, comme il avait également prévu l’attaque de Mussolini. Il avait d’abord et surtout, pris la décision, celle qui s’imposait en pareilles conditions, autrement dit, à ne pas céder, tout en préparant la Grèce et son armée devant le conflit qui se profilait. “Ma décision est terrible au cas où l’Italie nous menacerait”, “J’annonce à Waterlow et Hopkinson les nouvelles depuis Rome, je leur annonce, ainsi qu’à Asimakopoulos, ma décision de résister jusqu’au bout” (Sydney Waterlow était l’Ambassadeur britannique à Athènes, Henry Hopkinson le Premier secrétaire de l’Ambassade et Aléxandros Asimakopoulos l’attaché militaire de l’Ambassade grecque à Rome), voilà ce que Metaxás écrivait dans son journal personnel, aux dates du 17 mars et du 9 avril 1939 (éditions Govosti, Athènes, 1960).

Le 15 août 1940, le sous-marin italien ‘Delfino’, coule le croiseur grec ‘Elli’… en temps de paix. Le croiseur, alors ancré dans le port de Tinos, escorte un bateau de pèlerins qui participent à la fête de la Dormition de la Vierge. Lors de l’explosion du navire, neuf marins et officiers sont tués et 24 autres sont blessés. Cependant, le gouvernement grec, désireux d’éviter (plus exactement de retarder) la confrontation avec l’Italie, annonce que la nationalité de l’attaquant est inconnue. Notons qu’après la guerre, l’Italie remet à la Grèce le croiseur ‘Eugenio di Savoia’ en guise de compensation pour la destruction de l’Elli. Le navire italien est alors renommé Elli et sert l’armée grecque jusqu’en 1973.

La présence traditionnelle et d’ailleurs officielle du croiseur lors de la grande fête de la Dormition que constitue pour les Orthodoxes le 15 août (la Grèce n’est pas un État laïque), puis, sa perte, devient l’élément catalyseur qui par la suite, fera souder le pays lors de l’effort de guerre. Emanuele Grazzi de son côté, avait pourtant et clairement averti ses supérieurs: les tensions entre son pays, l’Italie, et la Grèce, avaient renforcé le sentiment patriotique de la population et que, en cas d’une attaque, les Grecs allait opposer une véritable résistance armée. Mais ce point de vue était en contraste frappant avec les vues de Mussolini, et en particulier de celles de Ciano .

Le poète Yórgos Séféris, lequel n’a jamais apprécié le caractère dictatorial et encore moins l’idéologie du régime de Metaxás, jeune diplomate à l’époque rattaché à l’administration de son ministère à Athènes, écrivait dans son journal personnel à la date du 12 août 1940: “Metaxás est d’une attitude décisive. ‘Si on m’agresse, alors je mets le feu aux canons’”.

Défilé des écoles. Kifissiá, le 28 octobre 2017

 

Défilé, les officiels… devant la banque. Kifissiá, le 28 octobre 2017

 

La tombe de Metaxás. Athènes, le 28 octobre 2017

La mobilisation générale et autant mobilisation populaire du 28 octobre 1940 ont presque surpris. Certains germanophiles qui servaient au régime de Metaxás ne savaient plus comment réagir. Yórgos Séféris nous a laissé un texte édifiant (et de l’intérieur) sur cette période, sous le titre: “Manuscrit – Septembre 1941” (éditions ‘Ikaros’, Athènes 1980):

“Je n’avais pas de parti, ni chef, ni camarades. Je lisais les journaux grecs seulement par l’obligation qui m’était faite par mon service. Je me souvenais de cette phrase lue dans un roman, prononcée par un soldat de la Guerre de 1914. ‘Le garde à vous est une attitude distante’. Par la soumission j’exécutais alors ma tâche donnée par l’État. Je n’avais aucune préférence (politique), je les voyais tous pareils à eux-mêmes, vides, insignifiants, nuisibles (…)”.

“Un monde étranger, un monde qui m’est vraiment extérieur. Ni ceux du gouvernement, ni ceux de l’opposition (à la dictature) ne m’étaient sympathiques, hormis Kanellopoulos (démocrate et adversaire de Metaxás, il fut déporté entre 1937 et 1940 – précision de Greek Crisis). Je ne voudrais voir aucun des chefs politiques commander notre navire, ni Metaxás d’ailleurs (…) Le seul appui populaire de Metaxás fut la lassitude des gens, il n’avait pas le peuple de son côté (…) Les réactions psychologiques les plus profondes chez ceux du régime, étaient ainsi normalisées par les hommes de la police des renseignements, sur les murs de leurs bureaux ces gens avaient suspendu les photos des dignitaires de la Gestapo. (…) Metaxás en tant que personnalité, était je crois le plus fort de l’ensemble de notre personnel politique restant. Il était certes autoritaire, egocentrique, fanatique et insistant, sauf qu’il avait en même temps plus d’esprit et de carrure que les tous autres (…)”

Tombe de Yórgos Séféris et de son épouse Maro. Athènes, le 28 octobre 2017

 

Près de la tombe de Yórgos Séféris. Son esprit apprécierait certainement. Athènes, octobre 2017

“La période de la neutralité (1939-1940) avait été éprouvante, et pour moi, elle fut même bien lourde. Les instructions étaient: Attitude exemplaire envers tous les belligérants. J’étais d’accord avec cette politique. Nous ne pouvions guère faire autre chose (…) Lorsque l’Italie est entrée officiellement dans la guerre (Mussolini déclare la guerre à l’Angleterre et à la France le 10 juin 1940 à la veille de l’entrée des Allemands dans Paris), notre situation est devenue insupportable. Les officiels Italiens donnaient volontairement l’impression que nous étions leurs asservis. Le correspondant de l’Agence de presse Stefani, un certain Ceresole se comportait envers nous, tel un chef. Je tentais à le maintenir si possible.”

“Deux trois jours après la déclaration de guerre de Mussolini (juin 1940), on me communique un télégramme (dépêche italienne) alors invraisemblable. Il présentait le peuple grec comme se montrant très remonté contre l’Angleterre. Plus tard, j’ai réalisé qu’ils voulaient ainsi préparer l’opinion publique en Italie, en l’habituant à l’idée d’un prétendu courant pro-italien chez les Grecs, et conséquemment, l’invasion qu’ils étaient en train de préparer, elle ne pouvait être aux yeux des Italiens qu’une simple promenade.”

“Ce mensonge était si grossier que je l’ai censuré. Aussitôt, je reçois un coup de téléphone, directement d’Emanuele Grazzi. ‘Bonsoir cher collègue – me dit-il sèchement – J’apprends que vous avez censuré un télégramme de M. Ceresole. Eh bien, je vous avertis que, si vous ne laissez pas passer, je l’enverrai signé par moi-même. Nous verrons si vous oserez l’arrêter de nouveau.’ Jamais dans toute ma carrière je n’avais tant fait l’effort de rester calme. Je me sentais comme après avoir reçu une gifle. J’ai répondu: – Les télégrammes signés par vous Monsieur le Ministre, ne sont pas de ma compétence. Et j’ai raccroché.”

“Peuple, dis le ‘Non’ de la fierté”. Athènes, octobre 2017

 

Monument de la ‘Mère morte affamée’ durant l’Occupation. Cimetière d’Athènes, le 28 octobre 2017

“Je me suis rendu au bureau de (Théologos) Nikoloudis (proche de Metaxás, Ministre de la Presse, service auquel Séféris était rattaché à l’époque – note de Greek Crisis), je lui ai tout raconté en ajoutant: Si ces gens continuent à nous humilier de la sorte… alors Monsieur le Ministre, nous devrions renter chez nous, vous et moi d’ailleurs. Il était quelqu’un de très susceptible. Il n’a rien dit. Il a rugi, il a réclamé sa voiture et il s’est rendu chez Metaxás. Il en est revenu sous peu, visiblement il transpirait. – Monsieur le Président nous prie, m’a-t-il dit, de rester patients, patience. Les moments sont très graves. Nous devons alors faire semblant, reculer.”

“Durant ces moments, le Président avait raison. Nous devrions reculer et subir, jusqu’au jour où nous serions attaqués ouvertement pour alors seulement, nous défendre par tous les moyens. C’était aussi mon opinion. Je voudrais préciser qu’à l’époque, personne, ni même les plus fous parmi nous ne s’attendaient à cette explosion miraculeuse de l’âme du peuple et encore moins aux victoires de l’armée grecque sur le front de l’Albanie contre l’armée italienne.(…)”

“Et pour ce qui est des autres (politiques), des restes du Venizélisme (camp démocrate, opposé à la dictature de Metaxás – note de Greek Crisis), je n’ai pas eu l’occasion de discuter directement avec eux, et je ne peux pas exposer avec précision le fond de leur pensée. De ce que j’ai pu entendre et voir, mon idée ainsi personnelle, c’est qu’ils se sentaient secrètement soulagés (que) de ne pas porter la lourde responsabilité des affaires en ces heures difficiles, en réalité, ils ne raisonnaient point au-delà de leurs reflexes politiques hérités de leurs partis (…) Des démocrates crédibles me rapportaient d’ailleurs que Papandréou (grand-père de Georges Papandréou de 2010 – précision de Greek Crisis) disait: ‘Les Allemands ne nous toucheront pas’, ou Kafandaris: ‘Je crois à la victoire de l’Axe’”.

“Depuis, je me suis forgé cette certitude alors profonde: Cette Grèce ayant engendré le 28 (octobre 1940) était une autre Grèce, distincte et étrangère à tous ces Messieurs du personnel politique, appartenant ou pas, au régime de Metaxás (…) Et lorsque la guerre a éclaté, je pensais souvent à toutes ces phases et basculements psychologiques du destin de cet homme ayant dit ‘Non’ à 3h du matin à l’Ambassadeur d’Italie”, (Yórgos Séféris, “Manuscrit – Septembre 1941” pages 24-39).

“Nous avons dit ‘Non’ de nouveau, ne le comprends-tu pas ?” Défilé des écoliers. Athènes, 28 octobre 2017 (presse grecque)

Pour les Grecs, le 28 octobre (1940) et sa commémoration (fête nationale), sont donc synonymes du ‘Non’ de la dignité comme de la résistance. Cette mémoire du ‘NON’ a d’ailleurs été célébrée pour la première fois sous l’Occupation (l’Allemagne intervint en avril 1941 et depuis, l’Occupation du pays, très dure durera jusqu’en septembre/octobre 1944). Plus précisément, au sein du bâtiment principal et dans la cour de l’Université d’Athènes, a eu lieu cette première célébration le 28 Octobre 1941. D’autres célébrations est autant actions de résistance ont été initiés par les organisations de gauche EAM, proches du parti communiste (KKE) .

De nombreux étudiants ont d’abord pris la parole, puis, leur professeur Konstantinos Tsatsos , a volontairement converti ses cours de la journée en un discours patriotique, où il a notamment invité ses étudiants à célébrer la mémoire du ‘Non’ sur la Place de la Constitution devant la tombe du Soldat inconnu. Les forces occupantes ont cependant bloqué la place, et Tsatsos a été renvoyé de l’université.

Pour le deuxième anniversaire (28 octobre 1942), la célébration a eu lieu sur la place de la Constitution, à l’initiative des organisations EPON (jeunes résistants de gauche) et PEAN (jeunes résistants de droite). Enfin, pour la première fois, l’anniversaire a été célébré officiellement le 28 Octobre 1944 avec un défilé devant le premier ministre George Papandreou.

Le paradoxe (en partie apparent) de la Grèce contemporaine est qu’elle célèbre, non pas la fin de la guerre (8 mai), mais son début (28 octobre pour la Grèce). Ce n’est pourtant guère une attitude surprenante, surtout lorsqu’on considère l’histoire du pays: libéré en septembre/octobre 1944, ayant connu la terrible Bataille d’Athènes entre décembre 1944 et janvier 1945 (phase II de la Guerre civile opposant la Gauche à la Droite) ; et d’ailleurs en 1945, sous un climat de longue guerre civile (1944-1949) la Grèce ne pouvait pas et ne voulait pas célébrer autre chose.

Le dernier paradoxe en date fut pourtant celui de la célébration du 28 octobre, dans sa version de 2017. Le gouvernement Tsipras, celui qui très exactement a trahi le ‘Non’ du peuple au référendum de juillet 2015, a tout fait pour minimiser la portée de la commémoration. L’ensemble des médias supposés grands en ont rajouté, aucune donc mention du mot ‘Non’. La ‘Une’ des journaux (de tous les journaux), contrairement aux années précédentes, n’ont guère mentionné le message central de cette journée, enfin, pas la moindre mention du rôle du Général Metaxás.

Aubedoriens agresseurs. Santorin, le 28 octobre (presse grecque)

Ce dernier “oubli” permet d’ailleurs aux néonazis de l’Aube dorée de s’accaparer la mémoire du général et dictateur d’un régime certes fascisant, sauf que Metaxás ressentait de l’aversion pour le nazisme. En ce 28 octobre 2017, devant le domicile familial des Metaxás à Kifissiá, il y a eu une certaine foule, comme on dit anonyme. Depuis 2016, la famille, sa petite-fille, l’historienne Ioánna Foka-Metaxá, se refuse d’ouvrir le domicile aux visiteurs.

Elle explique implicitement, entre autres raisons (depuis 2015), que cette fermeture est également motivée par sa répugnance devant les agitations des Aubedoriens. Son message de 2015 était déjà suffisamment explicite :

“Chers amis, par cette note, nous tenons à informer tous les visiteurs et amis, qui honorent le ‘NON’ au fascisme et au nazisme, comme il a été exprimé le 28 Octobre 1940, par le gouverneur national Ioánnis Metaxás, au nom de tous les Grecs, que la maison d’Ioánnis Metaxás à Kifissiá (…) sera visitable en ce 28 Octobre (…) En même temps nous soulignons notre indignation devant l’insulte faite à ce jour du souvenir du ‘Non’, lorsque certains partis politiques cherchent l’exploitation de la grandeur de ce moment historique pour promouvoir leurs intérêts politiques, et autant se promouvoir en faux en prétendus successeurs de la mémoire historique et des idées de Metaxás, ou encore de la résistance héroïque des Grecs contre les ennemis de la Grèce. Surtout, lorsque l’attitude et les agissements de ces partis révèlent exactement le contraire.”

Le texte a été reproduit sur internet en 2017 (aussi par la presse locale de Kifissiá) , la maison du ‘Non’ n’a pas ouvert ses portes, la tombe de Metaxás a été honorée, autant que le monument dédié à la ‘Mère grecque sous l’Occupation’, morte de famine, une famine ayant provoqué de milliers de morts, volontairement organisée par les autorités occupantes de l’Allemagne d’alors, et enfin, de très nombreux citoyens ont assisté aux défilés des écoliers.

La presse dite “people” aura de son sombre côté remarqué les rares (?) cas de certaines institutrices prenant part aux défilés comme… sur une plateforme de mannequins portant des créations de mode. “Lifestyle” mondialisant de l’ultime métadémocratie, d’ailleurs potentiellement pornographique, “prostituante” car constituante du méta-monde qui se profile. D’autres instituteurs et institutrices, n’ont pourtant et heureusement, ni… la jupe, ni la mémoire, autant courtes. “Nous avons dit ‘Non’ de nouveau, ne le comprends-tu pas ?”, tel fut le message d’un maître d’école devant les officiels au défilé des écoliers à Athènes le 28 octobre 2017. C’est clair !

Défilé… de mode. Nauplie, 28 octobre 2017 (presse grecque)

Enfin, il y a eu l’affaire d’un élève de primaire venu d’Afghanistan il y a un an avec sa famille, auquel la direction de l’établissement scolaire avait refusé de devenir le porte-drapeau lors du défilé, lui laissant entre les mains… seulement la pancarte portant le nom de l’école (publique). Cette histoire a été érigée en grande affaire… d’État, d’ailleurs par Tsipras en personne. Il faut dire que la réglementation en la matière vient d’être modifiée il y a seulement quelques mois par le ministre SYRIZA de l’Éducation, provoquant il faut dire le mécontentement général.

Jusqu’à cette reforme, les porte-drapeaux des établissements ont été tout simplement les meilleurs élèves d’après leurs résultats scolaires (sans distinction d’origine ethnique ou religieuse). Désormais, ces élèves sont désignés par tirage au sort… “Pour plus d’équité”, d’après l’argumentaire Syriziste.

Pêcheur, Golfe Saronique, novembre 2017

 

Pêcheur. Golfe Saronique, novembre 2017

 

Fières montagnes. Thessalie, octobre 2017

Le climat social est alors bien tendu aux pays des pêcheurs et des fières montagnes, commémorations ou pas. Il faut dire que les Aubedoriens en profitent, autant que les anarchistes autoproclamés du chaos anomique qui règne en ce moment et par épisodes, dans certains quartiers d’Athènes. Ceux de l’Aube dorée ont par exemple empêché le déroulement d’un défilé scolaire à Santorin, puisque l’élève qui porterait le drapeau est d’origine albanaise, puis, des “inconnus” ont jeté des pierres et d’autres projectiles devant le domicile de la famille de l’écolier Afghan à Athènes.

Aussitôt, Alexis Tsipras a cru bon inviter la famille de l’écolier à son Palais du Premier ministre, lui offrant alors… “Le drapeau grec dont il a été privé”. D’après ce que je peux observer et entendre (en dehors évidemment des medias), ce geste Tsipriote passe alors difficilement aux yeux des Grecs. Lorsque les citoyens sont agressés par ses mesures d’austérité et par l’asservissement troïkan de leur pays dépossédé de sa souveraineté, d’ailleurs populaire et démocratique, “lorsque les gens se suicident, lorsqu’ils meurent sans médicaments, alors leurs familles ne sont jamais invitées chez Tsipras”, entend-on par exemple dans les cafés.

Alexis Tsipras… et le drapeau offert. Presse grecque, novembre 2017

Étrange alors conception de la victimisation que celle du gouvernement, d’autant plus qu’il, étouffe le ‘Non’ historique… après l’avoir trahi dans sa version de 2015. “Salopards… on devrait protéger le petit Afghan et sa famille… et en même temps faire fusiller les Tsipras, voilà où nous en sommes”, me dit alors Kóstas, voisin paupérisé comme nous tous dans l’immeuble, Kóstas ayant alors tant lutté, manifesté, cru et même voté SYRIZA en janvier 2015.

Cependant, tout le pays ne pas atteint de… la maladie de la mémoire courte. Le réalisateur Pandelís Voulgaris propose en ce moment aux cinéphiles, l’histoire émouvante d’un homme de la résistance, fusillé le 1er mai 1944 par les troupes occupantes en se penchant cette fois sur un des épisodes les plus sombres de l’occupation allemande. “Le dernier petit mot”, c’est le titre du film, porte sur l’exécution des 200 civils à Kaisarianí (près d’Athènes), pour l’essentiel communistes, fusillés le 1er mai 1944, afin de venger quatre officiers allemands morts dans une embuscade tendue par des résistants grecs en Laconie (Péloponnèse, région de Sparte).

“Le dernier petit mot”, film de Pandelís Voulgaris. Grèce, octobre 2017

Le film se focalise sur l’histoire (bien réelle) de Napoléon Soukatzidis, militant communique lequel avait été déjà arrêté par le régime de Metaxás en raison de son action syndicale. Cultivé et polyglotte, Soukatzidis parlait russe, anglais, allemand, français et turc, et il servait d’interprète au commandant du camp allemand Karl Fischer. C’est pourquoi Fischer a cru lui rendre un service en l’excluant de la liste des futurs fusillés.

Soukatzidis a répondu qu’il accepterait l’offre à condition que personne d’autre ne prenne sa place. Les Allemands ne l’ont pas accepté et finalement, il a été exécuté avec les 199 autres otages. Les exécutions ont été opérées par 20 personnes à la fois. Soukatzidis était le numéro 71, mais il a été placé dans la dernière vingtaine des exécutés pour ainsi tenir son rôle de interprète pour la dernière fois.

Automne européen, ses mémoires, sa météorologie ainsi connue. Cette année, les Grecs… découvrent (enfin) la Catalogne de la dernière actualité avec la première neige. “Notre été est décidément mort”, mais pas notre mémoire. La commémoration du 28 octobre est derrière nous, sauf pour ce qui est des agissements des politiciens robotisés. Un monde étranger, un monde qui nous est vraiment extérieur. Ni ceux du gouvernement, ni ceux de l’opposition ne nous sont sympathiques comme dirait notre poète Yorgos Séféris. Comme du temps de Metaxás, c’est la lassitude des gens, qui gouverne alors (et déjà) leurs pensées.

Montagnes escarpées, animaux splendides. Thessalie, octobre 2017

 

Montagnes escarpées, animaux splendides. Thessalie, octobre 2017

 

Montagnes escarpées, belles églises. Thessalie, octobre 2017

Montagnes escarpées, animaux splendides, belles églises, autrefois offrant refuge aux résistants, villes et bourgades endormies sous la fraîcheur du soir ou du petit matin.

La mémoire collective grecque, ne conservera pas grand chose… de très actualisable en ce qui concerne la figure ennemie de l’italien de 1940, contrairement il faut dire, à la figure analogue de l’occupant allemand et ceci, en dépit des efforts sans cesse réactualisées de l’Ambassade allemande à Athènes.

Disons que l’actuelle hégémonie néocoloniale allemande au moyen des piètres euphémismes de la dite Union européenne n’arrange vraiment rien. En tout cas à l’époque, au moment du revirement italien de 1943 (faisant suite à la Proclamation de Badoglio du 8 septembre 1943), certaines unités de l’Armée Italienne livrèrent leurs armes aux partisans (communistes) en Grèce, notamment la Division ‘Pinerolo’ en Thessalie. Le récit de Romolo Galimberti “Scarpe rotte” (‘Les godasses trouées’), raconte très précisément son passage entre les deux camps ainsi que son engagement auprès des résistants en Grèce, son livre a été traduit en grec.

De nombreux combattants Italiens se rangent alors du côté des résistants, les pertes italiennes ont été terribles, l’épisode tragique le mieux connu est celui de la division ‘Acqui’ en Céphalonie. Après s’être vaillamment battu contre les forces allemandes, elle est anéantie, ses hommes ont été exécutés par les Allemands, près de dix mille morts… tout de même.

Le récit de Romolo Galimberti

La commémoration du 28 octobre version 2017 est derrière nous, sauf hélas pour ce qui est des agissements des politiciens. Un monde étranger, un monde qui nous est vraiment extérieur. “Notre été est décidément mort”, se racontent alors les voisins de notre immeuble à l’unisson… et au chauffage central arrêté depuis 2012.

Novembre européen à sa météorologie bien connue, Hermès de ‘Greek Crisis’ grandira et alors forgera… tout son caractère durant l’hiver prometteur. Sans parti, ni chef !

Hermès de ‘Greek Crisis’. Octobre 2017

______________________* Photo de couverture : Fête nationale. Kifissiá, le 28 octobre 2017

Partager