Trends-Tendances, Appel à une vaste consultation des citoyens de l’Union européenne, le 22 février 2018

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Appel à une vaste consultation des citoyens de l’Union européenne

Quelles sont les raisons pour lesquelles l’opinion publique des pays européens manifeste désormais son rejet de l’Europe communautaire lorsque s’offre à elle l’occasion de s’exprimer, soit qu’il s’agisse, très rarement, par un moyen direct comme dans le cas du referendum dit du « Brexit » au Royaume-Uni, soit, le plus souvent de manière indirecte à l’occasion d’une élection au niveau national ? Parce que l’Europe qui s’est construite à partir de la fin de la seconde guerre mondiale s’est désintéressée du sort du citoyen ordinaire : plutôt que de se soucier de lui, elle s’est bâtie autour des préoccupations centrales au monde des affaires, celui-ci supposant, souvent d’ailleurs de bonne foi, que la population dans son ensemble bénéficierait d’une manière ou d’une autre de sa propre bonne santé. Plus inquiétant encore, les instances européennes semblent inconscientes de la question qui a fait d’elles aujourd’hui un épouvantail aux yeux d’une part importante du public : la disparition de l’emploi due aux avancées du numérique et, du coup, la concurrence exacerbée qu’une Europe sans frontières constitue dans un contexte de marché du travail en régression où emporte la mise le salarié peu regardant en termes de salaire, du fait d’un coût de la vie moindre dans son pays d’origine. La xénophobie en hausse sur laquelle surfent les extrêmes-droites européennes trouve là son principal aliment.

L’insouciance des instances européennes vis-à-vis du sort commun a plusieurs origines. En premier le fait sans doute que son personnel est à titre individuel à l’abri des vicissitudes de la vie quotidienne touchant la population dans sa majorité. Le fait aussi que les chiffres de richesse générale sont bons, empêchant les clignotants de s’allumer, alors qu’il s’agit de chiffres moyens, ne révélant guère s’il existe encore des classes elles aussi « moyennes », ou s’ils se contentent d’additionner les chiffres portant sur deux extrêmes « en haltère » : de très nombreux pauvres et de très nombreux riches, ou des riches en nombre réduit mais alors extrêmement fortunés.

À cela s’ajoute, du côté des autorités européennes, une insouciance nonchalante quant aux questions d’environnement. L’ont rappelé en novembre dernier le renouvellement pour cinq ans de l’autorisation du pesticide glyphosate (Roundup), dont le caractère cancérigène apparaît comme sans urgence face aux intérêts des fermiers, ou les atermoiements dans la législation sur les perturbateurs endocriniens pour protéger certains groupes industriels, malgré les ravages qu’exercent ces substances. Cette indifférence apparente provoque l’ire de l’opinion publique, convaincue, à tort ou à raison, que l’Europe communautaire s’intéresse bien davantage au sort des plus grosses entreprises plutôt qu’à celui des citoyens ordinaires.

Obnubilée par des questions de rentabilité économique immédiate, l’Europe communautaire s’est éloignée des grands enjeux de notre temps : la destruction des moyens dont dispose pour vivre le citoyen ordinaire : son emploi, ainsi que la destruction de ceux dont il dispose pour continuer de vivre : l’environnement planétaire.

Le désamour envers l’Europe communautaire est-il désormais irréversible ? Le moment est venu de cesser de se voiler la face et de diagnostiquer l’état du patient et, en fonction de cet état, de redresser la barre plus ou moins considérablement. La politique de l’autruche pratiquée jusqu’ici a donné le résultat que l’on sait : la fragilisation de l’Europe communautaire, suivie de son délitement progressif, et la montée en puissance de partis autoritaristes prônant des politiques d’exclusion.

Seule une consultation de l’ensemble des citoyens de l’Union européenne – incluant tant qu’il en est encore temps, les Britanniques – peut empêcher la gangrène de se propager encore davantage. Une telle consultation serait bien entendu sans objet si les instances européennes ne s’engageaient pas à prendre, au vu des résultats, toutes les mesures nécessaires pour remettre l’Europe sur les rails lui permettant de s’identifier à nouveau à un idéal digne de ce nom pour l’ensemble des Européens, garantie pérenne contre ce que Keynes appelait la « guerre civile européenne », qui fit de l’Europe durant nos récents XIXe et XXe siècles, un champ de dévastation.

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19 réflexions sur « Trends-Tendances, Appel à une vaste consultation des citoyens de l’Union européenne, le 22 février 2018 »

  1. Pensez-vous vraiment que le fait de considérer que l’Europe a été bâtie par la classe dominante pour imposer une mondialisation libérale relève du complotisme? Non le monde des affaires n’a jamais supposé de bonne foi que la population dans son ensemble bénéficierait d’une manière ou d’une autre de sa propre bonne santé, il n’en a que faire. Aucun réformisme ne parviendra jamais à contrer les desseins du grand capital, en Europe ou ailleurs.

    1. Je ferais la différence entre d’une part le complotisme, d’autre part la simple hypothèse que des groupes disposant d’un certain pouvoir tendent à l’utiliser pour leurs propres intérêts et à leurs propres fins.

      Le premier suppose que les manipulations ne sont pas un élément de l’Histoire parmi d’autres, mais son explication essentielle, imaginant que des groupes de personnes ont une telle influence, une telle cohésion interne, une telle capacité d’anticipation et une telle habileté qu’elles parviennent à orienter de grands événements non ponctuellement, mais en suivant des plans établis à l’avance sur des décennies. Cette thèse est très suspecte, pour deux raisons :
      – Elle est inutile à l’explication des événements tels qu’ils sont constatés – c’est une hypothèse ad hoc
      – Elle suppose des capacités exceptionnelles chez les manipulateurs. Or qu’il s’agisse des capitalistes, des néolibéraux, des communistes, des jésuites, des juifs ou des franc-maçons, ces gens ne sont en moyenne ni beaucoup plus intelligents ni beaucoup plus stupides que tous les autres. Moi je ne pourrais pas concevoir ni exécuter un plan d’une telle ampleur, et mon expérience est qu’un groupe nombreux ne saurait garder un secret très longtemps. Je pense donc que tous ces groupes, et tous les autres imaginables, n’en ont pas non plus la capacité

      Quant à l’hypothèse que des groupes placés aux leviers de pouvoir aient tendance à en user suivant leurs propres conceptions et intérêts, voire à en abuser, ce n’est pratiquement pas une hypothèse, tant elle s’appuie sur des exemples et sur ce que nous savons en général de notre comportement en tant qu’êtres humains.

      L’européisme, c’est-à-dire l’idée d’une unification des peuples européens par des institutions unitaires prenant progressivement le pas sur les institutions nationales existantes, est ancienne datant au plus tard du XIXème siècle, elle a été proposée par toutes sortes de gens recommandables – Victor Hugo – ou qui l’étaient moins – Hitler – et le début de sa concrétisation après la seconde guerre mondiale date d’une époque où la mondialisation économique et culturelle était encore dans l’avenir. Elle a été bien évidemment aidée par plusieurs groupes ou intérêts – américains notamment à ses débuts – mais ce n’était qu’un facteur secondaire. Aucun groupe organisé n’aurait pu susciter un mouvement historique d’une telle ampleur.

      En profiter ? Là, oui… il y a des exemples !

  2. Excellente initiative, et je trouve que le ton est encore vraiment très indulgent vis à vis des protagonistes de l’UE telle qu’elle est, mais on comprend qu’il s’agit là d’une démarche de réconciliation où il faut pouvoir s’adresser aux deux parties : d’un côté une oligarchie très bien servie et satisfaite par le système actuel, et de l’autre un nombre croissant de citoyens de plus en plus mécontents, voire en colère, voire opposés, même si au départ, ils avaient pu être plutôt favorable à un certain idéal européen. Sur la démarche, celle d’une consultation de l’ensemble des citoyens, personnellement je tendrais à penser que ce serait la seule issue, vue l’ornière dans laquelle s’est fourvoyée les responsables du système actuel, d’une grande incapacité (le mot « insouciance » est très indulgent….) ; une occasion, pour les peuples de se ré-approprier un projet, de façon démocratique et transnationale. Mais je crains que « les élites » politiques et économiques en place ne voient pas la chose d’un bon oeil, une peur-réflexe de « perdre le contrôle », et, bien sûr, une part des privilèges que le système tel qu’il est leur octroie – L’organisation d’une telle initiative, par exemple en deux temps, avec une étape de diagnostic permettant un « état des lieux » partagé démocratiquement, et dans un deuxième temps, un débat sur les propositions basées sur le diagnostic précédent et nourri de « vraies » informations, pourrait être une méthode. Pour de vrai, une telle démarche nécessiterait pour une fois de « l’audace » de la part du « personnel » politique et des « élites » actuelles…..

  3. Excellent !

    En pratique, après la question du pourquoi, il faudra affronter la question du comment. Sinon rien de rien. Comment est-ce que l’on peut « consulter » la population des pays de l’Europe, par Internet, par courrier ? Qui sera le « on » qui organisera une telle consultation, une troisième entité « indépendante », chaque nation, avec quel organe de contrôle ?

    Suggestion positive : faire exprimer par chaque personne consultée ses urgences ressenties à partir d’une courte liste fermée. Presque tous les thèmes principaux sont dans l’article.

    Ce serait un début de démocratie, à l’inverse des pseudo consultations d’embrigadement du genre « sortir du nucléaire » et des programmes de partis politiques fondés sur des « valeurs » ou des sentiments.

    1. ‘AUCUNE IDEE’ a pour anagramme ‘UNE UE ACIDE’
      Or “l’Europe, pendant la plus grande partie de son histoire, a été une idée. Elle servait à signifier un profond désir…” d’être l’ucide sur soi-même ?
      https://www.ucide.eu

  4. Quand on voit le peu de sentiments portés par les élites « européennes » (cfr, Jean-Claude Juncker : « il n’y a pas de démocratie contre les traités européens ») envers la démocratie, une consultation populaire européenne est une utopie. Sans ignorer les « fonctionnaires » européens, véritables mandarins aux privilèges indus et ignorant tout de la misère du monde.
    De plus, quand on parle d’Europe, il est plus que temps de couper tous les liens avec les Etats-Unis nous vassalisant (il est plus que temps de dissoudre l’OTAN et de revoir la diffusion des « chaînes » télé américaines chez-nous) ainsi qu’organiser le retour des troupes américaines chez-elles.
    L’Europe n’est pas une fédération, pas une démocratie, le financement de l’Union-Européenne fut organisé partiellement par la CIA et en plus elle est sous occupation militaire américaine.

  5. « Appel à une vaste consultation des citoyens sur l’Union européenne »
    C’est précisément pour cette raison que LREM lance en mars « La Grande Marche pour l’Europe » Seule la LREM lance cette consultation !

    Il s’agit dans un premier temps pour les militants de LREM d’aller à la rencontre des citoyens et de leur poser des questions sur l’Europe.
    C’est la reprise de l’opération « Grande Marche » du printemps 2016 qui a permis à Emmanuel MACRON de consolider ses propositions.

    Dans un deuxième temps à l’Automne il y aura la restitution, ensuite le programme et enfin la campagne début 2019.

    Cette idée de consultation des peuples de l’Union a été actée par tous les pays de l’Union sauf la Hongrie lors de la dernière réunion du Conseil (23/2) au niveau des chefs d’Etats et de Gouvernements.

    Pourquoi donc faire comme si rien n’existait ??
    Quand allez-vous vous défaire de ce négativisme qui n’est qu’une mauvaise raison de ne rien faire : tout est pourri fort le courage d’avancer ?

    1. Il y a une différence entre une élection et une campagne publicitaire.

      Vous pouvez choisir de l’ignorer, parce que vous souhaitez que tout aille bien et que vous espérez qu’à condition d’y croire très fort ce sera le cas. Mais tout le monde ne vous suivra pas dans cette illusion.

      Je suis un peu dur, mais je soupçonne que la réalité est encore beaucoup plus dure. Si vous pensez que des opérations de communication auront un impact durable, la réalité risque de vous causer un réveil pénible.

    2. Ok,
      Mais je préférerais que cela soit une ONG trans-européenne de consultation citoyenne : pour ne pas limiter à une vue partisane et politique.
      Existe t- il une application smartphone multi langue ?

  6. Je comprends l’initiative, mais il me paraît improbable qu’elle débouche sur des réformes réelles de l’Union européenne dans un sens qui puisse améliorer son image aux yeux des peuples, donc assurer sa pérennité.

    La question organisationnelle avancée par JPC se pose, mais je ne pense pas que ce soit la plus difficile. A supposer que les différents pouvoirs UE et nationaux puissent être convaincus d’organiser une telle consultation, je pense plutôt :
    – Qui choisira les questions à poser ? Qu’est-ce qui pourrait notamment assurer que les groupes sociaux et politiques au pouvoir poseront les questions où ils ont raison de supposer que la majorité des peuples pensent à l’encontre de leurs conceptions et intérêts ?
    – Qui contrôlera l’application par les différents pouvoirs des résultats de cette consultation ? Dans un pays donné, la réponse est simple : c’est l’élection, et le risque de perdre les prochaines. Mais l’Union européenne n’est pas une démocratie, je pense que cela n’a échappé à personne… et il n’y a pas de mécanisme de contrôle à proprement parler

    Un système d’initiative populaire à la Suisse pourrait résoudre ces questions : droit pour un nombre donné de citoyens (100 000) de proposer une question à la votation et réponse qui s’impose aux institutions fédérales. Il « suffirait » d’adapter le nombre à la taille de la population, soit 6 millions de citoyens en faisant une règle de trois.

    Mais qui voudrait d’un tel système 🙂 ? Il pourrait faire peur à tout le monde en réalité… à gauche et à droite à la fois, aux libéraux comme aux socialistes, aux européistes comme aux souverainistes !

    Et comme pour toute proposition de réforme de l’UE apportant une modification au traité de Lisbonne de 2007, il faudrait pour adopter un tel système l’unanimité des 28 bientôt 27 Etats membres, pour la signature comme pour la ratification. Irréaliste en pratique.

    Mon avis personnel est que le Traité de Lisbonne restera en vigueur tel quel. Jusqu’au moment où il ne sera plus du tout en vigueur. L’avenir des relations et des coopérations entre pays européens, sujet très important et qui le restera, devra à un moment être pensé en dehors de l’Union européenne, parce que les événements l’exigeront.

    1. Juste pour l’illustration, voici une liste non limitative et pourtant déjà longue du foisonnement d’initiatives et votations à attendre d’un système démocratique à l’échelle de l’UE, parallèle au système suisse – sans préjuger du fait que ces propositions soient ensuite adoptées ou non :
      – Interdiction du glyphosate
      – Peine de mort pour les terroristes
      – Taux minimum de 30% d’impôt sur les sociétés
      – Armée pan-européenne stationnée à l’est face à la Russie
      – Revenu universel
      – Renvoi systématique des immigrants illégaux dans leur pays d’origine
      – Sortie rapide du nucléaire
      – Souveraineté des parlements nationaux
      – Interdiction de la corrida
      – Inscription du christianisme comme valeur fondamentale de l’UE
      – Légalisation du haschich
      – Salaire minimum unifié dans toute l’UE
      – Sélection des immigrants sur la base de leur religion
      … j’en passe et des meilleures

      Ça irait dans TOUS les sens au niveau des propositions. Il y aurait de quoi faire peur à véritablement tout le monde.

      Certaines personnes seraient d’accord pour un tel système. Mais je ne crois pas qu’il puisse emporter l’adhésion de nos dirigeants 🙂 …la démocratie, c’est dangereux !

  7. Sur un sujet aussi complexe et un enjeu aussi important aux fondements historiques multiples, où, à mon avis, il ne s’agit pas d’une simple question dans le genre du referendum sur le Brexit (où en est sorti un mélange très compliqué d’opinions, parfois contradictoires, créant des divisions à l’intérieur même des partis), il y aurait certainement à réfléchir à un processus nouveau et différent. C’est pourquoi j’esquissais l’idée d’un processus au moins en deux temps, le premier sous forme de diagnostic, validé démocratiquement, le second sous forme de propositions soumises à également à un système de validation démocratique. L’autre difficulté et pas la moindre serait d’avoir un processus qui soit transnational, c’est à dire qui engage des débats partagé par populations de l’ensemble des pays concernés….. on peut rêver ?

  8. Quant on me pose la question « sur quels piliers politiques repose l’Europe », je suis bien obligé de leur dire: sur le fric. L’Europe est une communauté économique, où dominent l’échange de marchandises, de capitaux et, dans une bien moindre mesure, de la maind’oeuvre. Demandez aux pays de l’est pourquoi ils ont opté pour l’Europe. Vous aurez toujours la même réponse: avantages économiques et sécurité, la peur des Russes est invariablement forte. Même la fameuse « amitié » franco-allemande repose sur une intense et, apparemment inséparable, interdépendance mercantile. Il n’existe pas d’identité européenne, ni de courants citoyens pouvant faire avancer le « projet européen » versus une création des Etats Unis d’Europe, qui reste un phantasme technocratique et un rêve romantique. Unifier tant de pays différents me paraît infaisable.
    Néanmoins, par rapport à l’apocalypse de 1945, au climat empoisonné des années entre-guerres, c’est un véritable progrès – c’est déjà ca, il faut être modeste.

  9. Sans doute vous avez raison, sur le fait qu’il s’agit d’un projet mercantile, d’une réaction contre la menace du projet soviétique, saupoudrée d’idéalisme après la catastrophe des deux guerres mondiales, d’un fantasme technocratique, d’une extension géopolitique américaine, d’un rêve romantique….. tout ça à la fois, et qui a évolué au cours des décennies – la perception de la génération d’après guerre, et celle des « millénium » par exemple, n’a plus grand chose à voir. Mais cet écheveau serait tout à fait passionnant à démêler : travail de mémoire, à l’aune des enjeux contemporains, pour ce projeter (autant que faire se peut) dans un avenir que certains qualifieraient de plus « désirable », d’autres, comme une « consolation ». Personnellement, le vide politique qui a prévalu ces dernières décennies est en grande partie responsable du sentiment d’impasse politique actuel. Mais l’histoire ne s’arrête pas….

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