Bolivie : Coup d’état raciste contre ses peuples indigènes !, par Yorgos Mitralias

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Que se passe-t-il ces jours-ci en Bolivie? Et s’il s’agit d’un coup d’état, que veulent et qui ciblent les putschistes? La réponse la plus claire et la plus autorisée à toutes ces questions est donnée par la protagoniste du coup d’état, la “présidente par interim” autoproclamée du pays Jeanine Anez quand elle twitte de la façon suivante ce qui semble être son désir le plus ardent : “Je rêve d’une Bolivie libérée des rites indigènes sataniques, la ville n’est pas pour les “Indiens”, il vaudrait mieux qu’ils aillent sur l’Altiplano ou au Chaco”. C’est à dire dans la très haute montagne ou dans la savane quasi désertique…

Encore plus éloquents que les paroles sont pourtant les actes qui ont suivi. C’est ainsi qu’on a vu Mme Anez arriver au palais présidentiel pour prendre ses fonctions présidentielles en brandissant triomphalement … une énorme Bible au dessus de sa tête, tandis que le vrai cerveau du coup d’état, le raciste extrémiste de droite Luis Fernando Camacho et ses amis criaient “la Bolivie pour le Christ, Pachamama n’entrera plus jamais dans ce palais”! Tout un programme si on pense que Pachamama est la Mère-Nature de ces peuples indigènes que les putschistes assimilent à… l’Antéchrist.

Et pour qu’il n’y ait pas le moindre doute sur l’appartenance et les intentions des putschistes, pendant que ceux-la officiaient au palais présidentiel, leurs partisans brûlaient au centre de La Paz le drapeau-symbole des 36 nations originaires de Bolivie, la Wiphala rectangulaire aux sept couleurs promue par les gouvernements de Evo Morales au rang de drapeau officiel de « l’État Multinationale de Bolivie » ensemble avec son drapeau tricolore traditionnel. Le fait que tous ces « exploits » des putschistes font penser plutôt au Moyen Age et ne sont probablement pas compris par le lecteur européen, ne doit pas faire oublier qu’ils font partie intégrante du plus douloureux passée génocidaire de la grande majorité des habitants de Bolivie ! Et comme on voit se multiplier les témoignages sur les assassinats et les tortures de ceux qui résistent au coup, il n’est pas surprenant de voir et d’entendre les manifestants et surtout les manifestantes indigènes hurler que « aujourd’hui comme jadis, ils nous massacrent avec la Bible et l’épée » !… (1)

Ce “jadis” se réfère évidemment aux tristement célèbres Conquistadors espagnols qui ne se sont pas limités de “découvrir” et de convertir au christianisme un continent américain habité depuis des millénaires par des dizaines de millions d’indigènes aux cultures bien avancées, mais se sont employé à les exterminer dans ce qui reste jusqu’à aujourd’hui comme le plus grand génocide de l’histoire de l’humanité. (2) C’est exactement cette tradition raciste et génocidaire -qui s’est perpétué sans interruption durant cinq siècles- que veulent ressusciter aujourd’hui les “démocrates” néolibéraux comme Mme Anez, M. Camacho et leurs pareils, qui ne peuvent se faire à l’idée que les indigènes descendants des Incas puissent être autre chose que leurs domestiques et esclaves.

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En d’autres termes, ce coup d’état constitue l’énième maillon dans l’interminable chaîne des massacres et autres répressions et humiliations réservées depuis des siècles par les colonialistes européens aux nations indigènes de Bolivie, mais aussi de toutes les Amériques du sud et du nord ! C’est à dire, ce coup d’état ne vise pas en priorité Evo Morales et son régime, mais quelque chose de beaucoup plus grand, important et essentiel : La très grande majorité des nations indigènes et leur lutte séculaire pour défendre leurs droits et leurs libertés démocratiques et nationales. Évidemment, le fait que ces dirigeants des ramassis racistes qui tuent, lynchent et incendient les maisons de leurs adversaires politiques, soient aussi des entrepreneurs et des grands propriétaires terriens n’est pas une simple coïncidence. C’est le bien utile rappel du fait que ceux d’en haut ont toujours utilisé le racisme le plus brutal et violent comme arme pour terroriser et soumettre ceux d’en bas…

Voici donc pourquoi la réponse des Aymaras, des Quechuas et des autres peuples originaires a été et reste prompte, massive et terriblement combative. A l’heure où nous écrivons ces lignes, pour le quatrième jour de suite des colonnes interminables des indigènes descendent à de La Paz de la ville de El Alto (plus d’un million d’habitants), laquelle semble se pencher au dessus de la capitale du pays du haut de ses 4.000 mètres d’altitude. Avançant en courant, agitant leurs Wiphalas multicolores, et brandissant des bâtons, les manifestants et les manifestantes indigènes, auxquels sont venus s’ajouter aujourd’hui des milliers d’autres paysans et des mineurs des 20 provinces et de l’intérieur du pays, arrivent de partout et remplissent le centre de La Paz, les milices paysannes des Ponchos Rojos en tête. Mais, à l’opposé de Morales qui depuis le Mexique multiplie les appels en faveur du « dialogue » et de la « pacification du pays », ces manifestants persistent à demander « la tète du fasciste Camacho » et la « renuncia » de Anez, tandis que tous ensemble répètent en chœur un mot d’ordre très éloquent : « Ahora si, guerra civil » (Maintenant oui, guerre civile) !

Il est impossible de prévoir quelle sera l’issue finale de ce terrible affrontement. Cependant, ce qui impressionne et est déjà une certitude c’est que les nations indigènes qui représentent la majorité de la population bolivienne, n’ont plus peur de leur oppresseur blanc, le regardent dans les yeux et se montrent décidées de tout faire pour faire échouer son coup d’état. Et c’est précisément parce que leur réaction est tant massive, tant unitaire, tant combative et tant décidée que les jours passent sans que la balance penche en faveur des putschistes racistes et de leurs protecteurs nord-américains, qui semblent perdre progressivement l’initiative qu’ils ont eu initialement. A l’heure où le Chili voisin est secoué par une révolte populaire sans précédent contre les politiques néolibérales inaugurées par la dictature sanglante de Pinochet et appliquées sans relâche depuis lors, la révolte des peuples de Bolivie vient compléter le tableau d’une Amérique Latine qui ressemble à un volcan prêt à exploser. Et ce qui est sûr c’est que jamais autant qu’aujourd’hui n’a été aussi patente l’actualité de la phrase historique de celui qui reste la principale référence des combats des indigènes boliviens, le dirigeant héroïque de la révolte démocratique et plébéienne de 1780 Tupac Katari lequel, peu avant d’être démembré par les tyrans espagnols, lançait cet avertissement prémonitoire: “Je reviendrai et je serai des millions”! …

Notes

1. On peut suivre (en direct!) les manifestations et les autres developpements importants en Bolivie grace a la chaine venezuelienne TELESUR. Pour ça il suffit soit capter Telesur qui emet à partir du satellite Astra, soit cliquer sur son site : https://www.telesurtv.net.

2. La persistance des épigones des génocidaires à garder vivant le souvenir du génocide et aussi la terreur qui l’accompagne, est illustrée par l’histoire suivante : Il y a un an et peu après avoir pris ses fonctions de président du Mexique, Andres Obrador a demandé officiellement à l’État espagnol qu’il présente ses excuses pour les crimes commis par les conquistadors espagnols contre les peuples d’Amérique Latine. A l’exception de Podemos, la réponse unanime des tous les partis politiques espagnols a été non seulement de rejeter la demande du président Mexicain mais de le traiter aussi de…provocateur. Cette réaction était pourtant tout à fait prévisible étant donné que l’État espagnol persiste à… honorer chaque année ses ancêtres génocidaires en faisant parader son armée devant le roi et les chefs de partis, le jour de la fête nationale de l’Hispanidad. Il n’est pas surprenant que cette fête nationale à l’honneur des génocidaires d’Amérique Latine a été inventée et inaugurée en 1958 par le dictateur fasciste Franco…

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12 réflexions sur « Bolivie : Coup d’état raciste contre ses peuples indigènes !, par Yorgos Mitralias »

  1. « En d’autres termes, ce coup d’état constitue l’énième maillon dans l’interminable chaîne des massacres et autres répressions et humiliations réservées depuis des siècles par les colonialistes européens aux nations indigènes de Bolivie, mais aussi de toutes les Amériques du sud et du nord ! »
    Faut-il comprendre que l’Europe est responsable de ce coup d’Etat?

    1. Non pas vraiment l’Europe. Ou seulement en ce que malgré le christianisme qu’elle a prétendu recevoir (la fameuse notion de « chrétienté » qui a tant de fois démontré, elle, sa nature anté-Christique) elle a conservé la logique sociale et éthique si bien décrite par Aristote et M. Jorion : faire feu de tout bois rhétorique (et autre) pour faire persister les inégalités et les injustices sociales.

      À imaginer la situation s’il n’y avait pas eu colonisation et comportement génocidaire d’Européens, si l’on faisait de l’histoire fiction donc, l’extrapolation de l’histoire méso-américaine connue à nos jours serait probablement très violente également. En un sens, la responsabilité des Européens est engagées en ce qu’ils n’ont pas su recevoir puis partager le message de réciprocité positive de Christ (ou de Paul). Ce que les événement actuels en Bolivie, et particulièrement ces déclarations grossières Bible brandie mettent outrageusement en évidence. L’histoire en ce sens justifie pleinement l’expression « rien de nouveau sous le Soleil. » Avant les Grecs, les hébreux avaient déjà d’une certaine manière échoué également.
      Heureusement, les lecteurs attentifs de la vie de Christ auront compris que ces échecs ne sont pas aussi définitifs et qu’ils pourraient le paraître 🙂 ; du moins dans une perspective chrétienne et nonobstant leur caractère parfaitement dramatique.

    2. « Faut-il comprendre que l’Europe est responsable de ce coup d’État ? »
      A-t-on entendu, depuis le début de cette crise en Bolivie, les dirigeants européens mettre en garde les factieux d’extrême-droite qui ont fomenté ces troubles ? Non.
      A-t-on entendu un dirigeant européen soutenir Evo Moralès comme président élu et réélu ? Non.
      Quels grands médias européens ont témoigné de la réalité des choses sur le terrain, au lieu de relayer sans sourciller la propagande des futurs putschistes, laissant ainsi croire que c’était Evo Moralès qui menait un coup d’état ?
      En ce sens, oui, l’Europe, ses états, ses médias, ont à répondre d’avoir soutenu, passivement ou activement, ce coup d’état et la situation qui risque d’en découler.

      1. Donc les Etats européens ne sont pas responsables du « coup d’Etat ».
        Les Etats européens se sont largement inquiétés de l’arrivée de Bolsonaro au Brésil. Idem pour la majorité des médias, au point d’oublier les dérives (et le mot est faible) de Lula.

        Et n’oublions pas que Morales s’est présenté à un 3ème mandat (et tenté le 4ème) en dépit d’une constitution qui ne permet que 2 mandats.

  2. Article très instructif. Il ne faudrait pour autant pas réduire le coup d’état à une racisme blanc colonial, car il y a d’autres dimensions. Et notamment une contre-révolution « orange » programmée dans les États affirmant leur indépendance économique. Voir notamment Marc Vandepitte https://www.legrandsoir.info/quand-neofascisme-rime-avec-neoliberalisme-coup-d-etat-en-bolivie-et-infox.html et d’autres articles sur le site LeGrandSoir.info
    Ce rappel de la persistance d’une vision coloniale chez les politiques espagnols m’a rappelé cette vidéo où l’on voit Juan Carlos d’Espagne crier un « Taisez-Vous » à Hugo Chavez dénonçant brièvement le colonialisme (de mémoire, au Sommet des Etats américains à Trinidad, au début de la présidence Obama).

  3. « Racistes » ou fanatiques « religieux version Pinochet » ?
    ça craint.
    Tous ces malades vont vouloir emporter leurs trésors sous la terre, ne pas l’oublier.

  4. Oui, « la révolution a été faite par les métis, pas par les indiens », disait un compositeur péruvien métis lui-même, mais la réaction… aussi. Ce sont les métis qui ont libéré ces peuples de l’Espagne ou du Portugal, ce sont les métis qui maintenant l’asservissent.

  5. Je ne parle pas suffisamment bien espagnol pour juger des audios sur ce site, mais ça date du 11 novembre déjà et je n’en ai pas entendu parler en France…
    « El medio digital boliviano Erbol divulgó una serie de 16 audios que involucran directamente a líderes de la oposició orquestando a un golpe de estado contra el gobierno del presidente Evo Morales, el cual habría sido coordinado desde la Embajada de los EEUU en el país. »
    Selon Deeple : « Le média numérique bolivien Erbol a publié une série de 16 audios impliquant directement des leaders de l’opposition qui orchestrent un coup d’état contre le gouvernement du président Evo Morales, qui aurait été coordonné par l’ambassade des États-Unis dans le pays. »
    Des hispanophones pour donner leur avis ?

  6. Les classes dominantes de ces pays n’ont jamais digérées l’arrivée au pouvoir de la gauche . Elles n’ont jamais digérées qu’existent des programmes sociaux .Non parce qu’ils ont un coût mais parce qu’elles ont une conception féodale de la société . Le problème est que la gauche ( à définir ) au pouvoir en Amérique du sud est dépendante des ressources alors que la droite ( plutôt extrême ) est dépendante des états-unis .

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