Pierre Bartier (1945-2006)

Photo Pierre Bartier
Tant d’amis que l’on perd de vue, et sur lesquels nous retombons au hasard d’une requête Google. Heureusement souvent encore en vie. Mais parfois pas. Hélas.

Un ami avec qui on a exploré une maison abandonnée, sans plus de carreaux, aux parquets et aux escaliers traîtreux rendant l’âme, aux objets intimes répandus à tous vents. À l’insu des parents bien sûr, qui auraient poussé de hauts cris à la pensée de deux enfants de 10 ans explorant un tel univers de chausse-trappes et d’oubliettes potentielles alors que le monde entier n’a pas la moindre idée d’où ils sont, et ne saurait pas où tenter de les retrouver s’ils manquaient à l’appel à sept heures et quart !

Pierre, ton éternelle souris blanche, ton amie presqu’aussi fidèle que moi, perchée sur ton épaule, te souviens-tu quand nous avons ouvert cette boîte à chaussures trouvée dans un placard entrebâillé ? Nous avons examiné une à une ces photos – on dit dans ce cas-là, « religieusement », au sens de « pieusement » – comme si nous allions apprendre quelque chose d’essentiel en scrutant le visage et les attitudes de ces personnages, vieux ou jeunes, solennels ou pris au dépourvu, que nous ne connaissions toi et moi, ni d’Ève, ni d’Adam.

Beaucoup plus tard, j’ai assisté aux cours de ton père, mais nous nous étions à cette époque perdus de vue depuis bien longtemps. C’est bizarre la vie, mais il nous reste cette piété spontanée, que nous avons partagée toi et moi, à l’ouverture de cette boîte à chaussures dont nous imaginions qu’elle ne manquerait pas de résoudre un des grands mystères de la vie qui nous étaient encore à cet âge là, impénétrables, instant intense d’émotion, indissolublement inscrit dans le temps qui passe.

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3 réflexions sur « Pierre Bartier (1945-2006) »

  1. « Un ami avec qui on a exploré une maison abandonnée, sans plus de carreaux, aux parquets et aux escaliers traîtreux rendant l’âme, aux objets intimes répandus à tous vents. À l’insu des parents bien sûr, qui auraient poussé de hauts cris à la pensée de deux enfants de 10 ans explorant un tel univers de chausse-trappes et d’oubliettes potentielles alors que le monde entier n’a pas la moindre d’idée d’où ils sont, et ne saurait pas où tenter de les retrouver s’ils manquaient à l’appel à sept heures et quart ! »

    Très belle définition de l’enfance dans ces âges là ! Une période que je souhaite à tous les enfants, y compris la cabane dans les arbres et le premier vrai baiser…

    En ville, je ne sais comment ils font.

  2. Très juste.
    L’enfance et les rêves sont ces parfums discrets de la vie. Ils ont en commun de passer très vite.
    Un conseil : ne les laissez pas s’effacer !

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