La Conquête du Thibet, le 14 février 1904

Le Petit Journal du 14 Février 1904 : LA CONQUÊTE DU THIBET

Entrevue d’officiers anglais avec les Thibétains

Deux influences adverses se disputent en ce moment le Thibet : l’influence russe au Nord, l’influence anglaise au Sud. Cet immense territoire, qui représente plus du double de la France, mais qui ne compte guère que deux millions et demi d’habitants, est encore mal connu et est demeuré fermé à la civilisation européenne. Pourtant, il y a une douzaine d’années, les Anglais avaient obtenu du Dalaï-Lama, qui est à la fois le chef temporel et spirituel du pays, l’autorisation de faire pénétrer leur marchandises de l’Inde dans les vallées thibétaines tributaires du Brahmapoutre. Mais, depuis, les Thibétains se sont ravisés et ont fermé leurs portes aux trafiquants anglais. De là un commencement de conflit, et un prétexte tout trouvé, et attendu, pour l’insatiable Albion de s’emparer, avec sa mauvaise foi habituelle, de ces vastes territoires et établir son influence sur toutes les innombrables peuplades de religion bouddhique, lesquelles obéissent aux ordres venus de Lhassa, la ville sainte du Thibet. Une expédition anglaise, comprenant 200 hommes, armée de quelques canons et commandée par le colonel Jounghusband, a donc envahi le sol thibétain et s’est retranchée à Khambajong. Le Grand Lama, de son côté, a armé ses montagnards, et fait savoir qu’il n’ouvrirait aucune négociation avec l’Angleterre tant que celle-ci n’aurait pas évacué le territoire qu’elle occupe indûment. Qu’adviendra-t-il de cet ultimatum ? Pour le moment, les officiers anglais, sous prétexte de négocier avec les Thibétains, s’efforcent de gagner du temps. Les routes à travers les montagnes sont impraticables en hiver. Mais, le printemps venu, le colonel Macdonald amènera des renforts, prendra la direction de l’expédition et pénétrera dans la vallée du Tchembi, “la clef du Thibet”. Et le tour sera joué. On peut déjà prévoir l’époque prochaine où le léopard britannique aura posé sa griffe sur cette terre vierge… Reste à savoir, toutefois, si l’ours moscovite, qui veille là-haut, au Nord, mais qui, heureusement pour les Anglais, est très occupé par le conflit avec le Japon, le laissera faire ?

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Une réflexion sur « La Conquête du Thibet, le 14 février 1904 »

  1. Quelle époque!
    Conquérir un pays ou seulement contrôler sa capitale avec 200 ou 400 hommes. Inimaginable. Presque du Cortès. Presque.

    Les contemporains extérieurs pouvaient penser que la région était quasi-vide.
    Ferdinand Ossendowski , tentant de rallier l’Inde à partir du nord, a montré que 20 ans plus tard , c’était encore vrai. Les rencontres étaient rares, sauf avec les détrousseurs de caravanes, violents et crédules.

    Les stratèges y voyaient une page blanche donnée à toutes leurs initiatives, pour la plus grande gloire de l’Empire. Contre ces russes qui osaient se glisser partout, déjà.
    Et pourtant, des afghans avaient bien montré à l’Armée des Indes qu’une zone montagneuse pas très loin du Tibet pouvait être très dangereuse et lui infliger une défaite très douloureuse.

    Finis les rêves, finie la facilité. Oublié, Kipling. Plus de Tsoushima de revers. La région est close partout. La Chine….

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