M. Jorion, à propos de vos récentes réflexions, par CG

Cher Monsieur Jorion,

Je tenais à vous remercier pour toutes les réflexions par lesquelles vous avez ces dernières semaines alimenté votre blog. Elles m’accompagnent dans mes propres questionnements et m’orientent largement.

Vos articles sur le totémisme m’aident à comprendre l’écart entre la théorie classique et la reformulation qu’en fait Philippe Descola. Ceux sur la nouvelle théorie monétaire offre l’occasion d’un questionnement sur un autre terrain que celui européen où se dessine à l’horizon une discussion sur l’annulation des dettes menée par l’école de Gaël Giraud. J’ai trouvé salutaire ce rappel historique détaillé sur la question des Ouïghours (« rappel » est bien grand mot, j’ignorais presque tout). Le thème de la bascule du centre de gravité qui influence l’Europe correspondant à l’entrée dans l’ère du « monde d’après » (bien que ça ne soit pas l’après covid mais l’après des illusions) est tout à fait éloquent. De plus vos lecteurs donnent également plein d’apports très intéressants, liens et commentaires, sans parler des analyses des chroniqueurs comme Timiota par exemple.

J’ai senti le relais fait sur votre blog de mes derniers messages comme un encouragement et une mise du pied à l’étrier et ça m’a vraiment porté. J’ai l’impression aussi surtout de prendre la mesure de l’importance des enjeux ainsi que de l’ampleur de mon impréparation. La nécessité d’approfondir les sujets avant de prendre la parole m’encouragerait plutôt au silence. J’avais essayé dans la suite de votre intervention sur le papier de France Culture d’écrire sur l’état de la presse en m’improvisant médiologue, mais je ne suis pas à la hauteur de la tâche.

Par exemple votre papier sur Orwell m’a fait penser à un autre papier dans la Revue des livres de Lordon sur Michéa (en juillet 2013), où il était très sévère (l’article « Impasse Michéa » est actuellement accessible sur le site de Contre Temps). C’était l’époque où Jean-Loup Amselle avait écrit son livre sur les rouges bruns, et il s’en prenait de mémoire dans un chapitre à Lordon, Taddei, etc. J’avais vu cette chronique comme une manière de se démarquer de ceux qui pouvait plus facilement récupérable par le FN. J’ai l’impression que la fragmentation de la gauche risque d’être durable. J’ai surtout peur de ce que signale le concept « rouge brun », même si les boucs-émissaires sont souvent ici des diversions pour essayer de ne pas soi-même être accusé. Vos prises de positions sont courageuses contre les dérives victimaires qui inhibent des énergies qui voudraient aider à l’émancipation. Et votre encouragement à relire la pensée de gauche et à tirer les conséquences des errances des transfuges se présente à moi comme un chantier monumental mais nécessaire. J’ai par ailleurs écouté les deux débats de Taddei sur et avec les Le Pen (Marine et Marion) là encore, je suis assez effrayé car elles paraissent de plus en plus présentables/présidentiables (en plus Marion Le Pen cite Gramsci).

Sur la question de la Chine, puisque j’ai été embarqué dans des débats autour de cela récemment, j’ai lu deux choses qui m’ont fait réfléchir :

a. l’excellentissime tract de crise de Barbara Stiegler. Son idée critique que nous serions « en Pandémie » au sens d’immergé dans un continent mental, me semble assez bien correspondre à l’imaginaire huntingtonien des blocs civilisationnels qui s’entre-choquent. Je la trouve très légitime à se scandaliser de ce qu’on ne se révolte pas contre l’encouragement au civisme à l’asiatique étant donné que l’on nous vend ici un fantasme d’ordre qui doit être d’ailleurs très différent de la réalité. D’autre part, ça cadre assez bien avec votre crainte que la condamnation superficielle et épidermique des agissements du gouvernement chinois soit le signe d’une impuissance à contrer une influence qui va finir à s’imposer. Je pense aussi à la démonstration de la perte de démocratie, rendue invisible du fait de l’ignorance des court-circuits fait à la tradition républicaine : création de comités de santé ad hoc conçus pour légitimer les décisions. D’autre part, l’usage des nudges semble important des techniques de psycho-pouvoirs mis en oeuvre par les entreprises privées en vue de leur publicité plutôt que de n’inventer des réponses politiques à ces détournements attentionnels de ce qui devrait se déployer dans un débat.

b. le livre de Jean-François Billeter Demain l’Europe. Il parle d’un double discours de la Chine. Discours clairement anti occidental à l’intérieur de l’Empire du Milieu et plus ambigu et dissimulé à l’extérieur. Il semble que ce livre datant de 2018, soit dépassé sur ce point : je ne sais pas dans quelle mesure la sortie de Raphaël Glucksman a incité les dirigeants chinois à dire tout haut ce que l’on aurait dû penser tout bas, mais maintenant au moins les choses sont claires : condamner ne suffit pas pour être du bon côté (sauf à considérer une opération de disqualification personnelle comme un acte politique victorieux).

Je retiens aussi de ce livre, des analyses qui pensent l’héritage juridique romain comme réactualisable. Il le fait à partir du livre de Milner qui m’avait paru aussi très éclairant (Relire la Révolution) : l’usage qu’en fait le sinologue concerne prioritairement la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ainsi que la différence entre deux conceptions de la révolution (celle de Robespierre et celle Saint-Juste). Mais le psychanalyste mène aussi dans ce livre en introduction une analyse de la forme « évènement » à propos du 11 septembre. Aussi, je me demande dans quelle mesure, ce nouveau rapport à l’histoire n’est compréhensible à travers la synthèse des traditions occidentales et orientales qui s’opère en Chine.

Je sais que plusieurs des thèses du tract de Barbara Stiegler sont dans leur lettre différentes de vos positions (notamment sur le numérique dans l’enseignement, outil par lequel vous arrivez à faire un enseignement d’anthropologie et à mener une activité de recherche qui relève à mon avis de la recherche-action). Néanmoins, j’ai le sentiment que sur les points où vous semblez vous opposer vous ne parlez en réalité pas de la même chose et que sur le fond vous êtes d’accord.

 Par ailleurs, en vous entendant parler de l’outil de la planification qui est utilisé en Chine et dont les politiques publiques occidentales se sont privées (on pourrait dire que c’est la préférence pour le flux sur le stock dont parle Barbara Stiegler pour décrire l’injonction à l’adaptation néolibérale), je me souviens d’une remarque de Michéa dans notre Ennemi le Capital disant que les grandes entreprises comme Amazon utilisait la planification alors qu’elles s’opposaient à celle des états. Un reportage arte sur la firme m’a convaincu que le premier problème qu’elle pose n’était pas qu’elle soit monopoliste, mais qu’elle entende contrôler l’infrastructure et en réguler l’accès. Serait-ce jouer le rôle d’infra structure à un niveau international ? Elle serait aidée de Wall Street pour vendre à perte et étouffer tous les concurrents. Serait-ce le type réseau à quoi la route de la soie utilisant une stratégie plus centralisée essaie de faire contrepoids ?

Merci aussi pour l’excellent cours d’épistémologie des mathématiques, et le rappel de votre travail avec votre maître, Sir Edmund Leach !

Un dernier point à propos du totémisme : en vous lisant sur la catégorisation par 8 (dernier billet), j’ai repensé à une remarque qui m’avait été faite je crois dans le sillage d’une opposition entre le Japon et l’occident sur la culture de la honte et la culture de la culpabilité (thème déjà posée par Dodds comme différence entre les Grecs anciens et le christianisme romain ; j’ai oublié le contexte, mais j’ai entendu plusieurs fois l’idée, bien que je sois dubitatif sur sa validité) : la psychanalyse ne pourrait pas fonctionner au Japon du fait de l’organisation sociale, et de la méfiance quant à l’ego dans ce type de culture. J’ignore si la pensée japonaise est totémique, et si la Chine est réfractaire à la psychanalyse. Mais je me demande si ces cloisonnements catégoriels de la pensée totémique n’est pas une façon d’induire des associations d’idées, à un niveau que Bernard Stiegler dirait peut-être transindividuel (je pense à ce fameux schéma des spirales emboitées qui devait être expliqué à la fin de son œuvre « le technique et le temps » comme la clé du chiffre). Si c’était le cas, est-ce qu’il ne faudrait pas s’attendre à une architecture du web qui serait complètement différente en Chine et en occident. Elle partirait du principe que les idées ne se connectent pas dans nos têtes, mais s’entrelacent dans le monde (alors que nous, nous y venons). Tout ça est assez embrouillé dans mon esprit, mais je me dis que c’est là le contraire d’un modèle du type « contagion des idées » qu’expose Dan Sperber dans le livre éponyme. Celui-ci correspond plus en effet au type de réticularité qu’on a matérialisé dans les graphes d’opinions qui rendent compte des influenceurs sur le web et par voie de conséquence aussi au web lui-même qu’ils cartographient.

très bonne fin de week-end,

amicalement,

CG

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39 réponses à “M. Jorion, à propos de vos récentes réflexions, par CG”

  1. Avatar de Vincent
    Vincent

    CG> j’ai repensé à une remarque qui m’avait été faite je crois dans le sillage d’une opposition entre le Japon et l’occident sur la culture de la honte et la culture de la culpabilité (thème déjà posée par Dodds comme différence entre les Grecs anciens et le christianisme romain ; j’ai oublié le contexte, mais j’ai entendu plusieurs fois l’idée, bien que je sois dubitatif sur sa validité)

    « The Chrysanthemum and the Sword: Patterns of Japanese Culture is a 1946 study of Japan by American anthropologist Ruth Benedict. It was written at the invitation of the U.S. Office of War Information, in order to understand and predict the behavior of the Japanese in World War II by reference to a series of contradictions in traditional culture. The book was influential in shaping American ideas about Japanese culture during the occupation of Japan, and popularized the distinction between guilt cultures and shame cultures. Although it has received harsh criticism, the book has continued to be influential. »

    https://en.wikipedia.org/wiki/The_Chrysanthemum_and_the_Sword

    1. Avatar de CG
      CG

      merci, je l’ai en stock mais ne l’ai pas encore lu!

  2. Avatar de timiota
    timiota

    Merci pour l’appréciation, CG. D’autres devraient être cités pour la pertinence de leur commentaires (Pierre-Yves, parmi les « historiques », ou Jacques Seignan, mais forcément je trahis des affinités en faisant un choix…)

    Pour la psychanalyse « en Orient ». On touche à la nature de la psyché qui épouse le chemin que lui propose la langue.

    Se pourrait-il, pour le chinois, qu’une langue qui est phonétiquement de « base » différente (comme en maths, la base 3 ou la base 2 ou hexadécimal) donne lieu à un « monde de psychanalyse » spécifique, et que l’équivalent chinois de « notre base », latine disons pour faire court n’ait pas encore été mis à jour (mais y a-t-il besoin ?) ?
    Si les mots restent davantage polysémiques parce que constitués de morceaux courts raboutés (Fesses = 臀部 =Tún’bù = « unité-hanche » me dit le traducteur google), je ne dois pas être le premier à théoriser qu’il existe alors d’autres échappatoires que les mécanismes freudiens « à notre sauce » (censures diverses, névroses en bout de chaine) pour contourner les attracteurs que le cerveau a jugé trop risqués de fréquenter sur la base d’un évènement à signification traumatique (naitre, voir les LePen chez Taddei, être pris pour qui on n’est pas (garçon/fille, femme/demi-mondaine, cf. les Tyrannies de l’Intimité de Sennett). Il est bien possible qu’il n’y est aucun « isomorphisme », et seulement quelques points communs. Et si on élargit aux questions totémiques, les échappatoires peuvent encore ressortir d’autres médiations que celles de la langue, suivant les conceptions ébauchées par Levy-Bruhl grosso modo, en espérant ne pas faire de contresens..

    Le statut du rire, qui pour moi a une fonction aussi « d’évitement des attracteurs mal fichus », — mais si j’ose dire, « dans la bonne humeur », — pourrait être passé sur un crible analogue.
    En effet, le rire est souvent la prise en défaut d’un lien cause-conséquence très général (pas de pure logique, mais de forte habitude) du type de ceux censé guider notre action immédiate ou à peine moins immédiate.

    Sur la démocratie et la république, on publie en ce moment sur Mediapart des analyses de la Commune de Paris (de R Godin), où l’on se demande pourquoi ils n’ont pas saisi l’argent de la banque de France, mais se sont contentés de quémander toutes les semaines quelques fifrelins au sous-gouverneur resté dans le Paris assiégé, M. de Ploeuc. Réponse en abrégé : Par sacralisation de la chose publique et ce dans une optique où la crédibilité pour les futures Communes de province étaient pour eux un enjeu crucial.
    Sur la (piteuse) gauche:
    L’effondrement de la gauche est freiné aux USA par AOC et même, dit-on, un peu par M. Joseph Robinette Roosev eu pardon, M. Joseph Robinette Biden. Il est vrai que faute d’amortisseurs sociaux, c’est dans le cas des USA le socle de la classe moyenne qui pourrait se fragmenter gravement, et les écarts abyssaux de richesses induisent peut-être une saine réaction que les protections sociales dont bénéficient les 20% de français les plus avantagés (j’en ferais sans doute partie) suffisent à faire taire au niveau des organes de presse principaux (cf. les analyses de Julia Cagé pour la structure de la presse française), malgré l’insécurité croissante et criante des 20% les moins avantagés.
    Dans les grandes causes d’aveuglement se place sans doute l’incapacité d’agir sur le réel, dans son mode capitaliste, consumériste, avec sans doute des dés déjà jetés du moment que, comme vous le dites, on raisonne en flux et non en stock, et qu’on ne peut arrêter la machine (le TINA vu comme un « TINA-des-flux » est une bonne idée pour le relativiser : qu’est-ce qu’il reste au fait « en stock » (au patrimoine au sens large : notre santé, cf. Stiegler B … & B) après ce 6467ème TINA de la 124ème loi macronienne de l’ère néolibérale ?
    S’il est délicat de refonder du lien dans cette vallée de larmes en détournant des fleuves/flux de capitaux aux digues immenses (la métaphore de l’embolie actuelle du canal de Suez sera d’ailleurs à revisiter, la digue et la hauteur du navire se liguant jusqu’à l’échouage), et s’il est tout autant délicat de remettre en place des « stocks » même si N associations et bénévoles oeuvrent de fait à une maintenance du « stock humain » et du « stock naturel », les seuls qui vaillent querelle, alors il faut se tourner vers le seul bien « non rival » et dont nous voyons qu’il est loisible de l’échanger un peu sur ce blog : le savoir sous ses N formes. Assurer ses flux (flux de savoir donc) comme une sève dans les deux sens entre racines et feuilles (entre gouvernés et gouvernants) est-il hors de portée ? Certes Bernard Stiegler a éclairé dans la suite de Simondon en quoi nos supports de mémoire (la technique…) réorientent à chaque moment, à chaque phase, nos horizons d’existence, tout ce qu’il est digne de vivre au-delà de la subsistance, mais j’ai encore espoir que la culture de ce bien non rival est la voie la moins abêtissante de celles qui nous restent. C’est ce qu’il faut faire comprendre y compris dans le cas des « groupes de paroles » dans lequel s’empêtre Audrey Pulvar : le critère d’une étape avec modalités spéciales est l’émergence d’un savoir partageable dans un délai rapide. C’est le manque de ce savoir (le degré d’invisibilité de la racisation/discrimination dans le langage « islamo-gauchiste ») et les blocages dans son émergence qui radicalisent quelques groupes et les font en effet faire feu de tout bois, poussant l’allumette de l’intersectionnalité sous le nez des « moins intersectionnels qu’eux ». Le tourniquet est engagé à un point où il n’y a plus de facilité à dégager coupables d’ostracismes et coupable d’aveuglement. D’où la nécessité d’un « juge de paix » par le haut, qui demande qu’on reconnaisse les cas d’émergence de savoir pour ce qu’ils sont : quels signaux analyse-t-on, quels enchainements produisent-ils, quelle part de notre bagage culturel est porteuse de ces enchainements ? Ces savoirs ne seront pas facilement « étalés » et « appropriés » par des foules emplies de démocratie à la base, il faut donc qu’elles vivent d’abord, ces foules, des modalités où cette boucle (savoir/décision) fait sens à leur échelle (temps et espace) pour adhérer à des modes plus collectifs aux échelles pertinentes de la société. A ma façon, quand j’analyse le nucléaire, ou l’azote, etc. je regarde les cas où les bonnes échelles ont été mises route progressivement pour arriver à un résultat satisfaisant dans le cadre prévu. Contre-exemple toujours avec Suez : le quadruplement des tonnages de porte-containers est le résultat de la décennie 2000-2008, où le commerce avec la Chine semblait devoir s’intensifier toujours (comme on dit que le progrès « va s’accélérant », ahem), et où les économies d’échelles étaient logiquement dépasser de 5000 à 20000 containers par bateau, avec des cargaisons qui valent donc dans les 40 millions de $ à la louche (un container ~1 SUV ~20 kE) . Dans le secteur assez peu régulé du fret maritime (le droit international…) , on pouvait s’attendre à des erreurs de toute sorte. Ici en l’occurrence, le vent fort semble n’avoir été que très annexe et on commence à parler d’erreur humaine. En gros un bateau pour 1 000 000 avait une chance de se planter (les calculs pour les avions sont à 1 pour 1 milliard) , certes sans mort d’hommes jusqu’ici mais les retentissements indirects commencent à se faire sentir (rationnement essence en Syrie, sans doute de la piraterie très accentué au large de la Somalie, …) Y aurait-il eu un si grand malheur économique à se contenter de passer à 10000 conteneurs par bateau ? Bien sûr, le seul fait de parler en terme de container implique d’adhérer à l’absurdité des flux.
    Les cargaisons de peu de valeur sont très prisées pour simplement remplir les bateaux au retour. Lorsque les propriétaires de forêts de la Forêt Noire en Allemagne ont vu que leur pins seraient victime d’un parasite dans les 2 -3 ans, ils ont trouvé preneur en Chine des tonnes de bois qu’ils ont abattues encore sain et qu’ils ajoutées au marché (genre x2 de la prod annuelle usuelle), parce que cela remplissait les conteneurs vides au retour. Et à l’aller depuis la Chine, il faut des conteneurs lourd en bas de cale, et pour cela les pierre (dalles etc.: marbre …) de Chine arrivent à prix imbattable en Europe, le transport en étant quasi assuré pour rien. Donc habitez en Forêt Noire, faites décorer des appartements de Shanghai avec le bois autour de vous et faites venir du marbre de Chine et tout va bien ! Bref on va voir ce que donne 3 ou 4 semaines d’embolie tel que c’est parti sur Suez… seul espoir : les dragueurs des compagnies spécialisées néérlandaises s’ils peuvent faire le vide autour de la poupe pour faire agir les hélices du gros machin, lors des prochaines marées favorables (ils en sont là à ce que j’ai compris)..

    1. Avatar de Maxfriend
      Maxfriend

      Timiota : « Et à l’aller depuis la Chine, il faut des conteneurs lourd en bas de cale, et pour cela les pierre (dalles etc.: marbre …) de Chine arrivent à prix imbattable en Europe, le transport en étant quasi assuré pour rien »

      Je confirme, connaissant bien ce marché depuis plus de 20 ans. Plus fort encore, Ils proposent même aux armateurs de gagner du volume de chargement en transportant leurs blocs de granit. Les ballasts d’eau qui sont remplacés par des blocs de granit se font sur un rapport de 1 à 3 : 1000kg/m3 pour l’eau contre presque 3000kg/m3 pour le granit, soit 2/3 de volume gagné. C’est comme ça que les Chinois ont cassé le marché détenu historiquement par les Italiens et les Espagnols. En leur achetant des blocs bruts, transportés pour presque rien, transformés en produits finis ou semi finis sur le sol chinois, puis revendus en Europe à un prix largement inférieur aux Italiens et Espagnols. Et les Allemands, spécialistes du béton haut de gamme à destination des marchés « juteux » de l’aménagement urbain, ont pu remballer leur marchandise, face à ce nouveau concurrent imparable. Chez eux, les magasins de bricolage vendent du granit chinois (d’extraction de sol chinois) comme des parpaings …

      1. Avatar de Le Bitoux Jean François
        Le Bitoux Jean François

        Merci de ces précisions qui expliquent que la place du marché de Tréguier ait utilisé du granite chinois plutôt que celui de la côte de granit rose à 20 km !

        1. Avatar de arkao

          Contre-exemple vécu actuellement dans un bourg des Hauts-de-France de pavés provenant de moins de 50 kilomètres.
          Faut croire que dans ce cas l’ABF (architecte des Bâtiments de France) a fait son boulot.

          1. Avatar de timiota
            timiota

            Dynamite d’affect, Kant tu nous tiens…

        2. Avatar de Juannessy
          Juannessy

          En fait dès la fin des années 80 , c’est déjà essentiellement du granit chinois qui nous alimentait , et je me garderai bien de toucher au granit rose breton qui est beaucoup mieux en place !

          Jusque vers le début des années 90 on trouvait encore de beaux granits italiens , taillés par de véritables artisans . Sinon la plupart des « pavés » ‘ enfin ce qu’on a appelé des pavés, qui étaient en fait des cubes débités en 8x8x8 ou 10x10x10  » à l’italienne » ,provenaient de récupération que des mairies inconscientes avaient cédé à des particuliers ou entrepreneurs quand leurs rues ont été reconstituées en enrobés .

          Pour Arkao : en 1984 j’ai coordonné pour le compte du maire , les travaux d’aménagement des abords du prieuré de Champdieu , avec les conseils de l’ABF . Dans l’opération , était inclus le pavage (environ 2000 m2 ) extérieur et nous avions buté sur ce souci d’approvisionnement en pavés granit de grande dimension . Ce sont les deux compagnons du tour de France chargés de cette immense mosaïque qui ont finalement trouvé le bon filon , en récupérant des pavés anciens de la ville de Paris ( les vrais , énormes , tronconiques pour s’auto-épauler sans mortier ) qu’on a fait retailler en Bretagne . Si ça se trouve , ce sont des pavés communards qui entourent à ce jour le prieuré de Champdieu .

          Enfin , ça fait au moins une chose que les chinois , les japonais , les romains et les grecs ne savent pas .

    2. Avatar de arkao

      @Timiota
      Oui, bon, notre ami Jacques qui n’est pas avare de bordées d’insultes quand on n’est pas d’accord avec lui…

  3. Avatar de GroTroll
    GroTroll

    L’échec de la gauche à s’unir n’est pas un absolu :
    https://www.rts.ch/info/regions/vaud/12080603-succes-de-la-gauche-dans-les-grandes-villes-vaudoises-au-2e-tour-des-communales.html
    (alliance rose-verte-rouge à Lausanne particulèrement)

    1. Avatar de CG
      CG

      je crois comme vous qu’il faut sortir du fatalisme. Comme le disait Wahnich qui interrogeait le tropisme de la gauche pour la commune qui est une expérience d’échec.

      1. Avatar de daniel
        daniel

        « faut sortir du fatalisme » pour la Gauche.
        Nous sommes tous d’accord : la Gauche devrait abandonner sa stratégie d’ échecs.

        La question est comment, comment, comment et encore comment.

        A mon avis, les réponses (une multitude de réponses) sont au ras des pâquerettes. Les soubassements, ou l’infrastructure intellectuelle, sont largement acquis et connus. Leurs traductions dans le monde réel ne l’est pas.

        Voir les textes de Pierre Juillot. A sa façon, et avec une constance louable, il montre que ce monde réel souffre d’abandons et d’abus. « Populiste » est une insulte qui positionne l’auteur de ce mot parmi les naufrageurs. Heureusement, les naufrageurs sont inconnus ici.

        1. Avatar de Le Bitoux Jean François
          Le Bitoux Jean François

          . « Les soubassements, ou l’infrastructure intellectuelle, sont largement acquis et connus. Leurs traductions dans le monde réel ne l’est pas. »

          Où se cachent donc les ‘traducteurs » ?
          Même le Covid constate que nous allons d’une étrange défaite à la suivante sans jamais en tirer le moindre enseignement. Ces jours-ci, les comptes-rendus Rwanda et Médiator le confirment.

  4. Avatar de Vincent Teixeira
    Vincent Teixeira

    @CG
    juste sur un point particulier (vers la fin), car vos réflexions, riches, brassent de multiples questions.
    Si l’on suit les grilles d’analyse de P. Descola, et au-delà, « la pensée japonaise » n’est clairement pas du côté du totémisme, mais de l’animisme. Et de fait, la mythologie comme les croyances, la sensibilité japonaises sont ancrées dans un animisme, très palpable dans mille détails de la vie quotidienne et de la langue japonaise.

    Quant à l’opposition entre honte et culpabilité, le livre de R. Benedict, « Le Chrysanthème et le sabre », s’il opère à gros traits et divisions schématiques, demeure malgré tout étonnamment pertinent, malgré la distance de l’étude (Benedict n’était pas allée au Japon). Au-delà du seul Japon, cette différence me semble différencier très nettement l’Occident et l’Asie en général. Et cela rejoint la question de « la vie individuelle » (l’ego, le moi), nettement moins « prioritaire » en Asie qu’en Occident, car schématiquement la honte se ressent vis-à-vis du groupe, de l’Autre, tandis que le péché est une affaire personnelle, du moi, vis-à-vis de sa propre conscience et d’une supposée transcendance, ou croyance…
    Au Japon, la honte se ressent, est vécue, expérimentée, verbalisée (dans le langage) quotidiennement, et est une catégorie capitale dans les obligations qui règlent la vie individuelle et collective. Mais j’ai ressenti plus ou moins la même chose en Chine (même si rien n’est plus éloigné qu’un groupe de Chinois et un groupe de Japonais) et dans d’autres pays d’Asie du sud-est : pour ne prendre qu’un seul exemple, l’expression trop forte de la colère est généralement considérée comme honteuse ; manifestée en public, elle suscite le plus souvent le rire et/ou la gêne des autres pour cet individu, qui devrait avoir honte de se mettre en colère devant tout le monde…
    Au Japon, hormis la prime enfance et la vieillesse, qui correspondent à des espaces-temps de liberté (quoique très encadrée, dès l’enfance, dès lors qu’on intègre un groupe, dans les crèches, hors du clan familial), la vie sociale est toujours très encadrée, codifiée et régie avant tout par le rapport au groupe, en vue de l’harmonie soiale, selon des catégories d’obligations et contreparties très fortes… Dès lors, globalement on ne soucie guère, en tout cas dans les rapports à l’autre, du « moi », au sens pyschanalytique.

    Pourtant, la découverte de la psychanalyse au Japon n’a pas été tardive, grosso modo en même temps qu’en France… mais « elle n’a pas pris », et reste extrêmement marginale, dans la culture, comme dans la pratique (l’analyse), essentiellement parce qu’elle a été « phagocytée » par le discours universitaire. En gros, depuis des décennies, il y a de nombreux spécialistes de la psychanalyse, surtout des universitaires, mais très peu de psychanalystes, praticiens… et globalement, la majorité des Japonais ignorent ce qu’est la psychanalyse, ne font pas de différence entre elle et d’autres thérapies. Si l’on ajoute à ces raisons de « circonstances » le fait que l’ego, le moi profond est toujours en retrait au Japon, que la discrétion du moi est une règle dans la vie, rien d’étonnant à ce que la psychanalyse soit largement ignorée… même si dans la sphère privée, elle pourrait/devrait (?) être plus appréhendée, interrogée… (vu notamment la pesanteur des pressions sociales, obligations, coercitions, et induits inhibitions, mal-être, aliénations, etc.).
    Il y a aussi un autre point (souvent discuté par des spécialistes, psychanalystes, psychologues, linguistes, sociologues, etc.) qui concerne la langue japonaise, qui se caractérise, notamment, par une absence de l’énonciation du sujet, au sens grammatical (le plus souvent omis)… Naturellement certains énoncés explicitent le sujet, mais il n’y a pas de pronoms personnels uniques et absolus, il existe d’ailleurs plusieurs « pronoms » pour dire « je » (« watashi », « watakushi », « boku, » « ore »…), et généralement le sujet n’est pas spécifié, mais non-dit, sous-entendu (par ex., on ne dira pas « je mens », mais « mensonge » ou « mentir »). Même s’il y a de nombreux débats de spécialistes, et diverses analyses, théories sur cette question, cette dimension et cette singularité linguistiques, induisant une sorte d’anonymat énonciatif, ne sont évidemment pas étrangers au retrait du « moi » au Japon et à l’indifférence générale vis-à-vis de la psychanalyse…
    Cela dit, je ne sais pas si, comme l’écrivait Lacan, « l’inconscient du Japonais est inanalysable » ?? Par contre, généralement « la vérité » les intéresse beaucoup moins que « l’exactitude »… si bien que la boutade selon laquelle « ils ne mentent pas, mais ils ne disent jamais la vérité » n’est pas qu’une boutade…
    (j’ignore tout sur la place de la psychanalyse en Chine).

  5. Avatar de Vincent Teixeira
    Vincent Teixeira

    outre certaines petites coquilles, pardon, je dois quand même rectifier le titre exact de l’article de Lacan : « l’inconscient du japonais est inanalysable » – avec un « j » minuscule, car il fait référence à la langue japonaise, même s’il parle aussi, bien sûr, de l’« inanalysabilité » du sujet japonais. Cela dit, je pense qu’on peut passer outre les plaisanteries de Lacan – qui écrivait aussi dans son « Avis au lecteur » de la trad. des « Ecrits » en japonais (1972) : « Personne qui habite cette langue a besoin d’être psychanalysé – sinon pour régulariser ses relations avec les machines à sous, voire avec des clients plus simplement mécaniques »… En tout cas, si on le suit dans sa théorie de l’inconscient structuré comme un langage, bien sûr l’inconscient est langage, et non pas langue. Alors, la résistance exprimée (de manière trop catégorique, selon sa manie des axiomes) par Lacan, reviendrait plutôt à considérer d’une autre manière, dans sa singularité, l’inconscient du japonais et des Japonais… tout en se méfiant du « démon des généralités ».

  6. Avatar de CG
    CG

    @Timiota. Merci pour les réflexions très riches. Je reconnais qu’il y a vraiment beaucoup d’interventions impressionnantes sur le blog, c’est même intimidant. Je vous ai cité car j’ai été très impressionné par vos deux derniers articles .Je suis assez jaloux de vos compétences à comprendre les niveaux d’échelle (et puis aussi votre humour !). L’embolie à Panama est un évènement étonnant et qui frappe l’imaginaire. Ce n’est pas Titanic (c’est plus drôle en un sens), mais ça a une portée onirique aussi.
    De mon côté je me fonctionne plus par associations d’idées (métaphore et métonymie) et pratique l’analogie sauvage. ll y a eu une réflexion sur le monde du transfert dans l’école d’Epineuil par l’ingénieur Christian Fauré. C’était à propos de la block chain et il parlait des technologies de transfert pour les présenter (mais là je ne fais pas appel à mon imagination délirante mais à ma mémoire défaillante). Voilà le lien : https://www.youtube.com/watch?v=g6bLa4Ua7_E
    @Vincent Teixeira. merci pour les références et réflexions. Je suis passionné par le Japon et très intéressé par tout ce que vous dites Je suis d’accord que le Shintoïsme est animiste. Je suis toujours étonné aussi par le syncrétisme entre shintoïsme, confucianisme et bouddhisme. Et aussi par le maintien des deux langues : le Yamatokotoba et leur traduction en Kanji. Comme vous le signalez la linguistique aurait beaucoup à apprendre sur l’étude de l’imaginaire. Je trouve que leur rapport à la Chine est sans doute un point de vue intéressant sur cette culture. Reste aussi comme une énigme le film de Scorcese sur le Japon, et la résistance au christianisme qui s’y exprime (bien que la fin invite à une lecture rétrospective aussi puissante que « il était une fois en Amérique » de Léone).
    Je puise toujours dans le même stock stieglerien, mais il était ami avec l’universitaire Hidetaka Ishida. Ce dernier a je crois fait une conférence sur Freud et le wunderblock mais je ne la retrouve pas. Je viens de tomber sur cette conférence sur la traduction des sciences humaines et sociales à la maison du Japon où il est répondant. https://www.youtube.com/watch?v=3c772KMu3tc

    1. Avatar de Vincent Teixeira
      Vincent Teixeira

      @CG
      Oui, l’animisme au Japon déborde largement le seul shintoïsme, et il est vraiment ancré dans la vie quotidienne (le rapport aux objets par exemple, le goût immodéré et omniprésent des mascottes, etc.) ; et d’ailleurs, comme vous y faites allusion, « tout est un peu mélangé » au Japon, et à la fin, rien n’est vraiment très religion… Un ami japonais, spécialiste de ces questions et adepte du zen, me disait un jour, en forme de boutade, que le Japon est le seul pays athée du monde… et c’est assez vrai, finalement. Beaucoup de rites, certes, de croyances, mais à part les adeptes de sectes bouddhiques (finalement minoritaires), pas vraiment de conscience ou d’affiliation religieuse « claire » et affirmée comme telle…

      Le même « mélange » complexe et subtil est en effet un trait caractéristique de la langue et de l’écriture japonaises. On pourrait dire (et je l’avais lu quelque part, je ne sais plus où) que la Chine est l’inconscient, l’Autre (pour parler lacanien) des Japonais… même si depuis 1945, les USA ont eu tendance à largement remplacer le voisin chinois. Malheureusement, je n’ai pas (encore) vu ce film de Scorcese. 
      Vous avez bien raison de puiser dans Bernard Stiegler (et Barbara aussi)… comme il me/nous manque ! même s’il n’aurait pas fini d’être accablé par la tournure du monde (pour le dire vite)…

      PS : si cela vous intéresse, sur la psychanalyse au Japon, il y a par exemple ce long entretien qui fait un peu le tour de la question :
      https://www.cairn.info/revue-psychanalyse-2006-3-page-69.htm

      1. Avatar de Grosjean Christophe
        Grosjean Christophe

        merci, c’est très intéressant en effet !

      2. Avatar de Olivier
        Olivier

        Merci !!!
        Quelle justesse ! cela s’imbrique parfaitement dans mon vécu !
        Je n’ai aucun bagage de recherche universitaire pour juger mais juste une expérience intime de plus de 10 ans avec le Japon.
        En guise de boutade, lorsqu’un ami me demande innocemment quelle est la religion majoritaire du Japon, Shintoïsme, Bouddhisme ? je me contente de répondre « Oui bien sûr, les deux, et aussi quelques touches de folklore chrétien. Mais la vraie religion du Japon c’est… le Japon lui-même »
        Je vais relire vos écrits ci-dessus et prendre des notes, il y a de quoi aider beaucoup les relations franco-japonaises.

  7. Avatar de daniel
    daniel

    Hors sujet et important.

    Bravo pour les Britt.
    Une pierre blanche à Londres: pas de mort Covid hier 28/03.
    Plus largement sur toute la GB: 63 morts le 25, 71 morts le 26, 58 le 27 et 21 le 28.
    Une baisse tendancielle très nette. Plus que probable, le vaccin fonctionne même avec une seule injection.
    De très bonnes nouvelles but pas de réjouissance prématurée. Le virus a évolué (muté) et continuera certainement à le faire.

    Ce maudit virus peut-il produire un mutant contournant le ou les vaccins?
    Rappel d’une étude début Mars: la maladie semble ne pas conférer une solide immunité, pour ceux qui en réchappent la première fois. La protection première contamination et la protection vaccin sont-elles semblables?

    Attention prudence, le chiffre zéro provient du blog au KGB. Je ne suis pas allé voir le Blog de Révérence des Riches.
    Les autres chiffres sont issus de la John Hopkins University datés de ce jour, 15h30. Donc à priori incontestables.

  8. Avatar de toutvabien
    toutvabien

    Ne reste plus qu’à convoquer le seul marxiste ici, élève de tchouang tseu, pour une leçon de matérialisme… extraits ici de Billeter sur un blog sans problème avec le PCC, ma tête est toute tourneboulée:
    https://revuechinoise.wordpress.com/2020/04/13/la-chine-trois-fois-muette-de-jean-francois-billeter/
    Je garde encore d’un voyage en Chine de 4 mois ce vague malaise d’avoir représenté un risque pour des gens au hasard des rencontres, curieux chacun de l’autre à l’écoute de son monde. c’est une dictature. Lisez Kertész pour mieux comprendre la chine. avoir derrière la conscience la crainte à devoir rendre des comptes, etau bout d’une liste espérer l’indulgence. Bien sûr ça ne se passe pas dans des séminaires où l’échange est sous contrôle, dans un jeu de soumission et de reconnaissance, du côté rassurant que peut avoir les sachants du système de crédit social.
    Le modèle chinois implique d’être doté de son système de surveillance sociale et policière. Nos modèles l’envient. le résultat est le même dans la grande compét’ à coup de propagande d’autojustifications incessantes où le plus malin trinquera tout autant (le point de vue Chinois, aux angles morts protégés (par l’héroïque fantaisie) a au moins pour vertu de lever le voile sur notre idéologie, aussi nue qu’ils sont muets sur leur propre histoire, à la rendre vue par un idiot, pour ce qu’elle est, hypothèse la plus plausible).
    Black Mirror: Nosedive : https://www.youtube.com/watch?v=ivgI-eSQpHA

    1. Avatar de Pierre-Yves Dambrine
      Pierre-Yves Dambrine

      Dans le monde francophone Jean-François Billeter est à mes yeux est pour la Chine d’aujourd’hui ce que fut Simon Leys pour la Chine de Mao.

      Cette formule de l’historienne chinoise Zhang Yihe, que j’ai déjà citée, illustre fort bien la Chine trois fois muette de J.-F. Billeter :

      En 2007 elle disait : « Les gens de cinquante ans ne savent rien de la campagne anti-droitière ; les gens de quarante ans ne savent rien de la Grande famine ; les gens qui ont trente ans ne savent rien de la Révolution culturelle ; les gens qui ont vingt ans ne savent rien de 1989 »

      Plus d’une décennie s’est écoulée, les choses se sont encore aggravées.

      Zhang Yihe : https://fr.wikipedia.org/wiki/Zhang_Yihe

      Un peuple largement amnésique est plus facilement enclin aux aventures qui se terminent très mal. Raison de plus pour apporter notre soutien aux voix qui en Chine maintiennent vaille que vaille, au prix de leur liberté, et parfois de leur vie, une vie intellectuelle digne de ce nom, plutôt qu’a ses dirigeants propagandistes d’une pensée unique et amnésique..

  9. Avatar de Jack
    Jack

    Le fait que les gens ne se rendent même pas compte que la Chine pratique un double discours digne d’Al-Jazeera me laisse pantois. En même temps, ça doit bien faire 20 ans que la gauche occidentale se fait enfler par la mollahcratie iranienne et sa chanson des « radicaux » et des « modérés »…

  10. Avatar de Régis Pasquet
    Régis Pasquet

    Ce que m’inspirent ces échanges ?

    Un dérèglement climatique galopant ira toujours plus vite que des intellectuels assis.
    Lire aujourd’hui, par exemple, dans Reporterre :

    https://reporterre.net/La-France-se-rechauffe-plus-vite-que-la-planete

    Comment la compréhension que nous avons des choses permet-elle d’articuler des événements complexes pour penser dislocation et déconstruction en cours et imaginer d’autres règles de vie commune pour l’humanité ?

    Putain on bouge !

    1. Avatar de Pierre-Yves Dambrine
      Pierre-Yves Dambrine

      Régis Pasquet,

      Il faut introduire une bonne dose de démondialisation (sa mauvaise part, qui est numériquement immense, qui procède d’un extractivisme effréné) car cette dernière qu’elle soit aux couleurs de l’Occident ou de la Chine (en fait ce sont les deux faces d’une même médaille — le débat en cours de ce point de vue n’est pas superflu à mes yeux ) est une catastrophe.
      Relocaliser tout ce qui peut l’être. D’aucuns rétorqueront : mais alors on rapatrie toutes les industries polluantes ? Il faut alors leur répondre : eh bien justement c’est l’occasion de tout remettre sur la table afin de trier le superflu de l’indispensable. Repenser de fond en comble notre système, quant au partage des richesses, et quant à nos façon de produire à l’aune de l’impératif écologique.

      1. Avatar de Johan Leestemaker
        Johan Leestemaker

        Medellín, le 30 mars 2021

        @a toutes et tous

        Texte sur le ¨gigantisme¨ et son ¨agonie¨.

        (traduction grace a Gereon Frahling de: https://www.nrc.nl/nieuws/2021/03/29/chaos-dreigt-voor-containervervoer-a4037724#/handelsblad/2021/03/30/#302)

        quote
        Le canal de Suez a été libéré. Mais maintenant le chaos commence.

        La navigation maritime.

        Avec l’Ever Given en marche, le canal de Suez est libre. Mais des mois de perturbations attendent le transport par conteneurs.

        par Jan Benjamin
        29 mars 2021 à 22:39
        Temps de lecture 4 minutes

        Le canal de Suez est à nouveau libre, mais les problèmes du transport maritime international sont loin d’être terminés. Alors que l’Ever Given, le navire qui a bloqué la principale route maritime entre l’Europe et l’Asie pendant six jours, a été déplacé vers le Grand lac Amer, à mi-chemin du canal égyptien, pour y être inspecté, la navigation par le canal reprend. Le lac Amer se vide. Les navires qui y attendent se précipitent vers Suez. Et le premier convoi de navires passant par le canal de Suez a quitté Port Saïd, sur la Méditerranée, en direction de la mer Rouge, lundi soir.

        Mais les problèmes ne sont pas encore terminés. Il faudra des semaines, voire des mois, avant que le transport par conteneurs, en particulier, ne reprenne son cours normal. Et ce planning était déjà chamboulé. La crise du corona a perturbé l’équilibre fragile entre l’importation et l’exportation, entre les conteneurs à l’est, en Chine, et ceux à l’ouest. Pendant les premiers confinements, les conteneurs contenant des produits de l’arrière-pays chinois n’ont atteint ni les ports ni les consommateurs occidentaux. Selon le département économique d’ING, seuls 30 % des porte-conteneurs arrivent aujourd’hui à l’heure. « La fiabilité des navires est déjà extrêmement faible aujourd’hui », a déclaré ING dans un récent rapport.

        Certes, maintenant que le commerce électronique est en plein essor, la demande de marchandises en provenance d’Extrême-Orient est si importante que les grands ports du monde sont extrêmement occupés. Le transport par conteneurs reste le moyen le plus efficace de transporter des marchandises en masse, même si le fret aérien a connu une croissance relativement forte l’année dernière. En outre, le transport maritime offre davantage de possibilités de transport durable que l’aviation.

        Le blocus du canal de Suez, où près d’une centaine de porte-conteneurs attendaient encore lundi matin, ne fait qu’aggraver la crise des conteneurs. Le port de Rotterdam, en raison de sa profondeur appréciée par les grands porte-conteneurs de l’Est, se prépare à la congestion. Au moins 60 navires, dont 56 porte-conteneurs, à destination de Rotterdam ont été retardés dans le canal de Suez.

        File d’attente.

        Environ 30 % du trafic mondial de conteneurs (meubles, pièces détachées automobiles, produits électroniques, vêtements et chaussures) transitent chaque jour par le canal. « L’impact sur le trafic mondial de conteneurs est significatif », a déclaré dans un communiqué lundi matin la compagnie maritime danoise Maersk, le plus grand transporteur de conteneurs au monde, avant même que le blocage ne soit levé.

        De Maersk, 3 navires étaient bloqués dans le canal ; 29 autres navires attendaient en Méditerranée ou en mer Rouge. Jusqu’à lundi, le géant des conteneurs avait envoyé 15 navires sur la route alternative autour de l’Afrique. « Il faudra six jours ou plus pour que la file d’attente soit résolue », a déclaré Maersk dans un communiqué.

        MSC, le plus grand concurrent de Maersk, a déjà indiqué le week-end dernier que le blocage du canal de Suez entraînera « l’une des plus grandes perturbations du commerce mondial de ces dernières années ». « La situation entraînera un boom des arrivées dans certains ports et nous pourrions être confrontés à de nouveaux blocages », a déclaré MSC.

        Dans le port de Rotterdam – de l’autorité portuaire et des entreprises de manutention des conteneurs aux entreprises qui transportent les conteneurs vers l’arrière-pays et au syndicat [laboral jl] FNV Haven – les gens tiennent compte d’une grande ruée dans une semaine environ. Mais ce qu’il adviendra exactement du port est encore incertain. « C’est un puzzle compliqué », déclare Rob Bagchus d’ECT, la plus grande entreprise de manutention de conteneurs à Rotterdam. « Nous fonctionnons déjà à pleine capacité. Nous essayons de nous préparer à ce qui va arriver, mais nous ne savons pas encore grand-chose. On ne peut pas non plus doubler le terminal, le mur de quai, en une seule fois. »

        Beaucoup de choses vont bien dans le transport par conteneurs, dit M. Bagchus, « mais il y a certainement des vulnérabilités dans la chaîne ». En amont de la chaîne, dit-il, il y a eu une forte croissance ces dernières années. « Au cours des quarante premières années du transport maritime par conteneurs, depuis les années 1960, les navires sont passés de 0 à 10 000 EVP. »
        [EVP, Equivalent Vingt Pieds = TEU , Twenty-foot Equivalent Unit en anglais, jl]

        C’est l’abréviation de Twenty Foot Equivalent, la taille standard d’un conteneur de près de 40 pieds cubes. « Dans les dix années suivantes, les navires sont passés à 20 000 EVP, dans les cinq dernières années à 25 000 EVP ». Le navire de transport de blocs Ever Given a une capacité de 20 000 EVP.

        Le problème, selon M. Bagchus, est que le reste de la chaîne a connu une croissance beaucoup moins forte. Il s’agit des agents de manutention dans le port et des transporteurs de l’arrière-pays.

        Le ralentissement du transport maritime a un impact sur l’arrière-pays, explique Rogier Spoel d’Evofenedex, l’organisation sectorielle pour le commerce international et la logistique. « Le système est perturbé. La navigation intérieure utilise parfois les mêmes quais que les porte-conteneurs. S’ils les occupent pendant une longue période, la cargaison ne pourra pas être transportée à l’intérieur des terres. »

        M. Spoel s’inquiète notamment du secteur automobile, en particulier en Allemagne, qui dépend des pièces transportées par conteneurs depuis l’Est. L’industrie alimentaire, qui exporte beaucoup vers l’Asie (Mars, Bavaria, Nutricia, Friesland-Campina), va également commencer à ressentir la congestion des ports.

        L’arrière-pays.

        Michel van Dijk est un transporteur de l’arrière-pays. Sa société Berkel Logistics gère trois terminaux à conteneurs intérieurs et exploite huit navires intérieurs. « Tout dépendra de la manière dont les compagnies maritimes gèrent les rotations de leurs navires. Ils doivent surtout regarder quels navires peuvent aller directement dans quels ports. »

        Beaucoup de gros navires, dit-il, ne peuvent aller qu’à Rotterdam comme premier port en raison du tirant d’eau. « Il sera intéressant de voir où ils iront après ça ». Les armateurs pouvaient déjà décharger leurs marchandises à Rotterdam, y compris celles destinées à d’autres ports maritimes plus petits. Ainsi, les armateurs peuvent essayer de rattraper le temps perdu pour reprendre le calendrier de navigation le plus rapidement possible.

        Van Dijk : « La genèse de cette crise dure depuis un certain temps. L’augmentation considérable de l’échelle – également appelée par certains « gigantisme » – se poursuit depuis un certain temps. En fait, tout a commencé ici après 2010 avec la réalisation de la Deuxième Maasvlakte. Cela a permis à de plus gros navires de venir en Europe, notamment à Rotterdam. Depuis un certain nombre d’années, ces navires ne naviguent pas à pleine capacité – peut-être 70 à 75 % d’utilisation de la capacité. Mais maintenant, en raison de la croissance du commerce électronique, ces navires sont aussi complètement pleins. »

        Et puis, dit Van Dijk, il y a peu de conteneurs disponibles et peu de marge de manœuvre si les choses tournent mal quelque part. « Si vous avez un incident quelque part, c’est un gros contretemps. Vous avez très peu d’occasions de vous rattraper. Vous ne pouvez pas vous dire : « Je vais naviguer jusqu’à tel ou tel port, puis je le mettrai de côté parce que j’aurai de la place là-bas ». En fait, Rotterdam est le seul port où cela est possible ».

        Selon M. Van Dijk, le transport par conteneurs semble simple à première vue : un grand navire avec un tas de boîtes en acier. « Vous voyez le côté collectif du transport. Mais chaque conteneur a une cargaison individuelle. Avec de nombreux clients, de nombreux intérêts, de nombreux contrats différents. Le conteneur semblait être un concept très simple, mais nous en avons fait un véritable chaos. »

        M. Van Dijk compare un navire avec 20 000 conteneurs à un grand bus d’adolescents. « Ce bus va à Efteling. [Disneyland équivalent, jl] Et quand ils arrivent, vous les libérez tous en même temps devant l’entrée. Vous savez le chaos que cela peut causer. Et maintenant, avec le blocus du canal de Suez, ces adolescents ont dû passer une heure ou deux de plus dans le bus sans être occupés. C’est un peu comme ça que nous voyons ces conteneurs aussi. »
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        1. Avatar de timiota
          timiota

          TEU , Twenty-foot Equivalent Unit , pour la longueur 20 pied (6m), le volume est à peu près 1170 pieds cubes (33 m3). La section est toujours largeur x hauteur = 8 ft (2.44 m) x 8 ft 6 in (2.59 m).
          On veut qu’ils pèsent ~ 50 tonnes, j’imagine quand on les remplit de granit à 60% du volume à la louche, de façon à ce que les grues veuillent bien (porte-à-faux…)
          et de façon à ce que ~ 100 containers (5000 tonnes) assurent un lest décent au centre de la nef (je n’ai que le mot italien en tête la nave…) : 72 m de long x 20 m de large
          pour la couche 12×8 du fond, peu ou prou…

      2. Avatar de Johan Leestemaker
        Johan Leestemaker

        Medellín, le 30 mars 2021

        @toutes et tous, bien a vous.

        La crise autour du gigantisme et la double faillite de la Chine:

        * comme usine du monde
        et
        * comme cause directe de la misere en Amérique Latine.

        Note: je n’aime pas du tout la conclusion de cet article, qui me parait une méthode publicitaite indigne d’un journal comme le NRC Handelsblad (Rotterdam-Amsterdam). En plus: la conclusion publicitaire de l’article ne corresponde d’aucune maniere avec la critique fondamentale formulée dans l’article. Veuillez lire avec attention et prudence alors.

        Sur le deux auteurs: Bart Kuipers et Michel van Dijk travaillent respectivement au Centre Erasmus pour l’économie urbaine, portuaire et des transports et à Van Berkel Logistics.

        JL

        Texte traduit grace a Gereon Frahling.

        Source: https://www.nrc.nl/nieuws/2021/03/25/suezblokkade-is-symptoom-van-grotere-containercrisis-a4037270

        quote
        Le blocus de Suez est le symptôme d’une crise plus large des conteneurs.

        Expédition.
        Le système actuel de conteneurs n’est pas viable, analysent Bart Kuipers et Michel van Dijk. La pandémie révèle maintenant douloureusement les goulots d’étranglement de l’économie mondiale.

        Au moment [le 25 mars jl] où nous écrivons ces lignes, le porte-conteneurs « Ever Given » est bloqué dans le canal de Suez avec environ vingt mille conteneurs à bord. Elle bloque ainsi la principale artère du commerce mondial, cruciale pour le fonctionnement d’une économie mondiale encore très imbriquée. Cette catastrophe logistique n’est pas un cas isolé et est liée à une crise plus large dans laquelle se trouve le système des conteneurs.

        Le conteneur a un jour été qualifié par l’un d’entre nous de meilleure invention des cent dernières années et a constitué une condition préalable à la mondialisation, notamment au rôle de la Chine en tant que lieu de travail mondial. La crise de Corona a montré les inconvénients de ce modèle de mondialisation. En raison du verrouillage, des composants essentiels produits en Chine profonde ne pouvaient plus être transportés, ce qui a paralysé des secteurs industriels tels que l’industrie automobile. Les chaînes alimentaires longues et complexes ont également été discréditées : les chaînes courtes sont désormais populaires – « en direct de l’agriculteur ». La question est de savoir ce que les entreprises ont appris du verrouillage de l’année dernière.

        Bien avant cette impasse, le transport par conteneurs a poussé les responsables de la logistique au désespoir avec le quadruplement du tarif pour transporter un conteneur de la Chine vers l’Europe du Nord-Ouest. À la fin de 2020, le taux est passé de 2 000 à près de 9 000 dollars. Les effets de la crise de l’effet couronne ont exercé une forte pression sur le système des conteneurs, une pression que ce système n’est pas conçu pour supporter.

        Pénurie de conteneurs vides.

        Tout d’abord, il y a eu un déplacement de la consommation des services – vacances en avion, croisières, sorties – vers les produits, principalement achetés via Internet. Ensuite, le travail à domicile a créé une forte demande d’appareils électroniques et d’équipements sportifs. Troisièmement, tous ces biens sont encore largement produits en Chine. La « démondialisation », dont on parle beaucoup et qui consiste à produire à proximité des marchés nationaux, en concevant des chaînes d’approvisionnement plus « robustes », joue déjà un rôle, mais il s’agit d’un processus à long terme. Enfin, il existe une évolution logistique appelée « bullwhip effect » : un effet de stockage causé par une forte dynamique de la demande, par lequel les stocks se déplacent dans les chaînes. Pendant la crise, les volumes de production ont été massivement réduits en raison des attentes négatives du marché, mais en raison de l’augmentation soudaine de la demande, la production supplémentaire a été considérablement augmentée. Ce volume est arrivé en masse sur le marché.

        Le très important programme de relance américain est également susceptible d’avoir un effet d’entraînement similaire. Si les exportations chinoises connaissent une croissance à deux chiffres, la capacité du système mondial de conteneurs sera mise à rude épreuve. Une croissance que le système ne peut pas gérer.

        Les conséquences sont dramatiques. Les producteurs laissent leurs marchandises en Chine parce qu’il est trop coûteux de les expédier. Le prix des produits de consommation augmente. Il y a une grande pénurie de conteneurs vides. Cette pénurie est telle que des conteneurs frigorifiques coûteux sont utilisés pour transporter les produits ordinaires, ce qui les rend indisponibles pour les exportations de fruits et fait pourrir la récolte record en Afrique du Sud. De petits cargos standard sont également utilisés entre l’Asie et l’Europe : ils sont abordables et toujours disponibles. En raison de ce choc tarifaire – et de la hausse du prix du pétrole – le mot inflation réapparaît.

        Le blocus du canal de Suez amplifie tous ces effets, et pourrait encore aggraver la pénurie de conteneurs et les tarifs des conteneurs.

        Charge de pointe au terminal.

        Une partie de ce problème peut être attribuée au système de conteneurs lui-même. C’est pourquoi nous parlons d’une crise des conteneurs. Le secteur des conteneurs utilise des navires de plus en plus grands qui voyagent très lentement – ce qui est bon pour la consommation de carburant – mais dont les heures d’arrivée sont très incertaines. Les armateurs annulent souvent unilatéralement des services afin de maintenir la capacité. Parce que les navires sont surchargés – l’Ever Given en est un bon exemple – un nombre record de conteneurs tombent dans la mer. L’arrivée soudaine d’un navire aussi grand et plein dans un port entraîne un pic de charge sur le terminal, ce qui provoque une congestion, après quoi la manutention s’effectue souvent par transport routier au lieu de la navigation intérieure. Les conséquences du blocus du canal de Suez seront particulièrement difficiles pour les terminaux à conteneurs.

        Il y a aussi le problème des conteneurs vides : quelques millions de fois deux ou quatre tonnes d’acier remplies d’air sur leur chemin de l’Europe vers l’Asie. Les armateurs travaillent ensemble dans le cadre d’alliances et sont très rentables en ce moment : un comble dans le contexte de cette crise.

        Compte tenu de tous ces inconvénients, ce système de conteneurs n’est pas viable à long terme. Le système de conteneurs doit retourner à la planche à dessin : un renouvellement fondamental est nécessaire pour éliminer les inconvénients du système. Le point de départ doit être des attentes réalistes, la demande plutôt que l’offre des compagnies de transport par conteneurs devant être le principe directeur : quelles sont les marchandises réellement nécessaires, en quelles quantités et à quel moment ? Ne surchargez pas le système !

        Aux Pays-Bas, des experts de haut niveau travaillent dans les universités de Rotterdam et de Delft. Il existe également des entreprises innovantes, comme la société TBA, basée à Delft, qui développe des systèmes d’exploitation pour les terminaux à conteneurs. Nous avons également un institut de pointe pour la logistique : Dinalog.

        Qu’est-ce qu’on attend ?

        Une version de cet article a également été publiée dans le NRC Handelsblad du 26 mars 2021.
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        1. Avatar de Ruiz

          @Johan Leestemaker
          Le container c’est l’innovation dans le transport physique comme le paquet est à la base du système Internet.
          L’industrie chinoise est-elle incapable de fournir et d’exporter des containers neufs ?
          N’y a-t-il aucunes liquidités sur les marchés pour s’investir dans les containers …
          Il faudra réduire les conversions faciles de container en habitat / résidence étudiant.

          Les porte-container assez-petits peuvent décharger au Pirée (chinois) et repartir rapidement en sens inverse.

      3. Avatar de daniel
        daniel

        @ Pierre-Yves Dambrine

        Je ne peux que vous approuver. C’est le bon sens et la simplicité mêmes.

        Un détail, quelques années en arrière, il avait été calculé que la Chine et d’autres pays en voie d’industrialisation au profit de nous autres polluaient en moyenne trois fois plus que nous, à produit fini égal. C’est une moyenne, raffinage et cimenterie polluaient beaucoup plus.
        Il est probable que des améliorations soient intervenues.

        Il reste que nous devons assumer nos responsabilités devant la biosphère.
        L’histoire des cailloux européens faisant le tout de la terre ( Europe-Chine, aller et retour) est un non-sens. Ce n’est qu’un minuscule exemple.

        1. Avatar de Ruiz

          @daniel
          Les cailloux européens faisant le tour de la terre (Europe-Chine, aller et retour) c’est en fait simplement du travail humain pas cher qui est importé !
          Ce n’est pas du tout un non-sens.
          L’absence de rééquilibrage rapide (hausse des coûts du travail en Chine – baisse en Europe) est dû semble-t-il à une rigidité des sociétés notamment salariale ou à l’absence de règles économiques (fiscales/sociales) innovantes.

          1. Avatar de daniel
            daniel

            Pas possible, Ruiz.
            Plus exactement, vous êtes incroyable d’ingénuité.
            C’est bfmtv qui vous a contaminé, bfmtv ou une des multiples officines d’inculcation de la Vérité Officielle à l’usage des bien-pensants?
            ( inculcation: les apparences sont contraires. Ce n’est un gros mot désobligeant en aucune façon.)

            Je comprends mieux la remarque de Johann à votre égard ( « @ ruiz, Je suis déçu de constater etc… ») que je trouvais un peu raide.

            Je peux évidemment me tromper du tout au tout.
            Aussi, je vous remercie de votre humour sans détours. Les occasions de rire sont toujours trop rares.

            1. Avatar de Ruiz

              @daniel
              Merci pour votre appréciation.
              Le rire est utile, mais cache parfois des situations graves.
              L’inculcation, rassurez-vous ça fait pas trop mal, et l’on peut commencer jeune, sans avoir attendu bfmtv, qui semble-t-il essaye de vulgariser les préceptes officiels de théories économiques toujours enseignées ou obéir à Mme Agnès Verdier-Molinié.
              Il est troublant de constater que des principes universels censés être à la base de toute notre organisation économique et même politique prêtent à rire lorsqu’on essaye de voir comment leur application pourrait résoudre les problèmes qui normalement devraient être résolus, par le commerce, le marché, la concurrence non faussée.

  11. Avatar de Johan Leestemaker
    Johan Leestemaker

    @Ruiz

    Je suis déçu de constater que je n’ai pas réussi à vous transmettre le message contenu dans les deux articles traduits ou dans mes remarques d’accompagnement.
    Mon but n’est pas de donner un coup de pouce à ceux qui maintiennent les déséquilibres systémiques et la justice défectueuse existants.
    Il s’agit de dénoncer l’externalisation extrême de coûts visibles par tous et le modèle déglingué de gigantisme sur lequel il repose. Un gigantisme qui, en fin de compte, n’est rien d’autre que la stratégie du « pari sur les forts », si populaire chez les disciples de Von Hayek, dont les plus grands partisans semblent vivre dans la Cité Interdite ces jours-ci.

    1. Avatar de Ruiz

      @Johan Leestemaker L’incident de Suez peut rappeler le risque du flux tendu sans stock.
      Il peut être naturel de contester la mondialisation, mais ce n’est pas la raison de contester l’organisation en container qui n’est sans doute pas inefficace.
      En particulier le canal de Suez était jusquà son élargissement une limitation au gigantisme, que le détour par le sud de l’Afrique avait mis à la mode pour les tankers.
      En revanche cet incident montre tout l’intérêt d’une voie terrestre comme la route de la Soie, (alternative et sécurisante) plus rapide mais probablement moins efficace énergétiquement.

      1. Avatar de Johan Leestemaker
        Johan Leestemaker

        @Ruiz

        Je suis désolé, je n’arrive toujours pas à vous faire voir mon objectif. De mon point de vue, il est loin d’être normal de critiquer la mondialisation. Pendant des décennies, la réaction à la critique de la mondialisation était qu’il s’agissait d’un mode de pensée borné qui ne prônait qu’un retour au proteccionisme. Il a également été dit que la résistance à la mondialisation était aussi futile que la résistance à la météo. Mon approche, cependant, est tout à fait différente. J’aborde la mondialisation sous l’angle de la recherche de l’exhaustivité de l’information dans la formation des prix, une partie importante de l’évaluation de la qualité du CONTENU de l’information. Avec cette approche, j’essaie de suivre les traces de Paul Jorion. Je vais quand même essayer de vous montrer ce que je veux dire clairement. Tout l’édifice de la mondialisation et du gigantisme qui l’accompagne est fondé sur la ¨théorie¨ de l’avantage comparatif des coûts. Il faut produire là où les coûts sont les plus bas. Laissez-moi aller droit au but et paraphraser la bible.

        De nombreux prix les plus bas s’avéreront être les plus élevés.

        https://www.lapresse.ca/international/amerique-latine/2021-03-04/covid-19/la-pandemie-a-rendu-pauvres-22-millions-de-latino-americains.php

        1. Avatar de daniel
          daniel

          @Johan Leestemaker

          Vos textes sont intéressants mais trop longs. Le premier m’a semblé bien trop filandreux et douteux quant à sa conclusion, comme vous le soulignez.

          J’ose à peine vous suggérer de les résumer en en faisant ressortir les points-clés. Pour vous rassurer, je me reconnais volontiers une certaine paresse regrettable. Ce n’est donc qu’un avis personnel. Je comprends que d’autres lecteurs veuillent accéder au texte complet.

        2. Avatar de timiota
          timiota

          Pour faire la part des choses, on doit pouvoir associer un contenu énergétique donné par container, indépendant de ce qu’il contient.
          Certes c’est une grosse approximation, mais le même container qui sert une fois pour une matière première lourde (pierre) et la suivante (légère) pour du médicament ou autre,
          c’est de toute façon associé à la chaine habituellement invisible de notre environnement énergétique tel que Jancovici le décrit (en oubliant un peu la part « sciences humaines » de la chose) :
          les emballages, la distribution des deux côtés du bateau (pour aller le charger et pour distribuer à l’arrivée), la futilité du besoin du produit distribué (une molécule à l’intérêt thérapeutique faible ?) un gadget de plus,des céréales qui privent l’agriculture vivrière ailleurs de sa raison d’être. Je me souviens de l’histoire du « second lait » en Afrique comme déséquilibre d notre incorrigible attrait pour la mondialisation généralement générale (j’avais un prof qui m’avait parlé de l’effet Hall quantique quantifié, on était peu après le Nobel de von Klitzing sur ce sujet clé de la métrologie moderne…).
          Le « second lait », c’est quand le lait séparé en ses composants voit toutes les matières grasses partir notamment en Chine, et qu’on reste avec des protéines sur les bras. ON va en Afrique, on mélange à des graisses d’oléagineux divers (huile de palme par exemple), et avec quelques autres additifs (émulsifiants etc…) on vend du « second lait » à valeur nutritive pas ridicule sur le papier.
          Sauf que ce faisant on prive les éleveurs locaux de revenus du « vrai lait », avec des conséquences éco-sociales en cascade (dans des pays où l’éleveur avait un statut élevé, pas comme ici en France maintenant !). Bref, un déplacement facile énergétiquement, inconscient « cognitivement » (le nouveau mot à la mode dans le rapport sur le Rwanda, pour dire que Mitterrand a déconné grave), c’est pas le pied, et c’est ce que facilite le mieux le container. Je ne pense pas qu’on reviendra aux boutres (dhow/daou) à voile, mais toute la bonne volonté verte mise dans 1 quintal de marchandise à un point X se dilue avec l’inverse du carré de la distance, c’est en quelque sorte une loi de mauvais échange des savoirs utiles, chassés par les inutiles (le cours du dollar, les conditions actuelles du prêts immobilier…) (je dystope, je dis stop)

          1. Avatar de Ruiz

            @timiota La meilleure démonstration de l’intérêt de la séparation du lait en composantes (le second lait n’étant pas connu de tous) est le lait écrémé (en poudre) et le beurre (congelé) lorsque l’on avait des stocks d’intervention de ce dernier.
            Pour les recycler il était possible de mélanger le beurre et la poudre de lait additionné d’eau pour valoriser le stock en aliment du bétail pour les veaux.
            Un jour quelqu’un s’avisa qu’on pouvait aussi donner des primes incitant à l’élevage du veau sous la mère, ce qui simplifiait le processsus.

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