Une journée ordinaire de servitude volontaire, par Arkao

Ce soir je ne parlerai pas de la visite du président-monarque à la future Cité internationale de la langue française.

Je ne parlerai pas de la panique engendrée, à tous les niveaux de la hiérarchie, par l’annonce de sa visite (connue officiellement il y a trois jours).

Je ne parlerai pas du grouillement effréné d’aujourd’hui pour ranger, nettoyer, sécuriser, maquiller, embellir, glisser la poussière sous le tapis, faire bonne figure.

Tous à quatre pattes, tous carpettes pour la venue du prince.

Je ne parlerai pas de nos syndicats qui ont renoncé à organiser une action pour l’occasion.
Je ne parlerai pas de l’arrivée des quinze fourgons de CRS pour sécuriser les abords.
Je ne parlerai pas des vigiles et de leurs saloperies de clébards qui gueulent et font mine de sauter à la gorge dès qu’un pouilleux de prolo mal blanchi ne respecte pas le parcours fléché piéton du chantier.
Je ne parlerai pas de ce jeune tailleur de pierre qui me dit qu’il est content de faire des heures supplémentaires ce soir parce que ça fait un peu plus de beurre dans les épinards et qu’en plus lui il n’aura pas de retraite c’est sûr déjà que sa mère qui a bossé toute sa vie n’a que 650 euros par mois mais que c’est comme ça c’est la vie.

Ce soir je pense à nos ancêtres qui présentaient leur poitrines aux balles.

Ce soir je ne suis plus capable que d’une chose, c’est de pleurer.
Sur notre lâcheté, sur ma lâcheté.

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24 réflexions sur « Une journée ordinaire de servitude volontaire, par Arkao »

  1. Pour se donner des chances d’échapper à la lâcheté , il faut se donner des options de choix conscients aussi bien qu’affectifs . C’est le TINA qui fabrique la lâcheté .C’est le choix délibéré et partagé qui nous l’épargne .

    La seule vraie lâcheté ” impardonnable” , c’est celle dont on charge autrui pour justifier la sienne .

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  2. Bonsoir Arkao,

    “Ce soir je pense à nos ancêtres qui présentaient leur poitrines aux balles.”

    C’est pour cela que tu te sens lâches ?

  3. La lecture, grande cause nationale… C’est curieux, ça me rappelle quelque chose, lorsque j’étais présidente d’une association de parents d’élèves (ma fille devait avoir 7 ans, elle en a 38 aujourd’hui). Serait-ce que les précédents “plans lecture” auraient échoué ?

    1. Au contraire, nous savons de mieux en mieux lire le mode d’emploi, de la classe bourgeoise, ses images, avec une certaine délectation pour le morbide et les niaiseries.

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  4. ÉLECTIONS RÉGIONALES ET DÉPARTEMENTALES

    Les électeurs français sont appelés à désigner leurs élus régionaux et départementaux les 20 et 27 juin 2021 :

    Dans la semaine suivant le scrutin, les nouveaux élus désigneront un président dans chaque assemblée.
    Ils resteront en fonction pendant près de 7 ans, jusqu’en mars 2028 – soit un an de plus que prévu, afin de
    ne pas interférer avec la présidentielle d’avril et mai 2027… (!)

    Élections départementales et régionales 2021 : ce qu’il faut savoir :
    https://www.service-public.fr/particuliers/actualites/A14897

  5. Merci Hérvé. Qui connait le fonctionnement des élections régionales et départementales ? Qui connais les prérogatives respectivement à l’échelon Régional et Départemental. ? (je veux dire au niveau du grand public). Moi qui travaille dans l’une de cers entités, je le sais que très partiellement. Ayant jeté un coup d’oeil sur Wikipédia, pour connaître le fonctionnement du vote régional, j’avoue ne pas être arrivé à tout comprendre….Quand à la répartition des “compétences exclusives” et des “compétences partagées” des différentes strates territoriales, il faut s’accrocher…..Européennes, nationales, régionales, départementales, intercommunales, et communales…ah, j’oubliais : cantonales…Serais-je un mauvais citoyen ? Et quand on doit mettre en œuvre un projet, c’est un véritable parcours du combattant, avec des cloisonnements à tous les étages, y compris en interne des services de ces mêmes entités. Qui serait capable d’expliquer les enjeux de ces élections ? Côté média, à part amplifier les querelles politiciennes, pas grand chose à se mettre sous la dent. Mais en tout cas, je suis de ceux qui disent qu’ils faut aller voter !!…

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    1. Salut Emmanuel,

      Il faut aller voter ? Seulement selon moi tu oublies que le système est conçu sur le principe du :

      Voter pour aller changement l’organe exécutif, oui,

      mais pas de voter pour aller changer de société. Ca non.

      Tant que nous n’aurons pas collectivement mis en place une autre organisation du processus démocratique plus performante afin de permettre la création et l’avénement d’une autre société, nous serons continuellement enfermé dans ce simple jeu de chaises musicales. Moi personnellement je ne joue plus, j’ai passé l’âge.

  6. Bonjour,

    Cela me remémore un souvenir. En premier un ami qui m’expliquait il y a 35 ans dans cette ville de la banlieue nantaise (Saint Séb pour les familiers) que j’habitais, que lorsque le roi du Maroc se déplaçait quelques parts on refaisait les routes, plantait des palmiers nettoyait tout etc… Je me gaussais une peu de ces pratiques.
    Ils se trouvent que dans la rue où nous vivions depuis quelques années nous avions vues l’état de la voirie se dégrader au fur et mesure des divers travaux entrepris, étant passé de l’état de terrain vague face à chez moi où un jeune voisin m’a initié à l’art du braconnage, à 2 terrains de tennis et une clinique médicale et une rue très trouée incitant à la conduite lente.
    Cependant un jour, la visite de Laurent Fabius (alors 1er ministre) a été annoncée, et bien, les rues du quartier ont été refaites à neuf en 5 jours ! Curieux n’est ce pas ?

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    1. Les coups d’accélérateur aux remises en état ou réalisations de ce qu’on n’arrivait pas à assurer , à l’occasion du passage prévu ou impromptu d’un personnage ou d’un événement particulier , sont aussi vieux que …. les états ou pouvoirs , quels qu’ils soient !

      De façon très contemporaine , à Saint Etienne le passage du Général en 1965 a permis de réaliser en 8 mois une artère départementale qu’on n’arrivait pas à financer depuis 10 ans . La venue du Pape à Annecy en 1986 avait aussi décoincé pas mal de crédits … Bref les services locaux de gestion du patrimoine aiment bien en général ce genre de débarquement qui , comme les grandes catastrophes , permettent de financer enfin ce qu’on n’aurait jamais obtenu en régime courant . Le passage du tour de France est aussi de ce type d’événement qui débloque le guichet .

      Le problème est alors de savoir où et à qui on va piquer le pognon nécessaire , et la douleur est alors un peu différente selon que le maître d’ouvrage est l’Etat , le département ou la commune ( la région est rarement impliquée ).

      Dans mon job en Haute Savoie , j’étais plutôt parmi les départements soumis à catastrophe et donc à financement d’urgence , hors enveloppe annuelle , et j’étais avec quelques autres une calamité pour mes alter-égos de France , car Bercy allait tout bonnement diminuer à due concurrence leur dotation courante pour financer nos extras . La méthode n’est pas calquable pour un département ou une commune , qui n ‘a en principe , à budget constant, que le recours possible à un généreux subventionneur ( parfois l’état) extérieur ou à la redistribution de ces dépenses prévues .

      1. J’ai eu un doute tout à coup , car le passage le plus marquant du général à Sainté c’était plutôt en 1959 , mais ma mémoire du boulot me confirme quand même qu’il a du repasser par là en 1965 en tournée préélectorale .

  7. @Emmanuel.
    Bonjour,

    Si je comprends bien, vous avez tout compris, Emmanuel…
    Mais malgré l’imposture, et peut-être aussi parce que votre subsistance en dépend en partie,
    Vous restez fidèle à votre ultime conviction institutionnelle: ” il faut aller voter”.
    Et vous vous demandez si vous êtes un mauvais citoyen?
    Mais Monsieur, votre conscience vous honore,
    Et vu de l’extérieur ( hors de cette entité qui fait de vous, et malgré vous, le complice de ses abus et manquements ),
    Votre malaise est bien compréhensible.
    Vous êtes simplement victime d’une forme banale de harcellement moral.
    Pas de lâcheté comme l’avance ARKAO, lui aussi victime de la même forme de chantage au silence,
    Soyez raisonnable… Voyez ce que l’on fait subir aux lanceurs d’alertes!
    Mais chut! Je n’en parlerai pas… Il mieux vaut glorifier… (air connu)


    Courage fuyez ! Eric.

    1. Votre réponse ramène au titre du billet d’Arkao : “une journée ordinaire de servitude volontaire”. Comment subir le moins possible et en sortir : that is the question. ? Quelques mots ou expressions qui frappent : “imposture”, “forme banale de harcèlement moral “; “complice”; “victime”, “chantage au silence”; …etc. En effet, cela fait partie de cette panoplie du mal ordinaire dans le monde du travail, que chacun essaye de gérer le mieux ou le moins mal possible… avec à la clé, la nécessité de “gagner sa vie” (vieille expression aujourd’hui qui parait désuète) eou “de s’en sortir” (pas très glorieux, mais très banal), placé de plus en plus dans une situation de précarité, isolé, et où le collectif est de moins en moins praticable…(le télétravail n’y pourvoira pas, bien au contraire…!). Et puis vous semblez poser une question oh ! combien éthique : celle de la ligne rouge du collabos, et celle de la “zone grise” à laquelle tout salarié d’une organisation ou d’une entreprise a souscrit avec plus ou moins de conscience. Avant, il était (peut-être) plus facile, quand on n’était pas d’accord, de “claquer la porte” et d’aller voir ailleurs… Aujourd’hui …?! Et comme j’ai évoqué le cas d’une structure publique, j’avoue avoir découvert un fonctionnement de la fonction publique (bien que je ne sois pas titulaire) très loin d’être parfait (euphémisme !!) et en grande souffrance, un thème qui devrait être beaucoup plus abordé par les tenants de la gauche, et qui semblerait essentiel…. Mais c’est une autre histoire…!

  8. “Je ne parlerai pas du grouillement effréné d’aujourd’hui pour ranger, nettoyer, sécuriser, maquiller, embellir, glisser la poussière sous le tapis, faire bonne figure.”
    Ah, souvenir de service militaire, quand l’officier supérieur trucmuche débarque dans le régiment, c’est branle-bas de combat ! 😉

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    1. T’as vu toi aussi le passage au tamis des cailloux et leur classement par ordre décroissant afin de les peindre en blanc pour les reposer au bord de la route ?

      Ce simple acte est la mise en évidence dans toute sa splendeur de l’excellence tenue du système de mâle alpha à la mode civilisée. Putain que sapiens sapiens est con.

      Après on peut toujours se demander en fait si, ce genre de comportement (ranger, trier, nettoyer, réparer, repeindre…) se fait dans le sens du sous fifre qui veut plaire à son chef en lui montrant comme c’est bien chouette chez lui et ne pas passer pour un jeanfoutre, ou alors c’est fait pour masquer la misère habituelle au Chef afin de lui faire croire qu’il est un bon chef et que ces sujets sont bien lotis et que tout ce passe bien en bas, lui qui vit dans les cieux…

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  9. “A has power over B to the extent that he can get B to do something that B would not otherwise do” Robert A. Dahl, « The Concept of Power », Behavioral Science (1957), 2, pp. 202-203.

    1. Ce pouvoir, il en hérite, il le mérite, il l’a conquis ou en encore un mélange des trois votre mister A ?

  10. Supporter la vanité des cons est souvent difficile.
    Mais faut bouffer ou assurer la matérielle pour pouvoir en parler.

    Dans ce cas, Arkao, faire quelques gestes n’est pas humiliant si vous pouvez témoigner.
    La servitude serait d’en redemander.
    Vous en êtes loin. En fait, vous êtes courageux.

    Ne confondez pas. Nos ancêtres, tels que vous les présentez, n’étaient pas héroïques. Ils étaient suicidaires, inclination largement construite et partagée en 1914 ( et même en 1870, ou même en 1944, je puis en témoigner à distance).

    1. Il y a tellement de variétés de suicides et tellement de variétés de courages , qu’il vaut mieux ne pas les comparer surtout “à distance” .

      Dans tous les cas , il y a souffrances , et ce sont elles qu’il faut soulager , en en tarissant la source quand on peut , en les partageant toujours .

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