Veille effondrement #48 – Conscience de classe et effondrement, par Hazy

Qui s’effondre ?

Il est temps de prendre conscience qu’il n’y a plus, voire qu’il n’y a jamais eu, que deux classes : ceux qui mènent l’espèce à sa perte, et ceux qui l’embellissent.

C’est cette absence de conscience de classe, l’unique classe mondiale de ceux qui payeront le prix de la croissance narcissique du monde, qui nous aura mené au point de non retour.

Selon la définition d’Yves Cochet, l’effondrement est le stade ou les besoins élémentaires ne sont plus fournis par des structures encadrées par la loi.

Je pose la question : Quand l’effondrement a-t-il eu lieu pour la population de notre pays ?

Qu’est ce qui s’effondre ?

Quand nos services de base (représentativité, démocratie, actions des dirigeants en faveur du bien être du plus grand nombre, justice, égalité de droits) ont ils disparus ?

Ce qu’il y a de paradoxal avec cette notion de collapse, c’est la reconnaissance du fait. Formulons la question autrement : quand y aura il consensus sur le fait que l’effondrement a eu lieu ?

Quand les médias et les avions auront disparu ? Ceci sera la fin de l’effondrement.

Quand les médias diront « c’est l’effondrement » ? Alors l’effondrement sera un phénomène médiatique, mais pas social ni politique.

Quand certains de nos besoins sont fournis par le système, on parle d’effondrement partiel ?

L’effondrement de l’ascenseur social, de l’égalité d’accès au droit, au travail, ou de la foi en un avenir meilleur sont ils pris en compte ?

Quand 10 % de la population est désinsérée, on parle de collapse ? Non, car ils sont minoritaires ? Non, car une partie des services est toujours assurée ?

Si 90 % de la population n’a plus accès aux besoins élémentaires, on parlera de collapse. Pourtant il restera toujours un frange qui accédera aux services restants.

De même, si l’entièreté de la population a toujours accès à la sécurité régalienne mais à rien d’autre, on parlera de collapse ( en plus de dictature). Pourtant, dans les deux cas, bien que surfaits, on peut considérer que l’effondrement est partiel, ou que la définition de Mr Cochet est partielle.

L’effondrement aura-t-il un anniversaire ?

Quand parlerons-nous de collapse de manière consensuelle ?

La biodiversité est effondrée, la capacité alimentaire est effondrée, la qualité des eaux est effondrée, la qualité des airs et des glaces est effondrée, la ressource halieutique est effondrée, la ressource forestière est effondrée, la ressource pétrolière est effondrée, la ressource minière est effondrée… Et on parlera de collapse quand les ordures ne seront plus collectées ?

C’est un peu comme si on gérait l’effondrement comme le reste : de manière totalement anthropocentrée.

Quand commencerons-nous par définir le collapse de manière holistique ?

L’effondrement est le point précis ou un humain prend conscience individuellement que tout ce dont il n’a jamais eu conscience va provoquer sa souffrance, sa mort, et celle de son espèce.

L’effondrement est une notion humaine. Sa conception d’une norme, d’une temporalité définie, de critères de mesure humains, en font un archétype de la pensée ayant produit ce même effondrement.

Car d’un point de vue naturel, l’effondrement n’est rien de particulier. C’est le résultat de différentes causes, effets, interactions et rétroactions. Du point de vue de Gaïa, l’effondrement est la continuité absolument normale de l’ordre des choses, de la loi des actes, une sorte de karma physico-chimique.

L’effondrement est-il un événement ?

La planète ne va pas pleurer de la disparition de notre espèce. Après la mort de BFNTV, nous serons outrés de comprendre que notre disparition fera moins d’audimat que celle du rhinocéros noir.

Notre début, notre fin, et notre bien être, n’existent pas en tant que tel. Ce sont des perceptions anthropocentristes, artificiellement finies par nos capacités mentales.

L’effondrement est donc le nom qu’une espèce qui à fait disparaître 90 % des autres espèces donne à sa propre disparition potentielle.

On peut donc conclure assez logiquement que la collapsologie est la science qui consiste à prendre conscience que notre disparition est, d’un strict point de vue énergétique, physique, la dernière étape d’un processus nécessaire d’autorégulation du seul système qui soit holistiquement conscient : le monde.

Croire qu’il est possible de greenwasher la conscience intrinsèque et cellulaire que le monde a de lui même est d’une bêtise, certes effrayante, mais pourtant tellement courante.

Survivre à l’Effondrement, ou vivre la prise de conscience ?

En tant qu’espèce, l’humanité a deux uniques espoirs :

– survivre à ce qui arrive sans l’aggraver en cherchant à le résoudre ou le compenser. Accepter de payer le prix, longtemps après avoir été forcés de changer.
– repenser son rapport au monde, à l’autre et à soi-même, pour que, dans l’éventualité d’une survie, notre espèce ai trouvé une structure cognitive qui permette à chacun d’entre nous d’intégrer les règles immuables de l’équilibre garantissant notre survie à tous.

L’ensemble de nos modèles, calculs, prédictions, n’ont démontrés qu’une chose : leur incapacité à intégrer la complexité du monde. Un modèle ne peut calculer que ce que son programmeur est capable de penser. Aucune IA ne changera cela. Une IA ne créera pas de modèle dépassant notre conscience. Si cela avait lieu, nous serions incapable d’accepter et d’intégrer ses résultats.

Ca n’est pas en cherchant un modèle holistique, qu’il soit de compréhension ou de gestion du monde, que nous résoudrons les problèmes que nous avons créés. Il n’y a pas une solution pour chaque problème. Il n’y a pas une solution globale pour tous les problèmes.

Il n’y a que nous, qui posons problème par ce que nous sommes. Trop puissants, trop prétentieux, trop aveugles, sourds et muets.

Il n’y a pas un problème d’épuisement des ressources, un problème de gestion des déchets, un problème de fonte des glaces…

Il n’y a qu’un problème de cognition.

Préparer des munitions, ou des émotions ?

Commençons par apprendre à nos enfants à tenir compte de ce qu’ils ignorent. Non pas à chercher à savoir pour maîtriser, mais à faire l’effort de se souvenir que nous ne voyons ni ne comprenons presque rien. Afin de SE maîtriser, dans nos élans de prédations.

L’humanité est trop puissante pour laisser ses élans prédateurs s’épanouir. Le choc à venir sera pour chacun d’entre nous l’occasion de trouver suffisamment de motivation pour retourner et rester à notre place écologique.

Reste la question des 1 %, ceux qui sont incapables de réfréner leurs instincts sans limite. De respecter les règles auxquelles nous allons devoir nous ré-adapter après nous être pris pour Icare.

Des règles simples et générales.

Le monde est fini.
Rien ne se perd.
Nuire, c’est se nuire.
Prendre, c’est devoir rendre.
Je ne suis pas séparé du monde.
Autrui n’est pas un meuble.
Tout est précieux.

Vivre l’effondrement, survivre au déni

Refaire société. De toute urgence. Ca n’est pas après l’effondrement que nous pourrons faire quoi que ce soit.

Chaque jour, certains d’entre nous vivent l’effondrement. C’est un effondrement cognitif.

C’est l’effondrement des barrières cognitives du déni.

Les scénarios catastrophe ne sont plus utiles aujourd’hui. Le groenland a fondu en deux mois, le GIEC l’avait prévu pour 2090.

Une conclusion s’impose : NOUS NE COMPRENONS NI NE MAITRISONS RIEN.

Les effondrements vont donc se multiplier, cognitivement parlant.

Ces personnes dont la grille de lecture du monde s’effondre, que font elles ?

Survivalisme, collapsologie, dépression, hédonisme… Rien de tout cela ne sera une solution.car une solution s’attache à un problème. Il n’y a pas de solution à l’effondrement. L’effondrement est la seule solution à l’incapacité des gens bien à gérer les prédateurs.

L’effondrement, une solution, le problème : la transition

Prenons l’effondrement par l’autre bout :

L’effondrement est la fin de ce que l’on connaît. La fin de la toute puissance imaginaire. La fin de la détermination du futur par le passé. La libération du carcan de pensée blanche, protestante, patriarcale, prédatrice.

En fait, c’est la fin des cons prétentieux et méchants…

Nous y compris.

Donc, on ne sait pas ce qu’il va se passer. Soit le collapse est total, et alors croire que l’on peut s’y préparer et d’un comique tordant, similaire au sauvetage de l’humanité par la technologie.

Si le collapse est plus léger, alors il ne sera pas question de préparation ( cela peut aider néanmoins ) mais de SOCIETE.

Il n’y a pas de risque plus grand pour l’homme, après l’apocalypse, que l’homme.

L’humanité peut craindre la nature, mais l’homme ne craindra que l’homme.

Non en terme de survie, de défense, bien que le problème puisse se poser.

Mais en terme de société. Durant la phase de grands changements qui arrivent ( cf starlink) nous continuerons à vivre. Bien ou mal. Dans la peur ou la joie. Dans la lutte ou l’entente.

C’est la seule chose, l’unique chose, que nous pouvons vraiment influencer.

Mieux vaut 10 voisins conscients et amis que tous les stocks du monde.

Quitte à crever, autant le faire dans la joie et la douceur.

Quitte à lutter pour le monde, autant le faire ensemble, vraiment ensemble.

Au final, il n’y aura rien d’autres que vos voisins.

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14 réflexions sur « Veille effondrement #48 – Conscience de classe et effondrement, par Hazy »

  1. Oui, c’est l’effondrement tout azimut. Bien dit !
    Je déguste un vin de Sicile avec une tranche de parme (reçu ce midi par colis réfrigéré). Un genre d’effondrement aussi, je confirme.
    Santé Tout Azimut !

  2. E Todd avait pu prédire la chute de l’empire soviétique en décelant la hausse brutale de la mortalité infantile dans les mois précédents.

    Vu les budgets alloués à l’éducation et à la santé, comparativement aux budgets force de l’ordre et sécurité, on peut raisonnablement dire que la France ne se prépare pas pour l’effondrement mais qu’elle l’organise.

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  3. Je ne vois pas trop où cela nous mène. Si ce n’est au fait qu’il vaut mieux avoir des voisins sympas. Là j’approuve. Pour le reste j’ai des doutes. Les « services de base », listés comme étant la représentativité, la démocratie, l’action des dirigeants en faveur du bien être du plus grand nombre, la justice, l’égalité des droits… De base vraiment ? Moi j’aurais plutôt dit les services de super grand luxe, auxquels l’essentiel de l’humanité n’a pas et n’a jamais eu accès. « Retourner et rester à notre place écologique »… Mais quelle est-elle cette place ? Dans l’estomac d’un tigre à dents de sabre ? Je me sens une petite solidarité avec ceux qui les ont exterminés, à supposer que leur extinction soit le fait de nos lointains ancêtres. Plutôt que « l’effondrement est la seule solution à l’incapacité des gens biens (!) à gérer les prédateurs », j’aurais plutôt tenté : « l’effondrement est la seule solution à l’incapacité des prédateurs à gérer leur nombre. »

  4. Un pas de côté.

    Je ne comprends pas le désintérêt des autorités US envers les feux de forêt ( et de villes et villages) et les inondations.
    En Californie, c’est un cataclysme national et pas de mobilisation à la hauteur. Service minimum assuré.
    Que des pays comme la Grèce ou la Turquie ne puissent faire face, c’est entendu. Sous équipement, négligences pour certaines zones, les raisons sont nombreuses et bien connues. On oubliera pas les promoteurs.

    La Russie est à part. Ils vont bientôt pouvoir faire de la culture sur brûlis. N’importe comment la forêt boréale est condamnée. A la place un champ de blé, ça rapporte.

    Mais le pays le plus développé, pourquoi?

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      1. Si et quand les plans B et C seront utiles, il n’y aura personne.
        Passeque l’échec du plan A n’aura pas permis que vivent ceux nécessaires à ces plans. Et donc prospèrent les technologies, qui sont encore à venir.
        On peut le dire autrement: le succès du plan A précède les éventuels aventures des plans B et C.

        Incorporez dans vos prévisions le temps, la durée, les délais.
        Le temps est la plus rare de nos ressources, surtout maintenant où la science est manifestement en panne ou sur une voie de garage. Ces incendies grandioses en sont une preuve évidente.

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    1. La Californie vient de couper l’eau aux agriculteurs tout de même … Après, les services d’incendie ne sont pas gérés au niveau de l’état ?

      On entends pas mal que l’état de Californie vise à éradiquer l’agriculture par volonté écologique..

      1. C’est une chouette idée ça ! Et après ils feront venir leurs aliments de Chine, comme les vêtements, les chaussures et les médicaments ?

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    2. De mon côté j’ai surtout l’impression que les moyens engagés ne servent qu’à rassurer la population :

      Oh le joli canadair !

      Parce que côté efficacité, une fois que les conditions sont réunies nous sommes IMPUISSANTS.

      Je cite une amie canadienne :

      « Nous avons sans doute parmi les plus grandes forêts du monde, une flotte de canadair qui éteint des incendies à l’international, la plus grande quantité d’eau par habitant de la planète… Et pourtant des villages de l’ouest canadien brûlent en ce moment en quelques minutes après avoir atteint des températures records de chaleur et de sécheresse. »

      Bref,

      La lutte contre les feux, fallait la faire au XVIII siècle…

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  5. Oui, soyons « voisins ». Pour cela, protégeons et saluons les faiseurs de tendresse.

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