LE 2ème FESTIVAL FUKUSHIMA, par Dominique Balaÿ

Billet invité proposé par François Leclerc. Malgré le désir bien compréhensible de manifester sa solidarité, auquel je souscris bien entendu, je ne cautionne pas personnellement un projet encourageant à se rendre dans la préfecture de Fukushima.

En mai et juin derniers, j’ai effectué un séjour au Japon dans le cadre d’un projet radiophonique (avec l’INA GRM, websynradio, radio campus Bruxelles et France Musique). Voici le récit de ma rencontre avec Otomo Yoshihide, figure charismatique de la musique expérimentale japonaise et initiateur, avec Michiro Endo et Ryoichi Wago, du Festival Fukushima, dont la seconde édition démarre aujourd’hui 15 août (1).

Une petite pièce d’un immeuble moderne du quartier de la gare sert de bureau permanent à l’équipe du festival. Va se tenir la réunion de son premier cercle, élargi à une vingtaine de bénévoles, la plupart habitant Fukushima et quelques-uns venant de Tokyo : artistes, journalistes, tourneurs, mais aussi architectes, employés de bureau, fonctionnaires et commerçants – un véritable concentré de la société japonaise.

C’est une étape importante, la municipalité devant valider le trajet du festival pour la grande parade du 15 août où sont espérés 30.000 visiteurs et plus de 300 musiciens professionnels et amateurs. Ce qui permettra de vérifier l’implication des autorités et la volonté politique locale de soutenir l’initiative du festival pour une deuxième édition dont les enjeux dépassent l’émotion et l’urgence de la première édition.

Sur un ordinateur, Otomo San continue de recevoir des mails qui lui arrivent du monde entier en témoignage de soutien ; beaucoup de bénévoles se proposent, notamment des traducteurs, pour cet événement pensé dès l’origine selon une dimension internationale (2). L’an passé, plus d’une trentaine d’événements synchronisés s’étaient tenus à travers le monde – raison d’ailleurs de ma présence cette année (3).

« Ici ça va, l’immeuble n’est pas contaminé, ou ne l’est plus, ou pas encore … » me précise Otomo en désignant un dosimètre. A Fukushima, l’immense majorité des personnes que j’ai rencontré détient cet accessoire devenu banal que l’on achète soldé dans les magasins de bricolage ou les épiceries de quartier. A chaque occasion, le même sentiment m’est exprimé après 14 mois d’une crise majeure dont nul ne voit le terme : accablées par des informations contradictoires, toutes m’ont dit ne plus vouloir dépendre de données qui contribuent à rendre plus pesant un quotidien qui l’est déjà suffisamment. Il y a un an, le sujet était en tête des nouvelles aux journaux télévisés, aujourd’hui le bulletin météo mentionne le taux de radioactivité.

A moins de 100 mètres du bureau, je suis passé devant l’une des stations de mesure présentes dans de très nombreux parcs, écoles, et gares de la ville; la valeur affichée, pour ce que je crois en savoir, dépassait largement les normes. L’immeuble est « sûr », mais le quartier est contaminé. « Oui, c’est un problème dont nous sommes très conscients. Nous avons déjà dû affronter la critique l’année dernière en organisant un festival à Fukushima et risquant d’exposer le public à une éventuelle contamination. Mais nous sommes en alerte : notre festival n’est pas un festival comme un autre ». Otomo San m’énumère les dispositions prises lors de la première édition, pour la plupart reconduites cette année : produits analysés et labellisés pour les buvettes, décontamination soigneuse des sols sur le site principal du festival, tapis de sol sous la forme d’immense toile de 6.000 mètres carrés, qui donne son titre au festival : « Flags Across Borders » (drapeaux sans frontières).

Comme l’an passé, priorité est donnée à l’information et à une lecture critique des rapports officiels – sujets de controverses infinies et démoralisantes – grâce à des panneaux informatifs et des séminaires sur des sujets aussi variés que la contamination à faible dose, les seuils réels de danger sanitaire, l’impact sur les cultures et l’économie locale, ou bien décrivant les pistes d’une prise en charge politique responsable et soucieuse de l’intérêt collectif, sans oublier la réalité des niveaux de contamination actuels…

Otomo San ne se considère pourtant pas comme un spécialiste ni comme un militant, mais comme un musicien forcé par les circonstances à s’impliquer, comme le sont de nombreux Japonais (4). Il doit même s’en défendre, tant les sollicitations le poussent dans cette direction. Par chance, il n’est pas seul, l’aventure est et doit rester collective. Il a invité pour participer à l’organisation du festival Shinzo Kimura, un scientifique de haut rang qui a travaillé sur l’impact de la catastrophe de Tchernobyl. Le Dr Kimura s’est vu retirer ses budgets avant d’être poussé à la démission par son ministère de tutelle dès qu’il s’est intéressé à la cartographie des zones contaminées à Fukushima et qu’il a mis en avant la nécessité de relevés méthodiques et permanents.

Otomo San a une vision aiguë du contexte du festival : cette catastrophe est le signe d’une crise historique majeure. L’enchaînement des faits qui ont accompagné la gestion de la catastrophe, permet de la relier aux errements de l’hypercapitalisme et à la puissance monstrueuse des lobbies, qui génèrent en retour une montée massive et légitime de la contestation populaire. Historiquement, Fukushima marque l’effondrement d’un système, tout comme Tchernobyl a pu être considéré comme le signe précurseur de l’effondrement de l’empire soviétique.

La montée de la violence préoccupe Otomo San (5). Et, même s’il ne se considère pas comme sociologue, un historien ou un penseur – « je ne suis qu’un musicien « , n’arrête-t-il pas de dire – il ajoute que le festival dont il rêve voudrait leur donner toute leur place, en réponse aux violences qu’il pressent. « Nous éprouvons bien sûr de l’émotion, mais aujourd’hui nous essayons de construire quelque chose de solide et qui ne repose pas uniquement sur elle. L’enjeu est de nous rassembler et de dépasser nos divisions ».

Les participants à la réunion arrivent au compte-goutte. Noda Shigenori, cheville ouvrière du festival et compagnon de route de Otomo San paraît épuisé, puis c’est au tour de Michiro Endo d’entrer, dont la présence dans cette ambiance peut paraitre incongrue, lui qui est davantage habitué aux grandes scènes et à la radicalité de ses postures punks qui lui valent au Japon un immense succès (6).

Le festival aura lieu durant 12 jours, du 15 au 26 août, avec de multiples événements dans toute la ville et la préfecture. Son manifeste rappelle que le nom de Fukushima désigne non seulement une ville mais toute une région où vivent des centaines de milliers d’habitants. L’art n’a pas vocation à changer la société, mais il peut tous les aider à trouver des moyens de continuer à vivre leur vie, à dissocier Fukushima des stigmates qui désormais l’accablent. Un long travail, difficile et précaire.

Pour pérenniser le festival et le lier avec cette « réalité nouvelle » dont il est l’émanation, Otomo San sait qu’il doit l’ouvrir à d’autres publics, au delà de l’audience habituelle de la musique expérimentale et du répertoire contemporain. Il ne renie pas pour autant sa famille. Pour preuve, un hommage à John Cage, pionnier de la musique expérimentale contemporaine, est prévu, avec « MUSHROOM REQUIEM » en clôture du festival, composé à partir d’un matériel réduit aux deux seules notes (selon la notation américaine) « F », pour Fukushima et « C », pour Cage.

———-

(1) Cette date du 15 aout correspond à l’anniversaire de la reddition radiodiffusée de l’Empereur, quelques jours après les deux bombes sur Hiroshima et Nagasaki. On devine qu’elle n’a pas été choisie par hasard par les organisateurs du festival de Fukushima.

(2) La traduction est un enjeu essentiel dans cette affaire qui est tout sauf locale et qui doit d’abord s’affranchir de la barrière de la langue, problème bien connu des voyageurs au Japon. Je signale à ce sujet l’excellent travail du groupe de traducteurs sur FaceBook Translate Fukushima en relais actif auprès du groupe francophone Fukushima Informations qui fait référence pour la qualité des infos.

(3) J’ai eu l’honneur d’être invité à participer à l’un d’eux par John Zorn dans son club New Yorkais The stone pour une soirée de soutien le 15 août 2011, sur webSYNradio.

(4) Je pense en particulier ici à Wataru Iwata, musicien professionnel qui a mis entre parenthèse sa carrière pour se consacrer entièrement à la cause des enfants de Fukushima et au réseau de stations de mesures qu’il a développé dans la préfecture de Fukushima.

(5) Prise de son de Koji Nagahata, professeur en sound design de l’université de Fukushima et partenaire du projet, où l’on perçoit en arrière plan les bruits d’une manifestation d’extrême droite à Fukushima (26 mai 2012), diffusant des musiques de la seconde guerre mondiale.

(6) Entretien réalisé avec Michiro Endo (en anglais).

POUR EN SAVOIR PLUS :

  • Retrouvez la radio éphémère du festival Fukushima ici
  • Ecoutez l’entretien (en anglais) avec Otomo Yoshihide ici
  • Emission spéciale Fukushima sur webSYNradio, le 18 août à partir de 14h :
  • Tous les lundis, 15h sur radio campus Bruxelles, les contributions au projet « Et pendant ce temps là, à Fukushima »
  • A la rentrée sur les ondes de France Musique.

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27 réflexions au sujet de « LE 2ème FESTIVAL FUKUSHIMA, par Dominique Balaÿ »

  1. Fukushima : des papillons mutants découverts à proximité de la centrale
    De grandes quantités de radionucléotides ont été libérées dans l’environnement lors de la catastrophe de Fukushima-Daiichi au Japon. Des petits… Lire la suite »
    http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/developpement-durable-1/d/fukushima-des-papillons-mutants-decouverts-a-proximite-de-la-centrale_40674/#xtor=EPR-17-%5BQUOTIDIENNE%5D-20120815-%5BACTU-fukushima_:_des_papillons_mutants_decouverts_a_proximite_de_la_centrale%5D

  2. Endo Michiro, The Stalin, l’un des meilleurs groupes de punk au monde inconnu hors du Japon, et originaire de Fukushima.

      1. Ceci dit je comprends tout à fait les réserves de Paul Jorion.
        J’ai du mal à voir la nécessité de faire se dérouler des projets sur place.

        Des collaborations d’artistes et de jeunes de Fukushima pour crier leur écœurement de la façon dont la situation est gérée par les autorités serait la 1ere chose qui me viendrait à l’esprit, peu importe où cela se déroulerait.

        Ceci dit c’est un choix d’avancer masqué pour que des choses puissent se faire avec un « consentement général ».

        Enfin, je préfèrerai entendre Endo Michiro cracher sa haine et son mépris comme au début des années 80 où il ne s’en privait pas à l’encontre de l’impérialisme japonais, des guerres d’agression d’autres pays asiatiques et des ultra-nationalistes en général.

  3. En France, le problème est plus localisé, mais très grave pour les populations concernées . Six mois après le fameux contrôle des fuites de tritium dans la nappe phréatique sous la centrale de Civaux et dans la Vienne , rien n’a changé : les Chatelleraudais continuent de consommer de l’eau contaminée et EDF continue de dispenser de belles paroles rassurantes sans rien assumer sur le plan médical.
    Aucune condamnation en vue .

    http://www.lanouvellerepublique.fr/Vienne/Actualite/Environnement/n/Contenus/Articles/2012/01/24/Un-rapport-accablant-pour-la-centrale-de-Civaux

  4. En 2100, ce festival sera toujours d’actualité. L’art est et restera la seule manière humaine de nous en sortir.

  5. je ne lis pas le japonais mais l’affiche est très sympa et le drapeau franchement enthousiasmant
    un hymne à la nature à la japonaise par les tissus traditionnels des obis et kimonos
    bref sauvons le meilleur de l’âme du japon
    même pas japonaise ce drapeau me suscite beaucoup d’émotion
    il en dit plus que tout le reste de l’affiche
    il dit le présent et les millénaires passés et à venir

    1. Le drapeau oui !
      Mais aussi : Quid de cette étrange devise??
      (((((( THE FUTURE IS IN OUR HANDS ))))))
      Rahan, peut-être en savait quelque chose…
      Lui, qui s’en remettait toujours à la direction,
      indiquée par son coutelas pour choisir son…

      1. au japon le geste et la main sont l’association de l’homme l’esprit et la matière
        l’Unesco décide des trésors de l’humanité ( temples lieux espaces naturels sites remarquables…)

        le japon décerne des titres de Trésors Vivants à des personnes incarnant ce qu’il a de plus remarquable entre l’histoire l’homme la main et l’art
        par ailleurs la plupart des arts martiaux sont des arts du geste ou du moins incluent l’art du geste comme un élément d’importance.

      2. C’est un slogan qui a servi pour la première édition du festival, imaginé par John Zorn. Je pense qu’en le reprenant sur l’affiche cette année il s’agit de marquer une continuité sachant que sur les drapeaux confectionnés par les participants, tous les messages sont possibles, y compris l’absence de message.

  6. Malgré le désir bien compréhensible de manifester sa solidarité, auquel je souscris bien entendu, je ne cautionne pas personnellement un projet encourageant à se rendre dans la préfecture de Fukushima.

    Solidarité?

    C’est aussi l’occasion de prendre conscience que notre inaction vis à vis du nucléaire vient de ce que nous croyons avoir le temps de voir venir puisque le Japon est un pays très éloigné…

    Le problème avec les rejets radioactifs c’est qu’ils se diffusent lentement mais surement sur l’ensemble de la planète: si les japonais pouvaient quitter le Japon pour aller s’installer ailleurs rien ne serait résolu.

  7. Puis-je me permettre un encart publicitaire pour l’ouvrage suivant ?

    http://www.lecavalierbleu.com/f/index.php?sp=liv&livre_id=335

    Ph. Pelletier rapporte constamment ses analyses de la société japonaise à son milieu naturel et à la géographie du Japon en général, ce qui donne un point de vue particulier et en fait un auteur très intéressant à lire. Soulignant le caractère insulaire et surinsulaire du pays, il préfère d’ailleurs parler de « Japonésie ». Ouvrage obligatoire dans toutes les bibliothèques des amoureux du Japon (et des autres aussi).

  8. le japon est un peu la proue de l’humanité vers l’aube
    d’ailleurs on a fixé la limite entre les journées 0 et +1 par là bas ( et non aux US)
    les japonais montent de temps en temps honorer le jour qui se lève du point le plus haut qu’ils le puissent
    tout un symbole
    d’où qu’on le regarde ce peuple est à la proue du Titanic humain
    transportant des millénaires dans ses bagages
    à la pointe de la plus haute technicité et des problèmes civilisationnels
    le japon préfigure par anticipation le pire et le meilleur
    c’est là bas qu’on a testé le nucléaire en bombe contre l’humanité
    qu’on a aussi testé les camps de la mort
    ( mais on en parle moins que ceux des allemands
    parce que les victimes n’en sont pas revenues et les bourreaux pas très bavards)
    la robotisation des êtres avant l’utilisation des androides
    le problème écologique dans toute son ampleur
    maintenant fukushima
    le perfectionnement millénaire du geste de la main
    érigé au niveau de l’art et de la spiritualité vivante
    ( d’où le slogan: l’avenir est dans vos mains)
    et l’exquise délicatesse de la plus extrême sensibilité (ou violence) humaine

  9. en fait la limite entre les journées : le jour 0 et le jour +1 se situe du coté de l’aube au japon du coté du crépuscule aux US
    tout un symbole!
    avec la tête en bas ce sont les néozélandais et les chiliens( qui finiront bien par faire entendre leur apport à la vision.)

    enfin les US ont valorisé le coté EST avec NY et Washington maison Blanche
    delà à se prendre pour les rois du monde

    heureusement que personne n’a eut l’idée de s’approprier le lever et le coucher du soleil…

  10. lien : https://fr.wikipedia.org/wiki/Courants_anti-industriels

    En France après Mai 1968, un courant contestataire rompt avec la
    thématique de la réappropriation des moyens de production que soutenait la
    gauche libertaire et marxiste :

    La revue Survivre et vivre, créée en 1970, à l’initiative de
    scientifiques critiques dont Alexandre Grothendieck : « Les
    scientifiques sacrifient tout aux prétendues nécessités de l’expansion
    et du progrès ».
    La rubrique de Fournier dans Charlie-Hebdo.
    De la pollution considérée sous tous ses aspects (Montpellier, 1971),
    où les nuisances ne sont pas présentées comme des dysfonctionnement
    mais comme étant intrinsèques au capitalisme.
    Les fondateurs de Longo Maï publient en 1972 l’« Appel de Bâle » : «
    Nous abandonnons donc la société industrielle à elle-même, cette
    société qui sans rémission court à la catastrophe. Nous allons prendre
    refuge dans des bases de survie, dans ces territoires exsangues que le
    capitalisme triomphant a cyniquement condamnés à mourir. »
    Dans La véritable scission dans l’Internationale (1972), Guy Debord et
    Gianfranco Sanguinetti écrivent : « La pollution et le prolétariat
    sont aujourd’hui les deux côtés concrets de la critique de l’économie
    politique »
    En 1980, Jaime Semprun publie, après l’accident nucléaire de Three
    Mile Island, La nucléarisation du monde.
    En 1982, la revue Sans réserve propose le démantèlement des forces
    productives.
    À partir de 1984, les théories anti-industrielles se développent
    notamment autour de l’Encyclopédie Des Nuisances (EdN)3 et du côté de
    l’écrivain Jacques Camatte.

    lien .mp3
    :http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/12440-15.08.2012-ITEMA_20391967-0.mp3

    lien .mp3 :
    http://rf.proxycast.org/m/media/273073201426.mp3?c=culture&p=Le+D%C3%A9bat+De+Midi_12440&l3=20120815&l4=&media_url=http%3A%2F%2Fmedia.radiofrance-podcast.net%2Fpodcast09%2F12440-15.08.2012-ITEMA_20391967-0.mp3

    lien : http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=429939

    lien :
    http://www.franceinter.fr/emission-le-debat-de-midi-les-centrales-sont-elles-bien-gardees

    flux .rss : http://radiofrance-podcast.net/podcast09/rss_12440.xml

    1. A fleur-de-coquelicot

      J’ai été, à 16 ans, lecteur du remarquable « bulletin » Survivre et vivre, premier balbutiement d’organe de presse français à vocation écologique? dirigé par le grand mathématicien Alexandre Grothendieck.

      Vous ne mentionnez pas le mensuel, puis hebdomadaire La Gueule Ouverte, fondé par Fournier, d’abord à Ugines, puis à La Clayette (Saone et Loire), pas loin des grues Potain, après le décès brutal de Fournier.

      Le continuateur de La Gueule Ouverte me semble être le vindicatif (pour certains) mais passionnant mensuel La Décroissance.

      Delphin

  11. plus je regarde cette affiche plus elle me parle profondément me pénétrant de son message
    en chinois le sinogramme pour dire « Je » s’écrit « la main qui tient la hallebarde »
    le « porte hallebarde »
    le porte drapeau en orient est celui qui possède une bannière aux couleurs de ce qui fait de lui l’avenir et la force de ses ancêtres , la suite générationnelle

    le je /wo au pluriel est nous des milliers de « je »

  12. « Historiquement, Fukushima marque l’effondrement d’un système, tout comme Tchernobyl a pu être considéré comme le signe précurseur de l’effondrement de l’empire soviétique. »

    Puis là, maintenant, en le voyant écrit noir sur blanc ça me paraît tellement évident : déjà au niveau de sa propre conscience, agissant comme un détonateur !!! Les faits sont bien là, puissance du réel, cruauté du réel devrais-je dire, pas besoin d’argumenter ou de tergiverser cela s’appelle le pouvoir des choses sur nous et vient s’inscrire dans l’Histoire.

  13. Pourquoi ci ? Pourquoi çà ? et aussi pourquoi pas ?
    En fait ça n ‘ a pas grand chose d ‘ étonnant –
    Ne pas réduire le courant hippie au seul courant hippie – encore moins au seul Woodstock – est plus intéressant –
    Mais comment faire quand la culture actuelle en est aux big 4X4 bourrés d ‘ euros et de belles robes satinées en route pour la piscine de champagne : cette culture des stars-despotes s ‘ arrange bien , main dans la main avec tous les richous , pour bloquer solidement ce qu ‘ a été réellement cette époque : textes , poésies , chansons , films – Et m^me musiques ! Si si !!
    Les sites d ‘ écoute + ou moins gratuite voient leurs listes d ‘ albums se réduire , s ‘ abatardire en remixes qui ne veulent plus rien dire –
    Il s ‘ agit bien de cette double attaque : promouvoir la pseudo culture actuelle de la consommation et du fric , et bloquer l ‘ accès aux autres cultures jugées subversives –
    Peu importe , les hippies sont toujours là : on les aura !!

  14. À fleur-de-coquelicot,

    À la fois exact en partie, et … insuffisant.
    Oui, ce qui ressortait le plus au cours de « Mai 68 »
    (je le répète, terme générique et mal conçu)
    ne portait pas, de façon explicite, ce que l’on résumera
    (je tombe dans le défaut)
    par la pensée « bio », anti-pollution, et même décroissance, etc.
    Deux remarques, toutefois :

    1 – Il ne sera jamais question (même pour vous) de ne pas soutenir
    UNE (je dis bien : une) thématique « de la réappropriation des moyens de production ».
    Questions : laquelle ? par qui ? pour qui ?
    (pensons au simple problème de la « terre »,
    et reposons la problématique de « l’atelier », « l’usine », etc…).

    2 – Ce qui suit dans votre billet ÉTAIT BEL ET BIEN LÀ
    (nombreux exemples possibles, et le simple slogan
    – un peu rapide, il est vrai – contre la « société de consommation », le prouve).
    Et tout de suite, le phénomène s’est amplifié
    (sans avoir à parler ensuite du Larzac, certes contre l’armée,
    mais qui était riche de cette problématique).

    De toute façon, sinon : rdv etc …
    Bien à vous, « joli coquelicot » (cf. Mouloudji).

  15. De l’AIPRI ( Agence Internationale pour la Protection contre les Rayons Ionisants ) cet article qui mérite réflexion :
     » La prolifération du fallout.(« fall out  » ,  » retombées  » ) :
    La doctrine internationale en matière nucléaire distingue l’atome explosif de l’atome non explosif, l’atome de la guerre de l’atome de la paix et pose la frontière infranchissable en pratique. L’atome non retraité de la paix n’explose pas. Tout serait donc dit comme si l’atome guerrier n’était dangereux que parce qu’il détonne et non avant tout parce qu’il est radioactif. Comme si l’immanquable fallout radioactif qui suit la détonation n’avait lui aussi et à lui seul le pouvoir d’anéantir autrement un territoire, en le laissant intact en apparence mais invivable là où la radioactivité particulaire se dépose trop. Comme si de surcroit seulement une explosion atomique savait engendrer un fallout radioactif. Comme si le déconfinement guerrier des déchets civils pulvérisés était impossible, plus inoffensif et moins dissuasif que l’arsenal militaire. Que l’atome de la paix n’explose certes atomiquement pas (sagement empilé dans sa longue minigaine de zircaloy refroidie à l’eau borée) ne l’empêche pas de retomber une fois en l’air, ne l’empêche pas d’exhiber si besoin est la grandeur dissuasive (et persuasive) de son sale fallout radioactif. Et si l’atome de la paix n’a effectivement pas le pouvoir explosif immédiat de la bombe, il a néanmoins un pouvoir majoré de provoquer des retombées qui contaminent sans remède à jamais. L’atome de la paix est matériellement en mesure de transformer la terre entière en un vaste camp de concentration atomique à l’air libre mieux que ne saurait le faire l’atome militaire. Acclamer cet atome de la paix qui génère en plus grande quantité les mêmes déchets que l’atome de la guerre c’est pour autant promouvoir l’holocauste nucléaire que l’industrie civile prépare.
    La terreur asymétrique
    Du point de vue de la sécurité des états même cette doctrine de l’atome de la paix est gravement trompeuse car elle efface l’impact stratégique du fallout atomique dont les bombes n’ont pas l’exclusive et dont les déchets sont de fait l’émissaire premier. C’est une doctrine suicidaire qui croit la superpuissance limitée à la détention de la bombe, qui confondant dissuasion et explosion oublie que le terrifiant fallout n’est pas monopole de la bombe. L’explosivité, en rien négligeable bien sûr, n’est cependant une condition nécessaire de la superpuissance que pour ceux qui ignorent que les bombes atomiques sont l’enfer non pour massacrer en masse d’un seul coup par la seule force de leur détonation et de leur prompte radioactivité neutronique et gamma, s’il en était ainsi l’entier arsenal atomique mondial ne suffirait pas à emporter l’humanité car ses explosions ne couvriraient pas toute la surface habitée, mais pour empoisonner de manière irréversible le monde entier et continuer en silence à tuer bien après la bataille pour des centaines de millénaires en propageant partout les résidus aérosolisés des charges radioactives. Quoi qu’en dise la vulgate, une bombe atomique tue plus à retardement que sur l’instant. Mais elle tue alors d’une autre manière (surtout par contamination particulaire interne des êtres vivants mais aussi par le rayonnement gamma artificiel qui s’élève des sols pollués), sur une terrifiante durée et dans un espace sans frontières. Si l’arme atomique est bien l’arme de la fin du monde par excellence c’est en raison de son fallout ubiquitaire. Il est bon de s’en souvenir. On vit peu et mal sur une planète réduite à zone interdite par ce vent mauvais. Le day-after des survivants n’est pas de tout repos… C’est donc bien cet indélébile fallout sale qui rend l’arme atomique, et le nucléaire en général, si démoniaque et non l’horrifiant carnage instantané ou l’amas de ruines immédiat promis par sa détonation. Or ce sale fallout guerrier peut également et très facilement surgir décuplé des déchets nucléaires de l’industrie civile. Il n’est nul besoin d’une bombe atomique pour amorcer un fallout. John Gofman, co-découvreur du plutonium et ami regretté de l’AIPRI, l’avait écrit tout cru et à la lettre, le nucléaire est avant tout un « Poisoned Power ». Il n’y a dès lors meilleur furtif guerrier du fallout que l’atome de la paix. Il n’y a meilleure prolifération directe de la dissuasion sale que l’atome de la paix. L’AIEA arme quiconque. La guerre asymétrique sale prolifère sans moratoire sous sa tutelle.
    L’atome de la paix constitue par conséquence la plus grave menace atomique concevable, plus superpuissante en terme de contamination, plus discrète (les retombées n’ont pas le bruit des bombes) et plus élémentaire que la menace atomique militaire. L’atome de la paix fabrique sans entraves les poisons de la guerre radiologique sale tôt comprise avant la bombe en 1943 dans le memorandum « Use of radioactive material as a military weapon » du brigadier général Leslie Groves, responsable du « projet Manhattan ». L’atome de la paix n’est en définitive que la poursuite de la guerre atomique totale par d’autres et plus rudimentaires moyens. L’atome de la paix prépare l’enfer sur terre.  »
    AIPRI, Août 2012

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