LES RAISONS DE L’INTRANSIGEANCE, par François Leclerc

Billet invité.

À quoi va tenir le sort des Grecs ? Après s’être cassés les dents devant l’intransigeance du gouvernement allemand, qui veut le faire plier pour l’exemple, leur gouvernement est acculé dans ses derniers retranchements. Il ne peut plus compter que sur d’hypothétiques promesses de médiation là où il faudrait des soutiens qui se sont fait attendre, après y avoir mis beaucoup du sien en vain.

Pour expliquer le refus de tout semblant d’assouplissement, une image vient d’Allemagne, celle d’une Grèce comparée à une jambe atteinte de gangrène et qu’il faut couper. Comme si le danger de la contagion grecque l’emportait sur toute autre considération. En espérant que le gouvernement grec plie, et en prenant le risque aux conséquences que d’aucuns estiment désormais limitées d’une sortie de l’euro.

L’intention est de fermer une porte que d’autres pourraient emprunter, à la faveur d’une victoire électorale conduisant à la venue d’un gouvernement inscrivant son action dans le sillage de celui des Grecs. Car la crise politique européenne endémique se développant sous les formes les plus diverses, les partis de gouvernement ne sont plus assurés de gagner à tous les coups et il faut barrer cette issue.

Dans ce calcul, le sort des Grecs aux prises avec une crise sociale – et pour tout dire une misère – que l’on croyait ne plus jamais connaître en Europe est chose négligeable. À moins qu’elle ne soit présentée comme une punition pour avoir vécu « au-dessus de ses moyens »… Il ne doit pas émerger de politique alternative à celle qui est vigueur, en dépit de ses dégâts et de son absence de résultat tangible. C’est de cela que les partis responsables sont responsables !

Le plan du gouvernement grec avait pour lui la cohérence, et c’est en cela qu’il n’est pas acceptable. Afin de financer les mesures sur lesquelles il a été élu, il associait des mesures destinées à accroître les recettes fiscales et à promouvoir la croissance, au lieu de reposer sur des coupes budgétaires et des mesures d’austérité. Dans cette logique, il proposait de réduire l’objectif d’excédent budgétaire primaire, et par voie de conséquence de rembourser la dette suivant d’autres modalités pour diminuer le coût de son service. Selon ce plan, la BCE transformait ses titres grecs en titres perpétuels, et les États ainsi que le Fonds européen de stabilité financière acceptaient d’être remboursés en fonction de la croissance du PIB. Tout était donc lié.

Une fois passé le cap des remboursements des mois à venir, ce plan prévoyait de lever le pied sur l’austérité et de combattre la crise humanitaire sans effacement de la dette ni nouvelle aide financière. Mais il avait certes l’inconvénient de combattre l’évasion fiscale et la corruption, deux domaines ignorés par la Troïka et que le gouvernement Syriza considère au contraire prioritaires. Il abordait le problème du désendettement d’une manière réaliste, au contraire ce qui lui est imposé et qui ne peut pas fonctionner en raison des excédents budgétaires que cela suppose de dégager, eux-mêmes nécessitant des taux de croissance hors de portée.

Le réalisme était du côté des Grecs, il était hors de question de le reconnaître.

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