La métastase (III) : Wall Street

Ces jours derniers, j’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de parler de la banque d’affaires Bear Stearns : le 10 juin, dans “Wall Street, cette semaine”, où j’évoquais ce que certains appelaient ses tentatives de manipulation de l’indice ABX qui mesure essentiellement la confiance des investisseurs dans les obligations adossées à des prêts hypothécaires « sous–prime » (subprime) accordés aux propriétaires les moins fortunés, marché actuellement au coeur de la tourmente, et plus récemment encore, le 15 juin, dans “Le baromètre signale une dépression”, ou je rapportais que Bear Stearns annonçait pour le premier trimestre 2007 une baisse de ses recettes de 33 %.

Ce matin, en première page du Wall Street Journal, un article consacré à la firme et qui déclare entre autres : « Les problèmes des « hedge funds » de Bear Stearns sont emblématiques des retombées grandissantes du marasme de l’immobilier résidentiel américain qui semblait en voie de rétablissement il y a quelques semaines ».

Depuis la fin de la semaine dernière, les feux de l’actualité se sont en effet déplacés vers les deux créatures de Bear Stearns, les deux « hedge funds » – ces officines qui centralisent les capitaux d’investisseurs fortunés en vue d’opérations spéculatives – spécialisés dans des instruments financiers reposant dans une très large mesure sur des prêts hypothécaires « sous–prime ». Au milieu de la semaine dernière, l’un de ces deux fonds révisait le chiffre de ses pertes récentes, des 6,75 % initialement annoncés, à 18 %. Les réactions ne se faisaient pas attendre, venant en particulier de Merrill Lynch, autre banque d’affaires importante, qui leur avaient avancé des sommes importantes et qui annonçaient qu’ils saisiraient, pour un montant de 850 millions de dollars, une partie des Mortgage–Backed Securities mises en gage par Bear Stearns, avec l’intention de les vendre cet après–midi au meilleur preneur, et ceci en dépit d’une injection par la firme mère de 1,5 milliards de dollars dans les deux fonds.

Dans une vente « à la casse » de ce type, les niveaux de prix obtenus sont bien entendu en général défavorables au vendeur. Du surcroît, une fois créés, ces prix définiront le nouveau niveau à partir duquel les transactions ultérieures des mêmes produits auront nécessairement lieu. Ceci aura deux conséquences : d’une part, cela obligera les firmes et les investisseurs qui possèdent de telles obligations dans leur portefeuille à réévaluer leurs avoirs à la nouvelle cote et, d’autre part, cela pourra éventuellement déclencher des « appels de marge » chez ceux dont les positions ont été établies grâce à des emprunts, si ceux–ci se révélaient désormais déficitaires. La « marge » est en effet une réserve que l’emprunteur maintient chez le prêteur : lorsque le compte apparaît potentiellement déficitaire, l’organisme prêteur force l’emprunteur en difficulté à réapprovisionner son compte. De tels « appels de marge » ont déjà eu l’occasion de démontrer leur capacité à déclencher des catastrophes, en particulier lors du krach boursier d’octobre 1987.

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Une réflexion sur « La métastase (III) : Wall Street »

  1. Donc votre scénario envisage véritablement une contagion de la crise actuelle de l’immobilier américain (dù à la crise du « subprime », qui représente 15% du montant global des prêts) à l’ensemble de l’économie américaine, alors même que les « déliquencies » et « foreclosures » des emprunteus « prime » restent a des niveaux relativement bas.
    Crise davantage matérialisée par les appels de marges des fonds, que par la révision des prets ARM qui va intervenir en 2007 et 2008?

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