Etre mort ou ne pas être mort

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de mariage de mes parents. Il ne sera pas célébré, si ce n’est par ma sœur et moi dans notre tête : mon père est mort au printemps 2002, ma mère en janvier 2003.

« Etre mort » est une étiquette que j’accole à des gens que je n’ai pas vu depuis longtemps. Je pense par exemple à des membres de ma famille quand j’étais petit, et je me dis « Celui–ci est mort… celui–là n’est pas mort… » Ceci dit, ceux qui ne sont pas morts, cela ne m’offre aucune garantie que je les revoie un jour.

Je rêve quelquefois à des gens qui sont morts. Et je sais qu’ils sont morts : il est très rare que je me réveille au matin en me disant « J’ai rêvé à une personne morte en croyant qu’elle était en vie », non, je sais dans mon rêve qu’elle est morte, je le lui dis d’ailleurs : je dis « Tiens, je croyais que tu étais mort ». Il ne répond pas, il ne répond jamais : il m’adresse un fin sourire mais se retient bien de nier l’évidence.

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2 réflexions sur « Etre mort ou ne pas être mort »

  1. @ Catherine

    Je réagis à vous deux messages de ce 1er septembre : celui-ci et celui relatif à “Qu’est-ce que penser?”.
    Comme vous, je comprends mieux Paul (sauf quand il passe son “treillis” 😉 ) qu’Aristote… S’il est vrai qu’il est des modes de pensée répondant à des attracteurs, des puits de potentiels, différents, le combat constant de notre vie n’est-il pas de faire cohabiter deux modes de pensée ? Nos intentions conscientes déroulent des pensées rationnelles inspirées de ce que nous croyons devoir faire. Toute notre éducation nous a façonnés afin de nous insérer au mieux dans les sociétés humaines dans lesquelles nous vivons. Et c’est un bien car sinon nous serions des sauvages fort égoïstes. Mais, hélas, dans nos sociétés occidentales, le conditionnement va très loin va fort souvent à l’encontre d’autres désirs, moins acceptables par nos sociétés. Nous sommes vraiment très corsetés et coincés par un surmoi que nous avons bien dû accepter, de gré et souvent de force.

    Votre pratique professionnelle doit souvent vous confronter à ces personnes qui ont renoncé à leur désirs parce que le réel collectif leur semble trop fort (ils appellent cela névrose, n’est-ce pas ?). Et c’est encore pis pour ceux qui ne tiennent pas assez compte du réel et s’enfuient dans des désirs imaginaires.

    Difficile équilibre, lutte permanente, jusqu’au dernier souffle pour être soi sans être asocial… Paroles du sage Hillel, reprises par Maxime Leforestier :

    Si je ne suis que pour moi, qui suis-je ?
    Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ?
    Et quand ?

    Je ne sais pas pour vous, mais les images (les pensées…) qui surgissent en moi en lisant les propos de Paul et les comparaisons avec des notions scientifiques de pente, de gradient et de puits de potentiel m’aident à comprendre encore un peu mieux les ressort cachés qui animent les humains. Mais c’est vrai que je suis scientifique de formation et trop souvent dominé par la part rationnelle de mes pensées.
    Bonne nuit ou bonne journée.

  2. Je ne sais par quel bout prendre votre message Alain, d’abord tous les mots que vous relevez comme gradient, puits de potentiel, ça me passe au-dessus de la tête, il faudrait d’abord que je prenne le dictionnaire, je prèfére donc comme vous il me semble la simplicité du discours de Monsieur Jorion quand il parle de son vécu, ou quand il parle de psychanalyse car je m’y suis intéressée un peu, pour le reste, j’avoue ça fait barrage, et comme je ne suis pas à vouloir me faire mal, je prends d’autres chemins.

    Ce que vous dites en premier lieu des intentions, des pensées, des devoirs sociaux se rattachent à notre personnalité.

    Ce qu’on oublie de penser ou de dire c’est que cette personnalité dont le nom même résonne comme une cloche fêlée, per-sonna} qui sonne à travers est une imposture, elle ment. C’est un peu comme une caisse de résonance, remplie de tous les bruits et de toute la fureur du monde, comme dit un écrivain célébre. Elle ment car elle n’est que le discours des autres de tous les autres mais auquel nous nous identifions à tort. Certes, nous avons besoin d’elle sinon nous serions comme ces enfants sauvages dont vous parlez, mais paradoxe ce qui a été utile à notre humanisation vient ensuite faire obstacle à la compréhension directe et immédiate des choses.

    D’où la nécéssité de se déssaisir de cette entrave et c’est toute la démarche des psychanalystes, des soufis, des bouddhistes, des hindouistes, des chrétiens comme Maître Eckhart ou de Saint Jean de la Croix, et de bien d’autres encore mais tous se détachent absolument d’elle, c’est le mal, c’est l’ignorance, c’est…. plein d’autres choses encore.

    Etre soi c’est peut-être trouver un compromis acceptable, satisfaisant, entre ce que nous sommes VRAIMENT, c’est-à-dire ce quelque chose derrière la personnalité, et le monde, dans le respect du plus grand nombre.

    Il y a une citation d’Huxley qui résume bien cette posture :

    Vivre avec un minimum d’intentions négatives, animé d’un minimum d’intentions de nuire, remplir ses devoirs moraux évidents.
    Puis se préparer intellectuellement à percevoir la nature de l’univers, de sorte que toute prétention à être séparé et absolu apparaisse telle qu’elle est : Ridicule, ridicule et dérisoire.

    Bonne journée.

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