Mon exposé à l’Ecole Normale Supérieure

Vous êtes venus nombreux m’écouter analyser « La crise du capitalisme américain ». Nous étions, paraît–il, cinquante–cinq, moi y compris, dans la salle des Actes, sous le regard bienveillant de Fustel de Coulanges, l’auteur de « La cité antique ». Merci à ceux qui étaient venus de loin : de province et de l’étranger. Merci aux organisateurs de la soirée : Gabriel Zucman et Claire Montialoux, de la revue Regards croisés sur l’économie.

Le 5 janvier à l’ENS

Lundi 7 janvier à 18 heures, je serai l’un des invités de Jean Lebrun, à l’émission
« Travaux publics », sur France–Culture
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10 réflexions sur « Mon exposé à l’Ecole Normale Supérieure »

  1. J’ai beaucoup apprécié votre exposé, même si après vous avoir écouté attentivement, je ne partage pas totalement l’intégralité de votre reflexion sur l’effondrement du système.

    J’envisage davantage cette crise, comme une énième crise du système financier. Crise résultant à mon sens de l’inconscience et de la méconnaissanse des principaux acteurs du système.

    Meconnaissance ou inconscience d’abord pour les emprunteurs, qui pour être trés terre à terre, ne lise pas, ne regarde pas les conditions d’octroi de leur pret lors de l’achat de leur résidence principale (souvent, pourtant considéré comme l’achat d’une vie). Des acquéreurs qui ont la légèreté de ne pas entrer dans la compréhension en détail d’un « teaser rate » ou d’une période de « reset ».

    Meconnaissance ou légèreté du gérant, qui une fois le pool de créances titrisées, achète une tranche senior ou mezzanine, d’un produit qu’il considérera juste comme une  » MBS US  » ou du « résidentiel américain », sans s’attacher à ses particularités, sans s’attacher à ces détails qui font finalement toute la différence, à savoir prime ou subprime par exemple.

    Et voila ce à quoi la légèreté conduit.
    C’est trés grave pour de la légèreté me direz-vous!
    Mais comment qualifier autrement les situations que je viens de décrire?
    Il faut donc espérer que cette crise serve de leçon, même si l’histoire nous a démontré par le passé, que les erreurs passées se répètent toujours sous une forme ou une autre.

    Quant à votre exposé, j’aurais juste une question.
    A moins d’envisager une recéssion sévère aux Etats-Unis, pourquoi considérez-vous que le segment prime va connaitre les mêmes difficultés que le segment subprime d’ici à 2009-2011 ?
    Oui le prix des maisons va baisser, et cette correction sera a mon sens d’ailleurs trés saine pour le marché immobilier, mais le taux de rotation des emprunteurs subprime n’est quand même pas tel qu’il mettrait l’intégralité de cette classe en péril ?

    Merci encore.

    Laetitia

  2. (Avec l’internet, perdons-nous la chaleurs des tabacs, des alcools, des cafés et des passions constituantes…?

    Lançon-nous, et que chacun y aille de son style, bordel !)

    §

    article 1 L’économie est entièrement subordonnée aux les droits de l’homme et du citoyen

    article 2 L’économie a pour seul objectif de créer et de rendre accessible à tous les êtres humains les conditions nécessaires au bonheur.

    §

    article 3 l’économie est instituée comme équilibre dynamique dans un système poly phasique

    article 4 Tout citoyen recevra l’éducation nécessaire à la compréhension des mécanismes économiques fondamentaux exposés dans cette charte.

    article 5 Aucune boucle de rétroaction positive ne pourra être laissée à elle-même et régulée seulement par l »épuisement du substrat.

    article 6 L’imagination humaine aura pour tâche d’instituer des processus régulateurs, et de veiller en permanence à leur bon fonctionnement,

    Article 7 L’usage et l’émergence de nouveau moyen de pensée dans ma mise en oeuvre des processus de régulation devra toujours se situer sous le seuil d’incompréhensibilité.

    article 8 La mise en place d’un processus d’asservissement d’un mécanisme de run away par l’institution ou la modification d’un processus régulateur sera décidée démocratiquement.

    etc.

  3. J’étais, moi aussi, présent ce soir là et j’ai pu vous poser quelques questions que votre exposé suscitait.

    A propos de la pacification de l’économie je crois qu’une bonne contribution à sa résolution serait de comprendre que l’économie est elle-même cette constitution. En effet, je lis dans le MAUSS un article de monsieur Combemale – « hétérodoxie encore » qui y laisse penser : « L’histoire de l’économie dit-il, est celle d’un programme politique mis en oeuvre… l’enjeu était la construction d’un ORDRE SOCIAL PACIFIE. L’habitude a été prise d’opposer la solution politique du contrat social à la solution économique de la société de marché. C’est une erreur d’interprétation. ceux que l’on appelle rétrospectivement « les économistes » ne cherchent pas seulement à comprendre le monde mais à le transformer. Autrement dit, ils parlent d’économie mais ils FONT de la politique… parce qu’il vaut mieux que les hommes se défoulent sur leur compte en banque que sur leurs voisins de palier… les économistes s’adressent aux Princes… le problème des princes est de gouverner des hommes qui ne sont plus sous l’emprise de la religion…. cela suppose que leur comportement (des hommes) soit prévisible, programmable… s’ils étaient de petites machines à maximiser les gains et à minimiser les coûts, ce serait parfait… Ces créatures… sont la réalisation d’un TYPE ANTHROPOLOGIQUE… plus accessible au plus grand nombre… que celui de samouraî ou de chaman… L’économie est une science très particulière, elle contribue activement à produire le monde dont elle DECRIT LE MODE D’EMPLOI.. »

    Tout y est donc, l’économie – l’économiste en fait – veut pacifier le rapport social et donc veut faire croire à l’existence d’un objet indépendant de la volonté des hommes. Les crises économiques sont un précieux renfort puisque qu’elles laissent penser à l’existence d’un domaine échappant à la politique. En fait de pacification, reconnaitre l’économie EST LA VOLONTE POLITIQUE DE PACIFIER LA POLITIQUE, c’est-à-dire de réduire la démocratie à n’être que servante d’un fantôme appellé « économie ». C’est ce que les français avaient rejeté lors du vote pour la constitution européenne que des commissions d’experts échappent et légifèrent à la place du peuple. Le libéralisme est la philosophie naturelle du capitalisme et l’Economie, celle de l’Etat subjugé comme l’écrit Jarry par la Phynance. Il m ‘avait pourtant semblé en lisant vos reflexions sur la valeur et les prix qu’il n’y avait derrière tout cela rien d’économique, qu’il n’y était question que de politique puisque les prix rétriburaient en réalité le RANG SOCIAL occupé par les hommes dans notre société.

  4. @kabouli

    Je ne sais sur quel pied entrer dans votre billet, ni en sortir.

    Je crois comprendre que l’économisme tend à produire un type de boutiquier calculateur au comportement moutonnier et dont les écarts passionnels ainsi pacifiés, autorisent une tonde régulière.

    Ai-je bien lu, alors je suis d’accord ?

    Cordialement

  5. Bonjour,
    cette photo dit beaucoup de choses…
    N’avez vous pas le sentiment d’être « loin » de vos semblables ?
    Comment vous rapprocher d’eux ?
    Cela en vaut-il la peine ?

  6. Il faut aussi comprendre que ce n’est pas de l’économisme dont il est question mais de l’économie elle-même. L’instauration de cet homme calculateur – et c’est certainement cela la CRISE véritable actuelle – est aussi utopique que l’instauration de tout homme quel qu’il soit. Il ne s’agit pas tant de construire un homme nouveau pour mille ans ou pour un quinquennat que de laisser l’homme actuel s’occuper enfin de ses affaires.

    L’économie est un utopie, l’homme, il me semble, ne vit pas de pain mais des relations dont il est issu et qu’il recrée impérativement avec les autres hommes. Il ne s’agit donc pas de déterminer ce qui est ou devrait être mais plus modestement ce qui n’est pas et ainsi d’éviter de construire sur du vide.

    Je remarque dans le dernier discours de Sarkozy que celui-ci veut aussi « moraliser » ce qu’il appelle le capital phynancier et je ne peut m’empêcher de penser que son souci est assez proche et aussi utopique que celui de Jorion d’une « pacification de l’économie ». Pourtant il m’avait semblé que la critique des prix de Paul Jorion avait bien démontré que l’essence de ceux-ci était bien plus politique qu’économique …

  7. @kabouli

    À mon avis, l’idée d’une constitution économique, n’est pas plus utopique que la mise en place du suffrage universel ; c’est seulement un peu dur à démarrer.

    Par ailleurs, la « moralisation » financière vue par Sarkozy ou même un Rocard, n’est pas constituante de quoi que ce soit ; c’est au mieux un rappel à l’ordre, au code civil, au droit du commerce, etc. Il est vrai que la simple application des outils légaux existants permettrait, si la volonté existait de les appliquer, de résoudre les situations de « méconnaissance et de légèreté » évoquée plus haut par Laetitia (parlons d’abus de confiance et de « dol » car dans certains cas de crédit rapace il y a intention de nuire, parce que l’intention de récupérer la mise du client est présente au départ).

    La notion de constitution telle que, je crois, la conçoit Jorion n’est pas une liste de réglementations, il s’agit bien de l’émergence d’un nouvel ordre de l’esprit, pour donner une image, semblabe au passage de l’ordre minéral au vivant. Le dire ainsi est un peu pompeux, mais c’est ça. L’instauration de tout homme n’est pas comme vous le dites utopique, car nous n’avons jamais fait que ça, il n’y a pas une « nature humaine » héritée de je ne sais « Qui », mais dès le départ une histoire humaine de la nature humaine, laquelle bricole pas toujours dans le bon sens, nous sommes là pour nous en apercevoir.

    Aujourd’hui, dans les faits, le discours dominant des économistes légitimise un mode de domination, quant à l’économie réelle; ce qui s’y passe nous dépasse. Le cadre conceptuel de pensée de l’économie est ridiculement limité, il est, par exemple, incapable de penser la démesure, la prodigalité autrement qu’une bizarrerie, une erreur à corriger, etc.

    De même, l’analyse du prix chez les pêcheurs, dépasse l’offre et la demande, non seulement parce que patrons et ouvriers savent qu’il doivent continuer à travailler ensemble quoi qu’il arrive, mais aussi parce que patrons et ouvriers pêcheurs veulent avant tout espérer toujours et toujours « la pêche miraculeuse », toucher au mythe autant qu’au jackpot (encore il a vingt ans, ça arrivait parfois, maintenant je ne sais pas…)

    Bien à vous.

  8. Laetitia rend compte des situations de crise par la méconnaissance ou par l’inconscience des emprunteurs; pour le gérant des CMO, (quelques crans au-dessus donc) il s’agirait seulement de « légèreté » !

    Ces remarques me désespèrent, mais il est évident que pour ce but, Laetitia disposerait d’autres moyens; qu’elle veuille donc bien excuser, de prendre son billet pour prétexte…
    §
    Je ne pense pas que l’on puisse comparer l’aveuglement de pauvres gens à la cécité d’une troupe d’acheteurs institutionnels dont les conseils d’administration ont approuvé l’acquisition de CMO; Laetitia termine par ces mots « Il faut donc espérer que cette crise serve de leçon, même si l’histoire nous a démontré par le passé, que les erreurs passées se répètent toujours sous une forme ou une autre. »

    Si je comprends Laetitia le système économique marcherait bien lorsque chacun, à son niveau, ferait l’effort de prendre des décisions rationnelles basées sur une information complète. Dit encore autrement, les perdants sont « mauvais » parce qu’ils ne sont pas assez « malins »; c’est donc « juste », ce qui leur arrive… et en plus c’est de leur faute si les dominos s’écroulent… ce en quoi le sentiment de Laetitia confirmerait ce que je crois avoir compris de « l’éthos des pèlerins » telle qu’exposée dans le dernier bouquin de Jorion.

    §

    Mais voilà ou ça coince; nous avons tous goûter le velouté du potage servi par « Jorion » (en cuisine on dit « suprême »), en fait pour les économistes c’est la ciguë: « dura lex sed lex ». Les économistes ont voulu la raison, très bien: aujourd’hui qu’ils s’inclinent !

    §

    Commençons par ne pas ne confondre constitution économique et simple application du droit civil et pénal! Car quoi (ici je compacte quelques informations collectées par Philippe Ries « Comment Goldman Sachs s’enrichit de la crise des «subprimes» »

    http://www.mediapart.fr/presse-en-debat .

    En résumé :

    Goldman Sachs a placé 100 milliards de dollars de CMO auprès de gogos, tandis qu’un autre secteur de Goldman Sachs jouait les mêmes obligations pourries à court terme! Une sorte de schizophrénie bien organisée. Pour le moins donc, chez Goldman Sachs la main droite ignore ce que fait sa main gauche. S’il s’agissait d’un individu, compte tenu de l’ampleur des préjudices, c’est l’interdiction assurée !

    Et que croyez-vous qu’il arrivât…

    Blankfein (P.D.G. de Goldman) vient de s’adjuger le plus gros bonus annuel de l’histoire de Wall Street: 50,4 millions de dlrs. Onze autres cadres dirigeants de Goldman se sont partagé eux une cagnotte de plus de …150 millions de dollars!

    PS.

    Je m’efforce toujours de prendre en compte la composante paranoïaque de mes jugements, mais je vous avoue que dans le cas qui nous occupe ici, ça deviens difficile!

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