Les États–Unis sont-ils en récession ?

D’un point de vue strictement technique, non, et ils ne pourront l’être au plus tôt qu’en juillet de cette année. La raison en est qu’on distingue aux États–Unis, un ralentissement économique d’une récession, dont la définition est une succession de deux trimestres au moins au cours desquels le Produit Intérieur Brut a été négatif – d’où l’impossibilité d’être en récession avant le mois de juillet.

Au cours du troisième trimestre 2007, la croissance américaine avait atteint 4,9 %, un niveau assez remarquable dans le contexte de la dépression marquée de l’immobilier résidentiel dont la « crise des subprimes » et le tarissement du crédit qui lui avait succédé, avaient constitué les symptômes l’année dernière. Le chiffre de 0,6 % annoncé mercredi pour le PIB américain au cours du quatrième trimestre est en prise avec la morosité des consommateurs observée durant la période des fêtes. Le consensus des économistes, bien que tous conscients d’un ralentissement, n’était cependant pas aussi pessimiste puisqu’il envisageait un PIB de 1,2 %, soit le double du chiffre qui devait être annoncé.

Donc, si l’on adopte la définition traditionnelle, les États–Unis ne sont pas encore engagés dans la récession, et ceci bien que la croissance de 2,2 % sur l’ensemble de l’année 2007 ait été la plus faible observée depuis les 1,6 % de 2002, l’année qui avait subi le contrechoc de l’éclatement de la bulle des start–ups. La crainte d’une récession est cependant réelle si l’on se fie aux gestes posés récemment par diverses autorités : le 18 janvier, le gouvernement proposait en effet un plan de relance fait de déductions fiscales pour les ménages comme pour les entreprises ; le Sénat planche en ce moment sur ce plan déjà adopté par le Congrès, ayant annoncé son intention de le muscler davantage. Par ailleurs, la Fed a abaissé de manière très agressive son taux directeur, une première fois, de 0,75 %, le mardi 22 janvier, et une deuxième fois, de 0,5 %, mercredi passé, ramenant le taux directeur à 3 % – niveau qu’on n’avait plus vu depuis mai 2005. Il faut remonter à la fin des années 1980 pour retrouver une mesure de relance aussi radicale qu’une baisse de 1,25 % sur une période de huit jours ; les ajustements réalisés durant les périodes de récession 1990 et 2001 n’avaient pas été aussi brutaux, ne dépassant jamais 0,5 % d’un mois sur l’autre.

Le bond de 4,7 % à 5 % du taux de chômage en décembre avait inquiété ; les chiffres plus récents signalaient une relative embellie mais celle–ci est sans aucun doute exagérée par le mode de calcul des ajustements saisonniers. La récession de l’immobilier, en baisse de 24 % au quatrième trimestre 2007, a contribué à elle seule à une réduction du PIB de 1,18 %. L’immobilier résidentiel n’avait pas connu de crise aussi grave depuis la fin 1981. Au cours des années récentes, les plus–values enregistrées par les particuliers grâce à leur logement avaient injecté dans l’économie des sommes considérables : ainsi, en 2005, au sommet de la bulle, 890 milliards de dollars créés par elle avec du vent spéculatif avaient été consacrés aux dépenses de consommation des ménages. Dans le contexte d’une baisse du prix des maisons, amorcée au début 2007, ces sommes sont aujourd’hui absentes, alors que la croissance américaine dépend, je le rappelle, pour 70 % de la consommation privée. Le reste du monde doit cependant lui aussi s’inquiéter, puisque sa bonne santé économique dépend également, à concurrence de 30 %, des dépenses du consommateur américain.

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3 réflexions sur « Les États–Unis sont-ils en récession ? »

  1. Bonjour. Je crois que votre définition de la récession est inexacte: la récession telle que définie aux US est donnée par une croissance négative du PIB (et non pas un « Produit Intérieur Brut […] négatif ») pendant 2 trimestres consécutifs.

  2. Il existe une seule définition officielle de la récession aux USA : celle du NBER, qui ne tient absolument pas compte de ces histoires pour journalistes de deux trimestres consécutifs mais qui prend en compte une « batterie large d’indicateurs mensuels » (production industrielle, prix, commandes à l’industrie, enquêtes, actes de consommation…), un concept très flou (d’où un historique très contestable pour les récessions US, exemple : 1981-1982).
    Ce n’est pourtant pas difficile de se renseigner sur ce sujet… tous les graphiques sérieux portent la trace de ces épisodes NBER par les rayures… encore faut-il lire la littérature économique !

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